«Vers une nouvelle stratégie
politique» entre l’Afrique et l’Europe
Edwige Sossah-laenen
23 avril 2008
Je suis titulaire d’une maîtrise en droit obtenu à Paris
avec une spécialisation en Relations Internationales à l’institut
d’Etudes des relations Internationales (ILERI). J’ai
en 1998 rédigé un mémoire sur ACP-UE : quel
partenariat après l’an 2000 ? C’est dans ce
cadre que je suis venue à Bruxelles parallèlement à mes études
suivre un stage de novembre 1998 à juin 2000 (date de
la signature de l’Accord de Cotonou). Un stage hors du
commun puisqu’il a duré presque deux ans. Il le
fallait non seulement pour la rédaction de mon mémoire
mais aussi et surtout parce que l’après Lomé m’intéressait
au plus haut point et qu’il était nécessaire
de suivre ces négociations qui ont été difficiles
mais ô combien salutaires pour l’avenir de ces deux
continents : l’Afrique et l’Europe.
La montagne n’a pas accouché d’une souris
puisque ces négociations ont abouti à l’Accord
de Cotonou et des éléments qui constituent cet
accord avec la problématique des APE. Comme pour toutes
les réunions de négociations ACP-UE j’étais également
présente pour la cérémonie de signature à Cotonou.
Je ressortais de ces négociations avec des idées
pleines la tête et pour la première fois une vision à l’égard
des relations entre l’Afrique et l’Union européenne.
Il m’a fallu aussi prendre beaucoup de recul par
rapport à tout cela. On ne ressort pas de presque deux
années de négociations comme on y est entré.
Cela change une femme, appelée à avoir des enfants
plus tard ; Cela change une vie. Ce fut mon cas. Le fait d’avoir
côtoyé les personnalités les plus importantes,
d’avoir appris à négocier (ce qu’on
apprend pas même dans les meilleures universités),
d’avoir de facto développer le sens critique qui
justement permet d’avoir de la distance, d’avoir
appris aussi tout ce qui touche au protocole bref la diplomatie,
le langage diplomatique qui ne doit en aucun cas être la
langue de bois, et surtout les différents instruments
de négociations qui permettent de passer d’un accord à un
autre m’a poussée 7 ans après à écrire
un livre sur un nouveau type de partenariat entre l’Afrique
et l’Europe.
La première partie de mon ouvrage évoque les différentes
crises que nous rencontrons. Crise de l’Etat, crise de
la société, crise de l’homme, crise du politique,
crise alimentaire et comme si cela n’était pas suffisant
crise écologique. Je détaille bien évidemment
ces différentes crises et je dis que la crise n’est
pas forcément une mauvaise chose. Un exemple : quand l’organisme
humain est malade il est en crise. Et les remèdes que
le médecin va lui procurer vont lui permettre de sortir
ce cette crise. De la même manière les différentes
crises que nous traversons sont des indicateurs nous signalant
qu'il y a danger et qu’il faut agir. La crise est là pour
nous faire prendre conscience de la gravité d’une
situation et qu’il y a urgence à développer
des méthodes de réflexion, à penser l’action, à mettre
en place une boîte de pandore qui nous permettra de sortir
le bon outil au bon moment. Tout comme le chirurgien qui utilisera
telle pince plutôt qu’une autre pour effectuer son
opération. Quand il y a crise cela signifie
qu’il faut reconstruire. Mais cette reconstruction
ne doit en aucun cas être anarchique. Elle passe par plusieurs
phases dont la première est inévitablement l’analyse
de la situation donnée. Puis le
projet. Que voulons-nous ? Ce projet suppose une méthode
de réflexion et la mise en œuvre de techniques. De
là suit toute une organisation qui
va tendre en la matérialisation de
ce projet et c’est inévitablement par la suite le passage à l’action. Si
la crise est une bonne chose pour toutes les raisons que je viens
d’indiquer elle ne doit en aucun cas durée dans
le temps. Je reprends la même analogie que l’organisme
qui est malade. Si des remèdes ne lui sont pas vite procurés
il y a mort. De la même manière si la crise s’installe
dans la durée alors elle n’est plus bénéfique
car ne stimule plus l’intelligence mais devient de facto
l’antichambre du chaos. En deuxième lieu je
dis qu’il est urgent de réhabiliter les
stratèges. Car la stratégie en politique
c’est l’art de diriger les sociétés.
Elle ne doit pas par conséquent être suspecte mais
en revanche se doit d’être omniprésente.
La seconde partie est entièrement consacrée à l’Afrique
et à l’Europe par le biais de l’accord de
Cotonou et la problématique des APE. Comment participer à un
développement endogène de l’Afrique.
Ma vision à cet égard est claire : Depuis 1957,
date de la signature du traité de Rome, l’Afrique
et l’Europe ont cheminé ensemble. L’Afrique
et l’Europe sont des continents qui géographiquement
parlant sont proches. Un détroit, Gibraltar; un bref bras
de mer en direction de Malte et c’est l’Afrique.
Justement à cet égard, les précurseurs de
cette Europe unie avaient déjà intégré cette
dimension de proximité avec l’Afrique. J’en
veux pour preuve six articles 130 à 136 du Traité de
Rome.
Mon ouvrage «Vers une nouvelle stratégie
politique» entre
l’Afrique et l’Europe a pour ambition de créer
non seulement le débat sur une nouvelle approche en matière
de coopération Sud-Nord mais et surtout responsabiliser
l’Afrique. Arrêtons de nous « griffer
le visage » symboliquement parlant. Nous n’ignorons
pas notre passé avec ce qu’il a comporté comme
passages horribles. Mais construisons l’avenir avec ceux
qui veulent le construire avec nous. Améliorons nos relations
avec l’Europe car si l’Afrique sombre elle entraînera
avec elle l’Europe. Pourquoi ? Nous sommes si proches géographiquement
parlant ! En revanche si l’Afrique s’en sort, c’est
aussi l’Europe qui en tirera bénéfice. Mais
ce nouveau partenariat que j’appelle de mes vœux
et que j’ai dit lors d’une conférence- débat
que j’ai donnée le 27 novembre à l’administration
communale d’Aywaille, cette nouvelle coopération
doit être basée sur du win-win. L’Afrique
a tant de richesse ; aussi bien au niveau du capital humain qu’au
niveau de son sous-sol. Nous avons les matières l’Europe
a le savoir-faire alors nous avons tout intérêt à conjuguer
nos efforts.
Je dis aussi que l’aide a été un fiasco.
Et que curieusement des pays comme la Chine et l’Inde qui
ont reçu peu d’aide aujourd’hui décollent.
Il faut responsabiliser les africains. L’Afrique doit se
prendre en main, en charge. Elle en a les capacités. L’Europe
ne doit venir que pour soutenir ces efforts dans les directions
choisies.
Mon message est simple sans être simpliste. L’Afrique
est au travail. Elle a compris qu’elle doit peser sans
contexte sur la scène internationale avec son partenaire
de toujours : l’Europe. Ces deux continents frères
doivent maintenant se regarder comme tel ; quand on est frère
en général on essaie de faire en sorte que l’autre
s’en sorte sinon on devra continuellement l’assisté.
Et je me fais porte-parole de l’Afrique dans mon livre
; je sais que l’Afrique ne veut plus être assistée.
Elle veut s’en sortir et cela passe aussi par le développement
d’une « middle class » encore inexistante.
Le fossé est toujours plus grandissant entre une population
riche et une population très pauvre. Il est donc
urgent que l’Afrique se développe véritablement
avec le potentiel dont elle dispose. Ma vision n’est pas
celle de la naïveté mais c’est l’unique
porte de sortie par le haut si nous voulons un jour véritablement
décoller. Avec l’Europe, l’Afrique peut peser
de manière incontestable et incontestée. C’est
la raison pour laquelle se livre s’adresse non seulement
aux décideurs mais aussi à toute une population
aussi bien africaine qu’européenne ; avec toutes
ces personnes de bonnes volontés qui veulent travailler
ensemble pour faire de ces deux continents des continents de
paix, de prospérité. Des continents responsables.
A cet égard dans mon ouvrage je dis que l’Afrique
a sa carte à jouer aussi en matière d’environnement
; car un pays aussi développé soit-il peut-il encore
l’être quand il ne respecte pas la terre, notre mère
nourricière ? La problématique du réchauffement
climatique se pose avec encore plus d’acuité pour
les pays du Sud. Et même si paradoxalement c’est
l’Afrique qui pollue le moins mais qui souffrira le plus,
cette Afrique là dans ce combat relatif à l’écologie
doit être un modèle en la matière. C’est
cette mutation écologique qui nous permettra de matérialiser
notre humanité. L’Afrique à cet égard
a un devoir de lucidité. C’est l’occasion
finalement inespérée pour elle de redonner du sens au
véritable progrès. Car une société malmenée
par des problèmes environnementaux aussi développée
soit-elle est inéluctablement en recul. L’Afrique
a un devoir vis-à-vis de cette nouvelle crise qui est
celle du réchauffement climatique. Et elle prendra ses
responsabilités. Par l’information, la vulgarisation,
par l’éducation citoyenne.
Cette crise écologique
tient une large place dans mon ouvrage. Car l’heure
est à la proposition, à la
mobilisation, à l’information, à l’éducation … bref à l’action!
Un extrait du livre
Apprendre à penser l'action: comment?
La fin de la seconde guerre mondiale a sonné le glas de
la retraite de la pensée stratégique. Avec l'ère
du nucléaire, la stratégie n'avait plus à penser
l'action devenue d'ailleurs impensable puisque la dissuasion
est maintenant présente pour tenir les différents
protagonistes en respect.
Dans une société éclatée, ou l'individu
semble avoir perdu ses repères, tout projet a du mal à voir
le jour. Il nous faut maintenant inventer de nouvelles instances
de débats : clubs, associations, mouvements afin que chacun à sa
manière et à son niveau puisse apporter sa pierre à l'édifice.
C'est en fait partir du principe que nous sommes tous plus ou
moins experts en quelques choses et que de chacun peut émerger
des idées qui nous permettrons d'avoir des projets et
d'avancer ensemble. Le laisser faire on verra plus tard ne doit
plus exister faute de quoi aucune solution durable ne pourra être
envisagé pour sortir de la crise. Ne nous contentons plus
d'un ersatz de stratégie. Réhabilitons les stratèges,
les hommes d'action. Privilégions l'anticipation à la
gestion.
Les beaux discours de paix, de fraternité masquent difficilement
cette réalité cruelle qui est notre grand désarroi à donner
du sens à la vie collective et surtout notre impuissance à se
rassembler sur des projets.
Apprendre à penser l'action c'est remettre sur pied une
méthode de réflexion stratégique ; et cette
réflexion stratégique nécessite la participation
de tous les acteurs de la société. Ainsi la réponse à notre
propos se trouve de manière quasi inéluctable dans
l'exercice de la démocratie. Ce sont donc les citoyens
qui doivent de mobiliser pour instaurer un débat de fond.
Le débat d'aujourd 'hui est une coquille vide car il ne
se réalise qu'au sein des partis politiques. " …….
C'est en replaçant le citoyen au cœur du débat,
que l'apprentissage de penser l'action se fera. En effet, avant
d'agir, il faut pouvoir rassembler et convaincre des individus
d'atteindre des objectifs communs. C'est du reste la base de
toute action collective.
Mardi 27 novembre 2007 s'est déroulée en la maison
communale d'Aywaille une conférence-débat dont
le thème fut Afrique-Europe : un destin commun?
Le Général Eric de la Maisonneuve, venant tout
droit de Paris, ancien professeur de stratégie de Madame
Edwige Sossah-Laenen et auteur de plusieurs ouvrages et directeur
de la Société de stratégie a introduit cette
conférence-débat par " penser la crise ".
Mais à travers cet exposé sur la crise c'est aussi
c'est aussi toute une réflexion stratégique qu'il
convient d'adopter.
La conférence relative à l'Afrique et l'Europe
a ensuite débuté.
Afrique-Europe: un destin commun?
Madame Edwige Sossah-Laenen, Juriste de formation, spécialisée
en Relations Internationales et auteur du livre " Vers une
nouvelle stratégie politique " publié chez
stratèges éditions a débuté son exposé en
nous rappelant que l'Afrique est à nos portes géographiquement
parlant mais qu'elle est simplement loin de nos pensées.
Le destin commun de l'Afrique et de l'Europe a été scellé par
une volonté forte de l'Europe d'unir ses deux continents.
Ce sceau a été juridiquement posé en 1957
lors de la signature du Traité de Rome (article 131 à 136).
Eu égard les différentes conventions qui se sont
succédées dans le but d'intensifier les rapports
tant économiques, commerciaux que sociaux entre les deux
continents, l'Afrique n'a pas réussi son décollage.
Madame Edwige Sossah-Laenen constate un fait éloquent:
La Chine et l'Inde qui ont reçu peu ou pas d'aide de
l'Europe sont des pays qui sont en train de décoller.
A contrario, l'Afrique qui a reçu des aides faramineuses
est en régression.
Pourquoi?
Pour l'auteur du livre, la raison fondamentale tient à l'aide
européenne qui n'a pas participé au développement
de l'Afrique mais qui en revanche a été confisquée
dans les mains de dirigeants politiques africains. La population
n'a donc pas bénéficié de cette aide.
L'investissement dans le béton prôné par
la banque mondiale s'est substitué réalité économique
oblige en investissement dans l'homme avec un début de
consécration de la femme africaine, clé de voûte
d'un développement durable en Afrique.
Que faut-il faire pour que l'Afrique décolle?
1° Assortir l'aide non plus d'une obligation de moyen mais
d'une obligation de résultat. Et donc l'aide européenne
doit reprendre sans complaisance ni faiblesse une douloureuse
mais indispensable révision.
2° Permettre à l'Afrique d'exploiter ses propres
richesses en collaboration avec l'Europe qui elle a le savoir-faire.
3° La société civile africaine s'est lancée
dans une véritable chasse aux sorcières au niveau
de la corruption. L'Europe doit l'aider dans ce combat. 4° L'Europe
doit éviter de s'ingérer dans les affaires politiques
africaines.
5° La jeunesse, c'est l'avenir de demain. Il convient donc
de tout miser sur la formation des jeunes. Cela pourra se faire
par divers procédés...
Si l'Europe a perdu la bataille économique en Afrique,
elle ne doit pas oublier que son avenir est lié à celui
de l'Afrique.
Ainsi, pour éviter de se prendre le chaos africain en
pleine figure l'Europe devra adopter de nouvelles stratégies
politiques pour que l'Afrique s'en sorte.
La pénurie alimentaire dont l'Europe sera victime d'ici
quelques années l'oblige à repenser ses relations
avec l'Afrique.
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