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Afrique:
L'emploi
progresse, la pauvreté stagne
24 janvier 2008
C'est
en Afrique subsaharienne que le plus grand nombre de gens
travaillent mais le plus souvent sans salaires fixes et sûrs
ou trop faibles pour les sortir de la pauvreté, constate
le Bureau international du Travail dans son rapport annuel.
La croissance marquée dans
certains pays et le secteur agricole restent cependant des
atouts à valoriser. Le
nombre de personnes au travail dans le monde a augmenté grâce à une
hausse généralisée de la croissance économique,
affirme le Bureau international du Travail (Bit) dans son rapport
annuel présenté ce mercredi*. Cependant, si l’Afrique
aussi connaît des taux de croissance élevés,
les répercussions sur l’emploi n’y sont
pas évidentes. La part de personnes d’âge
actif à la recherche d’un emploi n’a guère
diminué en dix ans (de 8,5 à 8,2%) mais surtout,
seul un quart des employés a un travail rémunéré et
salarié.
Le Bit met
ainsi le doigt sur un des principaux enseignements de son panorama
de l’emploi dans le monde, et plus encore en Afrique
subsaharienne : il ne suffit pas d’avoir un travail
pour sortir de la pauvreté. Un taux de chômage
faible peut cacher en réalité une grande vulnérabilité des
travailleurs, en raison du grand nombre d’emplois exercés
dans ce qu’on appelle le secteur informel, où les
revenus sont aléatoires. C'est le cas des trois quarts
des emplois (72,9%) en Afrique où le salaire n'est pas
assuré. De plus, des salaires réguliers mais
qui restent faibles ne permettent pas de sortir de la pauvreté.
"En
2007, constate le Bit, 85,4% [des] employés vivent encore à un
niveau inférieur à celui du critère
de 2 $ US par jour, cette proportion étant pratiquement
demeurée inchangée depuis 1997".
En Afrique subsaharienne, en effet, chaque travailleur doit
faire vivre en moyenne 2,6 personnes, et les salaires y sont
trop bas pour garantir un minimum de 2 $ à chacune
d’entre elles.
Cet indicateur
dit de « pauvreté au travail » est
plus élevé en Afrique subsaharienne que partout
ailleurs. En Afrique du Nord, par exemple, la part d’emplois
vulnérables n’est que de 30,7 % et celle
des emplois induisant un revenu inférieur à 2 $
par jour est tombée à 42 %.
Des atouts
Mais la situation
n’est pas désespérée. D’abord
parce que ces taux d’emplois vulnérables et de
travailleurs pauvres, sont en baisse sur le long terme. Une
diminution lente, certes, mais réelle. Ensuite, le Bit
signale que l’Afrique subsaharienne présente des
atouts. Elle affiche, elle aussi, des taux de croissances
positifs. S’il est vrai que c’est surtout dans
les pays disposant d’industries d’extraction, qui
ne génèrent pas beaucoup d’emplois directs,
ce secteur peut cependant servir de base à des industries
de transformation qui, elles, offriront de l’emploi. "Il
faut du temps", affirme le Bit, tout en affirmant
que "la bonne nouvelle est qu’un nombre de plus
en plus grand de pays semble être sur la ligne de départ".
Autre atout :
le ratio emploi/population, c'est à dire la part de
la population qui a une activité économique.
C’est en Afrique subsaharienne qu’il est le plus élevé au
monde (68,1%, contre 45,3 en Afrique du Nord). Sans doute,
l’explication donnée par le Bit n’est-elle
pas réjouissante : c'est le "fort taux
de pauvreté, qui oblige souvent les gens pauvres à accepter
un travail sans se soucier de sa qualité".
Mais le résultat est là… pour les hommes
en tout cas, parce que la situation est moins reluisante pour
les femmes et les jeunes.
Enfin, la part
prise par l’agriculture en Afrique subsaharienne peut
représenter, elle aussi, un atout.
Plaidoyer pour l’agriculture
Le Bit consacre
en effet une longue digression à souligner les apports
de l’agriculture à l’emploi, , un secteur
qui, en Afrique subsaharienne, occupe 192 millions de personnes,
soit près des deux tiers de toutes les personnes employées.
"L’agriculture, énonce
le rapport, fournit de la main-d’œuvre pour
les secteurs modernes ", contribuant "à donner
le coup d’envoi du développement de l’industrie
et du secteur des services". Elle produit des biens
que d’autres secteurs peuvent transformer puis exporter,
comme le cuir en Ethiopie, deuxième source de revenus
du pays. Elle constitue "un secteur de demande" pour
un certain nombre de produits qui y trouvent des débouchés,
rendant ainsi viables des activités qui emploient du
monde. Enfin, elle offre "un dernier recours en période
de crise" dans des pays dépourvus de filets
de protection sociale.
La Cnuced,
il y a dix ans déjà, insistait sur les risques
pour le développement économique d’un abandon
de l’agriculture à elle-même. La Banque
mondiale l'a réaffirmé en 2007. Aujourd’hui,
le Bit confirme que, loin d’être un poids, le secteur
agricole est vital pour soutenir l’emploi. Et il appelle à l’exploiter
de manière plus efficace, en y augmentant la productivité.
André Linard (Syfia
Belgique)
*
BIT: Tendances mondiales de l’emploi, janvier 2008
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