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L’Afrique, nouvel eldorado des Européens
Le Sénégal, terre d'accueil
des retraités européens
07 décembre 2007
Le coût de la vie et la beauté de la nature attirent
de plus en plus de retraités européens au Sénégal,
dans le delta du Saloum et le long de la côte atlantique.
Ces vieux Blancs profitent des plages et de la tranquillité des
lieux. Une présence diversement appréciée
par les populations locales.
Certains Européens ne viennent au Sénégal
que pour quelques jours de vacances. D’autres s’y
installent pour leur retraite. "Je veux mourir et être
enterré ici !", lance François Aurjac. Ce
toubab (homme blanc en ouoloff) originaire du sud de la France
est tombé sous le charme de Fimela, un village du delta
du Saloum, situé à 150 km au sud-est de Dakar. Âgé d'une
soixantaine d'années, François a pris sa décision
il y a cinq ans, après plusieurs séjours touristiques
dans ce village de 2 000 âmes. Signe de son désir
d'intégration, il se fait appeler Marabout, un nom généralement
attribué à un érudit ou à un guérisseur.
Dans la région, François n’est pas une exception. À Fimela
et dans les villages environnants, vivent une douzaine de retraités
européens, français mais aussi allemands et italiens. À Toubacouta,
au sud du delta, ils sont une bonne trentaine. Selon Famara Coly
Basse, adjoint au chef de village de Yaayem, près de Fimela,
la venue de ces étrangers dans cette partie du Sénégal
remonte aux années 90. "Mais, dit-il, c’est
vers les années 2000 qu’on a assisté à une
vague d’arrivées d’immigrés européens."
"Je me sens ici chez moi"
Les vieux toubabs s’installent ici pour différentes
raisons. "En tant que retraités, nous vivons mieux
ici qu’en France où la vie est chère",
estime François, qui a payé, rubis sur l’ongle,
3 millions de Fcfa (près de 4 600 €) au Conseil rural
pour un terrain afin d'y construire une grande maison qu'il n'aurait
pas eu les moyens de s'offrir dans son pays.
"Je connais bien le Sénégal. Sa stabilité m’a
séduit", explique de son côté Alain
Maffré, un de compatriotes, militaire à la retraite
depuis 1994, qui avait auparavant séjourné dans
ce pays. La soixantaine, Michel Quemener évoque quant à lui, "la
beauté du paysage" et "le calme qui y prévaut" pour
justifier son choix, il y a 5 ans. Marié à une
jeune femme sérère, cet ancien pêcheur, natif
de l’ouest de la France, semble visiblement heureux à Fimela. "Je
me sens ici chez moi", affirme-t-il.
Le cadre est, il est vrai, paradisiaque. Souvent entourés
de mangroves, les îles et les villages ressemblent à un
décor de carte postale. Ce sont de véritables havres
de paix, dans ce pays sérère, réputé pour
sa tolérance, où musulmans et chrétiens
partagent le même cimetière. Toute proche, la Réserve
de la Biosphère de la rôneraie de Keur Samba Dia,
classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est un
des hauts lieux touristiques de cette région qui attire
près d’un demi-million de visiteurs chaque année.
Bienfaits et inquiétudes
Ceux qui décident de rester ici sont plutôt bien
acceptés par les populations, qui apprécient de
les voir aider à la construction d'écoles et de
dispensaires. "En été, ils parrainent des
consultations gratuites, suivies de soins et de distributions
de médicaments contre le paludisme pour les plus pauvres",
témoigne Mamadou Sarr, le président de l’association
villageoise de Fimela. À Yaayem, ils ont construit des
campements touristiques gérés par les jeunes du
village. Famara Coly Basse révèle qu’un couple
italien y appuie l’association des tradipraticiens et encadre
l’alphabétisation des femmes.
La présence de ces immigrés crée aussi
des emplois. "Un retraité emploie au minimum trois
personnes : un gardien, un jardinier et une domestique",
se félicite Famara. Parallèlement, le petit commerce
se développe. Avec leur pouvoir d’achat élevé,
ces retraités sont de grands consommateurs de produits
locaux. À en croire Nguénar Dianko, présidente
d’un groupement féminin, les Blancs apprécieraient
particulièrement les noix de cajou, les cacahuètes
et les poulets locaux, "qu’ils achètent à des
prix bien rémunérateurs".
Dans leurs villages d’adoption, ces retraités construisent
la plupart du temps leurs villas à l'occidentale en bordure
de mer, un peu à l’écart des cases locales,
faites de paille, avec des palissades en guise de clôtures.
Leur présence, de plus en plus importante, commence cependant à susciter
certaines inquiétudes. "Cela entraîne une perte
d’autorité dans les familles, où les parents
sont de moins en moins écoutés", commente
Papa Diabel Faye du village de Djilass. Nguénar Dianko
soutient, elle, que depuis l’arrivée de ces immigrés,
bon nombre de jeunes filles ne veulent plus épouser les
garçons du village : "Presque toutes rêvent
désormais d’un toubab."
Diégane Sarr (www.syfia.info)
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