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Vœux de Nouvel an du GRAD:
La reconquête de la dignité du
citoyen togolais
07 janvier 2008
Le GRAD, en ce début d’année, a choisi pour
toutes les Togolaises et pour tous les Togolais, la santé,
la paix, la joie, la prospérité et, surtout, le
changement auquel ils aspirent ardemment. Il reste persuadé que
2008 sera l’année d’un nouveau système
que nous appelons de tous nos vœux. Cela nécessite
au préalable que chacun fasse une introspection
pour chasser de son cœur toutes sortes de vielles choses
accumulées en vue d’adapter ses comportements et
ses modes de fonctionnement à notre désir commun
de vivre ensemble dans l’amour et dans la paix. Il nous
faut dès lors, cultiver les valeurs fondamentales qui
peuvent nous inspirer ou, mieux encore, nous rassembler. Pour
le GRAD, tout ceci n’est possible que si le Togolais retrouve
sa dignité. En vous souhaitant une bonne et heureuse année
2008, le GRAD est heureux de pouvoir partager avec vous ses idées
sur la reconquête de la dignité.
La reconquête de la dignité du
citoyen togolais
Le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue
la Démocratie et le Développement (GRAD), continue
de porter son regard critique sur la délicate situation
socio politique du Togo, surtout au lendemain des élections
législatives du 14 octobre 2007. Il fait les constats
et les recommandations suivants:
1. La classe politique est décrédibilisée
car, elle semble se préoccuper peu de l’intérêt
général. Ses principaux acteurs sont plus passionnés
par les avantages et privilèges attachés à leurs
fonctions. Ils s’efforcent même d’institutionnaliser
ces privilèges tout en cherchant à se préserver
de toute alternance au poste. Leur devise «j’y suis
j’y reste peu importent les résultats acquis»,
les rend allergiques à tout ce qui s’apparente à la
diversité. Ils affectionnent les cumuls de postes et de
mandats.
2. Les nouveaux prétendants, sans stratégies propres
ni programmes, s’associent, sans état d’âme, à tout
ce qu’on leur propose. Et, pourtant, nous ne sommes plus
au temps du parti unique où le choix de la carrière
politique était pratiquement imposé. Aujourd’hui,
devenir d’abord Ministre, même sans portefeuille,
semble être l’objectif primordial. Mais, pour ce
qu’on doit faire pour l’avènement de la démocratie
et pour l’émancipation de notre chère patrie
devient une préoccupation mineure et rejetée à plus
tard, aux calendres grecques.
3. La Chefferie traditionnelle, de plus en plus déconsidérée
par les autorités politiques, manque de moyens appropriés
et d’encadrement adéquat. Son autorité s’est
effritée au fil du temps, au point que la population ne
lui accorde plus aucun crédit. Elle est de moins en moins
acceptée par celle-ci qui voit en elle une institution
manipulée.
4. La jeunesse est synonyme d’insécurité.
Elle est considérée comme le facteur déstabilisant
pour la société. On ne lui témoigne aucun égard
et on se plait à évoquer son manque de civisme
et ses errements politiques. Elle est traitée de frondeuse
inconséquente, de manipulée, d’incontrôlée,
de liseuse de motion, mais jamais de chercheuse d’emploi
sécurisé. On se refuse de l’écouter,
de l’amener au dialogue et aux débats sérieux
sur les enjeux du pays. Ainsi, le mot jeunesse rime avec
la rue et la violence.
5. Le débat est, au niveau de l’Etat, très
personnalisé comme au temps du parti unique. Dans les
discours officiels, c’est le chef seul qui initie et décide
de tout. C’est sous son impulsion, et mieux, avec son implication
personnelle, que tout se fait. Est-ce un aveu d’incompétence
des collaborateurs, une preuve d’humilité ou la
reconnaissance d’une dette morale envers le Chef? On ne
saurait le dire.
Il en résulte:
1. Le concept
galvaudé de la démocratie
2. L’achat
de conscience qui s’est généralisé et
touche à toutes les couches sociales.
3. Les récupérations
qui font recette
4. Le vote du
citoyen togolais qui se fait davantage sans conviction
pour des personnes et non pour des programmes qui d’ailleurs
sont rares
5. le culte de
la personnalité qui reprend et qui ne cadre pas avec la
démocratie.
Ces faits extrêmement graves interpellent tout Togolais à une
réflexion de fond sur les raisons qui ont conduit à ces
actes et sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter
qu’ils ne se reproduisent.
Le Togo est un pays multiethnique et multiculturel. Quelle richesse
incommensurable pour ce petit pays! C’est ainsi qu’il
faut le comprendre, l’accepter et œuvrer à y
réduire les discriminations de tout genre afin de permettre à ses
fils de vivre ensemble. Malheureusement les problèmes
y sont nombreux. Le plus important et seul dénominateur
commun se trouve être la paupérisation généralisée à laquelle
ont conduit la population les quarante années de gestion
calamiteuse du Togo.
La pauvreté: source de perte de l’estime
personnelle
Les richesses sont aujourd’hui dans les mains d’une
minorité qui demande à la majorité des
efforts qu’elle se refuse elle-même de faire. Ainsi,
l’écart se creuse chaque jour davantage entre riches
et pauvres. La situation et l’ampleur de la pauvreté rapportées
dans l’étude diagnostique de 1994 et les différentes
enquêtes QUIBB (Questionnaire Unifié des Indicateurs
de Base du Bien-être) révèlent une évolution
inquiétante du phénomène. De nombreuses
familles vivent dans la précarité et dans une extrême
pauvreté. 72 % de la population sont pauvres et 57 % le
sont à l’extrême avec des seuils de revenus
respectifs de 90 000 F. CFA (164 équivalents US dollars)
et de 70 000 F. CFA (127 équivalents US dollars) par
an. La plus récente enquête QUIBB, réalisée
en juillet/août 2006, montre que l’incidence de la
pauvreté monétaire est de 61,7 % de la population
soit environ 3.242.257 individus repartis dans 535.486 ménages.
La pauvreté est plus accentuée en zones rurales
(79,9 %) où l’incidence est de 74,3 %. Elle touche
plus les femmes, les enfants de bas âges, les vieillards
et les enfants abandonnés, les handicapés, les
chômeurs et les personnes déplacées. En terme
géographique, les pauvres se concentrent dans les
régions, maritime et des Plateaux qui totalisent, tous
deux, 44,6 % des pauvres du pays suivi des régions Centrale et
Kara et de la région des Savanes où l’incidence
est la plus élevée (90,5 %). Un documentaire produit
avec l’appui de la Banque mondiale est difficile à visionner
en raison d’images pénibles à voir. C’est
une offense à nos valeurs car, pour les Togolais, «un
individu pauvre vit aux dépens des autres et est synonyme
de perte de l’estime personnelle». Voilà pourquoi
le Togolais, victime de l’indigence, ne se respecte
plus et ne respecte plus son voisin. Ce n’est donc pas
de gaîté de cœur que les citoyens vendent
leur conscience. Que leur faudrait-il pour reconquérir
leur dignité perdue ?
La démocratie: un concept universel
Le GRAD se demande, si, au Togo, on peut faire de la politique
en restant digne de la confiance des autres, en témoignant
de la fidélité et de la solidarité envers
ses compatriotes, et par-delà, de la nation ? Pour le
GRAD, vouloir la démocratie et l’Etat de droit,
est un engagement qui requiert beaucoup de lucidité,
c’est-à-dire, percevoir les problèmes,
leur apporter les solutions adéquates, faire preuve
de courage, d’honnêteté et de respect envers
tous ceux qui nous font confiance et, surtout, être solidaires
avec eux. Il s’agit, au demeurant, de se mettre à leur
service sans se prévaloir de ses propres intérêts
immédiats. La démocratie, concept universel,
ne saurait se limiter à une simple rhétorique,
lorsque l’on sait, soi-même, qu’on est prêt à la
brader à n’importe quel prix, avec ce risque de la
transformer en un self-service qui ne correspond pas à l’attente
des citoyens. Le GRAD pense qu’il est de l’intérêt
des pouvoirs publics de voir le changement tant souhaité par
le peuple aboutir. Que faire et pourquoi y a-t-il tant de difficulté à y
parvenir ? Le GRAD pense que nous disposons, aujourd’hui,
de suffisamment de recul, pour évaluer la part de responsabilité des
différents acteurs de la classe politique et de la société civile
dans l’échec de notre processus démocratique
et les conséquences de cet échec. Car, comme
le dit le penseur TCHOUANG, «la plupart des hommes politiques
qui assurent le Gouvernement de ‘’ l’Etat ‘’ voient
les avantages du système instauré.., mais non
ses défauts, en sorte qu’ils s’abandonnent à la
fortune dans le Gouvernement d’une nation. Ainsi, la
ruine est presque certaine : on a à peine une chance
sur dix mille de s’en tirer».
Quel est aujourd’hui notre idéal?
Rappelons qu’il y a eu ici dans notre pays des Togolais
qui se sont montrés dignes. Le cas, entre autres, «des
déportés de Mango», au début des
années 20, qui ont été conduits hors de
leur milieu pour avoir refusé de signer avec les colons
français des accords contraires à leur conviction.
C’est un exemple de dignité à suivre.
Une meilleure prise en charge de l’administration
de l’Etat
L’effet de cette pauvreté se sent même au
niveau de l’Etat. Le manque de responsabilité, clairement
définie et bien assumée, engendre des comportements
peu orthodoxes qui faussent la règle du jeu. En effet,
est-il besoin, que des fonctionnaires des Institutions de Bretton
Woods réunissent presque tout le cabinet ministériel
pour lui rendre compte des conclusions de leur mission. Cette
particularité togolaise amène à s’interroger
sur l’organisation réelle de notre administration.
Il n’est pas rare de voir les Politiques se substituer
aux techniciens qui eux ne font que de la figuration. Un homme
politique soucieux du bien commun doit réunir des qualités
exceptionnelles, être un organisateur sachant motiver les
hommes et un éducateur hors ligne à travers son
comportement et ses exemples pratiques.
Il est temps de localiser clairement la responsabilité finale
des décisions et d’établir une complémentarité entre
les fonctions et entre les hommes. Le Togo doit se prendre en
charge et s’affirmer vis-à-vis des institutions étrangères
pour ne pas tirer prétexte de tout échec éventuel
du programme du gouvernement pour dire aux Togolais que c’est
le FMI et la Banque Mondiale qui ont dicté au Togo le
programme. Dans ce contexte, il aurait été plus
sage d’avoir une vision et un programme conséquent à soumettre
et à discuter avec les partenaires en développement
plutôt que d’attendre de ces derniers les directives
sur ce que nous devons faire pour notre propre développement.
Cela rendra la tâche plus facile pour les parties en présence
et donnera plus de sens à la souveraineté du pays
qui a un contenu au-delà du mot.
Soulager la misère et rendre le Togolais digne
Le Togo vient d’initier, avec le concours des institutions
de Breton Woods, un programme de réduction de la pauvreté qui
doit, en principe, permettre de corriger les symptômes
les plus criants et d’enrayer la misère en pesant
sur les facteurs qui y conduisent et en apportant les moyens
pour en sortir. Les attentes des populations tournent autour
de trois points : le soutien dans le domaine social : (éducation,
santé, eau potable, approvisionnement en produits de premières
nécessité), la promotion de l’emploi des
jeunes, activités génératrices de revenus,
accès au crédit), la promotion de la bonne gouvernance
qui débouche sur plus de justice, moins de corruption
et une équité dans la récompense de l’effort
de chacun.
La situation politique a quelque peu évolué avec
les élections législatives du 14 octobre 2007.
Les résultats du scrutin montrent clairement, au-delà de
leur interprétation officielle, que les Togolais ont voté pour
le changement de politique. La nouvelle Assemblée qui
en est issue doit fonctionner et poursuivre les reformes institutionnelles
et constitutionnelles prévues dans l’Accord Politique
Global (APG). Les partis qui ont gagné ces élections
doivent assumer leur entière responsabilité et
favoriser les dites reformes notamment : la mise en place du
Sénat, de la Cour des Comptes, du Conseil Economique et
Social. Ils doivent veiller à l’assainissement économique
et financier (loi des finances et loi des règlements des
finances), revoir les mécanismes générateurs
de recettes et œuvrer à instaurer le dialogue à tous
les échelons entre pouvoirs publics et les secteurs privés
et communautaires. Par ailleurs, ils doivent se préoccuper
de l’élaboration et de l’application des lois
sur la décentralisation avant les élections locales.
Voilà pourquoi, tous ceux qui prônent le changement
doivent honorer leurs promesses et relever le défi de
reconstruire le pays et d’y réduire la pauvreté.
Il faut pour cela des reformes assorties de politiques cohérentes
et intégrées et un marché de travail prospère.
Il faut s’attaquer à l’inégalité.
C’est pourquoi avant de se réjouir de la reprise
de la coopération, il faut au préalable se convaincre
que notre réussite dépendra de nous-mêmes
et non des autres. L’argent des bailleurs ne sera en définitif
qu’un appoint ou un catalyseur. La véritable tâche
qui nous incombe c’est de nous doter d’un système
qu’il nous faut bâtir. La réussite de nos
objectifs économiques et sociaux passe par la prise de
conscience des gouvernants et aussi des gouvernés. La
primauté et l’importance de la bonne gouvernance
sont fondamentales et constituent, au reste, des préalables à cette
réussite. Les reformes à engager doivent avoir
comme priorités : la mise en place des institutions opérationnelles,
l’instauration d’une réelle transparence si
l’on veut mettre fin à la corruption, et promouvoir
le respect des droits de l’homme et de la démocratie.
La culture de rendre compte doit désormais s’insérer
dans nos mœurs.
Aujourd’hui, la majorité des Togolais parle du
découpage électoral comme si c’est le talon
d’Achille, car elle estime que c’est un point qu’il
va falloir aborder avec toute l’attention requise. En effet,
l’équité des prochaines échéances électorales
en dépend énormément. Dans le nouveau gouvernement,
le portefeuille de l’Administration territoriale, de la
Décentralisation et des Collectivités locales est
confié à une personnalité du RPT, parti
qui est le grand vainqueur des élections législatives.
Est-ce pour souligner l’importance de ce ministère
dans l’organisation des futures élections locales
que celui-ci est érigé en Ministère d’Etat
? Le GRAD qui attache une grande importance à ces élections
pour la promotion de la démocratie à la base, invite
tous les Togolais à rester attentifs et vigilants aux
propositions et aux changements qui vont leur être soumis à cet égard
et à s’opposer à ceux qui n’iraient
pas dans le sens de l’équité.
Lomé le 4 janvier 2008
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