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Hypocrisie de la France lors du décès
d’Aimé Césaire:
Ave Césaire!
25 avril 2008
Il aurait sûrement bien ri, Aimé Césaire,
lui qui cultivait en privé, une ironie aussi courtoise
que cruelle, en voyant tous ces politiques, tous ces journalistes,
se précipiter à Fort-de-France pour célébrer
son embaumement.
Oubliée, la polémique sur les bienfaits de la
colonisation où s’illustrèrent Nicolas Sarkozy
et les députés UMP. Oubliées, ces années
où le maire de Fort-de-France se heurtait à l’hostilité des
préfets envoyés aux Antilles par le Général
et «son» Jacques Foccart pour l’abattre.
Oublié, ce président, Valérie Giscard d’Estaing
qui se refusa à venir le saluer dans sa mairie. Oubliés,
ces hémicycles désertés où le député de
la Martinique, communiste puis apparenté socialiste après
sa rupture avec le parti de Maurice Thorez en 1956, défendait
l’égalité sociale Hexagone-départements
d’outre-mer face à l’intransigeance des gouvernements
gaulliste, pompidolien, giscardien et chiraquien. Oubliée,
cette radio-télévision d’Etat où pendant
près de vingt ans prononcer son nom était pratiquement
interdit. Oublié, le créateur de la revue «Tropiques» qui
en 1942, dénonçait cette Eglise catholique plus
empressée à bénir le «Travail, Famille,
Patrie» du Maréchal que «l’ami des
Noirs», l’abbé Grégoire.
Faut-il rappeler qu’il y a onze ans à peine son «Discours
sur le colonialisme», déjà censuré lors
de sa publication sous la IVè République, fut
retiré du programme national des classes Terminales?
Une décision prise par un ministre de l’Education
nommé François Bayrou. Le même Bayrou qui,
sans doute en guise de rédemption, est allé se
recueillir, dimanche dernier, devant le cercueil d’Aimé Césaire,
au stade Pierre-Aliker.
Car il a fallu attendre l’élection de son ami François
Mitterrand pour que l’autonomie, réclamée
depuis les années les années 60 par le PPM (Parti
populaire martiniquais), soit enfin partiellement accordée
aux départements d’outre-mer malgré les manœuvres
du Conseil Constitutionnel, présidé par le chiraquien
Roger Frey. Comme il a fallu attendre 1986 pour que les citoyens
des départements d’outre-mer bénéficient
des mêmes avantages sociaux que les métropolitains.
Quant à l’œuvre poétique et théâtrale
d’Aimé Césaire, aujourd’hui tant célébrée,
elle a été longtemps négligée. La
Comédie-Française n’a inscrit à son
répertoire sa «Tragédie du roi Christophe» qu’en
1991. Pour le 78è anniversaire de Césaire! Son «Cahier
d’un retour au pays natal», poème manifeste
de la négritude, édité en 1939, n’a été publié en
poche que près de trente ans plus tard! Et les premiers
centres césairiennes ont été créés
en Afrique, au Canada, en Allemagne ou aux Etats-Unis. Mais pas
dans les universités françaises.
Rebelle à toute vanité, Aimé Césaire
n’en avait cure. Lors de l’un de ces derniers entretiens
télévisés, alors qu’il était
interrogé sur les critiques qu’il avait suscitées
tant à droite qu’à l’extrême
gauche, il avait répondu avec son sourire malicieux: «Le
nègre les emmerde».
Une belle épitaphe!
Nicolas Brimo, «Le Canard enchaîné» N° 4565
du 23 avril 2008
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