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Enquête/
Les aires protégées en danger
Fréquentes descentes
des militaires dans la forêt classée de Togodo
. Des animaux tués
en désordre, les forestiers battus, les populations
mécontentes
26 mars 2008
Que se passe au juste dans la forêt classée de
Togodo? Difficile de le dire. Mais, depuis un certains temps
les bruits couraient et alimentaient les discussions dans la
localité de Tometi-Kondji à 25 km de la ville de
Tabligbo sur l’intrusion des militaires dans ce patrimoine.
Qui a donné l’ordre aux hommes en treillis pour
une telle opération? Nul ne saurait répondre à une
telle interrogation. Selon les informations, les militaires qui
sont rentrés de force dans la forêt, seraient des éléments
la Force d’Intervention Rapide (FIR) conduits par leur
patron. Les agents des eaux et forêts en service dans la
forêt sacrée de Togodo qui ont tenté de s’interposer,
ont été tabassés et renvoyés des
lieux. Mis au courant de la situation, les jeunes de la localité auraient
en vain entrepris des démarches auprès des autorités.
A Tometi, notre reporter a rencontré quelques
jeunes de la localité, des forestiers qui, bien qu’hésitants,
ont fini par nous relater les faits. Dans le village, la colère
la tension sont perceptibles. Un forestier rencontré et
qui a requis l’anonymat raconte: «Depuis qu’ils
sont arrivés de force, personne n’a rien à dire.
Des animaux, ils en ont tué et continuent d’ailleurs
de le faire. Etant donné que la loi du plus fort est la
règle, nous forestiers, nous n’avons rien à dire.
Nous sommes méprisés et certains de nos collègues
ont été battus lorsqu’ils étaient
venus pour la première fois».
La forêt classée de Togodo, quoiqu’on dise,
fait partie des secteurs qui génèrent de l’emploi,
de l’économie pour l’Etat et les populations
riveraines. Sur le plan touristique, il attire tant de touristes
et cela n’est pas sans influence sur l’économie
d’un pays. Une idée partagée par la majeure
partie des jeunes de Tometi-Kondji. «Nous, nous disons
que quelles que soient les choses, cette forêt classée
reste notre patrimoine, la seule richesse qui peut nous aider.
Si nous ne bénéficions pas de ça aujourd’hui,
nos enfants et autres générations pourront en tirer
profit, mais voilà ce à quoi nous assistons…»,
explique un villageois.
Confirmant la présence des éléments de
la FIR dans la forêt, il pointe un doigt accusateur sur
le chef Adodo de Tometi-Kondji qui, malgré les humiliations
que lui ont fait subir les militaires dans la forêt quand
il est allé pour constater les faits, est devenu un bras
droit de ceux qui détruisent la forêt. Ce qui fait
que les villageois ne sont plus en mesure de parler de cette
affaire par peur d’attirer la colère de leur chef.
A en croire certaines sources proches du chef, celui-ci serait
tabassé par les militaires un vendredi du mois de février
2008 dans la forêt. Se sentant humilié, Adodo aurait
exigé une cérémonie de purification à son
honneur auprès des «braconniers». Mais
après, nous avions appris que notre chef et le patron
de la FIR se sont rencontrés à Lomé. A son
retour dans le village, il est revenu avec quelques présents», indiquent
ces sources. Une attitude qui a découragé plus
d’un dans la localité. «Notre Chef a vendu
notre localité», murmurent quelques jeunes
de Tometi.
Un match de réconciliation pour enterrer tout
A la suite de sa rencontre ave le patron de la FIR, un match
de réconciliation a été organisé à Tometi
pour mettre fin aux évènements qui se sont déroulés
dans la forêt où Adodo aurait subi la hargne des
militaires. «Comme le Chef a mis son intérêt
devant après sa rencontre avec ces militaires, nous
ne savons pas comment ils se sont arrangés pour organiser
un match dit de réconciliation entre les uns et les
autres. Après cette phase de match, le patron de la
FIR a délégué quelques militaires pour
aider les forestiers à chasser les gens qui ont élu
domicile dans la forêt…», précise
un jeune. La population qui dénonce le double jeu de
leur chef affirme que les différents cadeaux qui en
principe devraient aller aux joueurs, ne leur sont pas donnés.
Et pour cause, après le match, les maillots et autres
qui constituent les cadeaux ont été remis à des
populations de Zouvi et autres alors que celles de Tometi-Kondji
n’ont rien reçu. Et c’est là justement
que les jeunes soutiennent que les actes et faits du chef prouvent à suffisance
qu’il en est pour quelque chose dans cette affaire.
Par ailleurs, le 06 mars 2008, les populations ont de nouveau
confirmé le passage des militaires dans la forêt.
Nos sources ont affirmé avoir vu des voitures des FAT
se diriger vers la forêt.
Le ministre de l’Environnement interpellé
Le ministre de l’Environnement, des Ressources forestières
et du Tourisme est vivement interpellé pour rappeler à l’ordre
ceux qui détruisent les aires protégées.
Selon certaines indiscrétions, les différentes
structures du ministère auraient été saisies
du sort qui a été réservé aux forestiers
de Togodo, mais aucune mesure significative n’a été prise.
Plutôt on a tenté de camoufler l’affaire.
S’il s’agit d’une opération organisée
et commanditée par les décideurs, quitte au ministre
d’expliquer la situation aux populations riveraines qui
sont mécontentes de ce qui se passe. Cela aura le mérite
de faire baisser d’un cran la tension qui prévaut
actuellement dans les villages environnants. Si rien n’est
fait, il y a péril en la demeure. Aujourd’hui, c’est
la forêt classée de Togodo qui est dans les mains
d’un groupe de militaires, demain ce sera peut-être
d’autres réserves qui seraient prises d’assaut.
Et la conséquence, c’est que pour finir, on constatera
la disparition des espèces animales tant recherchées.
Au moment où nous mettons sous presse, nos tentatives
pour joindre le chef Adodo et les militaires de la FIR
incriminés sont restées vaines. Affaire à suivre.
A. M.
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