Journée politique importante au Togo
après la mascarade des législatives:
Participer à un gouvernement Faure
Gnassingbé? A quelles conditions?
13 novembre 2007
L’histoire se répète aujourd’hui au
Togo et c’est se voiler la face que de dire et faire croire
qu’à partir de ce mardi 13 novembre 2007, tout ira
pour le mieux sur la terre de nos aïeux.
Les résultats des élections législatives
du 14 octobre dernier confirment si besoin est, que la monarchie
des Gnassingbé est loin de lâcher du lest pour qu’enfin
une véritable démocratie puisse voir le jour au
Togo. Car nombreux sont les entorses qui lient l’avènement
de l’Etat de droit dans ce petit pays de la région
ouest-africaine.
Si l’on se réfère au texte fondamental,
c’est-à-dire à la Constitution tripatouillée
de décembre 2002 et la réforme de ces textes le
05 février 2005 pour que Faure Gnassingbé se voit
confier les rênes du pays, il va sans dire que la présence
des députés de l’Ufc ou celle des représentants
du Car qui regroupe (31 députés sur 81, le Rpt
se taillant la part du lion avec 50 élus), n’influera
en rien sur la politique actuelle du clan au pouvoir.
La Loi fondamentale actuelle renforce les pouvoirs du Chef de
l’Etat qui nomme et révoque le premier ministre
et les ministres comme il l’entend. Dès lors, le
législatif n’a plus de contrôle de l’exécutif
et sur la gestion du pays.
La question de la réforme de l’armée reste
plus que d’actualité et tant qu’un statut
véritable ne sera pas défini pour la grande muette
afin qu’elle ne s’immisce pas dans le débat
politique, il y a de forte chance que les forces armées
togolaises apportent leur soutien aux Gnassingbé comme
ils en ont l’habitude, du moins en ce qui concerne
ses gradés.
Le passif des assassinats politiques depuis le décès
du dictateur Eyadèma doit être soldé. Ceci à travers
un processus de dialogue et de réconciliation autour d’une
table ronde, étant entendu que l’Accord politique
global est enterré avec l’organisation des législatives
qui était son point de chute.
Les consultations que mène le chef du clan pour l’entrée
des partis politiques de l’opposition, principalement l’Ufc dans
un gouvernement, ne peuvent aller dans le sens du bonheur des
togolais que si ces paramètres ci-dessus énumérés
sont satisfaits. L’exemple de la participation du CAR et
de la CDPA dans un gouvernement Faure Gnassingbé avec
l’actuelle Constitution a montré ses limites. Elle
est taillée sur mesure pour servir qui l’on sait.
La seule loi dont le peuple s’est réellement doté demeure
la Constitution de 1992 plébiscitée à plus
de 92% qui garantit une répartition des tâches dans
toute démocratie.
L’illusion d’une participation à un gouvernement
pour changer les choses de l’intérieur ressemblera
pas moins au retour à la soupe.
Louis Dogbé, Collaborateur externe
Etiame.com
Le Togo sur le chemin de la normalisation
Le nouveau Parlement du Togo, issu des élections du 14
octobre, se réunit pour la première fois aujourd’hui à Lomé.
L’événement paraît anecdotique, il
ne l’est pas. De l’avis des observateurs étrangers
et locaux, le scrutin législatif s’est déroulé dans
de bonnes conditions. Une première depuis 1990, date du
début du processus démocratique dans cet ancien
protectorat français. Le principal parti d’opposition,
l’UFC (Union des forces pour le changement), n’a
pas contesté réellement les résultats :
le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT),
a obtenu 50 sièges, soit la majorité absolue, contre
27 pour l’UFC.
Dialogue. Au printemps 2005, l’élection présidentielle
organisée après le décès brutal du
général-président Gnassingbé Eyadèma,
avait provoqué une explosion de violences. Bilan : plusieurs
centaines de morts.
Elu dans ce contexte de brutalité débridée,
Faure Gnassingbé le fils de son père entamait
son mandat dans les pires conditions qui soient. A l’époque,
Paris assurait pourtant qu’il pouvait réformer son
pays. Trentenaire, formé à l’université de
Paris-Dauphine et aux Etats-Unis, le jeune Faure a commencé par
nommer comme conseiller spécial le juriste français
Charles Debbasch, condamné en France dans l’affaire
des détournements de fonds de la Fondation Vasarely. Comme
rupture, on fait mieux.
Mais après avoir fait cette concession au clan des durs
au sein du pouvoir togolais, le Président a su renouer
les fils du dialogue avec l’opposition et donner des gages à l’Union
européenne. Au point que Bruxelles s’apprête à reprendre
son aide économique, rompue depuis… 1993. Ces derniers
jours, Faure Gnassingbé était à Washington
pour inciter le FMI et la Banque mondiale à imiter l’Union
européenne. Pour ce faire, il a promis d’assainir
les finances et de respecter les principes de bonne gouvernance.
«Bastions». Autant d’engagements qui, s’ils
sont respectés, risquent d’aviver les tensions avec
son demi-frère Kpatcha Gnassingbé. Ce dernier,
qui occupe le poste de ministre de la Défense, s’est
octroyé au fil des années du règne de son
défunt père de lucratives rentes de situation.
L’entourage du Président assure qu’aucun ministre
n’est inamovible et que le temps des «bastions» est
révolu. «Un coup d’Etat serait suicidaire»,
prévient l’un de ses conseillers. A fortiori quand
l’UE et le FMI s’apprêtent à renouer
avec Lomé.
THOMAS HOFNUNG (Libération
Quotidien: mardi 13 novembre 2007)
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