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Togo:
A propos du Rapport Final de la mission d’Observation
Electorale de l’Union Européenne
18 décembre 2007
La
Mission d’Observation Electorale déployée
par l’Union européenne (MOE) au Togo, lors des élections
législatives du 14 octobre 2007, était composée
de 94 observateurs ressortissants de 20 des 27 Etats membres
et de la Suisse, dans 31 préfectures. A cette mission
dirigée par Madame Fiona Hall, membre du parlement européen,
s’est associée une délégation de cinq
membres du parlement européen conduite par Madame Marie-Arlette
Carlotti : ce qui fait au total 100 observateurs.
A la date du 14 octobre 2007, c'est-à-dire le jour du
scrutin, ces quelques 100 observateurs venus au Togo ont pu visiter
seulement « 435 bureaux de vote, assurant une couverture
de 7,3 % de l’ensemble des 5930 bureaux de vote ».Ce
qui laisse les mains libres aux 2140 observateurs nationaux,
cordonnés par 5 ONG nationales dont on ne connaît
l’expérience, ni l’impartialité du
jugement dans un pays corrompu, où tout est arrangement,
négociation et achat de conscience.
Quand on considère les 7 % seulement du taux de couverture
assuré par l’Union européenne qui a financé le
scrutin du 14 octobre au Togo, par rapport à sa déclaration
qualifiant le scrutin de « transparent, crédible
et globalement satisfaisant » juste après la fermeture
des bureaux de vote, on peut se poser des questions sur les intentions
réelles de sa mission d’observation dans notre pays.
Une élection qu’elle qualifie de « démocratique,
transparente et globalement satisfaisante », qui ne débouche
pas sur une alternance politique à la dictature militaire
togolaise, la plus vieille et archaïque en Afrique depuis
1967, laisse pourtant planer de nombreuses zones d’ombres,
au constat des 7 % de couverture pour l’observation, ce
qui parait très insuffisant par rapport à la taille
de la gangrène politique du Togo.
Tout laisse croire que le cas Togolais est devenu un casse-tête
compliqué aux autorités européennes qui
veulent s’en débarrasser, pour ne pas être
tenus pour responsables de la dégradation économique,
politique et sociale du Togo. Surtout que la pauvreté extrême
qui sévit actuellement dans ce pays africain, touchant
2 Togolais sur 3, est génératrice de conflits sociaux
de tous ordres qui pourront éclater à tout moment.
De toutes les façons, les prémisses d’un
tel éclatement sont nettement visibles bien avant ces élections,
qui n’ont finalement rien arrangé dans ce pauvre
et malheureux pays pris en otage.
Il est important de noter surtout que les conclusions et recommandations
contenues dans le rapport final produit par la mission
d’observation électorale, sont en totale contradiction
vis-à-vis de la partie observation du dit rapport.
Certes, l’Union Européenne n’est pas responsable
du découpage électoral injuste qui ne tient pas
compte de la densité de la population par rapport à la
répartition des sièges dans les préfectures,
elle le souligne à juste titre dans le rapport.
En revanche, s’agissant du scrutin anticipé des forces de
l’ordre et de sécurité du 11 octobre, malgré certains
abus, de procurations et dérogations qui sont « une nouvelle source
de complication en termes logistiques et opérationnels » qui ont
rendu ce scrutin « poreux » conclut-elle, la mission se contredit
en affirmant qu’il s’est déroulé dans des conditions
satisfaisantes, du fait du nombre réduit des votants c'est-à-dire
10.000 électeurs. Alors que dans le même temps, elle affirme dans
son rapport que certains membres des forces de sécurité ont revoté le
14 octobre. Il y a lieu de dire très sainement que le scrutin militaire
du 11 octobre, est non seulement « poreux », mais une véritable
passoire pour la fraude électorale. Comment pouvons-nous être
sûrs qu’ils n’ont pas tous revoté le 14 octobre ? La
mission aurait dû préconiser l’annulation de la pré-votation,
qui est de toutes les façons, un cas exclusivement Togolais de manipulation
de l’institution militaire pour frauder massivement toutes les consultations électorales.
Il est extrêmement important d’attirer l’attention
de la mission sur le fait que le scrutin anticipé des
forces de l’ordre et de sécurité du 11 octobre
concernant 54 centres de vote, est une vielle tradition arbitraire
imposée dans le code électoral par le dictateur
Eyadema à des finalités frauduleuses, car c’est à partir
de cette étape que s’opère le bourrage des
urnes, et non le jour du scrutin civil. Le rapport stipule clairement
qu’après le vote du 11 octobre, « les urnes
contenant les bulletins ont été conservées
au niveau des CELI, puis ouvertes et leur contenu mêlé à celui
des urnes ordinaires le 14 ».Ont-elles été scellées
après le vote militaire du 11 octobre, et constatées
par qui lors du dé-scellage pour le vote civil du 14 ?
En l’absence d’un document officiel signé par
les membres des CELI, répondant à ces deux questions,
on peut admettre à juste titre que la fraude est passée
depuis le 11 octobre, vu la prévision du raz de marée
pour l’alternance qui a animé la campagne électorale
au profit de l’Union des Forces de Changement.
S’agissant de l’observation du dépouillement
des urnes après la fermeture des bureaux de vote le soir
du 14 octobre, la mission reconnaît les annulations massives
des bulletins de vote en faveur de l’opposition, mais minimise
son impact sur la défiguration des résultats proclamés
en faveur du pouvoir. Elle se contredit dans le même temps
en affirmant que « l’observation et la décentralisation
a néanmoins démontré que le niveau de précision
dans l’observation des procès-verbaux laissait quelque
fois à désirer, sans pour autant que ces lacunes
ne présentent un niveau alarmant ». Dans le cas
de Lomé commune, le rapport constate, mais ne dénonce
pas les 300 urnes sur 751 arrivées au siège de
la CELI sans scellées, une manœuvre qui s’est
soldée par l’attribution frauduleuse du cinquième
siège de la capitale au RPT.
La centralisation des résultats s’est déroulée
selon la mission dans « des conditions variables de transparence »,
alors qu’elle relève formellement que trois formes
de bulletins ont été finalement accepté pour
la seule journée du vote, le seul 14 octobre 2007 : « avec
autocollant – vierge, voire – dans certains cas – avec
signature ».
Si la loi ne fixe pas de délai pour la proclamation des
résultats provisoires, il est important de relever qu’elle
est faite exprès pour créer des manœuvres
savamment pensées pour mettre la confusion dans l’attente
en vue de frauder massivement.
D’une manière globale, la mission d’observation
s’est réfugiée derrière le découpage électoral
injuste imposé par le dictateur Togolais Eyadema, qui
n’a pas été corrigé lors de l’accord
politique global signé le 20 août 2006 à Lomé,
pour avaliser la mascarade électorale du 14 octobre 2007
au Togo, en permettant la reprise de la coopération sans
alternance politique. Elle avance à titre d’exemple
pour justifier cette position que « le nombre de voix pour
avoir un député dans le nord, notamment à Assoli
est de 11.469, alors qu’il en faut 127.071 voix pour un
siège dans le Golf, c'est-à-dire dans le sud.
Concernant les conditions d’accès à la candidature,
les critères de nationalité varient d’une élection à l’autre,
relève le rapport. Par exemple, pour être candidat à l’élection
présidentielle, il faut être de nationalité Togolaise
exclusivement. S’agissant des élections législatives,
il faut être de nationalité Togolaise à la
naissance. Et pour les élections locales c'est-à-dire
municipales et cantonales, il faut être de nationalité togolaise.
Quel pays ! ! ! Voilà la preuve qu’il existe
au moins trois types de Togolais devant la loi qui est
censée être la même pour tous.
Au sujet des critères d’âge, il faut avoir
35 ans au moins pour les présidentielles, et 25 ans au
moins pour les élections législatives et locales.
Les critères de résidences sur le territoire sont
de 12 mois au moins, et ne concernent que les élections
présidentielles pour éliminer d’office le
leader de l’UCF, ainsi que plus d’un million de Togolais
vivant hors du territoire national.
N’abordons surtout pas les critères de quitus fiscal
et le certificat médical, quand les hôpitaux ne
sont pas dans les normes internationales au Togo, encore moins
l’administration fiscale qui est la proie des vautours
qui gouvernent notre pays.
Encore que le dépôt de caution reste extrêmement élevé par
rapport à la moyenne sous régionale, pour les législatives
qui se situe entre 50.000 et 100.000 francs Cfa.
Aux vues de toutes ces observations, le rapport va insister
sur l’urgence et la nécessité des réformes, « notamment
dans le cadre institutionnel et légal (constitution, code électorale,
la justice), l’administration électorale (CENI et
un service juridique interne), le fichier électorale,
les médias et l’éducation civique de la population.
QUE CONCLURE APRES ANALYSE DE CE RAPPORT?
Il est impératif de constater déjà que
la mission d’observation électorale de l’Union
européenne précise que : son rapport au sujet des
législatives du 14 octobre au Togo, «n’est
pas un rapport, ni adopté ni approuvé de quelque
façon que ce soit par la Commission européenne.
La Commission européenne ne garantie pas l’exactitude
des données figurant dans ce rapport et décline également
toute responsabilité quant à l’usage qui
peut en être fait».
On peut se poser la question de savoir pourquoi finance-t-elle
alors ces élections, et pire, pourquoi vient-elle l’observer,
et produire un rapport ? ? ? Pourquoi conduit-elle alors des
missions d’évaluation des 22 engagements pris par
les autorités Togolaises en 2004 ?
En notifiant au gouvernement Togolais la reprise d’une « coopération
pleine et entière » aux termes de ces législatives
frauduleuses du 14 octobre 2007, elle a déjà débloqué à nos
autorités corrompus, près de 40 millions d’euro,
soit 26 milliards de francs Cfa au titre du 9ème Fonds
européen de développement (FED). Le 10ème
Fond est désormais programmé pour un montant de
123 millions d’euro, environ 80 milliards de francs Cfa,
pour un cumul de 163 millions d’euros, soit 106 milliards
de francs Cfa environ.
106 milliards de francs Cfa est une somme ridicule par rapport
au PIB du Togo en 2006 qui est de 2.0 % c'est-à-dire 1,153.6
milliards de francs Cfa (Mille cent cinquante trois Milliards
et 600 Millions de francs Cfa), ce qui ne représente même
pas 10 % de notre PIB. (Sources : Commission de l’UEMOA,
Comité de Convergence et BCAO avril 2007)
1,153.6 Milliards correspondent à ……………………100
% du PIB
106 Milliards correspondent à ………………………..X
% du PIB
X = 106 x 100 / 1153.6
X = 9.18 %
L’aide au développement de l’Union européenne
pour le Togo représente 9.18 % du PIB Togolais en 2006.
Les Togolais ont intérêt à travailler sérieusement
eux-mêmes pour créer des richesses nationales en
vue de développer leur pays. Ce petit cadeau « poreux » des
106 Milliards de francs Cfa, n’est qu’une gouttelette
d’eau dans la mer face au redressement économique
de notre pays.
Par rapport à la dégradation avancée de
l’économie togolaise, et le risque très élevé de
déséquilibre des grands secteurs macroéconomiques
de la production nationale, la longue file d’attente des
arriérés de salaires, les infrastructures sanitaires
en décomposition significative dont l’eau, l’électricité,
l’hôpital public, l’état de déconfiture
des routes, des bâtiments publics de l’administration
et l’éducation nationale, ces quelques ridicules
106 milliards remis dans les mains d’un pouvoir déjà corrompu
ne résoudront absolument rien. Et pour cause, allez demander
un devis chez Bouygues-Construction pour la remise en état
de l’asphalte sur nos routes, vous avez déjà dépensé plus
de 106 milliards d’euro.
9,18 % du PIB que représente l’aide au développement,
est déjà engloutie par les dépenses exceptionnelles
et discrétionnaires du gouvernement et la présidence
de la république, c'est-à-dire, les notes de téléphones,
le carburant, les missions, l’équipement des forces
armées et de sécurité, achat d’avions,
maintenances et réparations diverses, sans compter la
cagnotte qui s’envolent vers les paradis fiscaux sous forme
de sociétés virtuelles et écrans.
Il faut souligner enfin qu’à la différence
de l’Union européenne dont l’action est exclusivement
basée sur l’aide au développement, la Banque
Mondiale et le FMI, ne font pas des cadeaux aux dictateurs. Leur
financement est un prêt accompagné d’un tableau
d’amortissement et un échéancier. Attention
! ! ! A la moindre créance non respectée, le pouvoir
se retrouvera face à ses problèmes antérieurs
qu’il fait semblant d’ignorer, comme en Guinée-Conakry
où le programme FRPC (Facilité Pour la Réduction
de la Pauvreté et la Croissance) permettant le statut
des PPTE (Pays Pauvres et Très Endettés) pour l’allègement
de la dette extérieure publique a été suspendu
sans ménagement ni sommation au pouvoir dictatorial guinéen.
La dette publique totale est de 1,106.4 Milliards de francs Cfa,
en 2006, dont 840 Milliards pour la dette extérieure et
264,6 Milliards pour la dette intérieure, alors que l’aide
pour laquelle les autorités togolaises dansent depuis
le 14 octobre, est de 106 Milliards de francs Cfa.
1,106.4 Milliards correspondent à …………………….100
% de la dette publique totale
106 Milliards correspondent à…………………………....X
% du taux de la dette
X= 106 x 100 / 1,106.4
X= 9.58 %
L’aide au développement de l’Union européenne
représente 9.58 % de la dette publique totale du Togo
en 2006. (Données de l’UEMOA / BCAO avril 2007)
Que feront les autorités Togolaises dans une telle situation à venir
? Quand on sait que ce pouvoir corrompu ne pourra pas faire des
bénéfices afin d’honorer ces créances
vis-à-vis des bailleurs de Fonds. Sont-ils conscients
qu’ils marchent sur des œufs ? Surtout, lorsqu’on
constate que pour le RPT l’aide au développement
de l’Union européenne est une fin en soi. Si non,
pourquoi sont-t-ils en train de danser depuis le 14 octobre sans
se soucier des défis vitaux qui les attendent?
Les pays Africains doivent avoir le courage de dire non à l’aide
au développement de l’Union européenne, qui
est un cadeau empoisonné, qui ne règle rien en
réalité (9,18 % du PIB au Togo) par rapport à l’enjeu
de développement et la démocratisation du continent
qui est une affaire des Africains c'est-à-dire entre pouvoir,
opposition et société civile. Cette aide permet
aux Européens de s’ingérer dans les affaires
intérieures des pays africains, au moment même où,
ces derniers sont sévèrement concurrencés
par la diversité de nos partenaires dont l’Inde,
le Brésil, la Chine, les USA, et d’autres. Il faut
savoir arrêter cette mécanique, c'est-à-dire
ce plan de vassalisation de l’Afrique. Il faut savoir que
l’Afrique est devenu un eldorado des industriels européens à la
recherche de la rente énergétique, minière
et agricole, en se réservant le droit de la fixation du
prix de ces matières premières sur le marché continental
au détriment de l’industrialisation du continent,
justement à cause de cette aide au développement
qui la lie aux puissances européennes.
Au-delà de ces arrangements électoraux aux travers
des 22 engagements par-ci, au Togo, et des mémorandums
par-là, en Guinée, l’Afrique a besoin des
alternances crédibles pour changer les équipes
qui ont littéralement échoué en conduisant
les peuples dans la misère et la pauvreté extrême.
Au-delà de cette alternance politique, qui n’est
qu’un moyen rappelons-le, non seulement il faut changer
les hommes, il s’agit de changer surtout les comportements,
les mentalités, la façon de penser, de vivre, pour
concevoir autrement l’existence humaine face aux stratégies
de développement en Afrique.
Par Tido BRASSIER, Paris, le 7 décembre 2007
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