|
Europe: Sans-papiers
et sans soins
21 décembre 2007
Un migrant sans-papiers sur quatre seulement a accès à une
couverture médicale en Europe, a révélé,
fin septembre, Médecins du Monde, à l'occasion
du dernier conseil européen des ministres de la Santé.
Ils y ont droit, mais le manque d’information et la peur
d’être dénoncés constituent autant
d’obstacles.
"Les sans-papiers sont les plus vulnérables aux
maladies, et en même temps les plus éloignés
des systèmes de soins. Seul un tiers de ces migrants atteints
de maladies chroniques bénéficie d'un traitement",
relève le Dr Teresa Gonzalez, présidente de Médecins
du Monde Espagne.
À l’occasion du Conseil européen des ministres
de la Santé, à Lisbonne (Portugal), les 27 et 28
septembre derniers, Médecins du Monde (MDM) présentait à Bruxelles
(Belgique), le premier Observatoire européen de l’accès
aux soins de santé, une étude réalisée
dans 7 pays: Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie,
Portugal et Royaume-Uni. 835 personnes étrangères
et en situation irrégulière ont été interrogées,
dont près d’une sur trois issues d’Afrique
subsaharienne, principalement du Cameroun, du Nigeria, du Sénégal
et de la RD Congo.
En Europe, les personnes sans titre de séjour vivent
dans des conditions difficiles: 40 % considèrent leur
logement comme précaire, 11 % vivent dans la rue, toutes
sont quasi sans ressources. 21 % considèrent leur état
de santé comme mauvais ou très mauvais.
La santé est pourtant un droit fondamental que les États
européens se sont engagés à promouvoir.
La Charte sociale européenne prévoit en effet l’assistance
médicale à toute personne démunie de ressources
suffisantes (art. 13). Dans la pratique, ce droit n’est
pas toujours respecté, en particulier lorsqu’il
s’agit des sans-papiers. Les systèmes de soins des États
membres sont encore trop disparates et n’offrent pas tous
le même niveau. "En principe, en Belgique, tous les
sans-papiers ont accès aux soins via l’Aide médicale
urgente (AMU), illustre Michel Degueldre, président de
MDM Belgique. En pratique, c'est plus complexe."
"Elle ne savait pas…"
"78 % des migrants irréguliers peuvent, en théorie et au
vu de la législation du pays, bénéficier d’une couverture
santé. Dans les faits, seuls 24 % en profitent concrètement",
précise le Dr Françoise Jeanson, ancienne présidente de
MDM France. Cela s’explique notamment par un certain déficit d’information
auquel ces sans-papiers sont confrontés. Un tiers d’entre eux
ne sont en effet pas informés de leur droit à une couverture
santé. La moitié "ignorent qu'ils peuvent faire gratuitement
un dépistage du VIH et près de deux tiers que certains traitements
contre cette maladie sont gratuits", ajoute Teresa Gonzalez, appuyée
par ce témoignage d’un bénévole de MDM France, au
sujet d’une femme d’origine sénégalaise : "Elle
est venue chez nous pour son problème de santé, une hépatite
C doublée d'une syphilis. J'ai évoqué avec elle le dépistage
du VIH. Elle ne savait pas, qu'en France, il était possible de faire
le test gratuitement ! Là-bas, au Sénégal, c'était
son cadeau d’anniversaire…"
De même, une petite proportion seulement sait que, dans
chacun de ces pays européens, les enfants peuvent bénéficier
gratuitement de vaccins.
Ignorer où se faire soigner représente également
un obstacle pour les plus démunis. S’y ajoutent
le coût, les difficultés administratives, une peur
de la dénonciation et de la discrimination, les barrières
linguistiques et culturelles. Des difficultés dont témoigne
une migrante d'une vingtaine d'années, auprès d’un
centre de MDM aux Pays-Bas : "J'ai eu des saignements internes,
mais j'ai retardé la consultation parce que j'avais très
peur d’aller à l'hôpital et qu'on appelle
la police. C'est devenu trop urgent et j'ai dû m'y rendre.
Si j'avais attendu plus encore, je n'aurais probablement pas
survécu. Aujourd'hui, je vais bien, mais je suis très
inquiète du montant de la facture…"
Se faire soigner sans peur
MDM veut placer la santé parmi les objectifs prioritaires
de l’Union européenne (UE), afin de diminuer les
inégalités sociales. "Les lois doivent être
appliquées, les gens informés et les démarches
simplifiées", défend le Dr Jeanson. "Il
faut élargir la route pour que les sans-papiers puissent
se faire soigner sans peur. Ici, on se cache comme des bêtes",
confie la patiente d'origine sénégalaise déjà citée à MDM
France.
L’association demande à l’UE de s’accorder
sur des normes contraignantes qui obligeraient chaque pays à assurer
concrètement l’accès aux soins des migrants,
quel que soit leur statut administratif. "La santé est
un bien global. Or, les différences sont bien trop grandes
entre les personnes en situation régulière et celles
qui sont sans papiers", argumente-t-elle.
MDM demande également de ne pas expulser, mais de régulariser
les migrants gravement malades qui ne peuvent être soignés
dans leur pays d’origine, et de leur garantir l’accès
aux soins. "Renvoyer un malade du cancer en RD Congo, par
exemple, c'est un peu le condamner à mort…",
ajoute le Dr Jeanson. L’association, faisant référence
aux "valeurs" européennes, demande un accès égal à la
santé pour tous, et gratuit pour les plus vulnérables.
Pauline Bourtembourg (Syfia Belgique)
www.syfia.info
|
|