Affaire «Arche de Zoé»:
l'Afrique doit dire non!
Au moment où la France réclame
ses "criminels de l'humanitaire" emprisonnés
au Tchad, l'Afrique peut-elle, a-t-elle le droit de se taire
et de laisser faire?
23 novembre 2007
Sans doute inspiré par le désormais tristement
célèbre discours de Dakar du président français,
Nicolas Sarkozy, sur une Afrique attardée et incapable
de progrès et je ne sais quelles autres inepties encore,
des citoyens français ont crû devoir bon, de venir
en Afrique, comme cela se faisait jadis, semer la «bonne
parole» civilisatrice et «salvatrice» de l'Occident,
comme à la bonne vieille époque coloniale.
Et, cela va de soi, en usant des bonnes vieilles méthodes
expéditives qui allaient avec.
S'il ne s'agissait encore que de paroles et de ruse, notre indignation
seule et nos habituelles condamnations auraient sans doute suffi,
si tant est qu'elles servent à quelque chose dans un monde
unipolaire dominé par l'Occident, qui y dicte injustement
et impunément ses lois, faisant appel aux conventions
et traités internationaux uniquement lorsque cela lui
sied.
C'est cet Occident intraitable lorsqu'il s'agit de demander
qu'on juge Hissène Habré et Charles Taylor –pour
ne citer que les cas les plus en vue- qui aujourd'hui, avec Sarkozy
en tête, demande qu'on «libère» Eric
Breteau et sa bande, que la justice tchadienne se dessaisisse
d'une affaire dans laquelle 103 petits enfants tchadiens innocents
sont des victimes.
Et d'ici j'entends le sarcasme dans quelques petits salons de
l'hexagone: «Quoi? Un petit tribunal de nègres en
train de juger des descendants de Gaullois de pure souche?» Allons
faut pas trop rêver!
Par contre, j'ai beau tendre l'oreille, j'ai beau éplucher
les médias, je ne vois nulle part trace des indignations
et des appels pressants et répétés de Human
Rights Watch, d'Amnesty International, de Global Witness…!
Après tout, que vaut la vie et la dignité d'un
misérable petit enfant africain, tchadien, face à celle
d'un «humanitaire» venu «sauver» des
vies, quitte à simuler «des blessures de guerre» sur
le corps des enfants.
Il faudra sans doute faire appel à un autre grand Français,
poète et conteur émérite celui-là,
je veux parler de Jean de la Fontaine pour comprendre cette logique à deux
vitesses de l'Occident. Le poète n'avait-t-il pas en effet
décrété depuis sa fable du Loup et de l'agneau
que «la raison du plus fort est toujours la meilleure»!
Alors, à quoi bon s'indigner si le verdict est connu
d'avance!
Mais voilà, il s'agit bien d'une affaire gravissime et
pour cela nous ne saurions nous taire, ni rester les bras croisés,
nous Africains.
Plus que des paroles blessantes ou des propos désobligeants
ou outrageants, il s'agit d'un gangstérisme néocolonial,
ni plus ni moins, fût-il d'un genre nouveau. Un gangstérisme
assaisonné à la sauce humanitaire et servi à une
Europe qui cherche à se faire bonne conscience, et qui
pour cela est prête à payer quelques petits milliers
d'euros pour «sauver» une vie, et … adopter
un enfant. Et encore si ce n'était que cela!
HAMADOU
TIDIANE SY
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