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Ouverture politique au Togo:
Le GRAD s’interroge sur une entrée
de l’opposition au gouvernement
23 novembre 2007
Le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue,
la Démocratie et le Développement (GRAD) a suivi
avec intérêt l’évolution politique
au Togo qui a conduit aux élections législatives
anticipées du 14 octobre 2007. Depuis le dialogue inter
togolais qui a abouti à l’Accord politique global
(APG) avec ses insuffisances soulignées par le
GRAD, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le pouvoir
a minutieusement mis en place une stratégie pour donner à ces
consultations l’air d’ élections libres et
transparentes et obtenir des résultats tels qu’il
les aurait programmés.
Ainsi les résultats, tels que proclamés
par la CENI et validés par la Cour constitutionnelle,
consacrent, dans la nouvelle législature, la domination
du RPT avec cinquante (50) sièges, sur 81 sièges.
Ces résultats sont loin de donner la vraie photographie
de l’échiquier politique togolais. Par ailleurs
le GRAD pense, sans se tromper, que le scrutin du 14 Octobre
2007 traduit le besoin de changement politique pour lequel le
peuple s’est mobilisé massivement. Le GRAD ne saurait
réprimer son étonnement et son inquiétude
devant la satisfaction exprimée par les dirigeants
de certains partis politiques face à la déception
et au mécontentement de la majorité de la population.
Les Togolais continuent de s’interroger sur le sort qui
sera réservé à leurs attentes. Ils aspirent
plus que jamais à un véritable changement de système
qui tranche avec ce qu’ils ont connu depuis plus de quarante
ans.
Au lieu du mode de scrutin proportionnel de liste à la
plus forte moyenne ou au plus reste appliqué dans le cadre
d’un découpage électoral arbitraire
qui a essentiellement abouti à la partition
du pays, le GRAD reste convaincu, qu’un mode de scrutin
proportionnel de liste nationale avec quotient fixe, proposé par
le GRAD dans un document en date du 17 mai 2005, aurait donné des
résultats réalistes, équitables et plus
représentatifs de la scène politique togolaise
et leur conféré plus de crédibilité.
Ainsi, à titre d’exemple, et en prenant
les mêmes chiffres utilisés par la CENI, le GRAD
aboutit aux résultats suivants: CDPA un (1) siège,
CPP deux (2) sièges, CAR sept (7) sièges, PDR un
(1) siège, UFC trente trois (33) sièges, PDP un
(1) siège, PSR un (1) siège et le RPT trente cinq
(35) sièges.
A la lumière de ces constats, il est important de redonner
confiance au peuple togolais en menant des actions concrètes
dans le sens d’un véritable changement. Le GRAD
estime que par respect pour les électeurs et ceci dans
l’intérêt supérieur de la nation, les
partis politiques qui ont remporté des sièges
de députés à l’issue des élections
législatives du 14 octobre 2007 doivent, effectivement,
animer la vie politique du pays.
Le GRAD a, dans un document en date du 24 septembre 2007, envisagé quatre
scénarios. Nous sommes dans le cas du premier scénario
qui dit en l’occurrence «le RPT a la majorité absolue:
le système actuel reste en place et aucun changement fondamental
n’interviendrait. La réticence pour l’application
des réformes prévues dans l’APG serait particulièrement
forte en toute légitimité». Les Togolais
ne doivent pas se faire d’illusion. La marche vers la démocratie
et l’Etat de droit reste longue et pénible. Ce que
recherche, en réalité, le régime en place
c’est la reprise de la coopération avec les bailleurs
de fonds. Ceux-ci ont, posé entre autres conditions, pour
bénéficier de leur aide, l’organisation d’élections
législatives libres et transparentes. Rappelons que la
coopération avec l’Union Européenne a été suspendue
en 1993, à la suite des massacres de manifestants
en faveur de la démocratisation du pays. Mais l’Union
européenne gagnée par la lassitude face à la
crise togolaise a reconnu ces élections. Les observateurs
de leur côté ont déclaré les élections
transparentes et crédibles avant même la proclamation
des résultats provisoires par la CENI.
Le GRAD n’est certes pas contre la reprise de la coopération.
Mais seulement, il a le sentiment, qu’en ce moment, la
démocratie togolaise s’apparente à ce que
S.E.M. Van EEKELEN, ancien Ministre de la Défense des
Pays-Bas qualifie de «démocratie des donateurs
qui consiste à organiser des élections à la
limite de la régularité et à maintenir tout
juste assez de droits de l’homme pour pouvoir accéder à l’aide
internationale. Pour rendre les choses encore pires, gagner les élections
est maladroitement considéré comme une fin en soi
plutôt qu’un moyen d’atteindre des buts généraux,
c’est-à-dire mettre en application des programmes
visant la stabilité politique et le développement économique
tout court. En effet, cette démocratie-là ne
répondrait qu’aux conditions et exigences posées
par les bailleurs de fonds quitte à ce que ceux-ci ferment
les yeux et les oreilles sur certaines pratiques peu démocratiques».Croire,
dans ces conditions que la reprise de la coopération avec
les partenaires en développement comblerait à elle
seule l’attente des citoyens, serait faire preuve de métonymie.
Si l’endettement des années antérieures
n’a pas permis au Togo de se développer, ce ne sont
pas les milliards fraîchement encaissés dans les
mêmes conditions qui lui permettraient de sortir de ses
difficultés. Le changement de système va au-delà de
l’idée de coopération et de partenariat.
En effet, avant de porter le partenariat à l’extérieur,
il faut l’avoir maîtrisé à l’intérieur.
L’Etat en tant qu’entité doit créer
les conditions pour ce faire. Il doit d’abord travailler à un
véritable dialogue entre les citoyens et chercher à mobiliser
le corpus social.
Fort de sa victoire avec une majorité aussi écrasante
de députés à l’assemblée nationale,
le RPT a-t-il besoin d’en appeler à la formation
d’un gouvernement d’union nationale? Un tel
appel laisse le GRAD perplexe. Il faut craindre que cette ouverture
n’encourage l’immobilisme et le gel des réformes
nécessaires pour une sortie de crise et pour la
relance de l’économie nationale. L’expérience
récente a montré que les partis politiques qui
sont rentrés dans le gouvernement d’union nationale
suite à l’APG sans aucune garantie ont été sévèrement
sanctionnés par l’électorat. Le GRAD estime
que les partis qui sont représentés à l’Assemblée
nationale doivent assumer entièrement leur responsabilité.
En d’autres termes, le RPT doit former son gouvernement
pour gouverner et l’UFC doit accepter de jouer le rôle
d’un véritable parti d’opposition.
Il convient de noter que la nouvelle législature constitue
la principale structure pour la mise en œuvre des réformes
préconisées par l’APG. Elle devrait promouvoir
le changement souhaité et travailler dans l’esprit
du dialogue inter togolais sanctionné par l’APG
du 20 août 2006. Le programme politique du nouveau gouvernement
formé par le RPT seul ou avec ses alliés représentés
ou non à l’Assemblée nationale, doit être prioritairement
et rigoureusement défini par l’APG. Celui-ci comporte
des réformes constitutionnelles et institutionnelles qui
doivent être mises en œuvre par la nouvelle législature.
Toute mesure favorable aux réformes définies par
l’APG serait un indicateur fiable de la volonté de
changement du parti majoritaire.
Dans cette conjoncture difficile et cruciale pour l’avenir
du Togo, la société civile togolaise se doit de
faire son bilan, évaluer ses faiblesses et ses forces
en vue d’une meilleure organisation pour peser de façon
significative sur le cours de l’histoire politique du pays.
Son défi aujourd’hui est de transformer le désespoir
en espoir et de donner aux Togolais le libre choix de leur avenir.
Les Togolais doivent croire en eux-mêmes. Tous les citoyens, à commencer
par les autorités et les dirigeants politiques, doivent
savoir que la vertu est le principe cardinal de la démocratie.
Il faut nécessairement, à cet égard une
détermination à toute épreuve. Le
GRAD, dans cette perspective, apportera sa contribution. Il estime
que seul un sursaut patriotique de la part des acteurs politiques
peut sortir durablement le Togo de la crise. Un esprit de totale
abnégation et de sacrifice doit animer l’action
gouvernementale et les débats au sein de l’Assemblée
nationale
Le changement du système actuel pour aller véritablement à la
démocratie, à l’avènement de l’Etat
de droit et au progrès économique, social et culturel
s’impose et reste, par conséquent, la base de la
réflexion et de l’action du GRAD.
Lomé le 17 novembre 2007
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