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27 avril 1958 - 27 avril 2008, il y a 50 ans le Togo devenait autonome:

Qui sont ces illustres personnages de l’«Ablodé!»? Biographie

27 avril 2008

Pa de SouzaHospice CocoPaulin AkuétéPaulin FreitasMartin AkuRudolphe TrénouIl y aura 50 ans, le 27 avril 2008, que le peuple togolais arrachait l’éclatante victoire historique de l’indépendance nationale «Ablodé!» en élisant une majorité absolue de 29 députés nationalistes sur les 46 prévus à la nouvelle assemblée législative avec 190 220 voix sur 317 669 votants et 489 519 inscrits soit 59,88 % des suffrages exprimés. C’était lors de la consultation électorale sur l’autodétermination que les colons français avaient été contraints d’organiser sous la supervision d’une mission de l’ONU dirigée par le Haïtien Max DORSINVILLE, l’institution sous le mandat puis la tutelle de laquelle le Togo était placé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

De l’aveu même des colons français, cette victoire arrivait « avec l’ampleur d’une lame de fond » qui donnait une large majorité aux partis nationalistes qui ont fait campagne pour l’indépendance immédiate : Comité de l’unité togolaise (CUT), JUVENTO et Mouvement populaire togolais (MPT).

Malgré les habituelles manipulations et fraudes électorales qui n’avaient cessé d’être organisées en leur faveur lors de toutes les consultations électorales qui s’étaient succédé depuis 1951, les suppôts togolais du colonialisme français qu’étaient le Parti togolais du progrès (PTP) et l’Union des chefs et des populations du Nord (UCPN) étaient battus à plate couture après avoir ouvertement fait campagne pour le maintien des intérêts coloniaux français.

Cette victoire électorale a pris appui sur celles remportées par les nationalistes togolais lors des élections au Parlement français pour lesquelles Martin AKU a été élu le 10 novembre 1946 et lors des élections législatives du 8 décembre 1946 pour lesquelles le CUT a remporté la majorité absolue des députés à l’Assemblée représentative du Togo (ART).

Parce que cette victoire a ouvert la voie à la proclamation de l’accession du Togo à la souveraineté internationale, le 27 avril 1960, le Parti des travailleurs estime qu’il est nécessaire de donner à cet événement toute l’importance historique qu’il mérite.
C’est pourquoi il prend l’initiative d’organiser, à l’occasion de la commémoration de son 50e anniversaire, une série de manifestations, surtout à l’intention de la jeune génération qui connaît mal ces pages à la fois glorieuses et difficiles de l’histoire de la lutte du peuple togolais pour sa libération du joug colonial français.

Les artisans de la victoire électorale de l’«Ablodé!», le 27 avril 1958

Pa Augustino de SOUZA

le Patriarche, 1er Président du CUT, décédé la veille de la proclamation de l’indépendance

Zone de Texte:  Le patriarche Pa Augustino de SOUZA dit «Gazozo» est né en 1877, à Adgbédrafo (Porto Seguro), dans une grande famille Mina dont les ancêtres sont venus du Brésil.

Il était le petit-fils du Chacha Francisco Félix Da SOUZA (1760 – 1849), le (drifter) portugais ou réfugié politique qui était devenu un important trafiquant dans la région d’Aného et plus tard Gouverneur de Ouidah sous le règne du roi du Danhomè.
De condition modeste, Da SOUZA commença sa carriè­re ouest-africaine comme un petit commerçant vendant di­verses marchandises, dont des esclaves et des armes.

Il s’installa d’abord à Aného vers 1788 et y fonda le quartier Ajuda qui devien­dra plus tard l’actuel quartier d’Adjido.
Après une querelle au sujet d’une dette que lui devait le roi du Danhomè Adandozan, Da SOUZA fut emprisonné à Abomey, la capitale du Danhomè.

Il ne fut relâché que sur l’intervention de Ghézo, le futur roi du Danhomè, qui monta au pouvoir avec le soutien de Da SOUZA.

Il fut élevé à la position de « Chacha » c’est-à-dire de percepteur en chef attitré des impôts du roi qui avait rang de gouverneur à Ouidah, le plus grand port d’esclaves de la côte.
A partir de cette position, Da Souza détenait un monopole sur toutes les activités commerciales dans la région et devint énormément riche.

Submergé par ses fonctions administratives à Ouidah, Da SOUZA délégua son autorité à Aného à son lieutenant, Akouété Zanklibossou, et ses affaires commerciales à ses fils.
Suite à l’abolition de la traite négrière, il réorienta ses affaires vers la culture du palmier à huile.

Francisco da SOUZA, grand père de Augustino de SOUZA, est mort à Ouidah, en 1849 et eut droit à des funérailles royales incluant des sacrifices humains.
Revenons au petit-fils de cet homme, Augustino de SOUZA, qui fut un des providentiels héritiers de sa considérable fortune pour dire qu’il fut, très tôt, un puissant soutien, fondateur et premier président du Comité de l’Unité togolaise (CUT).
Il était l’ami de Octaviano OLYMPIO, l’oncle de Sylvanus OLYMPIO qui, avec l’instituteur de la Mission protestante  Andreas AKU, avait pris le 24 mai 1909, la première initiative qui lança le mouvement national au Togo en envoyant au très raciste gouverneur allemand, le Comte ZECH, une pétition pour réclamer la justice et l’égalité des droits entre autochtones togolais et colons allemands après avoir protesté contre les exactions dont avait été victime un citoyen togolais. Ce dernier avait été giflé en pleine rue par un fonctionnaire colonial allemand des chemins de fer tout simplement parce que celui-ci ne l’avait pas salué au moment où il le croisait sur son chemin.

De ce fait, il jouissait d’un grand prestige et avait une forte autorité morale sur le mouvement nationaliste naissant au Togo.

Il était issu de cette bourgeoisie foncière et commerçante afro-brésilienne dont les principales figures qui avaient fait fortune à partir de la traite négrière, à leur retour du Brésil d’où ils sont venus s’installer sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, après avoir paradoxalement été affranchis eux-mêmes comme esclaves. Se distinguant du reste de la population par leur habitat, leur habillement, leur alimentation, leurs traditions, leur prestance dans la société, ils constituaient cette couche de notables qui, face aux pouvoirs coloniaux allemand et français, postula à la représentation des intérêts nationaux togolais qui ne pouvait que favoriser les leurs propres.

C’est ainsi que, comme son ancêtre Francisco Félix Da SOUZA et, plus généralement, tous les chefs des grandes familles afro-brésiliennes, Pa Augustino de SOUZA développa une importante carrière commerciale et entrepreneuriale tout au long de sa vie.
En 1903, il fut embauché par la compagnie commerciale allemande Deutsche Togo Gesellschaft (DTG) et, après l’expulsion de cette société du Togo en 1914 suite à la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale, il monta sa propre compagnie d’import-export.

Par la suite, il s’engagea dans la production de palmistes et de noix de coco, achetant à cet effet de vastes domaines près d’Anécho et dans la région de Lomé dont il fit d’immenses palmeraies et cocoteraies.

Au fil des années, il avait accumulé une fortune si considérable qu’il était considéré comme étant le plus riche commerçant du Togo avant son indépendance.
Lorsque les colons décidèrent de créer un Conseil des notables pour impliquer l’embryon de bourgeoisie locale dans la gestion des affaires coloniales, c’est Augustino de SOUZA qu’on désigna comme président de cette institution.

Après la Seconde Guerre mondiale, Augustino de SOUZA s’engagea dans les divers mouvements qui combattaient pour l’unification des Ewé sous une seule administration coloniale.

C’est dans ce cadre qu’il apporta une importante contribution à la naissance du Comité de l’Unité togolaise dont il aida à la fondation et en devint le premier président, à cette époque où Sylvanus OLYMPIO en avait été élu vice-président.

En réalité, c’était dans les grandes plantations de Augustino De SOUZA que la direction du CUT se réunissait pour définir ses stratégies et tactiques.

De SOUZA était aussi un des rares supporters actifs dans le Togo français de la direction Anlo de l’All Ewe Conference de Daniel CHAPMAN qui avait son siège au Ghana voisin.
Trop vieux pour jouer un rôle actif dans le combat du CUT contre le pouvoir colonial français au Togo, le soutien apporté par Pa Augustino De SOUZA au mouvement à ses débuts fut incontestablement inappréciable.

Il mourut malheureusement le 25 avril 1960, soit exactement deux jours avant la proclamation de l’indépendance du Togo auquel son destin ne lui permit pas d’assister. Comme ce fut le cas dans l’autre histoire, il ne vit donc pas la terre promise de l’indépendance nationale conquise et proclamée mais, en tant que patriarche, garant moral de la direction de cette lutte, il est permis de dire qu’il l’a conduite à bon port.
Son décès, gardé secret, ne fut rendu public qu’après les cérémonies de proclamation de l’indépendance nationale.

Il eut droit à des obsèques grandioses, à la hauteur de l’importance de la contribution qu’il apporta au combat pour la conquête de l’indépendance du Togo.

Martin AKU

Le candidat du CUT aux élections du 10 novembre 1946 à l’Assemblée nationale française

Une filiation nationaliste: A quel sujet cette pétition lui fut-elle adressée?

Zone de Texte:  A propos d’un incident survenu, en mars 1909, dans la rue de Brême où Andreas Aku, quoiqu’important notable togolais, a été giflé, en pleine rue, par un fonctionnaire des chemins de fer allemands. Lorsqu’il s’en plaignit au gouverneur, celui-ci minimisa la gravité de l’acte, ne lui donnant pour toute réponse que ces mots: «Vous devriez excuser ce fonctionnaire…» Ce fut alors qu’ Octaviano Olympio et Andreas Aku, importants notables togolais à l’époque, rédigèrent et signèrent cette pétition datée du 24 mai 1909 qu’ils ne consacrèrent pas seulement à cet incident mais en étendirent l’objet à l’ensemble des doléances de la population de Lomé, signe évident de l’accumulation de nombreuses frustrations contenues qui n’avaient pas trouvé une occasion pour s’exprimer jusque-là. La pétition, elle-même, fut remise au Comte Zech, le 26 mai 1909, par ses deux signataires et les commerçants James Gbogbo et un autre nommé Kodjo. Elle portait essentiellement sur 3 points:

1- Egalité des européens et des indigènes devant la loi ;

2- Suppression de la détention préventive des indigènes en matière de droit civil ;
3- Autorisation de constituer une caution avec d’autres moyens qu’avec de l’argent liquide exclusivement.

Revenons au fils, Martin Aku, pour indiquer qu’après ses six années d’études primaires au Togo, d’abord à l’Ecole de la Mission évangélique puis à l’Ecole officielle (publique) coloniale, il partit en Allemagne, à Brême en 1928, avec l’inspecteur de la Mission de Brême, Stoevesandt, pour y poursuivre ses études secondaires, pendant sept ans. Puis, à partir de 1935, il entama des études supérieures de médecine à Tübingen mais l’arrivée au pouvoir du nazi Hitler en Allemagne, depuis 1933, rendant tellement difficiles ses conditions de vie, il fut contraint de quitter l’Allemagne. Il continua alors ses études de médecine à Westheim, à Bâle (Basel), en Suisse, avant d’aller les terminer en France, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

A propos de son métier de médecin qu’il n’avait pas eu la chance d’exercer en Afrique, en 1946, à son retour d’Europe où il repartait comme député la même année, n’écrivait-il pas déjà dans une autobiographie qu’il rédigea à 25 ans, alors qu’il était encore étudiant en médecine à Bâle:

«Le but de la vie, tel que j’ai pu l’entrevoir grâce à mon éducation, trouvera sa réalisation dans ma vocation de médecin. Le cœur se brise lorsque l’on songe à toutes les maladies dont souffrent nos compatriotes, et à la légèreté avec laquelle ils les accueillent encore trop souvent. L’appel au secours de mon peuple dans ce domaine m’a pénétré jusqu’au fond du cœur. Aider à diminuer un danger m’apparaît comme la plus grande tâche que je puisse accomplir pour mon peuple et pour mes semblables. La santé du corps est en effet la condition primordiale de notre évolution, et elle seule rend possible l’évolution de l’âme. On désespère presque lorsque l’on songe à tout les maux que le contact avec l’Européen nous a apportés. Les maladies dites européennes, dont les suites dévastatrices sautent aux yeux, menacent de détruire la substance même de notre peuple. Beaucoup de nos compatriotes gardent vis-à-vis d’elles une attitude d’impuissance, car il n’y a pas encore de lieux de consultation pour ces maladies, tels qu’on en trouve dans toutes les villes européennes. Le danger est très grand, précisément parce que les bases de notre vie de communauté morale ont été détruites. Nous, médecins africains, nous avons à cet égard une grande responsabilité. Nous n’aurons que des résultats partiels si nous ne parvenons pas à faire comprendre au moins approximativement à nos compatriotes la nature d’une maladie et le processus de sa guérison. Les idées malencontreuses issues de l’activité thérapeutique des sorciers empêcheraient à la longue toute réussite de notre activité.

Mais l’œuvre la plus difficile – et aussi la plus importante – est celle qui vise le domaine de l’hygiène. Il faut que nous soyons prêts à rencontrer une forte opposition sur ce terrain. C’est un travail délicat, qui devra être accompli avec une grande habileté en même temps qu’avec fermeté. Il nous faudra y travailler en donnant la main aux autres éducateurs de notre peuple. Il y a aussi beaucoup à faire dans le domaine médical scientifique. Jusqu’ici, on a fait le silence autour de cette question, mais aujourd’hui il nous faut l’aborder. Pour guérir les maladies, certains thérapeutes indigènes disposent de moyens qui nous sont inconnus. Il nous faudra rechercher la nature de ces maladies et des médicaments, afin d’améliorer ces derniers grâce à notre savoir scientifique acquis à l’Université. J’espère que beaucoup de parents de chez nous s’apercevront de la valeur d’une éducation médicale et prépareront leurs fils pour cette profession. La tâche est énorme, et nous avons besoin de beaucoup de forces indigènes ayant reçu une préparation scientifique. Nous avons déjà plus qu’assez de juristes. Nous n’approcherons de notre but que lorsque les questions d’hygiène populaire seront résolues d’une façon satisfaisante. Il nous faudra auparavant nous y appliquer de toutes nos forces. » (in Martin AKOU, Onze autobiographies d’Africains, pages 298-299, publiées par Diedrich Westermann, 1938.)

Le candidat du CUT aux élections du 8 novembre 1946 au Parlement français

C’est à son retour d’Europe, en 1946, que Martin AKU avait été présenté comme candidat par le Comité de l’unité togolaise (CUT) aux élections à l’Assemblée nationale française et battit à cette occasion Nicolas Grunitzky, le candidat présenté par le Parti togolais du progrès (PTP) avec le soutien de l’administration coloniale française. Il devint alors le premier député du Togo à l’Assemblée de l’Union française.

Mais, à son arrivée en France, Martin Aku se tint à l’écart des divers regroupements trans-territoriaux qui se développaient tant à l’Assemblée nationale française qu’en Afrique même, au nom d’une sorte de principe de « non alignement » à la togolaise dans les affaires des pays francophones d’Afrique. C’est pourquoi, durant son mandat à Paris (1946 – 1951), Martin Aku n’adhéra pas à l’« intergroupe des députés coloniaux » dont les activités venaient de déboucher, peu avant son élection, le 10 novembre, sur la constitution du RDA au Congrès de Bamako (18 au 21 octobre 1946) mais s’affilia au Groupe parlementaire des Indépendants d’Outrer Mer (IOM) qui était notoirement influencé par le MRP.

Même si on le disait solitaire et plutôt conservateur de caractère, sa position était en réalité dictée par la tendance générale dominant à l’époque le CUT qui, sous l’impulsion du très libéral et anti-communiste Sylvanus Olympio, était marquée par son hostilité aux thèses développées par les principaux responsables du RDA, pour la plupart proches du Parti communiste français. Martin Aku a été battu lors de la campagne de 1951 pour sa réélection à son poste de député à Paris par son ancien adversaire de 1946, Nicolas Grunitzky, que l’administration coloniale française soutint de toutes ses forces, allant jusqu’à organiser de gigantesques fraudes pour imposer sa «victoire». C’était l’époque où on avait fait arriver ce tristement célèbre spécialiste de la répression colonialiste qu’était Yves Digo, nommé gouverneur au Togo de 1950 à 1952. Paradoxalement, le même Nicolas Grunitzky que ce dernier imposera à sa place par les fraudes rejoindra le même Groupe parlementaire des Indépendants d’Outrer Mer (IOM). Et les mêmes fraudes dont Aku fut victime furent organisées contre les députés du RDA pour les faire perdre dans leurs territoires respectifs, aux mêmes élections de 1951. Au point où, de sept qu’ils étaient au départ à l’Assemblée nationale française lors de la constitution de leur mouvement, les députés du RDA ne seront plus que trois (Houphouet-Boigny de Côte d’Ivoire, Mamadou Konate du Mali et Jean-Félix Tchicaya du Gabon) à la suite de ces élections. Les fraudes électorales seront systématiquement organisées par les colons français pour faire perdre le CUT lors de toutes les consultations électorales qui eurent lieu au Togo de 1951 jusqu’à celle du 27 avril 1958 où la présence d’une Mission de supervision de l’ONU permit d’en limiter l’ampleur. C’est ce qui permit au CUT d’arracher une mémorable victoire qui, de l’avis des observateurs présents, arriva «avec l’ampleur d’une lame de fond». En 1951, profondément écœuré par la bassesse des méthodes utilisées contre lui par les colons français tant pour imposer sa défaite que par leur refus de reconnaître son diplôme de médecin pour le laisser exercer son métier au Togo, le Dr Aku fut contraint de s’installer au Ghana comme médecin et se retira ainsi de la vie politique jusqu’à son décès en 1970.

Paulin Akuété

Le géant du syndicalisme africain!

Zone de Texte:  Mais, par manque de vocation, je suis alors devenu moniteur puis instituteur de l’enseignement primaire.

J’ai débuté ma carrière professionnelle le 1er octobre 1924 à Aného (Petit-Popo) avant de devenir instituteur par voie de concours en 1926. Je fus alors muté sur Lomé et ai exercé mon métier à l’Ecole primaire publique de la route d’Aného, une institution scolaire très célèbre qui a moulé bien des cadres togolais d’aujourd’hui.
Mais, pour des raisons de santé, je serai détaché le 3 janvier 1930 au service de l’enseignement en qualité de secrétaire d’académie. L’enseignement suscitera en moi une autre vocation, celle du syndicalisme.

Je fus alors élu Premier Secrétaire de l’Association des fonctionnaires et ouvriers du Togo.

Je serai détaché du service de l’enseignement pour la Bourse du travail  comme syndicaliste permanent.

Ma participation à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance, il faut le reconnaître, était perçue de la part de l’administration coloniale, française évidemment, comme un affront. Il faut me punir. J’étais demeuré plus de dix ans sans traitement mensuel. Devant cette injustice flagrante, j’ai beaucoup bataillé. Nous étions à la fin de la IIe Guerre mondiale. Je fis la connaissance d’un certain Sylvanus Epiphanio OLYMPIO, gérant de la UAC (United Africa Company), une filiale de la firme britannique Unilever.

Nos liens deviendront très étroits à partir de 1946 – 1947 lorsque mon ami s’affirmait comme un véritable leader politique.

Après la victoire des nationalistes du CUT (Comité pour l’unité togolaise) aux élections législatives du 27 avril 1958, placées sous le contrôle des Nations-Unies, l’ami Sylvanus fut pressenti par M. Georges Spénale, gouverneur d’alors et haut commissaire de la France au Togo, pour devenir le chef du gouvernement du nouvel Etat indépendant.

En formant son cabinet, Sylvanus OLYMPIO me fit appel pour occuper le poste de ministre de la Justice, du Travail, de la Fonction publique et des lois sociales. Mon ami d’enfance, le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO, médecin, gynécologue et chirurgien sera, lui, nommé au département des finances et des Affaires économiques.

Après le putsch militaire du dimanche 13 janvier 1963 soldé par la mort du Président OLYMPIO, j’ai été contraint de partir vivre en exil. Depuis lors, j’étais à Grand-Popo (dans ma maison à Hounsoucoué-Plage). »

Revenons sur l’oraison funèbre présentée par Abdoulaye SALAMI, ancien Secrétaire général de l’UNTT, la centrale syndicale créé en 1959 et dissoute en 1972 par le régime d’Eyadéma, pour dire qu’elle permettait d’élargir la connaissance de Paulin AKOUETE lorsqu’il y disait notamment:

« Vous étiez quelques braves à élaborer discrètement avec les camarades français, la stratégie de pression sur un point précis à la Conférence de Brazzaville en 1944 : obtenir la reconnaissance du droit syndical dans les colonies, et vous aviez eu gain de cause.

A la fin de la IIe Guerre mondiale, après la promulgation des textes autorisant les syndicats, tu as crée l’Union des syndicats confédérés du Togo (USC) que tu devais diriger jusqu’à l’indépendance du Togo.

L’Union des syndicats confédérés du Togo, né comme une section territoriale de la CGT Unitaire (N. B. : CGT-U de France) qui devait, avec la guerre froide, se scinder en CGT et en CGT-FO.

Ier Acte: Avec la tension des débats sur le plan Marshall des années 1947 – 1948, le premier acte de grande importance posé par lui et qui devait révéler la stature de notre camarade Akouété Paulin, ce fut de déclarer les syndicats togolais autonomes, c’est-à-dire non affiliés ni à l’une, ni à l’autre tendance. Notre objectif politique était l’indépendance.

L’Acte II: C’est la participation à la grande grève pour l’obtention du Code du travail d’outre-mer de 1952.
Pratiquant du syndicalisme autonome, le camarade Akouété Paulin a été l’émule de son ami Sékou Touré dans les années 1956 pour la désaffiliation des centrales métropolitaines, afin de mieux coller à la politique d’émancipation des peuples africains.

L’Acte III: C’est ainsi que (Acte III) lors de la création de l’UGETAN à Cotonou, l’Union des syndicats confédérés du Togo devait abandonner son autonomie sur le plan africain et être membre fondateur à ce Congrès qui a confié le Secrétariat général à Sékou Touré.

Je passe volontiers sur tout le travail quotidien du syndicaliste que le camarade Akouété Paulin a mené avec brio et qui sera couronné par ce que j’appelle l’acte quatre en 1958.

L’Acte IV: il fallait voir l’homme dans toute sa force, en action au diapason de la masse des travailleurs.

En effet, c’est en 1958 qu’au Togo, sous l’égide de l’ONU, il y a eu des élections pour savoir si oui ou non le peuple voulait l’indépendance.

Depuis 1956, nous avons l’autonomie interne de la Loi-cadre, et le parti au pouvoir avait pris toutes ses dispositions pour frauder systématiquement. C’est alors qu’intervint le syndicat en la personne du camarade Akouété Paulin pour peser de tout son poids dans la balance au nom du droit de vote des citoyens-travailleurs mettant la puissance administrante devant ses responsabilités.

Il fallait suivre des échanges de lettres entre le camarade Akouété Paulin et le Gouverneur Georges Spénale qui essayait de se laver les mains à la Ponce Pilate.
Enfin, c’est le préavis de grève signé du camarade Akouété Paulin qui a permis la correction des listes électorales et les élections du 27 avril 1958 remportées par les nationalistes.

C’est pourquoi, le 27 avril sera retenu comme jour de la fête nationale du Togo depuis 1960.

C’est aussi en reconnaissance de tous ces combats que le camarade Akouété Paulin sera appelé comme ministre dans le premier gouvernement du Togo indépendant.
Ce n’est donc pas par hasard qu’on associe, au Togo, le nom du premier président Sylvanus Olympio à celui d’Akouété Paulin comme c’est le cas : en Tunisie, de Habib Bourguiba et Ferhat Hached ;au Ghana, de N’Krumah – Georges Padmore et John Tettegah ; au Kenya, de Jomo Kenyata et Tom M’boya ; pour la PAFMECA : Julius Nyéréré et Tom M’boya.

Avec ces autres géants, vous appartenez tous à l’histoire.»

(Dossier publié dans le supplément de Nyawo, journal de l’OTTD, n° 51, 8 décembre 1997)

Paulin FREITAS

L’indispensable et unique Ministre d’Etat

Zone de Texte:  Petit fils du Roi BÊTUM – LAWSON III d’Aného et de Jacintho Paulinus FREITAS, esclave libéré du Brésil, Paulin Jacintho FREITAS est né le 03 décembre 1909 à Lomé.

Instituteur de formation, il a dirigé à sa création, la première Ecole normale d’instituteurs (ENI) du Togo qui était à Atakpamé.

Avant Atakpamé, il était le premier instituteur à construire avec les ouvriers puis à ouvrir la toute première école primaire à Bassar en 1932.

Son fis aîné, Cyrille (décédé en 2002) est né d’une mère Bassar originaire de Nangbani, membre de la famille KOURKOU-KPANTE.

C’est un Grunitzky qui l’a initié à la politique en développant chez lui l’esprit nationaliste en le faisant adhérer au Comité de l’unité togolaise (CUT) alors qu’il était en poste à Atakpamé.

Aux élections à l’Assemblée représentative du 8 décembre 1946, il fut le tout premier député élu du CUT du pays Akposso de l’histoire du Togo quoique originaire d’Aného tant il était apprécié dans le milieu.

A l’Assemblée représentative il sera élu comme questeur.
Revenu à Lomé en 1951, il continuera la lutte pour l’indépendance jusqu’aux élections de 1958 où il sera élu comme député d’une des circonscriptions électorales de Lomé.
Olympio lui fit appel pour la formation du tout premier gouvernement qu’il constitua après la victoire électorale du 27 avril 1958, suite à laquelle le Haut commissaire (gouverneur) français Georges Spénale le nomma Premier ministre et lui confia le soin de former le gouvernement.

Paulin Freitas fut le seul à être nommé ministre d’Etat, chargé de l’Intérieur, de l’Information et de la Presse, poste qu’il occupa jusqu’à la proclamation de l’indépendance, le 27 avril 1960.

Olympio avec qui il avait une complicité qui étonnait tout le monde, avait également pour lui une grande admiration et une confiance sans faille. Ceci, en raison de la haute portée de sa vision future pour le Togo, de son intelligence, de sa clairvoyance sur toutes les questions, de la clarté avec laquelle il exposait et résolvait les problèmes et aussi de son éloquence notamment lors des meetings à Ablodépégamé.

Connu pour ses écarts de langage qui froissaient souvent plus d’un, Olympio comptait sur Paulin Freitas pour apaiser ceux qui en avaient été victimes.

Au 2e gouvernement qu’Olympio forma après la proclamation de l’indépendance en 1960, il conserva son titre de ministre d’Etat mais fut nommé à la tête du ministère des Affaires étrangères qui venait d’être créé pour la première fois au Togo. C’est lui qui, mandaté par le gouvernement, acheta l’immeuble qui devait servir de siège à l’Ambassade du Togo à Paris.

Premier diplomate du Togo, il subjuguait les fonctionnaires des Nations Unies lors de ses interventions devant l’Assemblée générale pour lesquelles, après avoir remis son discours au Secrétariat, il venait prendre la parole à la tribune sans papiers, en parlant de mémoire sur les problèmes nationaux et internationaux qui faisaient l’objet de son discours.
Il était le seul ministre à qui Olympio rendait visite à son domicile où il était encore dans l’après-midi du 12 janvier 1963.

Au petit matin du 13 janvier 1963, jour du coup d’Etat sanglant marqué par l’assassinat de Sylvanus Olympio, le Ministre des Finances Hospice COCO qui habitait la même rue Vauban que les Olympio, après avoir entendu des coups de feu vers la plage, vint chercher son collègue et beau-frère (il avait épousé la grande sœur de Mme Cécile Kayi FREITAS). Ensemble, ils se rendirent au domicile du Président Olympio où ils tombèrent naïvement dans la gueule du loup en se faisant arrêter et menotter sans ménagement par les putschistes qui les conduisirent au Camp RIT où ils furent embastillés pour six bon mois.

Porte-parole des ministres arrêtés, Paulin Freitas refusait toute compromission et toute proposition d’entrée dans un gouvernement d’union nationale dirigée par Nicolas Grunitzky qui lui proposa de prendre le poste de Premier ministre qu’il allait spécialement créer à son intention.

Les conséquences de ce refus furent les mauvaises conditions de détention, les tortures et exactions de toutes sortes qu’il eut à subir avec ses collègues arrêtés.
Que se passait-il ? Chaque jour, à 17 heures, c’était l’heure du « café » en fait des coups de fouet que les officiers auteurs du coup d’Etat, assis, leur assenaient. James Assila, sergent-chef à l’époque, se distinguait tout particulièrement par la force avec laquelle il les chicotait, prenant un malin plaisir à les humilier ainsi.

Une seule fois par jour, à midi, lorsque Horatio, le deuxième fils de Paulin Freitas apportait à manger à son père, les gardes non seulement fouillaient la nourriture avec leurs baïonnettes mais versaient toujours un peu de sable soit dans le riz, soit dans la sauce, soit dans le gari avant d’appeler Paulin Freitas en lui disant : « Tu as mangé le Togo, il faut manger ça maintenant ! »

Comme tous les prisonniers il fut libéré en mai 1963 et quitta le Togo pour une cure de remise en forme à Vichy, en France, ayant perdu plus de 20 kilos lors de sa détention.
Père de 11 enfants dont 8 actuellement vivants, il a, par la suite été embauché comme expert à l’UNESCO où il exerça ses fonctions au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo) puis au siège, à Paris.

Il revint vivre à Lomé à partir de 1978 et, aux obsèques de feu Thompson, en 1985, il prit la parole pour rendre hommage à la mémoire du Secrétaire général de leur parti, le CUT et ajouta que le cercueil méritait d’être recouvert du drapeau national. Comme les dirigeants en place ne le savaient pas, Dieu lui le sait devait-il ajouter avant de conclure en scandant trois fois, poing levé, comme cela se fait toujours en ces occasions, le slogan des nationalistes : « Ablodé ! Ablodé ! Ablodé ! »

Le soir même, il fut arrêté et gardé à vue à la Brigade des mineurs pendant trois jours sans qu’on ne lui notifie les motifs de son arrestation. Au troisième soir, aux environs de minuit, on vint le chercher après lui avoir bandé les yeux et lié les poignets dans le dos pour une destination inconnue.

Croyant sa dernière heure venue, il se retrouva subitement lorsqu’on lui enleva les liens qui le serraient aux poignets et le bandeau qui lui cachait la vue devant le Président Eyadéma à la Présidence de la République, entouré pour la circonstance du ministre Mathias Ajavon de la Justice, Edoh Otto de l’enseignement technique et de Mme Trénou, fille de feu Thompson.

« Qu’as-tu dit aux obsèques de Thompson ? » demanda Eyadéma.
Paulin Freitas répéta les mêmes propos qu’il avait tenus lors de l’oraison funèbre qu’il avait prononcée aux obsèques de feu Thompson.

Tous les témoins confirmèrent les dires de Paulin Freitas et, très étonné, Eyadéma fit alors appeler Kokou Fourn, le maire de Lomé.

« Qu’est-ce que tu m’as dit que Freitas a dit ? Ne m’as-tu pas rapporté qu’il a dit qu’ils ont travaillé et que les singes viennent manger ? » lui demanda-t-il.
Tout confus et se grattant la tête, Kokou Fourn répondit : « Le vieux Freitas a parlé dans un mina tellement profond que je n’ai pas tout compris. »

Furieux Eyadéma cria à ses gardes : « Arrêtez-le et ramenez Freitas chez lui avec ma voiture ! »

Quelques mois plus tard, Eyadéma envoya Kpotivi Laclé demander à Paulin Freitas s’il avait déjà été décoré. Il lui répondit qu’ils avaient institué les décorations de l’ordre du Mono pour récompenser les citoyens méritant et non pour se décorer eux-mêmes.
Par la suite, malgré le refus de Paulin Freitas et pour se rattraper, Eyadéma se sentit obligé de le décorer en l’élevant au grade de Commandeur de l’Ordre du Mono.

Traumatisé par les événements du 13 janvier 1963 et les souffrances qu’il endura à leur suite, sa santé déclina au point où, un jour de l’année 1983, il eut une attaque cardiaque pour laquelle il subit, à Abidjan, une intervention chirurgicale au cœur au cours de laquelle lui fut placé un stimulateur cardiaque.

Sa santé n’arrêta pas de décliner et il eut une nouvelle attaque pour laquelle il fut évacué d’urgence à nouveau sur Abidjan où il rendit malheureusement l’âme le 17 mai 1989. Il fut enterré au Cimetière de la Plage à Lomé.

Dr Comlan Rodolphe TRENOU

La plus précieuse plume du nationalisme togolais

Zone de Texte:  Le Docteur Comlan Rodolphe TRENOU est né le 2 juin 1917 à Aného. Ses parents ayant émigré très tôt en Côte d’Ivoire, il débute en 1928 ses études primaires élémentaires à l’Ecole régionale de Grand-Bassam et entre, en 1932, à l’Ecole primaire supérieure de Bingerville.

Admis en 1935 par concours à la fameuse Ecole normale William Ponty à Gorée (Sénégal), il opte pour la section Médecine. En 1942, il sort diplômé de l’Ecole de Médecine de Dakar.

Il est affecté, en septembre de cette année, au Togo et, après avoir occupé durant trois ans le poste de Médecin traitant à l’Hôpital de Lomé, il sert successivement dans les subdivisions sanitaires de Mango, Dapango, Aného et Bassar. C’est dans cette dernière localité que, membre fondateur du Comité de l’Unité togolaise (CUT), il est élu Délégué (député) pour la circonscription électorale de Tchaoudjo-Bassar et Doufelgou lors des premières élections à l’Assemblée représentative du Togo (ART) qui eurent lieu le 8 décembre 1946.

Ses talents d’écrivain et ses grandes qualités de rigueur, de méthode le firent élire par les membres de l’Assemblée représentative comme Secrétaire général de l’institution.
Pendant toute la durée de son mandat parlementaire, Rodolphe TRENOU est réélu, chaque année, Secrétaire général de l’Assemblée représentative et de sa Commission permanente. Il fait partie des collaborateurs directs de Sylvanus OLYMPIO alors Président de ladite Assemblée. Particulièrement actif comme Rapporteur de la Commission sociale de l’Assemblée, on lui doit d’importantes réalisations dans le domaine de l’Education nationale, notamment l’institution de l’enseignement secondaire au Togo et l’envoi en France, en 1947, de plus de cent (100) étudiants togolais fréquentant les écoles fédérales de l’ex AOF. Ce qui permit à notre pays de posséder, aujourd’hui, une nombreuse élite universitaire extrêmement valable. Bref, il est généralement admis que, durant la législature de cette première institution politique du Togo, le Docteur TRENOU fut le bras droit du Président OLYMPIO et la cheville ouvrière de l’Assemblée territoriale.

C’est dans l’accomplissement de ses fonctions à l’Assemblée représentative qu’il fit la connaissance de Adjoavi Sika Marguerite THOMPSON, la fille du Secrétaire général du CUT, Rodolphe THOMPSON, qu’il épousa plus tard. Secrétaire à l’Assemblée territoriale où elle avait été appelée par Sylvanus OLYMPIO avec qui elle avait déjà travaillé alors qu’il présidait la Chambre de commerce du Togo, celle-ci avait été surveillante générale de l’Ecole normale des jeunes filles de Rufisque au Sénégal.
Ils auront sept enfants (quatre filles et trois garçons) que le couple élèvera ensemble, et dans une chaleureuse affection tout à fait exemplaire, avec les jumeaux Jean-Pierre et Jean-Claude nés HOMAWOO qu’elle avait eu d’une première union sans oublier Tassivi TRENOU, la jeune sœur de Rodolphe, qui fut très tôt orpheline de son papa, décédé prématurément.

Militant nationaliste de première heure, Rodolphe TRENOU aura des démêlés avec le gouvernement colonial d’alors et sera éloigné du Togo pour le Congo avant la fin normale de son mandat parlementaire : il était étiqueté élément dangereux par la colonisation française.

Il devait, du reste, en revenir quelques mois plus tard, pour prononcer, lors de la session de clôture de l’Assemblée en 1952, en lieu et place du Président absent, un important discours établissant le bilan des activités de l’Assemblée représentative durant son mandat de cinq (5) ans. C’est au cours de ce discours mémorable que Yves DIGO, alors gouverneur du territoire, se trouva irrité et quitta l’Assemblée en claquant la porte en signe de protestation, suivi en cela par tous les Commissaires du Gouvernement présents à cette séance.

Lorsque le pouvoir colonial français s’attacha à organiser fraudes sur fraudes massives pour faire perdre au CUT ses positions parlementaires, le poussant à boycotter toutes les consultations électorales qui eurent lieu entre 1952 et 1958, Rodolphe TRENOU repartit à l’étranger exercer son métier de médecin. Retourné d’abord Congo-Brazzaville, il est affecté pendant trois ans à l’Hôpital général de Brazzaville en qualité de Médecin des fonctionnaires et Médecin-chef du Service des maladies infectieuses puis occupera d’autres fonctions semblables en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en France. Dans le cadre de ces fonctions, il eut l’occasion d’effectuer de nombreuses missions à l’étranger, notamment en Europe, aux Etats-Unis d’Amérique, au Japon, etc..

Il fut aussi un fervent militant syndicaliste. A ce titre, il œuvra activement au sein du Syndicat des Médecins vétérinaires et pharmaciens des ex Afrique occidentale et équatoriale françaises, pour une notable amélioration de la situation matérielle de ce corps de praticiens. Ses confrères togolais notamment lui doivent leur difficile intégration à part entière dans le cadre commun des diplômes des Facultés de Médecine de l’étranger (France, Allemagne, Yougoslavie, Roumanie, etc.)

En 1954 et 1955, élève-stagiaire auprès du célèbre Professeur DEBRE à l’Hôpital des enfants malades à Paris, Rodolphe TRENOU se spécialise dans la médecine infantile et obtient le diplôme d’études complémentaires de pédiatrie et puériculture de la Faculté de Médecine de cette ville. Par la suite, il complète sa formation de médecin spécialiste des maladies infantiles par les stages successifs et des cours de recyclage organisés par le Centre international de l’enfance à Paris et à Dakar. Il est désigné, en 1971, pour suivre le premier cours de Santé publique de l’OMS organisé à Lomé pour le personnel supérieur de la Santé.

Revenu au Togo, à la fin de l’année 1956, Rodolphe TRENOU est de nouveau obligé de s’expatrier sur les instructions du Dr AJAVON, alors Président de l’Assemblée nationale et éminence grise du Parti togolais du progrès (PTP), pour n’avoir pas accepté d’adhérer à son parti qui était au pouvoir à cette époque.

Il est alors muté, d’abord en Côte d’Ivoire où il est nommé Médecin-chef de la Subdivision sanitaire de Dabakala, dans le cercle de Bouaké, puis à Dakar où il est affecté au Service de Pédiatrie de l’Hôpital Le Dantec et au Centre de protection maternelle et infantile de Médina, et collabore avec le Professeur Sénécal à l’institution de médecine rurale au Centre expérimental de Kombolé (Sénégal).

Ce n’est qu’au lendemain des élections du 27 avril 1958 qui portèrent Sylvanus OLYMPIO au pouvoir comme Premier ministre que Rodolphe TRENOU rejoindra le Togo, rappelé de Dakar pour venir assurer la direction de son Cabinet. Après avoir, durant trois ans, dirigé ce cabinet avec une compétence inégalée, il est nommé le 12 janvier 1962 au poste de Secrétaire d’Etat à la Présidence de la République chargé de l’Information, de la Presse et de la Radio.

Il travaille activement à la naissance de DENYIGBA (actuellement TOGO-PRESSE) qui, d’abord hebdomadaire, devient très tôt quotidien grâce au dynamisme et à la conviction du Secrétaire d’Etat et de ses principaux collaborateurs, notamment le sieur Georges GALIPEAU, expert de l’UNESCO.

Il fut aussi le Président des jurys qui, au lendemain de l’Indépendance, ont eu l’honneur de choisir la maquette du Monument de l’indépendance, le drapeau national et le premier hymne national de la République togolaise.

Lors du coup d’Etat du 13 janvier 1963, il était l’un des deux ministres du gouvernement OLYMPIO que les putschistes ne purent capturer. Encore une fois, il s’exila alors pour pratiquer son métier de médecin à l’étranger à partir du Dahomey.

Il revint de cet exil en janvier 1964, pour reprendre sa fonction de pédiatre à la Polyclinique de Lomé et de professeur de pédiatrie et de puériculture à l’Ecole nationale des sages-femmes du Togo.

En 1967, il fut l’un des deux bénéficiaires de la première bourse de l’UNICEF qui le dirigea sur Dakar pour préparer un Certificat spécial de pédiatrie tropicale. Il prit sa retraite définitive en 1988.

Il est mort le mercredi 11 juillet 2001 dans sa 85e année.

Dr Hospice COCO

Zone de Texte:  Un exceptionnel modèle de probité et de fidélité à un idéal e docteur Hospice Imoru Dominique Abou COCO fut un exceptionnel modèle de probité sur tous les plans : professionnel, politique, personnel et bien d’autres.

Il dit ceci dans son autobiographie:
«Sylvanus OLYMPIO je témoigne!»

Le Togo est mon pays. Du sang togolais coule dans mes veines. J’y vis depuis 1923. Je lui ai consacré tout mon enthousiasme et an ai retiré les précieuses satisfactions d’une carrière dont la finalité est le bien du prochain. J’ai participé aux luttes de son peuple.

J’y ai assumé de hautes responsabilités politiques. Je veux lui témoigner ma gratitude. Au moment où certains s’évertuent à vouloir ré-écrire son histoire à coups de falsification, ma gratitude se veut témoignage de la vérité.

Le Togo est mon pays
Je suis né le 18 mai 1902 à Cotonou, de Abou Dominique Coco et de Agnès Gustave Haussmann. Cotonou était alors une ville cosmopolite dès le début et où dominaient alors les ethnies fon, popo et mina. Parmi ces derniers, figuraient des représentants de familles renommées d’Aneho et de Porto-Seguro (Agbodjan, Ajavon, Akue, d’Almeida, Creppy, Domlan, Gaba, Houedakor, Johnson, Mensah, etc), qui occupaient de hautes fonctions principalement dans le commerce (agence, gérance, boutique). Il y avait aussi de nombreuses familles d’employés de tous genres et d’ouvriers hautement qualifiés.

Leurs enfants, nos camarades de classe, nous répétaient les propos qu’échangeaient leurs parents sur les merveilleuses réalisations de la colonisation allemande à Lomé et à Aneho. Notre juvénile enthousiasme était, cependant, un peu tempéré par le récit des châtiments corporels (25 coups de fouet sur les fesses) qui sanctionnaient les délits mineurs.

Par ailleurs, mon papa Abou Dominique Coco, contremaître au wharf de Cotonou, était chargé du recrutement bisannuel des cannotiers assurant le déchargement et l’embarquement des passagers et des cargaisons des bateaux. Et pour ce, il se rendait tous les six (6) mois à Grand-Popo et il lui arrivait, de temps en temps, de pousser jusqu’à sa ville natale Aneho, pour rendre visite à ses cousins maternels Domlan, Gaba, Ajavon, etc. A son retour, il ne manquait pas de faire à ses amis le récit de son voyage que nous écoutions attentivement.

Mon père Abou Dominique Coco naquit à Aného au quartier Manyan vers 1872 d’un père yoruba et d’une mère née Domlan. Mon grand-père paternel Assani naquit à Oyo (Nigeria) de Ali-Dodo Ndawa descendant direct du royaume yoruba d’Oyo. Pour ne pas entrer en concurrence avec leur père, Assani et son frère jumeau Osseni durent s’expatrier à Accra (Gold Coast). Mon grand-père Assani vint ensuite s’installer à Aného chez le prêtre-féticheur Amavi Domlan dont il épousa plus tard l’aînée des filles, Amêlé, mère de Abou Dominique Coco.

Ma mère Agnès et son frère cadet Gustave Baruncio sont nés de Jérôme Gustave Haussmann et de Wlanvi Zossoungbo du quartier Sogbadji à Ouidah (Dahomey aujourd’hui Bénin). Mon grand-père maternel Jérôme était fils unique, au Dahomey, du baron Gustave Haussmann qui aurait été un négrier.

C’est pour mieux connaître le pays natal de mon père que je suis venu servir au Togo qui me faisait tant rêver quand j’étais jeune.

Au service de la nation togolaise
1°) – Sur le plan professionnel :

« Sorti major de la première promotion de l’Ecole de Médecine de Dakar, j’avais le droit de choisir la colonie ou le territoire de mon affectation.

J’optai pour le Togo, alors territoire sous-mandat de la France, par le besoin de resserrer les liens familiaux et de vivre les fascinations des images de ce pays reçues en mon enfance. Je débarquai à Lomé le 25 janvier 1923. J’ai pris fonction le 20 février 1923 à Atakpamé. »

Le Docteur Hospice Dominique Coco a été et demeure une figure légendaire parmi les anciens élèves de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar.
C’est ainsi qu’il avait été invité à présider, le 27 juin 1953, aux côtés du fondateur de l’Ecole Africaine de Médecine et de Pharmacie de Dakar, le médecin général Le DANTEC, la sortie de la 32e et dernière promotion de cet établissement qui avait formé 501 médecins et 56 pharmaciens sans compter les très nombreuses sages-femmes et infirmières visiteuses.

2°) – Sur le plan politique:
a) – Mes débuts politiques:
« Succombant aux chimères de la politique coloniale d’assimilation, je postulai la nationalité française pour pouvoir jouir des droits et liberté des citoyens français. J’obtins ma naturalisation en 1929 (Décret du 29 novembre 1929).

Mais, je n’en suis pas resté moins africain dans l’âme. C’est pourquoi tout ce qui advenait à mes compatriotes africains m’intéressait. Aussi, ai-je été révolté par la conclusion injuste et cynique de la Conférence de Brazzaville qui eut lieu du 30 janvier au 8 février 1944. Définissant les fins de l’entreprise coloniale française, la Conférence a proclamé « qu’il s’agit d’amener les indigènes à administrer progressivement leurs propres affaires, mais en aucun cas il ne saurait être question de self-government, d’autonomie interne ni, à plus forte raison, d’indépendance ».

Dans le même temps où des Maghrebins, des Africains, des Malgaches et des Indochinois payaient de leur vie la conquête de l’indépendance et de la liberté de la France pour l’arracher à la dictature nazie, les colonialistes qui, eux, se prélassaient tranquillement en Afrique, sous prétexte de conserver l’empire colonial, décidaient froidement, en janvier 1944 à Brazzaville, que ces mêmes Maghrebins, Africains, Malgaches et Indochinois n’accèderaient jamais à l’indépendance dans leurs propres pays.

Je me lançai dans la politique, d’une part, avec Sylvanus Olympio, dont par ailleurs j’étais le médecin de famille, et les nationalistes togolais et, d’autre part, avec un noyau de dahoméens (actuels béninois) qui œuvraient pour le mieux-être de leur pays. Ce groupe était composé de : Augustin Azango, Boniface de Campos, Victor Patterson, Emile Derlin Zinsou, Sourou-Migan Apithy… pour ne citer que les principaux.

C’était avec ce groupe que les togolais s’étaient associés pour faire le choix des deux premiers députés aux Assemblées constituantes françaises de 1945 et de 1946 : le Révérend Père Aupiais pour le Premier Collège, Citoyen français, et Sourou-Migan Apithy pour le Deuxième Collège, Indigène.

Lors de l’élection des députés à la première Assemblée nationale française instituée par la Constitution de 1946, le Togo devait élire ses propres députés : M. Siaut pour le Premier Collège et le Docteur Aku pour le Deuxième collège.

L’élection, en 1947, des membres de la première Assemblée représentative du Togo vit la victoire de la liste nationaliste conduite par Sylvanus Olympio tant pour le Premier Collège que pour le Deuxième.

L’Assemblée représentative comportait quatre commissions : les commissions administrative, budgétaire et sociale, qui se réunissaient pendant le cours de l’Assemblée plénière et une commission permanente qui siégeait pendant les vacances de l’Assemblée.
Sylvanus Olympio fut élu président de cette Assemblée. J’y étais élu parmi les membres du Premier Collège. Je fus rapporteur de la commission du budget et, beaucoup plus tard, président de la commission permanente par suite des nombreuses occupations et des empêchements de Sylvanus Olympio. Cela dura de 1947 à 1951.

b) – Représailles contre ma personne:
« Ma participation à la lutte du peuple togolais pour la liberté et l’indépendance aux côtés de Sylvanus Olympio et des nationalistes constituait, il faut le reconnaître, un affront à l’administration française et ne pouvait demeurer trop longtemps impunie.

Il fallait se débarrasser de moi. L’administration coloniale profite d’un congé dont je bénéficiais pour décider de ma mutation après trente ans de service ininterrompu au Togo. Par arrêté ministériel du 23 mai 1953, j’étais remis à la disposition du Haut Commissaire de la République en AOF qui allait m’affecter par la suite au Dahomey (aujourd’hui Bénin) par l’état d’affectation du 13 juin 1953.

Ma mutation hors du Togo avait expressément été demandée par le Haut Commissaire de la République au Togo, le Gouverneur Péchoux, surnommé « le spécialiste de la répression coloniale ».

Le motif invoqué a été : manque de respect et tenue de propos injurieux – sans autres précisions – à l’égard du Haut Commissaire Péchoux, alors chef du territoire…
Qu’on en juge. A l’époque, trois postes de médecin africain étaient définitivement vacants au Togo…

Devant cette injustice flagrante, je refusai de rejoindre mon nouveau poste et, pour éviter toute tracasserie administrative, je démissionnai du cadre des médecins le 6 novembre 1954 pour pouvoir ouvrir un cabinet privé… A l’époque, je ne pouvais prétendre à une retraite anticipée.

Mes fonctions de ministre des Finances et des Affaires Economiques dans le gouvernement togolais me fournira l’occasion de constater que mon indice salarial était encore inférieur à ceux de tous mes collègues plus jeunes dans la carrière : leurs indices variaient de 2 310 à 2 650 alors que mon indice à moi était de 2 090 pour trente trois ans cinq mois et vingt-quatre jours de carrière.

Je considérai cela comme un hommage rendu à ma qualité de combattant de la liberté…

c) – Au gouvernement:
« Après la victoire des nationalistes aux élections législatives du 27 avril 1958, placées sous le contrôle des Nations Unies, Sylvanus Olympio fut pressenti par le Gouverneur Spénale, Haut Commissaire de la République française au Togo, pour devenir le Chef du gouvernement du Togo.

En formant son cabinet, Sylvanus Olympio me demanda d’en faire partie. Pour moi, la victoire des nationalistes devait inévitablement conduire à l’indépendance le Togo et, par voie de conséquence, les autres colonies françaises.

Ainsi mon souhait le plus cher serait réalisé. Je ne croyais plus avoir un rôle politique à jouer dans ce pays. Par ailleurs, mon cabinet médical privé était en plein essor et il me faudrait abandonner toute une vaste clientèle qui avait confiance en moi.

Mais après avoir mûrement réfléchi, et surtout à cause de notre longue et vieille amitié, j’acceptai de continuer la lutte avec lui. Je fus donc nommé ministre du Commerce et e l’Industrie, du Plan et du Développement, de 1958 à 1961…

En 1961, soit un an après l’indépendance du Togo, la confiance de Sylvanus Olympio me plaça à un poste clé dans son gouvernement : je fus nommé ministre des Finances et des Affaires Economiques.

J’optai pour la nationalité togolaise le 15 septembre 1961.
Farouchement décidé à consolider l’indépendance du Togo, Sylvanus Olympio s’était attaché à conduire son pays à l’autonomie financière, garantie de la liberté de ses options politiques et diplomatiques, garante aussi de l’orientation de ses investissements dans l’intérêt national.

Dans cette orientation, il géra les finances publiques avec une rigueur et une austérité qui permirent rapidement d’autofinancer les dépenses de fonctionnement de l’appareil étatique, mettant fin à l’humiliante pratique de recours aux subventions de l’ex-puissance administrante tout en libérant des ressources pour le budget d’équipement et d’investissement.

L’œuvre devait être couronnée par l’institution d’une monnaie nationale togolaise : le franc togolais.

Sylvanus Olympio ne rêvait-il pas de faire du Togo une place financière ?
Au plan interafricain, conscient qu’on ne pouvait concevoir de faire du petit Togo un pays isolé du contexte régional auquel tant d’affinités le liaient par ailleurs, notre gouvernement ne resta pas étranger aux efforts entrepris pour l’édification d’une union africaine que Sylvanus Olympio voulait fraternelle, libre et respectée. Aussi dira-t-il : « Uni, tranquille, prospère, le peuple togolais se sentira plus fort pour entreprendre avec les autres peuples d’Afrique, cette grande œuvre d’union fraternelle qui doit faire de ce continent qui est nôtre, un pays effectivement libre et désormais respecté… »
Traduisant cette conception en acte, Sylvanus Olympio jettera avec Tafawa Balewa, alors premier ministre de la République fédérale du Nigeria, au cours de leur historique rencontre à Lomé, les bases de la future Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Sylvanus Olympio devait se rendre en visite au Liberia le 14 janvier 1963 pour discuter avec son hôte libérien le projet d’union économique régional que ses homologues du « groupe » dit « de Monrovia » lui avaient demandé d’élaborer.

Moi-même je devais, à son retour de Monrovia, me rendre en France pour parapher le nouvel accord monétaire instituant le franc togolais.

Le 13 janvier 1963 à l’aube, Sylvanus Olympio était assassiné. Peu après, le ministre d’Etat, M. Paulin Freitas et moi-même étions arrêtés devant l’Ambassade des Etats-Unis et incarcérés au camp de la gendarmerie de Lomé dans une cellule d’environ 2m sur 1m… où d’autres devaient nous rejoindre dans la journée.

A ma sortie en avril 1963 du camp RIT où nous avons été transférés, je retournai à ma première passion : soulager les vies humaines. Je m’occupai à nouveau de ma clinique privée « La Pitié », à Lomé jusqu’à ce que les forces physiques ne me permettent plus de poursuivre cette noble charge. C’était en 1984.
Ablode ! Ablode ! Ablode ! »

Le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO est mort le 21 juillet 1995 à Lomé, dans sa 94e année et a été inhumé au Cimetière de la Plage, dans la même capitale.

Comme le dit en conclusion le faire-part annonçant son décès : « … il nous laisse l’exemple d’une vie sans compromissions, une vie de fidélité à un idéal, une vie sans d’autres ambitions que celle de servir dans la simplicité et la générosité. »

Pour le Parti des travailleurs
Le Secrétaire chargé de la coordination

Claude AMEGANVI


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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