Relations France-Afrique:
Un gabonais expulsé de Paris, la communauté gabonaise
de France humiliée, indignée et en colère
10 janvier 2008
Dans le communiqué de presse en soutien aux sans papiers,
publié sur le site du quotidien des sans papiers, Henri
Braun (avocat) dénonce le fait que: «Paul Wem ait été expulsé vers
le Gabon le 4 janvier 2008 alors que le Tribunal administratif
de Melun n’avait pas encore statué sur le recours
formé la veille contre son APRF (Arrêté Préfectoral
de Reconduite à la Frontière). L’avocat souligne
qu’il s’agit là d’une véritable
voie de fait.
Le centre de rétention du Mesnil-Amelot a communiqué à son
avocate une note du greffier du Tribunal indiquant qu’il
n’y aurait pas d’audience en raison du caractère
tardif du recours. Cette note n’a pas valeur de décision
de justice et seul un Juge était habilité à vérifier
la notification de l’arrêté, la mention des
voies de recours et donc à décider du caractère
tardif ou non du recours. La règle fondamentale selon
laquelle le recours contre un APRF a un caractère suspensif
a donc été délibérément violée
par l’administration qui n’hésite pas à bafouer
le droit pour mettre en œuvre sa politique inhumaine d’expulsions
massives.
Une telle action est passible de poursuites pénales car
l’obéissance d’un fonctionnaire aux instructions
de ses supérieurs hiérarchiques ne lui permet pas
de s’exonérer de sa responsabilité pénale
lorsqu’il commet un acte manifestement illégal (art.
122-4 alinéa 2 du Code pénal).
Les autorités françaises ont réussi à obtenir
un laissez-passer du consulat gabonais sans que Paul Wem leur
ait été présenté ce qui a permis
son expulsion aujourd’hui à 12h16 alors que sa période
de rétention prenait fin à 12h30. Un tel acharnement
s’explique simplement par le fait que Paul Wem avait entamé une
grève de la faim pour protester contre les conditions
de vie au centre de rétention du Mesnil-Amelot. La répression
s’abat ainsi sur un des porte-paroles du mouvement des
sans-papiers parqués dans les centres de rétention,
coupable seulement d’avoir voulu exercer les droits fondamentaux
qui sont ceux de chaque être humain : liberté d’expression,
de communication, de réunion et d’association.» Conclut
l’avocat.
La prévarication administrative qui entoure l’expulsion
précipitée de M. Wem ne laisse pas indifférent de
nombreuses associations de défense des droits des gabonais
en France et notamment la Maison du Gabon de Toulouse qui était
en contact avec Paul Wem jusqu’au dernier moment avant
son expulsion vers le Gabon. Ce dernier était confiant,
et pensait qu’au bout de quinze jours, les autorités
françaises allaient le relâcher et nous confiait
qu’il comptait sur son avocate pour assurer sa défense.
Il nous a aussi fait savoir qu’une lettre ouverte de la
coordination des grévistes du centre de rétention
de Mesnil Amelot aux 33 consuls des pays dont ils sont originaires
a été adressée au Consulat Général
du Gabon par télécopie.
Mais que fait le Gabon pour assurer la protection
de ses ressortissants en France?
Les autorités diplomatiques gabonaises étaient
comme par hasard injoignables au téléphone le 3
et le 4 janvier 2008 alors qu’elles ont pour mission de
protéger les ressortissants gabonais de France et de défendre
leurs intérêts face à un Etat tiers. Nos
autorités consulaires et les associations de défense
des droits des gabonais savent que les ressortissants gabonais
en France et les ressortissants français au Gabon bénéficient
de garanties juridiques très fortes. Illégale sur
le plan juridique interne, l’expulsion de M. Wem viole
de surcroît les accords bilatéraux entre la France
et le Gabon.
Dans le sillage du cas de Paul Wem, nous avons constaté que
de nombreux compatriotes, lorsqu’ils faisaient l’objet
d’une invitation à quitter le territoire français
ou qu’ils faisaient tout simplement l’objet d’un
arrêté de reconduite à la frontière,
quittaient effectivement le sol français ou étaient
mis en centre de rétention alors qu’ils avaient
pour la plupart déposés des recours devant la justice
conformément aux délais légaux mentionnés
obligatoirement dans la décision administrative.
Cette manière de traiter les ressortissants gabonais
ne tient pas compte des accords franco-gabonais d’établissement
et des accords judiciaires conclus entre les deux pays.
Monsieur Paul Wem était couvert par l’accord multilatéral
sur les droits fondamentaux conclue par la France le 22 juin
1960 et signé par le Gabon le 15 août 1960. L’article
2, alinéa 1 de cet accord stipule que les ressortissants
gabonais peuvent renter librement sur le territoire français,
y voyager, y établir leur résidence dans le lieu
de leur choix et en sortir. Cet accord n’ayant jamais été abrogé par
l’Etat français dans sa relation avec le Gabon,
ce qui explique la raison pour laquelle les mesures de
reconduite à la frontière appliquées aux étrangers
dont le titre de séjour n’est plus valide ne sont
pas appliquées aux ressortissants français au Gabon.
Par ailleurs, selon la convention franco-gabonaise d’établissement
(décret n°2004-684 du 8 juillet 2004) les ressortissants
gabonais en France ont le droit d’accéder à la
justice dans les mêmes conditions que les français
; l’article 5 alinéa 1 : précise que « Chacune
des parties contractantes s’engage à accorder sur
son territoire un traitement juste et équitable aux biens,
droits et intérêts appartenant aux nationaux de
l’autres partie, à leur assurer la pleine protection
légale et judiciaire et à faire en sorte que l’exercice
de droit ainsi reconnu ne soit pas entravé. Ce droit doit
s’entendre à la possibilité de former un
recours ou une requête et d’avoir l’assurance
d’entendre le verdict et d’épuiser tous ses
recours au fond y compris devant la justice européenne.
Mais encore selon l’article 21 la convention franco-gabonaise
d’aide mutuelle judiciaire d’exequatur des jugements
et d’extradition du 23 juillet 1963: «Les ressortissants
gabonais jouiront sur le territoire français du bénéfice
de l’assistance judiciaire dans les mêmes conditions
que les citoyens français, pourvu qu’ils se conforment à la
loi du pays dans lequel l’assistance sera demandée».
Seulement, devant le tribunal administratif, le délai
moyen qui sépare le dépôt d’une requête
de son jugement au fond est compris entre sept mois et deux ans
et demi selon le tribunal. Ce délai s’explique en
partie par le temps nécessaire aux échanges de
mémoires. C'est-à-dire les documents, nécessaires écrits,
au moyen desquels chaque partie au litige développe son
argumentation et répond à celle de son adversaire.
Exceptionnellement, si le requérant connaît des
personnes ayant soumis au tribunal un litige identique ou si
sa requête est liée à d’autres requêtes,
il aura tout intérêt à le signaler au greffe
pour accélérer le traitement de sa requête.
Une fois de plus, la Maison du Gabon de Toulouse s’indigne
face à la non application des accords franco-gabonais
et met au défi l’ambassadeur de France au Gabon
de nous dire ce qu’il entend par ceci: «les relations
entre le Gabon et la France sont excellentes, encore qu’elles
n’ont jamais été meilleure... ; il y a aussi
un certain nombre de choses concrètes qui ont été faites
récemment, notamment l’accord dans la gestion concertée
des flux migratoires… ; sur ces deux domaines très
importants, fait quelques avancées à mon sens,
assez spectaculaires et je crois que ça atteste de la
vitalité de la relation franco-gabonaise».
En 2005, la communauté Gabonaise de Toulouse dénonçait
déjà par voie de presse le fait que le préfet
de la Haute-Garonne expulsait à tour de bras les ressortissants
Gabonais pourtant protégés par des accords internationaux.
De nombreuses associations de défense des droits des
gabonais condamnent cette décision grave et irresponsable
et se demandent sur quel fondement le laissez passer permettant
aux autorités françaises de reconduire Paul Wem
a été délivré et qui l’a signé dès
lors qu’il est illégal.
Les autorités françaises ont-elles fait pression
sur les autorités diplomatiques Gabonaises à Paris?
Le Consulat du Gabon ne peut pas évoquer l’accord
concerté sur la gestion des flux migratoires. La Maison
du Gabon rappelle que l’accord concerté sur la gestion
des flux migratoires signé en juillet 2007 par le Gabon
au grand dam des associations Gabonaises de France, prévoit
la réadmission au Gabon des ressortissants gabonais
y compris des ressortissants étrangers ayant séjournés
au Gabon avant leur arrivée en France. Cet accord n’est
pas encore entré en vigueur, car il n’a pas été ratifié par
le parlement des deux pays.
Le GISTI rappelle que lorsqu’un étranger en instance
d’éloignement ne présente aucun passeport,
la préfecture doit solliciter un laissez-passer auprès
du consulat du pays dont il est supposé être le
ressortissant. C’est bien souvent faute de ce laissez-passer
que la reconduite à la frontière ne peut avoir
lieu. Mais depuis quelque temps, le ministère de l’intérieur
fait tout pour inciter les autorités consulaires à toujours
plus de coopération.
A l’échelle nationale, le Ministère de l’intérieur
consacre également beaucoup de moyens pour favoriser un «rapprochement» avec
davantage de consulats. Dans une circulaire du 16 avril 2002
relative à la délivrance des laissez-passer consulaires,
il avertit les préfectures que des entretiens bilatéraux
ont eu lieu avec les représentants des principaux pays
destinataires des reconduites, afin de «contribuer à l’établissement
d’un climat de compréhension mutuelle» plus
propice à l’aboutissement des démarches
préfectorales.
De façon moins officielle, les services de police chargés
de l’éloignement proposent même parfois de
monnayer les laissez-passer pour inciter les consulats à davantage
de «coopération».
Catherine Coroller, journaliste au quotidien Libération
nous informait déjà en 2006 que les pays d’origine
des immigrés clandestins rechignaient souvent à délivrer
des laissez-passer. Au grand dam de Paris, la journaliste souligne
dans son article que le 23 janvier 2006, devant les préfets,
Nicolas Sarkozy cite parmi les «nombreux obstacles» aux
reconduites à la frontière «la faiblesse
des taux de délivrance de laissez-passer».
Le 29 mai, il hausse le ton: «A ma demande, le ministre
des Affaires étrangères a engagé la procédure
permettant de sanctionner les pays non coopératifs en
matière de délivrance de laissez-passer, en limitant
le nombre de visas de court séjour que la France délivre à leurs
ressortissants.» Pour faire plier les gouvernements réticents,
la France use de tous les moyens. «Lorsque Nicolas Sarkozy
s’est rendu au Mali au printemps, ou encore au Sénégal,
en marge des accords économiques, a été abordée
la question de la délivrance de ces laissez-passer. La
France exerce une véritable pression sur les pays "récalcitrants"»,
note l’association la Cimade dans son rapport 2004.
Autre moyen : l’argent. Pour chaque laissez-passer, la
France verse une prime baptisée « frais de dossiers ».
Ces transactions sont totalement opaques : « On le sait
quand on voit les chèques dans les dossiers des gens »,
explique Caroline Larpin, en poste pour la Cimade au centre de
rétention du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). Montant :
30 euros par personne pour l’Albanie, 31 pour le Cameroun,
45 pour la Guinée, 60 pour la Russie, 31 pour l’Ukraine,
30 pour l’Afghanistan, 98 pour la république démocratique
du Congo. Ce pays, ayant délivré 132 laissez-passer
en 2005, a perçu 12 936 euros. Prises individuellement,
ces sommes ne sont pas considérables. « Au Mesnil-Amelot,
vous avez tous les jours des dizaines de reconduites, dix Maliens
dans un avion, ça peut chiffrer assez vite », corrige
Caroline Larpin. Mais la Cimade n’ayant jamais vu de chèque
dans les dossiers de ressortissants maliens ne sait pas si ce
pays touche des frais de dossiers. Pas plus que l’Algérie,
le Maroc ou la Tunisie qui fournissent les plus gros contingents
d’expulsés.
De leur côté, les consulats sont partagés
entre plusieurs injonctions contradictoires. Ils sont en principe
tenus par le droit international de réadmettre leurs ressortissants
mais ils sont également censés protéger
leurs nationaux et défendre leurs intérêts
face à un État tiers.
Cette contradiction donne lieu à des pratiques de délivrance
de laissez-passer très variables d’un consulat à l’autre.
Elles dépendent tout d’abord de la position diplomatique
du pays concerné vis-à-vis du gouvernement français.
L’éloignement d’un étranger qui réside
sur le territoire français est une mesure qui se situe à l’intersection
du droit des personnes et de celui des États.
Les autorités françaises sont en principe les
seules à intervenir puisque l’éloignement
d’un étranger relève de la souveraineté de
l’État. Mais, pour que la mesure soit effectivement
réalisée, il faut aussi que l’État
d’origine de l’étranger accepte de le reconnaître
comme l’un de ses ressortissants.
La Maison du Gabon demande au Président de la République,
Omar Bongo Ondimba, au Ministre des affaires étrangères,
M. jean Ping, au Ministre de l’intérieur M. André Mba
Obame et au Ministre de la défense Nationale M. Ali Bongo
de faire la lumière sur cette triste affaire qui met en
danger la communauté gabonaise de France qui a perdu totalement
confiance en ses autorités diplomatiques. Et qu’une
fois n’est pas coutume, des sanctions soient prises.
Les faits sont trop graves ne serait-ce qu’en terme de
souveraineté, que le Gabon ne peut pas laisser penser à ses
concitoyens que la France peut faire varier à loisir ses
obligations internationales selon son agenda intérieur.
La Maison du Gabon se tient à la disposition de la chancellerie
gabonaise à Paris pour les informer sur nos droits en
France, dont les actes évoqués ignorent par ailleurs.
Et exige que dorénavant les associations de gabonais de
France soient associées à toutes les décisions
qui touchent à leurs droits en France.
La Maison du Gabon appelle à un changement radical d’attitude
de la chancellerie gabonaise à Paris, et souhaite que
la mission consulaire soit plus attentive à la réciprocité et à la
stricte application des engagements bilatéraux dans l’intérêt
du Gabon et de ses ressortissants, résidant ou séjournant
en France, de faire usage de sa souveraineté en appliquant
immédiatement des mesures de réciprocités
systématiques. S’il faut, les droits des français
au Gabon devront désormais varier au gré du traitement
inique et méprisant qui est fait à nos ressortissants
en France.
Il est plus que temps qu’il y ait dans chaque mission
diplomatique gabonaise un juriste qui maîtrise tous les
textes de coopération qui nous lie au pays d’accréditation.
Nos autorités diplomatiques ne peuvent plus continuer
d’agir avec autant de légèreté lorsque
la détresse dévaste le quotidien de nos compatriotes
et des vies humaines en dépendent. Le Gabon doit faire
usage de sa souveraineté, toute sa souveraineté.
L’attitude des autorités françaises ne présage
rien de rassurant. Elle manque autant de cohérence que
de responsabilité, au détriment de ses propres
intérêts à terme. Nous ne sommes pas à l’abri
d’un dérapage aux conséquences incalculables.
Que l’humiliation, la frustration et la colère qui
traversent les gabonais de France n’aient pas des conséquences
néfastes aux intérêts de la France au Gabon.
Nous ne tolérerons plus qu’on expulse un gabonais
dans ces conditions.
Service de Presse
LA MASON DU GABON
Pierre –Claver Akendengué
81, rue Saint Roch
31400 Toulouse
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