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Kpatcha Gnassingbé se
pose en rival de son demi-frère, le président
togolais
22 octobre 2007
Carrure (imposante) oblige, Kpatcha Gnassingbé n'est
pas le genre de personnage que l'on s'aventurerait à contredire.
Surtout pas au Togo, petit Etat francophone d'Afrique de l'Ouest
dominé par sa famille, et où il vient d'être élu
député lors des législatives du 14 octobre.
Avec 85 % des voix recueillies dans la circonscription de Kara,
bastion de feu son père, "Kpatcha", déjà patron
de l'armée et parrain de l'économie du pays, se
positionne, même s'il s'en défend, en rival à poigne
de son demi-frère aîné. Ce dernier, Faure
Gnassingbé, tente de rendre plus présentable un
régime héritier de 40 années de dictature.
Dictature? "Les gens regrettent le président Eyadéma,
il était proche du peuple", dit au Monde Kpatcha
Gnassingbé, installé dans l'un des salons de sa
villa forteresse de Kara, à cinq heures de route de Lomé. "Je
défends à 100 % l'héritage de mon père,
poursuit-il. Il n'était pas contre la démocratie,
mais il pensait qu'il fallait y aller doucement. Comme lui, je
n'aime pas le désordre. Ici, la démocratie c'est
tout de suite le régionalisme, le tribalisme. Le laisser-aller
en Afrique, c'est le bordel."
En août dernier, des bruits de coup d'Etat, qu'il aurait
alors envisagé contre son demi-frère, le président,
ont étayé l'hypothèse d'une rivalité entre
les deux héritiers. Le Togo s'apprêterait-il à vivre
une nouvelle tragédie shakespearienne ?
Depuis 1963, le pays n'a cessé d'être secoué par
les retombées de l'assassinat de Sylvanus Olympio, le
premier président élu, probablement par le futur
général-président, Gnassingbé Eyadéma.
"Mon père n'est pas l'assassin", assure aujourd'hui
Kpatcha Gnassingbé. Quant au projet de coup d'Etat, il
assure que "cette rumeur (l')a beaucoup affecté".
Les coups d'Etat sont révolus, estime-t-il, en tempérant
: "Mais si le pays arrivait à une situation de blocage
politique, l'armée n'hésiterait pas à entrer
en jeu." Pour l'heure, il se garde bien d'attaquer de front
son frère, affirmant sa soumission "à la politique
d'ouverture du président".
Pourtant, la décision qui "a mis le feu aux poudres",
de son aveu même, a bien été prise par le
président. La nouvelle directrice du fisc, proche de Faure
Gnassingbé, a infligé un redressement fiscal de
9 milliards de francs CFA (13,7 millions d'euros) à un
proche de Kpatcha Gnassingbé, Bassam Al-Najjar, un entrepreneur
libanais qui disposait d'un monopole de fait sur l'importation
de voitures d'occasion au port de Lomé.
M. Al-Najjar, aujourd'hui en fuite, percevait les taxes dues à l'Etat
sur chaque voiture, et rétrocédait une partie à la
société des zones franches du Togo dirigée
par Kpatcha Gnassingbé lui-même. "Je n'avais
aucun intérêt dans cette affaire", assure ce
dernier. Il a fallu que quatre présidents africains, dont
le Gabonais Omar Bongo, interviennent pour apaiser le différend. "Ils
m'ont dit de me calmer. C'est ce que j'ai fait", assure
le cadet. Jusqu'à cet épisode, Kpatcha Gnassingbé se
contentait de sa réputation d'homme ombrageux, complexé par
la légèreté de son curriculum universitaire.
Il cultivait une parfaite discrétion. Jamais d'interview,
de rares photos.
UN DÉLUGE DE CADEAUX
Mais, élu député, Kpatcha Gnassingbé pourrait
chercher à défier son frère en se faisant élire
président de l'Assemblée nationale et devenir ainsi
le deuxième personnage de l'Etat, qui remplace le président
en cas d'"empêchement définitif" selon
la Constitution.
L'intéressé dément formellement. S'il a
décidé d'entrer en campagne, c'est "en humanitaire".
A en croire le déluge de cadeaux distribués pour
assurer sa victoire, c'est un homme généreux. Après
les casquettes et les chemisettes aux couleurs du Rassemblement
du peuple togolais (RPT), sont venus les éventails, puis
les porte-clés et les bouteilles d'eau à l'effigie
de "Kpatcha". L'arrivée des caisses de CD de
la chanson Ensemble derrière lui a provoqué quelques
bousculades. Ont suivi les sacs de pop-corn et les invitations à assister à un
match de foot sur écran géant. Des attentions propres à émerveiller
une population déshéritée, dont les suffrages
s'échangent couramment contre de simples tee-shirts.
Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 20.10.07.
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