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L’acte
de décès de la françafrique:
Par les Africains seulement!!!
05 février 2008
L’industrie allemande est incontestablement la plus performante
en Europe. De ce fait, elle demeure fondamentalement, le moteur
de l’économie européenne. Il faut savoir
que les Allemands ont fait une concession importante à la
construction européenne en abandonnant le Deutschemark
qui était la plus puissante monnaie du vieux continent
jusqu’à l’avènement de l’euro.
Mais, l’Allemagne ne bénéficie pas en Afrique,
d’autant d’atouts, et de privilèges dont jouit
la France en termes de contrats internationaux pour ses industries
dans le domaine des approvisionnements en matières premières
agricoles et minières. Dans presque tous les secteurs,
et plus spécialement dans le secteur énergétique,
la France bénéficie auprès des Etats africains,
des conditions préférentielles, exceptionnelles,
voire des exclusivités au Gabon, au Congo, en Angola,
au Niger, en Guinée etc. On peut même parler de
liens amicaux fusionnels entre certains locataires du palais
de l’Elysée dont Jacques Chirac, avec des dictateurs
africains comme le général Eyadema et d’autres.
Valery Giscard d’Estaing n’était-il pas « ami
et parent » de Bokassa qui avait entre autres
beaucoup de diamants ? Les sommets franco-africains existent
de toutes les façons pour créer les conditions
de ces amitiés, c'est-à-dire le parc des soumis
dans un sens non-réversible.
C’est ainsi que le palais de l’Elysée a toujours
abrité sous ses locaux, une cellule africaine toute puissante,
du Général de Gaulle à la présidence
de Nicolas Sarkozy, en parallèle au ministère de
la coopération et du développement. C’est
là le point de départ de l’opacité des
relations bilatérales entre la France et l’Afrique.
De ce point de vue, la renégociation des contrats internationaux venus à termes,
de la part des industriels français avec les Etats-Producteurs
africains, leurs modifications partielles ou totales, leurs tacites
reconductions, ou encore leurs abrogations vont prendre toutes
les formes de relations personnelles, de tractations politiques,
de pressions diplomatiques ou associatives etc. Et dans ce jeu
d’influences excessives, le chef d’Etat africain
deviendra un homme corrompu, à la tête d’un
Etat corrompu, parce qu’il estimera finalement comme on
lui fait croire, que la rente de son pays est sa propriété personnelle
et il pourra en faire ce qu’il veut, car c’est lui
et lui seul qui décide.
Les multinationales françaises dont Aréva, Total,
Elf, Péchiney, Usinor, Bouygues etc. qui opèrent
en Afrique, n’y sont pas parce que les Africains sont beaux ? La
France cherche la croissance, le pouvoir d’achat et le
plein emploi pour son économie nationale et son équilibre
au sein de l’Europe qui est menacé par l’hégémonie
allemande.
Comparons l’industrie automobile allemande et française
pour comprendre le retard français sur ses concurrents
européens, et la raison pour laquelle elle s’appuie
sur l’Afrique pour endiguer cette carence.
Tandis que l’Allemagne produit cinq marques de voitures :
Mercedes-Benz, BMW, Audi, Volkswagen, Opel, la France n’en
produit seulement que trois : Peugeot, Renault, et Citroën.
Les parts de marché de la France dans l’industrie
automobile mondiale sont moindres par rapport à l’Allemagne,
le Japon, l’Angleterre qui ont su pénétrer
le marché américain à la faveur de géants
4 x 4 adaptés au pays du Far West. On n’a pas besoin
de sortir des chiffres pour justifier quoi que ce soit. Il suffit
de marcher dans les rue de New York ou de Washington D.C. pendant
des heures pour se rendre compte de l’évidence.
Alors, ne croyons pas que la gauche, ou la droite se préoccupent
de la pauvreté dans le monde, et plus spécialement
du sort des Africains au sein de la mondialisation. Lors de la
récente tournée du président Sarkozy en
Afrique, les industriels et hommes d’affaires faisant partis
de la délégation présidentielle, ont signé des
contrats de plusieurs milliards d’euro en Libye pour la
construction d’une centrale nucléaire pour dessaler
l’eau de mer, ainsi que de l’armement. Au Maroc,
un contrat fut signé pour la construction d’une
ligne de TGV. Mais, s’agissant de l’Afrique noire,
la réponse est que dalle ! ! ! c'est-à-dire :
rien du tout !
Au Sénégal, dans un amphithéâtre
de l’université Cheikh Anta Diop, les Africains
ont reçu un discours qualifié de « violent » par
la plupart des observateurs du continent africain. Finalement
aucun contrat n’a été signé.
Au Gabon, Il a été demandé aux Africains
de faire tout et tout « pour préserver la forêt
dense équatoriale pour la production d’oxygène
sur la planète », quand les plus grands pays
produisent la pollution par leur industrie en détruisant
la couche d’ozone. Autrement dit : quand l’Europe
pollue en faisant des profits, l’Afrique nettoie pour préserver
l’environnement pour les générations futures.
La France, dans ses relations commerciales avec l’Afrique,
ne cherche pas à traiter à égalité avec
les Africains pour avoir deux gagnants. Elle cherche exclusivement
ses seuls intérêts, comme hier s’agissant
du commerce triangulaire qui a déporté entre 15
et 30 millions de nègres vers les Amériques, dont
plus de la moitié ont été jeté par-dessus
bord aux grands festins des requins dans l’Atlantique.
Ce chiffre n’est qu’une hypothèse de travail,
contrairement à ce que laisse croire certaines publications
dont Négrologie, de Stephen Smith chez Karthala
en 2004. Mais, l’une des investigations les plus sérieuses
en matière d’évaluation des conséquences
démographiques de la traite négrière en
Afrique subsaharienne est le travail réalisé par
Diop-Maes qui montre qu’entre le début et la fin
de l’esclavage, l’Afrique noire aurait perdu 400
millions d’âmes. Sources : Evolution de
la population de l’Afrique Noire du néolithique
au milieu du 20ème siècle, Ankh, N° 2 – Avril
1993 – L.M. Diop-Maes.
Alors, Jean-Marie Bockel, Secrétaire d’Etat à la
coopération et de la francophonie prétend
signer l’acte de décès de la françafrique
pour remettre en cause les intérêts cumulés
par son pays depuis l’esclavage ? Surtout que sans
ses privilèges, la France serait loin derrière
l’Allemagne, l’Angleterre, le Danemark, la Suède,
la Finlande, l’Espagne, et autres pays européens.
Elle ne sera même pas en situation de challenger face à l’Allemagne
qui ne bénéficie pas de la faveur des dictateurs
africains.
Si la démarche de Monsieur Bockel est vraiment sincère,
il devrait demander déjà la révocation de
Louis Michel, le commissaire européen à l’action
humanitaire et au développement au sujet de ses prises
de position en faveur de la françafrique.
Pour nous prouver sa bonne foi, il doit pouvoir aller au Togo
avec des policiers français, arrêter, menotter et
rapatrier dans une prison française son compatriote Charles
Debbasch qui est condamné par la justice française
dans une affaire d’escroquerie concernant la fondation
du peintre Hongrois Vasarely. Il suffit que Monsieur Bockel en
parle avec le ministre de la justice de son pays et à Nicolas
Sarkozy pour envisager l’arrestation et le transfert du
prisonnier en cavale tel qu’il est prévu dans les
clauses de la coopération juridique entre le Togo et la
France.
Quelques années avant son sacre en 1804, Napoléon
Bonaparte n’a-t-il pas fait arrêter le Général
Noir Toussaint Louverture à Haïti en 1802 lors de
la révolte des esclaves, puis déporter et emprisonner
en France dans le Fort de Joux , où il mourût en
1803 ? L’esclavage abolit un temps relativement court
grâce à la Société des Amis des Noirs
en 1788 par Brissot, l’Abbé Grégoire, Lafayette,
Condorcet, et Mirabeau, fut rétablit par Napoléon
au nom de la logique de la production et des intérêts
commerciaux. Il interdit par la même occasion les mariages
mixtes, et l’entrée et le séjour des « gens
de couleur » en France.
Dans un système oppressif, la rentabilité économique
et financière prime sur les sentiments d’humanité.
La preuve est que l’Empereur Napoléon 1er, lui-même,
d’origine Corse, qui a épousé une femme créole,
Joséphine de Beauharnais, n’a pas eu d’autres
choix que d’aller dans le sens de l’intérêt
des producteurs du coton, des planteurs de canne à sucre,
des distilleries de rhum agricole, et de sucre dans les iles
françaises, qui détiennent l’économie
et les banques nationales dans l’hexagone. Dans l’intérêt
de son pouvoir personnel qui coïncide avec l’intérêt économique
de son pays, l’esclavage n’est qu’un moyen
pour s’enrichir et développer la France en y apportant
les agrégats de la production, la consommation, l’emploi
et la croissance. L’argent n’a pas d’odeur,
semble-il. Des grandes villes comme Bordeaux, Nantes, La Rochelle
etc. ont tellement tiré profit de l’esclavage, à tel
point qu’on se demande, si ce n’est pas ce même
profit esclavagiste qui a financé au départ Elf
dans l’Aquitaine pour une autre exploitation de l’Afrique
après l’abolition en 1848 par Victor Schœlcher?
Ne nous laissons pas divertir, la françafrique ne disparaitra
pas grâce à la volonté des pouvoirs publics
français, ou des responsables politiques français,
qui n’ignorent pas les profits qu’ils en tirent de
ce système. La françafrique aujourd’hui,
tout comme l’esclavage hier, tirent leur légitimité dans
la loi de la logique des intérêts et de la production économique.
L’oppresseur qui profite du système, n’a
jamais songé à renoncer à l’oppression.
Il revient aux opprimés de rejeter ce système,
pour créer un autre rapport de force pour la dignité et
une représentation plus équilibrée. Ce faisant,
les dictatures doivent tomber grâce à la mobilisation
des Africains eux-mêmes.
Pour signer l’acte de décès de la françafrique,
les Africains doivent lutter sans merci contre la corruption
qui sévit sur le continent en obtenant partout des alternances,
en vue de changer les équipes corrompues de dictateurs
minables à bout de souffle. Il ne faut pas perdre de vue
que la faillite et le dépôt de bilan de la compagnie
multinationale Air Afrique, sont dus à la corruption et
l’ingérence des Chef d’Etats membres, dans
la gestion financière et dans les ressources humaines
de la compagnie, et non pas, un déficit des parts de marché.
La preuve, avec les mêmes parts de marché récupérés,
Air France dessert toute l’Afrique en faisant des bénéfices énormes
en tant que leader sur le marché du transport aérien.
Alors, c’est à nous de prendre les décisions
qui nous conviennent en Afrique seulement et non en Europe. L’Afrique
sera d’abord, ce que les Africains voudraient qu’elle
soit, et non ce que voudront les puissances étrangères.
Par Tido BRASSIER – Paris, le 1er février
2008
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