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La Françafrique au cœur du remaniement ministériel en France:

Bockel, Omar l’a tuer

31 mars 2008

Françafrique, symbole de réseaux mafieux«La Françafrique m’a tué» a commenté tristement le 19 mars devant des amis Jean-Marie Bockel, viré du secrétariat d’Etat à la Coopération. La veille, lors du mini remaniement, il s’était interrogé pendant des heures: devait-il accepter d’être désavoué et rétrogradé aux Anciens combattants, le poste ministériel le moins convoité? Alors que son entourage le poussait au clash, le colonel (de réserve) Bockel, faute d’abdominaux, a fini par rendre les armes.

Sa disgrâce a commencé le 15 janvier, lorsque le sous-ministre a déclaré au «Monde» vouloir «signer l’acte de décès de la Françafrique». Un univers où, précisait-il, prospèrent «trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réserves parallèles».

Des propos rudes mais préalablement relus et approuvés par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Et surtout pisés aux meilleures sources. Dans son discours de Cotonou en mai 2006, le candidat Sarkozy n’avait-il pas dénoncé «des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent»? Et dans son programme présidentiel, il ajoutait: «La France n’apportera son aide qu’aux régimes qui défendent la démocratie et luttent contre la corruption.»

Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou Nguesso (Congo) et Omar Bongo (Gabon) se sont sentis visés par l’interview de Bockel et ont bombardé l’Elysée de protestations. Le plus virulent, Bongo, allant jusqu’à menacer publiquement de trouver «des partenaires plus respectueux de la dignité de son peuple». Le même en privé, a prévenu qu’ils pourraient fort bien déterrer de famille franco-africains. Il en a tant connu, en quarante et un ans de présidence…

La rage d’Omar n’a fait que croître lorsque, le 3 mars, France 2a diffusé un reportage sur les biens immobiliers des présidents africains en France. Huit jours plus tard, il expulsait menottés, deux Français trouvés sans papiers à Libreville. Après l’éviction de Bockel, le porte-parole de Bockel ne s’est pas privé de plastronner, qualifiant de «signe intéressant» la mise à l’écart de l’intrus (il n’est même pas franc-maçon, qualité précieuse en Françafrique).

Plus discret, son collègue congolais, Denis Sassou Nguesso, s’est, lui aussi, fait entendre de l’Elysée en utilisant deux arguments de poids. Primo, les marchés que convoite Vincent Bolloré, l’ami de Sarko: la concession du port à conteneurs de Pointe-Noire et la ligne ferroviaire Congo-Océan. Deuzio, Sassou a rappelé que Bernard Kouchner, lorsqu’il n’était pas encore ministre de tutelle de Bockel, n’avait pas jugé le régime infréquentable, décrochant (comme au Gabon), des contrats d’étude sur un nouveau système de sécurité sociale et les dangers de la grippe aviaire. Un drôle de sujets d’enquête dans un pays où sévissent surtout sida, paludisme et malnutrition. Ledit Kouchner, qui, depuis dix mois, tenait Bockel en laisse, n’a d’ailleurs pas levé le petit doigt pour prendre la défense de son collègue.

Le débarqué, lui, tente de faire bonne figure, mais peine à cacher son «écœurement». Un peu gêné, Sarko multiplie, depuis quelques jours, les attentions à son égard. Il lui a promis un droit de regard sur les «troupes pré-positionnées» en Afrique et une remontée dans l’ordre protocolaire! Si du moins Omar et Sassou Nguesso donnent le feu vert.

J.-F.J Le Canard enchaîné N° 4561 du 26 mars 2008


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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