|
Elections
législatives:
La fraude électorale
du RPT est le blocage de l’alternance politique au Togo
26 octobre 2007
Par Tido BRASSIER
Le taux de participation proche de 95 % lors des législatives
du 14 octobre 2007 au Togo, ainsi que le climat d’apaisement
virtuel qui a régné au cours de la campagne électorale,
ont permis aux observateurs du scrutin dont l’Union Européenne
et la CEDEAO d’aller vite en besogne en déclarant
que «ces élections sont crédibles, démocratiques,
transparentes et globalement satisfaisantes, malgré quelques
dysfonctionnements estimés à 5 %».
La déclaration des observateurs de l’Union Européenne
au sujet du scrutin du 14 octobre concerne exclusivement la mobilisation
du peuple togolais qui aurait pu s’abstenir de voter, vu
le passé électoral de notre pays, et le degré d’implication
des leaders de l’opposition démocratique qui ont
pu circuler librement lors de la campagne législative
sur toute l’étendue du territoire national. Tout
démocrate peut en faire autant en saluant cette première
au Togo, où élection est synonyme de répression.
C’est dans ce sens que l’Union Européenne
a surtout insisté sur «le déroulement pacifique» du
scrutin et non pas les résultats, qu’elle s’est
abstenue de commenter pour le moment.
Dès lors, c’est compter sans savoir que les
loups qui se sont déguisés en agneaux pendant la
campagne, n’attendaient que la déclaration de ces
institutions, surtout celle du représentant de l’Union
Européenne qui a financé le scrutin pour passer à l’acte.
Il s’agit alors pour le RPT de mettre en rôle le
plan préparé à partir de son refus préalable
d’authentification des bulletins de votes par des signatures
au verso, d’en arriver à la pénurie
organisée des timbres spéciaux dans les
bureaux de votes pour frauder massivement.
La technique est très simple, contrairement à ce
qu’on peut penser. Selon les diverses analyses et les informations
recueillies sur place, le pouvoir procède en deux temps.
Dans un premier temps, il créé des conditions
impossibles à gérer avec arrogance et provocation,
pour affaiblir les mécanismes de contrôle mis en
place de façon consensuelle, c’est ce qu’on
appelle la technique de la duplicité.
Dans un deuxième temps, pour inverser ce qui est
préparé la nuit dans le laboratoire RPT par rapport
au scrutin normal de jour connu de tous, le pouvoir fait monter
de plusieurs crans le climat de suspicion venant de ce cafouillage
déjà lattent pour généraliser la
confusion afin de faire passer la fraude. C’est dans ce
contexte trouble, que le RPT s’attribue le nombre de siège
voulu, allant de la majorité absolue à la majorité écrasante
comme en 2005.
Cette situation trouble qu’il a créé, c’est
le refus d’authentification des bulletins de vote par des
signatures, c’est aussi la pénurie des timbres spéciaux
d’authentification des bulletins dans les bureaux de vote
le jour du scrutin, ce qui lui permet de facto d’invalider
plusieurs bulletins votés en faveurs de l’UFC sans
raison, c'est-à-dire arbitrairement. Et tout cela sera
mis sur le dos du manque de scellés sur les urnes rapportés
au siège de la CENI, pour compliquer la tâche aux
uns et aux autres pour en arriver à diviser les membres
de cette institution entre eux. Les requins nagent toujours dans
les eaux troubles, comme tout prédateur sauvage guidé par
l’instant de conservation, ce qui est héréditaire
et génétiquement prouvé.
En réalité, il s’agit pour le RPT
de préparer deux sortes d’élections: la première,
en plein jour avec l’opposition et l’opinion nationale
en acceptant les observateurs internationaux, ce qui est
une façade cachant la ruse. Cette première qui
se déroule aux vues de tous, permet au pouvoir de capter
tout ce qui se passe en jouant le jeu de la transparence et des
médias, afin d’étudier minutieusement les éléments
fondamentaux nécessaires à la fraude, pour pouvoir
les dupliquer après coup, c’est à dire la
disparition des stocks de timbres, les bulletins de votes, les
fiches de procès verbaux, et maîtriser la technique
des scellés des urnes. Vient ensuite le temps de la deuxième
phase, qui est la vraie-fausse élection préparée
tout seul au laboratoire de la duplicité, qui remplacera
tout simplement la première phase, c'est-à-dire
la vraie élection dès lors que la nuit tombera.
Et une fois ce tour de passe-passe joué, le pouvoir donne
le feu vert pour la proclamation du résultat, de préférence
la nuit, pour ainsi éviter cette fois ci la contestation
populaire et les caméras de télévision.
L’interdiction faite aux journalistes de la presse écrite
et en ligne de rapporter les résultats des urnes dans
leurs rédactions, alors qu’ils étaient nombreux à être
témoins des dépouillements transparents réalisés
après la fermeture des bureaux de vote le soir du 14 octobre,
est un complot contre l’Etat de droit et la démocratie
au Togo. C’est le cœur du complot, le véritable
verrou contre la fraude électorale que le pouvoir a réussi à faire
sauter dès le départ, en maitrisant seul le processus.
Les journalistes sont libres et indépendants. De ce point
de vue, ils constituent un contre pouvoir d’investigation,
de recherche, dans un souci de transparence. C’est pour
cette raison que le pouvoir a réduit à néant
l’indépendance et l’action du premier ministre
Yaovi Agboyibo pour le rendre aphone, soumis, et inactif. L’homme
ne savait pas à quel point il sera finalement humilié et
ridiculisé avec 4 députés seulement au terme
de cette transition, alors qu’il sait pertinemment au fond
de lui que les Togolais lui ont confié plus de sièges
que le RPT lui en attribue. En se bagarrant contre ses alliés
naturels de l’opposition pour obtenir à n’importe
quel prix la primature sans prendre garde au système,
l’homme du CAR avait programmé son inertie politique à l’image
de Kodjo et Ayéva dont le cumul des résultats représente
0,00 %. Les voilà maintenant tous piégés
comme des débutants.
Voilà à quoi ressemble le RPT de la junte militaire
des Gnassingbé qui n’a rien à battre de la
demande d’alternance du peuple togolais depuis quatre décennies
de dictature.
Une campagne électorale nettement colorée en jaune-palmier,
seul indicateur tangible et perceptible de la vérité sortie
des urnes le 14 octobre 2007 au Togo, le RPT ne peut pas prétendre à une
quelconque victoire dont on se moque déjà dans
les coulisses diplomatiques.
Ayons une vue d’ensemble des chiffres par rapport à 3
Millions d’électeurs, pour comprendre l’ampleur
de la fraude.
S’agissant des 5% de dysfonctionnement dénoncé par
l’Union Européenne, par rapport à une masse électorale
estimée à 3 Millions de Togolais, ce sont 150.000 électeurs
qui n’ont pas pu exercer leur devoir civique du fait des
pénuries de timbres. Ce qui représente 2 fois la
ville de Sokodé qui est la deuxième grande ville
du Togo (70.000 habitants), ou encore, 3 fois la population de
la ville de Kara (47.000 habitants), et 4 fois celles d’Atakpamé (42.500
habitants) et Kpalimé (38.500 habitants), enfin, 5 fois
la ville de Dapaong (30.000 habitants) - Données démographiques MFE
en 2004.
L’Union Européenne devrait se rendre compte que
5% de dysfonctionnement représente en France la
ville de Nîmes dont l’effectif de la population est
très exactement 150.000 habitants. Elle devrait savoir également
que ce dysfonctionnement qu’elle a constaté représente
2 fois la population de la ville de Créteil en France
qui est de 87.000 habitants, soit 9 fois la ville de Fontainebleau
en région parisienne (15.000 habitants). Enfin, 150.000 électeurs,
c’est le 1/20ème de la masse d’électeurs
au Togo. Quand 10.000 bulletins élisent un député dans
le nord, cela représente 15 sièges volés
dans cette partie du pays. Peut-on accepter une telle situation
en Europe?
Selon la déclaration du Vice-président de l’UFC,
Patrick Lawson, les bulletins votés en faveur du parti
dans les circonscriptions électorales de Tchaoudjo, Bassar,
et Amou, qui ont été annulés par le pouvoir,
représentent 12.964 suffrages pour réduire
le nombre de sièges lui revenant dans ces localités,
sans compter les annulations à Lomé.
L’Union européenne doit rattraper sa bourde en
acceptant le principe d’un audit indépendant supervisé par
une partie neutre, en l’occurrence les Experts de l’ONU.
En l’absence d’un arbitrage de l’ONU, il convient
de reprendre toute l’élection dont la fraude et
les méthodes dépassent les limites du raisonnable.
Il est claire qu’une nouvelle crise vient s’ajouter à celle
déjà vieilles de 15 ans, le peuple Togolais est
toujours en crise avec les tenants du pouvoir qui organisent
et amplifient sa pauvreté. Dans de telles conditions,
l’aide au développement va droit au gaspillage.
L’audit doit déterminer les responsables du vol
ou pénurie des timbres dans les bureaux de vote le jour
du scrutin. Elle doit déterminer également, les
raisons qui justifient ces nombreuses annulations de bulletins
qui sont la conséquence directe de la pénurie de
timbres. Elle doit enfin situer les responsabilités du
pouvoir en ce qui concerne le manque de scellés sur de
nombreuses urnes.
Pour conclure, faisons le pari d’une arithmétique
de base :
3.000.000 d’électeurs correspondent à -----------------
81 sièges
X électeurs ont voté pour ---------------------------------50
sièges
Le produit des Moyens est égal au produit des extrêmes
X = 3.000.000 X 50 / 81
X= 1.851.851 électeurs ayant voté pour le RPT après
40 ans dictature, c’est archi faux ! ! !
Par Tido BRASSIER
Paris, le 24 octobre 2007
|
|