Le Grad fait un diagnostic de la violence
politique au Togo
Les violences politiques au Togo avant
l’indépendance jusqu’à nos jours
21 mars 2008
Dans son ouvrage Histoire du TOGO, Monsieur Robert CORNEVIN,
administrateur en chef de la France d’Outre Mer écrivait
en introduction dudit document.
" La silhouette du Togo fait penser à l’ombre chinoise un
peu guindée d’un universitaire britannique en train de faire
un faux pas vers la Gold Coast. "
Situé en Afrique de l’Ouest, avec une superficie
de 56.785 km², et une ouverture maritime sur l’océan
atlantique, le Togo a des frontières avec le Burkina Faso
au nord, le Bénin à l’est et le Ghana à l’Ouest.
Le pays a été une colonie allemande de 1889 à 1919.
A la fin de la première guerre mondiale, suite à la
défaite de l’Allemagne, le territoire a été partagé entre
le France et l’Angleterre par le Traité de Versailles.
La partie confiée à la grande Bretagne devait,
plus tard, après un référendum organisé par
les Nations Unies en 1956, être intégrée à la
Gold Coast pour former le Ghana. La partie confiée à la
France devait, en ce qui la concerne, bénéficier
des dispositions de la Loi Cadre du Ministre de la France d’Outre-Mer,
Gaston Defferre, pour devenir une République Autonome.
La même année, un référendum a été organisé par
l’Administration coloniale française en vue de le
soustraire de la tutelle des Nations Unies et l’incorporer à l’Union
française. En 1960, deux ans après les élections
législatives d’avril 1958 sous la supervision des
Nations Unies, le Togo accède à l’indépendance.
Cette évolution de la situation politique du Togo traduit
donc la volonté du peuple togolais de réaliser
son unité et de conquérir sa souveraineté totale.
L’échiquier politique de l’époque était
occupé par le Comité de l’Unité Togolaise
(CUT), le Parti Togolais du Progrès (PTP) et l’Union
des Chefs et des populations du nord (UCPN). Ces formations étaient
animées par des leaders mûrs et intègres.
Elles avaient chacune, leur mouvement des jeunes. Ainsi, nous
avons, pour le CUT la Juvento, pour le PTP le Rassemblement des
jeunes Togolais et enfin pour l’UCPN la Jeunesse du Nord.
Par ailleurs, la presse a, elle aussi, joué un rôle
primordial d’information et d’éducation. C’est
grâce à l’application de la loi du 29 juillet
1881 sur la liberté de la presse qu’elle a vu le
jour. Parmi les journaux qui paraissaient, il y avait le Guide
du Togo, la Negreta, la Vigie Togolaise, le National, le Phare,
la Lumière, le Petit Togolais et la Muse Togolaise.
L’émancipation du Togo s’est faite en plusieurs étapes
d’un processus très mouvementé. En effet,
dès le début de son existence, le pays a connu
un climat politique controversé et jalonné de violences
politiques.
LA PERIODE COLONIALE
Dans son livre, Histoire du Togo, la Palpitante quête de
l’Ablodé, Monsieur Godwin TETE-ADJALOGO affirme… " l’héritage
ancestral, qui a imprimé aux Togolais un trait fondamental
commun, réside en cette réalité que nos
aïeux étaient tous, hormis les groupes résiduels
originellement autochtones, des migrants venus de divers horizons à la
recherche des cieux plus cléments que leurs berceaux d’autrefois.
Plus précisément, ils avaient fui des régimes
politiques tyranniques ou des difficultés écologico économiques.
De la sorte, les Togolais sont foncièrement pacifistes,
assoiffés de liberté, d’indépendance,
de démocratie, de paix"
Avec cette soif de la liberté, il est permis de comprendre
que les Togolais accepteront difficilement les exigences que
leur impose la colonisation. Rappelons que l’objectif du
colonisateur est bien précis, celui de faire du colonisé un être
inférieur pour pouvoir bien l’exploiter. A cet égard,
il va sans dire que la colonisation allait bouleverser l’environnement
dans lequel vivaient les Togolais. Ainsi donc, la domination
coloniale va se manifester principalement à trois niveaux
:
- politique, par la destruction des autorités anciennes.
La contrainte et la dictature imposées par le colonisateur
remplacent les délibérations du conseil du village.
- économique, par la destruction de l’économie
de subsistance. Les intérêts de l’administration
coloniale constituent la principale priorité de ses objectifs
- culturel, par la destruction de la culture du colonisé.
La culture coloniale devient la référence.
Pour maintenir sa domination, le colonisateur a utilisé des
moyens matériels et idéologiques. Sa politique
d’oppression se nourrit non seulement de violence physique
et de division mais et, surtout, de son discours colonialiste.
Face à cette situation, les Togolais qui ne pensaient
guère que leur univers politique, économique, social
et culturel allait être bouleversé par l’administration
coloniale, vont se révolter. A ce propos, le Professeur
Herman ATTIGNON écrit : " Le nouveau système
institué par le colonisateur détruit les coutumes
et les traditions de la société africaine, anéantit
le monde dans lequel le noir évolue. Aussi, avec l’énergie
du désespoir, les peuples togolais livrent-ils à l’envahisseur,
une longue lutte semblable à la guérilla".
En réalité, il n’existe aucune société humaine
qui accepterait délibérément de se soumettre à un
pouvoir illimité, qui plus est, oppressif. Les Togolais,
conscients de leur situation de dominés, vont progressivement
se défaire du joug colonial.
LA STRATEGIE COLONIALE ET L’EVEIL DE LA CONSCIENCE
NATIONALE
Dans sa communication sur la Quête pour la reconstruction
nationale, le Professeur François GBIKPI-BENISSAH rappelle …" si
elle a permis l’émergence d’un sentiment d’unité,
la colonisation a aussi permis la naissance de la conscience
nationale. Non seulement, la colonisation crée la lutte
pour l’indépendance, mais elle va jusqu’à en
modeler le caractère. "
Jean- Paul SARTRE écrit : " C’est le colonialisme
qui crée le patriotisme"
Ainsi donc, la lutte pour l’indépendance va être
la première manifestation de la conscience nationale togolaise
et constituer un tournant très important dans l’évolution
politique du pays. Le peuple, à travers ses représentants,
a exprimé sa volonté de souveraineté. L’administration
coloniale, qui veut tout contrôler, va user de subterfuges
pour déstabiliser cette volonté. Fidèle à sa
devise "diviser pour mieux régner", elle va
opposer les Togolais entre eux et va même imaginer un Togo
scindé en deux, un nord et un sud, tout en encourageant
la création de partis politiques à base ethnique
et régionaliste. Ce clivage artificiel n’a rien
modifié à la détermination du peuple dans
son combat pour la liberté. La vie politique du
Togo, au cours de sa longue marche à la souveraineté internationale
est incarnée par deux familles politiques très
actives à savoir, les forces nationalistes et les forces
profrançaises. Cet éveil de la conscience nationale
et cette volonté de souveraineté, ont un prix que
l’administration coloniale va faire payer aux forces
nationalistes. La stratégie mise en place par elle pour
briser cette volonté de souveraineté, va bénéficier
de moyens importants, financiers, humains et matériels.
Pour y parvenir, elle va s’illustrer dans les basses manœuvres,
dans la répression, la corruption et les assassinats.
Le National du 13 Juillet 1957, dans un flash, rapporte l’organisation
par la Juvento de manifestations funèbres en l’honneur
des compatriotes morts à la suite du massacre colonialiste à Mango
et Pya les 20 et 22 Juin 1957.
Négreta dans sa parution d’Août 1951 écrit,
en décrivant le théâtre d’une scène
affreuse à Vogan, " Les militaires, se croyant tout à coup à Verdun
ou à Bir-Hakein, jouent de l’acier et font siffler
les balles ici, là, blessés se trainent sans plainte
et cadavres gisent. "
Les autorités françaises ainsi que leurs agents
locaux se sont opposés à la demande d’indépendance
formulée par les forces nationalistes au motif que le
Togo n’est pas viable. Par référendum en
date du 28 Octobre 1956, l’autorité administrante
a conclu que la grande majorité de la population a rejeté l’indépendance
totale au profit d’une autonomie au sein de la République
française. Les propos autorisés de Monsieur Guy
MOLLET viennent confirmer cette option, lorsque ce dernier, en
Février1957 à New York, déclarait devant
l’Association de politique étrangère. " Ainsi,
dans le cas individuel du Togo, la population librement consultée
par le moyen d’un référendum, a préféré l’autonomie
au sein de la République française à l’indépendance
absolue demandée par quelques groupes togolais. "
LA LUTTE POUR L’INDEPENDANCE
La France n’a jamais joué franc jeu dans ses relations
avec les pays africains francophones dont le Togo. Elle s’est
toujours, illustrée dans les coups bas, en cautionnant
en matière électorale, des scrutins fantaisistes.
Le refus par elle d’organiser ou d’appuyer des élections
transparentes et crédibles constitue la cause principale
des violences politiques dans le pays. Pour preuve, dans le mémorandum
soumis par le Comité de l’Unité Togolaise
(CUT) à la quatrième mission de visite de l’ONU
au Togo en Mai et Juin 1957, il convient de relever notamment
par rapport:
- aux libertés politiques. " Pour réaliser
les véritables aspirations des Togolais, il faut rétablir
dans le territoire, la liberté politique complète,
c’est-à-dire pour les individus ainsi que pour les
partis politiques, la liberté de parole, de réunion
et de mouvement. C’est une condition sine qua non pour
toute consultation démocratique".
- aux élections. " Peut-on avoir une élection
libre, une élection démocratique basée sur
le suffrage universel dans un pays où les libertés
publiques ne sont pas garanties, où l’administration
elle-même ne tient aucun compte de cet élément
si essentiel à la démocratie ? Tout est fait pour
garantir que les résultats des élections soient
le reflet du désir de l’administration"
- à la distribution des cartes. " Les cartes électorales
sont établies en fonction des listes électorales.
Leur distribution doit être faite par les commissions prévues
par la loi. Les représentants de tous les partis politiques
doivent faire obligatoirement partie de cette commission de distribution. "
- au rôle des chefs. " Ces chefs ne doivent intervenir
ni dans les réunions publiques ni dans le déroulement
du scrutin. Si les chefs doivent prendre part à la préparation
matérielle des élections, cette fonction doit être
dans un esprit de neutralité. "
- aux bureaux de vote. " Il est de notoriété publique
que si les bureaux de vote ne sont pas surveillés par
les représentants des candidats, les résultats
peuvent donner lieu à discussion. "
Les revendications ci- dessus formulées constituent sans
aucun doute, les ingrédients d’un scrutin libre,
transparent et sans contexte. Les autorités françaises
ne peuvent pas dire qu’elles ignorent ces conditions. C’est
parce qu’elles les connaissent bien qu’elles vont
s’employer malheureusement à les ignorer.
L’administration coloniale s’embarque dans une campagne
d’arrestations, d’emprisonnement des membres des
forces nationalistes. Flagellations, blessures et contusions
diverses sont infligées aux hommes, femmes et enfants.
Le sang a coulé pendant toute la période de la
lutte pour l’indépendance. Les lieux de réunion
sont interdits. Des domiciles privés ont été violés
par les soldats armés qui intimidaient et brutalisaient
les occupants. Les actes de banditisme sont monnaie courante,
encouragés et commis par les autorités administratives
et leurs partisans. Les diverses plaintes portées par
les victimes de ces atrocités sont restées sans
suite. Mieux, les auteurs de ces voies de fait, connus de la
population, bénéficient d’une bonne protection
pour service rendu aux autorités.
Le National, dans sa parution du 1er mars 1958 sous le N° 196
titrait : De l’impartialité de la France dans les
opérations électorales Togolaises, rapporte les
propos de Monsieur Gérard JAQUET, ministre de la France
d’Outre- Mer déclarait le 25 février 1958 à la
chambre des députés…. " La France qui
restera strictement impartiale dans les élections ainsi
qu’elle le fut lors du référendum, espère
que les pays voisins du Togo sauront également éviter
toute immixtion regrettable. "
A la suite de cette déclaration, le National faisait
remarquer: " D’entrée, rassurons la France
que si au Togo, il y a quelqu’un qui voudra asseoir une
majorité fictive comme nous en connaissons depuis 1951,
ce ne sera certainement pas les partis d’opposition dans
leur ensemble mais bien le parti gouvernemental épaulé par
l’administration française. "
A partir de 1958, grâce aux élections organisées
sous la supervision de l’Organisation des Nations Unies,
les forces nationalistes ont remporté la victoire. A partir
de cette date, le vent de la violence politique a changé de
direction. Contrairement aux affabulations selon lesquelles,
les violences politiques ont débuté au Togo au
cours de cette période, il faut se rendre à l’évidence,
par principe d’hygiène intellectuelle, qu’il
s’est agi purement et simplement d’une période
de règlements de comptes. On se rappelle, après
la liesse qui a suivi la victoire des nationalistes, que des
groupes de militants du CUT et de la JUVENTO de la région
des plateaux avaient fait le déplacement de Lomé,
aux fins de réclamer aux dirigeants de ces partis des
armes pour défendre l’indépendance. Reçus
au stade municipal de Lomé, le leader des forces nationalistes
M. Sylvanus OLYMPIO leur avait expliqué que la jeune nation
togolaise n’avait pas besoin de s’inscrire
dans cette logique pour défendre son indépendance.
Ce n’est qu’après cette démarche, que
des jeunes militants et sympathisants s’étaient
constitués en milices appelées «ABLODE SOLDIER».
En effet, victimes des années durant, des brimades de
tout genre, des assassinats, des traitements inhumains et dégradants,
ces jeunes qui appartiennent à toutes les ethnies du Togo,
s’étaient mobilisés contre leurs bourreaux
pour se faire justice. A ce propos, il est opportun et intéressant
de rappeler, à juste titre, qu’en France aussi,
juste après la deuxième Guerre Mondiale, les patriotes
français, ceux qu’on appelait les résistants
et qui s’étaient rangés du côté du
Général de Gaule pour combattre le régime
de Vichy, n’avaient pas hésité un seul instant
de régler des comptes aux « collabos ». Il
va sans dire, que ce genre de comportement, tout à fait
humain, doit interpeller la conscience de tous ceux qui, à un
moment donné de leur vie, ont exercé ou exercent
encore le pouvoir. L’histoire enseigne, pour faire œuvre
utile, qu’il faut, dans de pareilles situations, que la
vraie justice prenne le pas sur les humeurs et les comportements
des citoyens, car il est à craindre que si le problème
de l’impunité n’est pas correctement résolu,
cette tendance à se faire justice soi-même, risque
bien de s’imposer aux uns et aux autres. Ce qui, malheureusement,
ne mettra pas fin au cycle de violence. C’est ainsi que
le 13 janvier 1963, le premier Président, démocratiquement élu
est assassiné. L’histoire retiendra qu’il
s’agit du premier coup d’Etat militaire organisé sur
le continent africain.
Ce même jour, le chef du comité insurrectionnel
militaire de la République togolaise, l’Adjudant
Chef Emmanuel BODJOLLE déclarait, à la fin de sa
proclamation, au peuple togolais. " Aucune répression
ne sera exercée sur aucun citoyen togolais du seul fait
des ses anciennes sympathies politiques. " Il ne s’est
agi que d’une simple déclaration d’intention
car la roue de la violence à continué à tourner
jusqu’au 13 Janvier 1967 où un coup d’Etat
militaire, le deuxième du genre, écarta du pouvoir
le président GRUNITZKY et libéra les Togolais emprisonnés à l’issue
des manifestations du 21 novembre 1966.
Que s’est-il passé le 21 Novembre 1966?
Il y eut ce jour là, un soulèvement populaire face à une
série de crises à la tête de l’exécutif
entre le président GRUNITZKY et son vice- président
MEATCHI et aussi au sein de l’assemblée nationale.
Commencées très tôt le matin de ce 21 Novembre
1966, les manifestations pacifiques regroupant les diverses couches
sociales de la population ont eu lieu dans certaines villes du
pays. Les manifestants réclamaient la démission
du gouvernement. Le mouvement allait bon train, quand vers la
fin de la matinée, brusquement et sans raison apparente,
les forces de l’ordre ont commencé à charger
les manifestants avec les moyens habituellement utilisés
en de pareilles circonstances. Il y eut des blessés et
par la suite, les autorités ont procédé à des
arrestations.
Présence chrétienne, le bimensuel togolais catholique
d’information , dans sa parution du 1er Février
1967, rappelle entre autres mesures prises par le chef d’Etat
major général, la mise sur pied d’un conseil
de réconciliation nationale ayant pour tâche, dans
un délai de trois mois, de préparer les institutions
devant permettre des élections libres et démocratiques à l’issue
desquelles l’armée s’engage à quitter
la scène politique. En effet aucune élection
n’a été organisée dans le délai
ci-dessus indiqué. Comme par enchantement, le Colonel
Etienne EYADEMA, évinça le Colonel Kléber
DADJO, président du fameux comité de réconciliation
pour s’emparer du pouvoir en avril de la même année.
Le 24 Avril 1967, le peuple apprenait par les médias officiels
que le Colonel EYADEMA venait d’échapper à une
tentative d’assassinat. L’auteur de cette tentative,
Norbert BOKOBOSSO, un natif de Kouméa fut arrêté et
certains soldats de cette ethnie ont été renvoyés
de l’armée sans autre forme de procès. Personne
n’a jamais su, par la suite, ce qu’est devenu le
soldat BOKOBOSSO.
En 1970, un autre événement allait encore
surprendre les Togolais lorsque ces derniers apprennent par les
médias officiels que les Forces Armées Togolaises
(FAT) viennent de déjouer un complot. Dans le communiqué gouvernemental
paru dans TOGO-presse du 10 Août 1970 on pouvait lire… " L’opération
devait être déclenchée dans la nuit du samedi
8 Août. C’est au cours de la dernière réunion
tenue au domicile de Monsieur Jean OSSEYI, ce samedi à 23
H 45 qu’un commando des FAT a mis la main sur les organisateurs
du complot au nombre de dix-sept. Alors que tous ses complices
se rendaient sans résistance au commando, Monsieur Clément
KOLOR avait tenté de fuir malgré les injonctions
du chef de commando. Il a été abattu.
Tous ceux qui, soi- disant étaient liés à ce
complot furent arrêtés et incarcérés
au camp militaire de Tokoin sans aucun procès. Ils y ont
subi des sévices corporels et des traitements humiliants
au cours de leur période de détention. Certains,
selon la version, officielle sont morts de collapsus circulatoire.
A leur libération, les survivants en ont gardé des
séquelles qui ont été la cause de leur décès
avant l’âge.
Au lieu de rompe le cycle infernal de violence, en s’investissant
dans une véritable politique de réconciliation,
les militaires avec à leur tête le Général
EYADEMA, vont se servir du vocable "réconciliation" comme
un slogan pour asseoir un véritable régime de terreur.
Le coup d’envoi a été donné par l’officier
supérieur James ASSILA qui organisa sur toute l’étendue
du territoire national une expédition punitive au cours
de laquelle des Togolais notamment des nationalistes ont été humiliés
et battus en public.
De plus, la création en Août 1969 du Rassemblement
du Peuple Togolais (RPT), parti unique qui, conformément à ses
idéaux, devrait assurer le bonheur au peuple en lui donnant
l’occasion de se réconcilier avec lui-même,
l’avait malheureusement asservi et divisé. Le RPT
va instituer un système de terreur qui va régler
quotidiennement la vie des Togolais. Les différents
rapports d’Amnesty International et de la Fédération
Internationale des Ligues des Droits de l’Homme ont, des
années durant, dénoncé les arrestations
arbitraires, les détentions abusives sans jugement, les
disparitions et les exécutions extrajudiciaires. La répression
devient un principe de gouvernement. Pendant plus de trente ans,
elle a fait recette. Mais le système va être déstabilisé par
une série d’attentats à l’explosif
dans la capitale. Le pouvoir dictatorial ainsi secoué,
va commettre des dérives qui vont se solder par des violences,
des arrestations et des emprisonnements.
Dans la nuit du 23 Septembre 1986, des coups de feu retentissent à Lomé.
Le lendemain les Togolais apprennent que leur pays vient d’être
la cible d’une agression terroriste. La TVT diffuse des
images de cadavres, de terroristes arrêtés et de
véhicules criblés de balles.
LE COMBAT POUR LA DEMOCRATIE
L’histoire nous apprend qu’une société humaine
ne saurait accepter délibérément de se soumettre à un
pouvoir illimité. Lorsque le vent de la démocratie
a commencé par souffler sur le monde après la
chute du rideau de fer et l’écroulement du mur de
Berlin, les populations assujetties et opprimées vont
se soulever contre les régimes dictatoriaux. La jeunesse
togolaise, sans aucune étiquette politique, va s’illustrer à la
tête du combat pour la démocratie. Le président
de la République farouchement accroché à ses
privilèges, n’est pas disposé à opérer
une quelconque ouverture surtout que son ami Jacques CHIRAC, à l’époque
maire de Paris, fait une déclaration à radio France
Internationale (RFI) dans laquelle il estime que… " le
multipartisme est une sorte de luxe que les pays en voie de développement
n’ont pas les moyens de s’offrir.
Le journal Jeune Afrique dans son numéro 1542 du 18 Juillet
1990 écrit :" Après avoir, un moment, fait
miroiter à l’élite togolaise, l’avènement
du multipartisme, GNASSINGBE EYADEMA a simplement rangé son
projet dans un tiroir, à la demande du peuple, qui l’a
rejeté, au terme d’une série de manifestations
favorables au parti unique dont la spontanéité reste à prouver.
La réponse des populations consultées est assez
claire, il faut changer ce qui ne va pas et ne pas changer ce
qui marche, en a conclu le père fondateur du Rassemblement
du peuple Togolais (RPT) parti unique "et le journal de
poursuivre en reprenant une partie de la lettre ouverte adressée
le 24 Avril 1990 au président EYADEMA par la convention
démocratique des Peuples Africains (CDPA-TOGO) " A
l’heure où le monde entier et l’Afrique s’éveillent à la
démocratie, que partout souffle le vent de la liberté,
le peuple togolais n’accepte plus d’être esclave
sur son propre sol"
C’est sous la contrainte de la rue, des bailleurs de fonds
internationaux que le Togo sous EYADEMA cède à la
demande de la population qui revendique l’ouverture à la
démocratie pluraliste. Ainsi le 05 Octobre 1990, les jeunes
vont, dans la capitale, organiser des manifestations au cours
desquelles, des véhicules administratifs sont détruits
et certains bâtiments abritant les services de commissariat
de police, considérés comme des centres de détention
et de torture sont saccagés. Le président togolais,
obligé d’accéder aux revendications du peuple,
va tout mettre en œuvre pour contrôler le processus.
Sous une démocratie de façade, on fait parler
les urnes mais le résultat n’est pas l’expression
de la volonté souveraine du peuple mais plutôt de
la puissance du prince.
Après plus de trente ans de règne sans partage,
le Président EYADEMA, dont le pouvoir a été marqué par
des violations massives des droits de l’homme et des assassinats
politiques n’entend nullement abandonner un fauteuil qu’il
occupe allègrement depuis des décennies. Il va élaborer,
avec le concours des réseaux étrangers des théories sur
la démocratie en vue de légitimer son pouvoir.
Il va instaurer un climat de peur et de terreur en procédant à des
arrestations, enlèvements, intimidations et assassinats.
Pour ce faire, il va développer une gamme de stratégies
notamment : la contrainte avec le concours des éléments
des forces armées et de police ainsi que des milices,
pour les enlèvements et les assassinats, les finances
de l’Etat pour la manipulation et l’achat des consciences.
LES VIOLENCES POLLITIQUES ET LE REGNE DE L’IMPUNITE
A partir du 05 octobre 1990, le Togo rentre dans un cycle infernal
de violence. Les rues sont le théâtre des manifestations
qui dégénèrent souvent en affrontement
entre les manifestants et les éléments des forces
armées, de la police ainsi que des miliciens du régime.
La lutte pour l’avènement de la démocratie
tout comme celle de l’indépendance va coûter
cher à la population dans toutes ses composantes .Le
processus est émaillé d’actes graves de
violence et de violations massives des droits de l’homme
que l’opinion nationale et l’opinion internationale
ne cessent de dénoncer dans leurs différents
rapports. Le sang a coulé partout sur le territoire
national.
Les plasticages des maisons, les cadavres de la lagune de Bè le
14 avril 1991 et le massacre des militaires lors de l’assaut
donné le 3 décembre 1991 par un groupe de militaires
au palais abritant les services du Premier Ministre de la transition
sont le commencement éloquent d’une série
noire. Les attentats de Soudou ont enregistré des blessés
dont le leader de l’Union des Forces du Changement (UFC)
M. Gilchrist OLYMPIO et des morts parmi lesquels le docteur Marc
ATIDEPE.
Les assassinats ciblés de Gaston EDEY et de Tavio AMORIN
pour ne citer que ceux là, les tueries du jardin Fléau,
lors d’une mission franco- allemande conjuguées,
quelques jours après, avec une expédition punitive
déclenchée par certains éléments
des FAT et des miliciens du RPT se soldent par des morts, des
blessés, des destructions de biens, des actes de vandalisme
et des déplacements des populations à l’intérieur
et à l’extérieur du pays.
Les auteurs de ces différents actes criminels sont connus
de la population, des victimes et des parents des victimes. L’onction
donnée par les commanditaires et la protection dont
bénéficient les malfaiteurs et les assassins suffisent
pour comprendre que ces crimes sont effectivement prémédités
et intentionnellement commis pour répondre aux besoins
d’un système politique agonisant. Le peuple endeuillé va
s’exiler dans les pays limitrophes.
Le président EYADEMA va faire de l’impunité une
doctrine et hisser la répression au rang de principe de
gouvernement.
Les différents scrutins, législatifs et présidentiels,
organisés dans le pays depuis 1994 jusqu’en 2005
vont baigner dans le sang.
LA CULTURE DE LA VIOLENCE, FONDEMENT
DE LA PERENNITE DU POUVOIR
La violence a constitué un facteur permanent de l’histoire
politique togolaise pendant le règne du président
EYADEMA. Cette violence s’est notamment manifestée
par des pratiques répressives contre les partis de l’opposition
et contre tout adversaire réel ou potentiel aux fins de
pérenniser un pouvoir et un système.
Depuis 1994 jusqu’à 2005, le pays a régulièrement
connu des cycles de violence pendant le déroulement des
différents processus électoraux. Lorsque les résultats
des élections ont été annoncés par
le ministre de l’intérieur le 24 Juin 1998 au matin,
une marche de protestation qui s’en suivie a été dispersée à coup
de grenades lacrymogènes. On assiste alors à une
augmentation inquiétante de la criminalité faisant
régner un véritable climat d’insécurité au
Togo.
Le rapport de la Fédération Internationale des
Droits de l’Homme (FIDH) dans son numéro 269 de
janvier 1999 relève que "le 26 Juin vers 12 Heures
et 13 Heures, deux camions de forces mobiles déversent
des gendarmes qui tapent sur toutes les personnes présentes à proximité du
siège de l’UFC. Le 28 Juin, une grande marche réunissant
plusieurs milliers de personnes est dispersée par des
gendarmes anti-émeute. Les mêmes gendarmes interviennent à nouveau
au siège de l’UFC, blessent 42 personnes, mettent à sac
les bureaux de l’UFC et pour finir y mettent le feu".
La situation des droits de l’Homme au Togo est alarmante.
Depuis le début de la contestation post-électorale,
on dénombre pratiquement chaque semaine des agressions
souvent mortelles. Ainsi, les assassinats de militants et de
sympathisants de certains partis politiques, les meurtres de
certains citoyens, la chasse aux militants de certaines formations
politiques, les plasticages de sièges de partis politiques
ainsi que les destructions de maisons de certains leaders politiques
ont malheureusement rythmé, pendant cette période,
la vie des togolais.
Les actes d’agressions pour les mobiles d’ordre
politique se sont multipliés. Les auteurs de ces actes
criminels ont été identifiés par des témoins.
Ce sont souvent des éléments des forces armées,
des forces de sécurité et des miliciens du RPT
travaillant de concert avec eux. La situation était telle
tout homme animé d’un sentiment d’humanité ne
pouvait rester indifférent face aux horreurs. C’est
ainsi que le journal la Dépêche, un organe d’information
pourtant proche du régime, dans un article paru le 15
Octobre 1998, mettait en cause des éléments des
forces armées togolaises dans le climat d’insécurité qui
règne sur une partie du pays. Pour le régime en
place il s’agit là d’un crime de lèse-majesté politique
au premier chef. L’auteur de l’article incriminé l’a
appris à ses dépens puisqu’il a été arrêté et
emprisonné.
Le président EYADEMA a dirigé le Togo pendant
plus de trois décennies dans un total non respect de la
bonne gouvernance, des droits de l’homme et des pratiques
démocratiques. S’étant opposé dès
le début des années 1990 aux aspirations du peuple,
et forcé finalement à aérer le paysage politique
sous la pression conjuguée du peuple togolais et des bailleurs
de fonds, le président EYADEMA va s’illustrer en
vedette d’une pseudo démocratie. Le traumatisme
qui entoure l’avènement de la démocratie
au Togo est assez éloquent. Le pays présente en
apparence toutes les garanties requises pour asseoir une véritable
démocratie. Mais chaque fois que le peuple est appelé à choisir
ses dirigeants, des obstacles apparaissent et des blocages de
tout genre sciemment pensés, interviennent pour empêcher
toute possibilité d’alternance pacifique même
lorsque le décès crée les conditions d’un
tel changement. Les Togolais, malheureusement, vont en faire
l’amère expérience.
Le décès du président EYADEMA, survenu
le 5 février 2005 vient compliquer une situation rendue
déjà difficile par une crise ouverte depuis 1990.
Le pays va baigner dans une nouvelle crise politique sans précédent
caractérisée par d’importantes irrégularités
dans la gestion de la vacance et par de graves tensions et violences
.Le fameux coup d’Etat militaire qui a hissé au
pouvoir le fils du défunt président, conjugué avec
une série d’acrobaties constitutionnelles et de
manifestations de rues, a crée les conditions objectives
d’un affrontement que tout observateur ou tout citoyen
avisé ne pouvait pas ne pas redouter
Le GRAD avait fait des appels et entrepris des démarches
auprès des différents acteurs politiques, des responsables des institutions de
l’Etat et des représentants des organisations internationales
et missions diplomatiques accréditées au Togo pour
qu’un système soit mis en place pour ramener le
calme et la sérénité avant toute organisation
du scrutin.
Dans la nuit du 21 au 22 Avril 2005, le Chef d’Escadron
François BOKO, ministre de l’intérieur en
charge de l’organisation de l’élection présidentielle
a démissionné. Au cours d’une conférence
de presse, il a demandé que l’élection soit
reportée en raison du climat politique délétère
dans lequel s’est déroulée la campagne électorale.
De la même manière que les initiatives du GRAD
n’ont pas été prises en compte, de la même
manière peu d’intérêt a été accordé à l’acte
posé par le ministre de l’intérieur qui
est un officier des forces armées togolaises. Il sera
traité de tous les noms. C’est ainsi que ce qui
devrait arriver, se produisit. L’élection du 24
Avril 2005 a atteint un degré jamais enregistré de
violence
Dans ses conclusions, la Commission Nationale Spéciale
d’Enquête Indépendante relève entre
autres que les actes de violence et de vandalisme survenus au
Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle
du 24 Avril 2005 sont sans précédent dans l’histoire
de ce pays par le nombre de morts (154), de blessés (654)
et de personnes refugiées dans les Etats voisins sans
oublier le nombre très élevé de dégâts
matériels.
Dans son rapport du 29 Août 2005 la Mission d’Etablissement
des Faits commise par le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme
de l’ONU, fait état du caractère massif
et de la gravité des actes et des manifestations des violations
des droits de l’homme attestés par le nombre élevé des
victimes ( entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés),
l’ampleur des disparitions, l’utilisation à grande échelle
de la torture et des traitements inhumains et dégradants,
les destructions systématiques et organisées des
biens et des propriétés ainsi que les déplacements
de populations à l’intérieur et à l’extérieur
du Togo.
Que faut-il faire pour mettre fin aux violences et aux violations
des droits de l’homme, et susciter la confiance des Togolais
aux fins de pouvoir les rassembler face à un avenir commun?
Pour réaliser un tel objectif, il est indispensable d’éradiquer
tous les ingrédients qui concourent à la culture
de la violence notamment, les pratiques de terreur, l’intolérance,
la répression et l’impunité. D’entrée
de jeu, il faut écarter toute initiative axée
entre autres sur:
une
loi d’amnistie
une
politique dite de concorde nationale
une
réconciliation Armée-Nation
une
caravane de pardon
une
commission dite de réconciliation nationale
Toutes ces formules et celles qui en découleraient ne
pourront en aucun cas attaquer le mal à ses racines. Elles
vont au contraire, empirer la situation car elles constitueraient
une insulte à l’intelligence humaine et un mépris
pour les victimes et les parents des victimes.
Par contre, il sied de concevoir un mécanisme basé sur
la vérité et la justice et, ayant pour objectif
la réparation. A ce stade, d’aucuns pensent déjà à l’expérience
sud-africaine avec la Commission Vérité et réconciliation.
Il est vrai que cette Commission a fait du bon travail, mais
il faut se garder de l’implanter dans les lumières
et ténèbres du Togo, sans mener les réflexions
nécessaires afin d’éviter des dérapages.
Chacun doit avoir à l’esprit que les Togolais n’ont
pas la même culture que les Sud-Africains. Il est important
de rappeler que l’Afrique du Sud est un pays multiracial
et pluriethnique. Le passage sans heurt du système de
l’apartheid à la démocratie est l’œuvre
de tous les Sud Africains avec à leur tête deux
grands leaders que sont MANDELA et de KLERK.
Le Togo, uni racial et pluriethnique fait difficilement la mutation
de la dictature à la démocratie à cause
d’une catégorie de sa population qui est réfractaire à l’idéal
démocratique. De plus, le pays n’a pas de leaders
de la trempe de MANDELA et de KLERK. Les pratiques totalitaires
sont toujours en vigueur dans le pays. Aucun changement fondamental
n’est encore opéré.
Face à ce constat, il faut faire preuve d’imagination
et prendre le temps qu’il faut avant d’installer
une telle commission si cette option venait à être
retenue. Pour être crédible, elle doit comprendre
en son sein des personnes de bonne moralité, de probité et
d’intégrité. Elle doit être indépendante
vis-à-vis du pouvoir politique et son rôle ne sera
pas de rendre la justice mais plutôt de rechercher par
tous les moyens la vérité.
Le principe de vérité doit se traduire par la
mise en lumière complète et objective des actes
de violation des droits de l’homme, de la nature et des
circonstances de ces actes, des listes des victimes, des disparitions,
de l’évaluation des biens et des propriété détruits
et de la détermination des responsabilités.
La justice doit être une mesure d’éradication
de l’impunité qui a consacré la violation
des droits de l’homme et la culture de la violence. Pour
que la justice soit bien rendue, il doit être mis en place
un pouvoir judiciaire indépendant et rigoureux qui punit
les malfaiteurs quelle que soit leur puissance et dédommage
les victimes quelle que soit leur faiblesse. Une justice crédible
doit pouvoir mener des enquête indépendantes et
impartiales respectueuses à la fois des droits de la défense
et des droits des victimes à la vérité et à une
réparation équitable.
Ce n’est que lorsque les étapes de la vérité,
de la justice et de la réparation équitable seront
franchises et que le Togo cessera d’être un pays
où
● le
troupeau conduit le berger
● l’argent
a plus de valeur que le citoyen
● l’humeur
d’une minorité est considérée comme la loi suprême
● les
caprices de certaines personnes ont force de loi
que les Togolais pourront, à partir du présent,
exorciser le passé, pour mieux réaliser le futur.
La tâche ne sera pas aisée. Elle sera très
difficile et c’est pour cela que toutes les énergies
doivent être mobilisées pour permettre à la
confiance de prendre progressivement place dans la société. La
réconciliation qui doit s’installer dans les cœurs
n’est pas un slogan, et ne doit en aucun cas l’être.
Il sied de préciser que le processus vérité,
justice, réparation équitable n’est que le
premier volet de la réconciliation. Il va falloir ensuite
se pencher sur le second volet qui aura pour mission de régler
tous les problèmes d’injustice sociale crées
depuis des années, notamment les expropriations arbitraires
pour cause d’utilité publique par rapport auxquelles
le fait du prince a bafoué les principes intangibles universellement
reconnus et les dispositions pertinentes, claires et non équivoques
du décret N° 45-2016 du 1er Septembre 1945 réglementant
au Togo l’expropriation pour cause d’utilité publique
Plus qu’une obligation de comportement, la réconciliation
est un idéal par rapport auquel chaque Togolais doit accepter
de se remettre sans cesse en cause et de se déterminer
dans les actes de la vie quotidienne. Il faudra de l’audace
et des sacrifices pour pouvoir faire ensemble œuvre utile.
Et comme l’a dit le président Nelson MANDELA "Le
moment est venu de cicatriser les blessures. Le moment est venu
de combler les abîmes qui nous séparent. L’heure
de l’édification a sonné. "
GRAD
Lomé le 12 mars 2008
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