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Le Togo ne changera donc jamais: Confusion
lors du dépouillement des votes
Les résultats donnent une large
victoire au parti au pouvoir
18 octobre 2007
Le Togo ne changera donc jamais!": la population de Lomé,
la capitale, qui espérait que "cette fois, les bons
résultats sortent", oscillait entre consternation
et crainte, mercredi 17 octobre au soir, alors que la télévision
nationale avait interrompu ses programmes pour annoncer les résultats
provisoires et partiels des élections législatives
de dimanche.
La ville, acquise à l'opposition, a accueilli avec incrédulité l'annonce
de la victoire massive du parti présidentiel, le Rassemblement
du peuple togolais (RPT, l'ex-parti unique). Par prudence, l'ambassade
de France, elle, conseillait d'"éviter toute sortie
inutile".
Venant après quinze ans de scrutins entachés de
fraudes et de violences, ce vote financé par l'Union européenne
(UE) devait marquer aussi la rupture avec quatre décennies
d'une dictature soutenue par la France. Il doit aussi aboutir à la
levée des sanctions qui privent ce petit pays, en piteux état,
d'une partie de l'aide européenne, et rétablir
un minimum de stabilité là où la faillite économique
et la violence ôtent à la jeunesse toute perspective.
Selon les résultats proclamés, le RPT du président
Faure Gnassingbé, fils du général Eyadéma
mort en 2005, disposerait, seul, de la majorité. L'Union
des forces de changement (UFC), de l'opposant Gilchrist Olympio,
remporterait l'essentiel des autres sièges. Le vote, marqué par
un taux de participation proche de 95 %, confirmerait le clivage
entre le sud, bastion de l'UFC, et le nord, conservateur, contrôlé par
le régime.
L'échec des autres partis, associés au pouvoir
depuis un an, devrait rendre difficile la reconduction de l'actuel
gouvernement d'union nationale. Le résultat, monocolore,
pourrait compromettre la libéralisation du régime,
dominé par l'armée et la famille Gnassingbé.
L'honnêteté du processus électoral, est
contestée par l'UFC qui a dénoncé des "irrégularités
de nature à modifier profondément les résultats".
Tandis que le RPT considère que son triomphe achève
de le "légitimer", l'UFC exige la reprise du
dépouillement marqué, selon elle, par des "annulations
massives" de bulletins favorables à ses candidats.
Isolée et brouillonne, la formation hésite à en
appeler à la rue, marquée par le souvenir des quelque
500 morts consécutifs aux protestations post-électorales
de 2005.
Plusieurs éléments nourrissent des soupçons
: la renonciation, au cours du vote, au système d'authentification
pour empêcher l'achat de voix, l'interdiction faite aux
radios de diffuser des résultats locaux... Sans parler
du découpage électoral en vertu duquel 10 000 électeurs
du nord du pays élisent un député alors
qu'il en faut 100 000 à Lomé. Cela n'a pas empêché les
observateurs de l'Union européenne, qui ont financé le
scrutin de dimanche, d'en saluer la "transparence", à quelques "imperfections
près".
La confusion qui a régné lors du dépouillement
dans la capitale n'est pas faite pour dissiper ces doutes. Devant
les centres de compilation engorgés, les membres des bureaux
de vote ont monté la garde jour et nuit sur des urnes
dispersées çà et là, rarement scellées. "Les
autorités veulent que nous rentrions chez nous et que
nous laissions les policiers surveiller les urnes. Mais nous
n'avons pas confiance et nous resterons jusqu'au bout",
expliquait nerveusement, lundi soir, un assesseur, persuadé que
l'attente était organisée à dessein pour
minimiser le score de l'opposition.
Dans une salle de la préfecture de Lomé, des responsables
débordés tentaient, mardi, de résoudre un
casse-tête : que faire des urnes abandonnées par
des présidents de bureau rentrés chez eux, fatigués
d'attendre depuis le soir du vote "sans rien à manger"?
Par Philippe Bernard
LE MONDE du 18.10.07
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