27 avril 1958
- 27 avril 2008, il y a 50 ans le Togo devenait autonome:
Qui sont ces illustres personnages
de l’«Ablodé!»? Biographie
27 avril 2008
     Il y aura 50 ans, le 27 avril 2008, que le peuple
togolais arrachait l’éclatante victoire historique
de l’indépendance nationale «Ablodé!» en élisant
une majorité absolue de 29 députés nationalistes
sur les 46 prévus à la nouvelle assemblée
législative avec 190 220 voix sur 317 669 votants et 489
519 inscrits soit 59,88 % des suffrages exprimés. C’était
lors de la consultation électorale sur l’autodétermination
que les colons français avaient été contraints
d’organiser sous la supervision d’une mission de
l’ONU dirigée par le Haïtien Max DORSINVILLE,
l’institution sous le mandat puis la tutelle de laquelle
le Togo était placé depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale.
De l’aveu même des colons français, cette victoire
arrivait « avec l’ampleur d’une lame
de fond » qui donnait une large majorité aux
partis nationalistes qui ont fait campagne pour l’indépendance
immédiate : Comité de l’unité togolaise
(CUT), JUVENTO et Mouvement populaire togolais (MPT).
Malgré les habituelles manipulations et fraudes électorales
qui n’avaient cessé d’être organisées
en leur faveur lors de toutes les consultations électorales
qui s’étaient succédé depuis 1951, les
suppôts togolais du colonialisme français qu’étaient
le Parti togolais du progrès (PTP) et l’Union des
chefs et des populations du Nord (UCPN) étaient battus à plate
couture après avoir ouvertement fait campagne pour le maintien
des intérêts coloniaux français.
Cette victoire électorale a pris appui sur celles remportées
par les nationalistes togolais lors des élections au Parlement
français pour lesquelles Martin AKU a été élu
le 10 novembre 1946 et lors des élections législatives
du 8 décembre 1946 pour lesquelles le CUT a remporté la
majorité absolue des députés à l’Assemblée
représentative du Togo (ART).
Parce que cette victoire a ouvert la voie à la proclamation
de l’accession du Togo à la souveraineté internationale,
le 27 avril 1960, le Parti des travailleurs estime qu’il
est nécessaire de donner à cet événement
toute l’importance historique qu’il mérite.
C’est pourquoi il prend l’initiative d’organiser, à l’occasion
de la commémoration de son 50e anniversaire, une série
de manifestations, surtout à l’intention de la jeune
génération qui connaît mal ces pages à la
fois glorieuses et difficiles de l’histoire de la lutte du
peuple togolais pour sa libération du joug colonial français.
Les artisans de la victoire électorale
de l’«Ablodé!», le
27 avril 1958
Pa Augustino
de SOUZA
le Patriarche, 1er Président du CUT,
décédé la
veille de la proclamation de l’indépendance
Le
patriarche Pa Augustino de SOUZA dit «Gazozo» est
né en 1877, à Adgbédrafo (Porto Seguro),
dans une grande famille Mina dont les ancêtres sont venus
du Brésil.
Il était le petit-fils du Chacha Francisco Félix
Da SOUZA (1760 – 1849), le (drifter) portugais ou réfugié politique
qui était devenu un important trafiquant dans la région
d’Aného et plus tard Gouverneur de Ouidah sous le
règne du roi du Danhomè.
De condition modeste, Da SOUZA commença sa carrière
ouest-africaine comme un petit commerçant vendant diverses
marchandises, dont des esclaves et des armes.
Il s’installa d’abord à Aného vers
1788 et y fonda le quartier Ajuda qui deviendra plus tard
l’actuel quartier d’Adjido.
Après une querelle au sujet d’une dette que lui
devait le roi du Danhomè Adandozan, Da SOUZA fut emprisonné à Abomey,
la capitale du Danhomè.
Il ne fut relâché que sur l’intervention de
Ghézo, le futur roi du Danhomè, qui monta au pouvoir
avec le soutien de Da SOUZA.
Il fut élevé à la position de « Chacha » c’est-à-dire
de percepteur en chef attitré des impôts du roi
qui avait rang de gouverneur à Ouidah, le plus grand port
d’esclaves de la côte.
A partir de cette position, Da Souza détenait un monopole
sur toutes les activités commerciales dans la région
et devint énormément riche.
Submergé par ses fonctions administratives à Ouidah,
Da SOUZA délégua son autorité à Aného à son
lieutenant, Akouété Zanklibossou, et ses affaires
commerciales à ses fils.
Suite à l’abolition de la traite négrière,
il réorienta ses affaires vers la culture du palmier à huile.
Francisco da SOUZA, grand père de Augustino de SOUZA,
est mort à Ouidah, en 1849 et eut droit à des funérailles
royales incluant des sacrifices humains.
Revenons au petit-fils de cet homme, Augustino de SOUZA, qui
fut un des providentiels héritiers de sa considérable
fortune pour dire qu’il fut, très tôt, un
puissant soutien, fondateur et premier président du Comité de
l’Unité togolaise (CUT).
Il était l’ami de Octaviano OLYMPIO, l’oncle
de Sylvanus OLYMPIO qui, avec l’instituteur de la Mission
protestante Andreas AKU, avait pris le 24 mai 1909, la
première initiative qui lança le mouvement national
au Togo en envoyant au très raciste gouverneur allemand,
le Comte ZECH, une pétition pour réclamer la justice
et l’égalité des droits entre autochtones
togolais et colons allemands après avoir protesté contre
les exactions dont avait été victime un citoyen
togolais. Ce dernier avait été giflé en
pleine rue par un fonctionnaire colonial allemand des chemins
de fer tout simplement parce que celui-ci ne l’avait pas
salué au moment où il le croisait sur son chemin.
De ce fait, il jouissait d’un grand prestige et avait une
forte autorité morale sur le mouvement nationaliste naissant
au Togo.
Il était issu de cette bourgeoisie foncière et
commerçante afro-brésilienne dont les principales
figures qui avaient fait fortune à partir de la traite
négrière, à leur retour du Brésil
d’où ils sont venus s’installer sur les côtes
d’Afrique de l’Ouest, après avoir paradoxalement été affranchis
eux-mêmes comme esclaves. Se distinguant du reste de la
population par leur habitat, leur habillement, leur alimentation,
leurs traditions, leur prestance dans la société,
ils constituaient cette couche de notables qui, face aux pouvoirs
coloniaux allemand et français, postula à la représentation
des intérêts nationaux togolais qui ne pouvait que
favoriser les leurs propres.
C’est ainsi que, comme son ancêtre Francisco Félix
Da SOUZA et, plus généralement, tous les chefs
des grandes familles afro-brésiliennes, Pa Augustino de
SOUZA développa une importante carrière commerciale
et entrepreneuriale tout au long de sa vie.
En 1903, il fut embauché par la compagnie commerciale
allemande Deutsche Togo Gesellschaft (DTG) et, après l’expulsion
de cette société du Togo en 1914 suite à la
défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale,
il monta sa propre compagnie d’import-export.
Par la suite, il s’engagea dans la production de palmistes
et de noix de coco, achetant à cet effet de vastes domaines
près d’Anécho et dans la région de
Lomé dont il fit d’immenses palmeraies et cocoteraies.
Au fil des années, il avait accumulé une fortune
si considérable qu’il était considéré comme étant
le plus riche commerçant du Togo avant son indépendance.
Lorsque les colons décidèrent de créer un
Conseil des notables pour impliquer l’embryon de bourgeoisie
locale dans la gestion des affaires coloniales, c’est Augustino
de SOUZA qu’on désigna comme président de
cette institution.
Après la Seconde Guerre mondiale, Augustino de SOUZA s’engagea
dans les divers mouvements qui combattaient pour l’unification
des Ewé sous une seule administration coloniale.
C’est dans ce cadre qu’il apporta une importante
contribution à la naissance du Comité de l’Unité togolaise
dont il aida à la fondation et en devint le premier président, à cette époque
où Sylvanus OLYMPIO en avait été élu
vice-président.
En réalité, c’était dans les grandes
plantations de Augustino De SOUZA que la direction du CUT se
réunissait pour définir ses stratégies et
tactiques.
De SOUZA était aussi un des rares supporters actifs dans
le Togo français de la direction Anlo de l’All Ewe
Conference de Daniel CHAPMAN qui avait son siège au Ghana
voisin.
Trop vieux pour jouer un rôle actif dans le combat du CUT
contre le pouvoir colonial français au Togo, le soutien
apporté par Pa Augustino De SOUZA au mouvement à ses
débuts fut incontestablement inappréciable.
Il mourut malheureusement le 25 avril 1960, soit exactement deux
jours avant la proclamation de l’indépendance du
Togo auquel son destin ne lui permit pas d’assister. Comme
ce fut le cas dans l’autre histoire, il ne vit donc pas
la terre promise de l’indépendance nationale conquise
et proclamée mais, en tant que patriarche, garant moral
de la direction de cette lutte, il est permis de dire qu’il
l’a conduite à bon port.
Son décès, gardé secret, ne fut rendu public
qu’après les cérémonies de proclamation
de l’indépendance nationale.
Il eut droit à des obsèques grandioses, à la
hauteur de l’importance de la contribution qu’il
apporta au combat pour la conquête de l’indépendance
du Togo.
Martin AKU
Le candidat du CUT aux élections
du 10 novembre 1946 à l’Assemblée
nationale française
Une filiation nationaliste: A quel sujet cette pétition
lui fut-elle adressée?
A
propos d’un incident survenu, en mars 1909, dans la rue
de Brême où Andreas Aku, quoiqu’important
notable togolais, a été giflé, en pleine
rue, par un fonctionnaire des chemins de fer allemands. Lorsqu’il
s’en plaignit au gouverneur, celui-ci minimisa la gravité de
l’acte, ne lui donnant pour toute réponse que ces
mots: «Vous devriez excuser ce fonctionnaire…» Ce
fut alors qu’ Octaviano Olympio et Andreas Aku, importants
notables togolais à l’époque, rédigèrent
et signèrent cette pétition datée du 24
mai 1909 qu’ils ne consacrèrent pas seulement à cet
incident mais en étendirent l’objet à l’ensemble
des doléances de la population de Lomé, signe évident
de l’accumulation de nombreuses frustrations contenues
qui n’avaient pas trouvé une occasion pour s’exprimer
jusque-là. La pétition, elle-même, fut remise
au Comte Zech, le 26 mai 1909, par ses deux signataires et les
commerçants James Gbogbo et un autre nommé Kodjo.
Elle portait essentiellement sur 3 points:
1- Egalité des européens et des indigènes
devant la loi ;
2- Suppression de la détention préventive des indigènes
en matière de droit civil ;
3- Autorisation de constituer une caution avec d’autres
moyens qu’avec de l’argent liquide exclusivement.
Revenons au fils, Martin Aku, pour indiquer qu’après
ses six années d’études primaires au Togo,
d’abord à l’Ecole de la Mission évangélique
puis à l’Ecole officielle (publique) coloniale,
il partit en Allemagne, à Brême en 1928, avec l’inspecteur
de la Mission de Brême, Stoevesandt, pour y poursuivre
ses études secondaires, pendant sept ans. Puis, à partir
de 1935, il entama des études supérieures de médecine à Tübingen
mais l’arrivée au pouvoir du nazi Hitler en Allemagne,
depuis 1933, rendant tellement difficiles ses conditions de vie,
il fut contraint de quitter l’Allemagne. Il continua alors
ses études de médecine à Westheim, à Bâle
(Basel), en Suisse, avant d’aller les terminer en France, à la
fin de la Seconde Guerre mondiale.
A propos de son métier de médecin
qu’il n’avait
pas eu la chance d’exercer en Afrique, en 1946, à son
retour d’Europe où il repartait comme député la
même année, n’écrivait-il pas déjà dans
une autobiographie qu’il rédigea à 25 ans,
alors qu’il était encore étudiant en médecine à Bâle:
«Le but de la vie, tel que j’ai pu l’entrevoir
grâce à mon éducation, trouvera sa réalisation dans
ma vocation de médecin. Le cœur se brise lorsque l’on songe à toutes
les maladies dont souffrent nos compatriotes, et à la légèreté avec
laquelle ils les accueillent encore trop souvent. L’appel au secours
de mon peuple dans ce domaine m’a pénétré jusqu’au
fond du cœur. Aider à diminuer un danger m’apparaît
comme la plus grande tâche que je puisse accomplir pour mon peuple et
pour mes semblables. La santé du corps est en effet la condition primordiale
de notre évolution, et elle seule rend possible l’évolution
de l’âme. On désespère presque lorsque l’on
songe à tout les maux que le contact avec l’Européen nous
a apportés. Les maladies dites européennes, dont les suites dévastatrices
sautent aux yeux, menacent de détruire la substance même de notre
peuple. Beaucoup de nos compatriotes gardent vis-à-vis d’elles
une attitude d’impuissance, car il n’y a pas encore de lieux de
consultation pour ces maladies, tels qu’on en trouve dans toutes les
villes européennes. Le danger est très grand, précisément
parce que les bases de notre vie de communauté morale ont été détruites.
Nous, médecins africains, nous avons à cet égard une
grande responsabilité. Nous n’aurons que des résultats
partiels si nous ne parvenons pas à faire comprendre au moins approximativement à nos
compatriotes la nature d’une maladie et le processus de sa guérison.
Les idées malencontreuses issues de l’activité thérapeutique
des sorciers empêcheraient à la longue toute réussite
de notre activité.
Mais l’œuvre la plus difficile – et aussi la plus importante – est
celle qui vise le domaine de l’hygiène. Il faut que nous soyons
prêts à rencontrer une forte opposition sur ce terrain. C’est
un travail délicat, qui devra être accompli avec une grande habileté en
même temps qu’avec fermeté. Il nous faudra y travailler
en donnant la main aux autres éducateurs de notre peuple. Il y a aussi
beaucoup à faire dans le domaine médical scientifique. Jusqu’ici,
on a fait le silence autour de cette question, mais aujourd’hui il nous
faut l’aborder. Pour guérir les maladies, certains thérapeutes
indigènes disposent de moyens qui nous sont inconnus. Il nous faudra
rechercher la nature de ces maladies et des médicaments, afin d’améliorer
ces derniers grâce à notre savoir scientifique acquis à l’Université.
J’espère que beaucoup de parents de chez nous s’apercevront
de la valeur d’une éducation médicale et prépareront
leurs fils pour cette profession. La tâche est énorme, et nous
avons besoin de beaucoup de forces indigènes ayant reçu une préparation
scientifique. Nous avons déjà plus qu’assez de juristes.
Nous n’approcherons de notre but que lorsque les questions d’hygiène
populaire seront résolues d’une façon satisfaisante. Il
nous faudra auparavant nous y appliquer de toutes nos forces. » (in
Martin AKOU, Onze autobiographies d’Africains, pages 298-299,
publiées par Diedrich Westermann, 1938.)
Le candidat du CUT aux élections du 8
novembre 1946 au Parlement français
C’est à son retour d’Europe, en 1946, que
Martin AKU avait été présenté comme
candidat par le Comité de l’unité togolaise
(CUT) aux élections à l’Assemblée
nationale française et battit à cette occasion
Nicolas Grunitzky, le candidat présenté par le
Parti togolais du progrès (PTP) avec le soutien de l’administration
coloniale française. Il devint alors le premier député du
Togo à l’Assemblée de l’Union française.
Mais, à son arrivée en France, Martin Aku se tint à l’écart
des divers regroupements trans-territoriaux qui se développaient
tant à l’Assemblée nationale française
qu’en Afrique même, au nom d’une sorte de principe
de « non alignement » à la togolaise
dans les affaires des pays francophones d’Afrique. C’est
pourquoi, durant son mandat à Paris (1946 – 1951),
Martin Aku n’adhéra pas à l’« intergroupe
des députés coloniaux » dont les
activités venaient de déboucher, peu avant son élection,
le 10 novembre, sur la constitution du RDA au Congrès
de Bamako (18 au 21 octobre 1946) mais s’affilia au Groupe
parlementaire des Indépendants d’Outrer Mer (IOM)
qui était notoirement influencé par le MRP.
Même si on le disait solitaire et plutôt
conservateur de caractère, sa position était en
réalité dictée
par la tendance générale dominant à l’époque
le CUT qui, sous l’impulsion du très libéral
et anti-communiste Sylvanus Olympio, était marquée
par son hostilité aux thèses développées
par les principaux responsables du RDA, pour la plupart proches
du Parti communiste français. Martin Aku a été battu
lors de la campagne de 1951 pour sa réélection à son
poste de député à Paris par son ancien adversaire
de 1946, Nicolas Grunitzky, que l’administration coloniale
française soutint de toutes ses forces, allant jusqu’à organiser
de gigantesques fraudes pour imposer sa «victoire».
C’était l’époque où on avait
fait arriver ce tristement célèbre spécialiste
de la répression colonialiste qu’était Yves
Digo, nommé gouverneur au Togo de 1950 à 1952.
Paradoxalement, le même Nicolas Grunitzky que ce dernier
imposera à sa place par les fraudes rejoindra le même
Groupe parlementaire des Indépendants d’Outrer Mer
(IOM). Et les mêmes fraudes dont Aku fut victime furent
organisées contre les députés du RDA pour
les faire perdre dans leurs territoires respectifs, aux mêmes élections
de 1951. Au point où, de sept qu’ils étaient
au départ à l’Assemblée nationale
française lors de la constitution de leur mouvement, les
députés du RDA ne seront plus que trois (Houphouet-Boigny
de Côte d’Ivoire, Mamadou Konate du Mali et Jean-Félix
Tchicaya du Gabon) à la suite de ces élections.
Les fraudes électorales seront systématiquement
organisées par les colons français pour faire perdre
le CUT lors de toutes les consultations électorales qui
eurent lieu au Togo de 1951 jusqu’à celle du 27
avril 1958 où la présence d’une Mission
de supervision de l’ONU permit d’en limiter l’ampleur.
C’est ce qui permit au CUT d’arracher une mémorable
victoire qui, de l’avis des observateurs présents,
arriva «avec l’ampleur d’une lame
de fond». En 1951, profondément écœuré par
la bassesse des méthodes utilisées contre lui par
les colons français tant pour imposer sa défaite
que par leur refus de reconnaître son diplôme de
médecin pour le laisser exercer son métier au Togo,
le Dr Aku fut contraint de s’installer au Ghana comme médecin
et se retira ainsi de la vie politique jusqu’à son
décès en 1970.
Paulin Akuété
Le géant du syndicalisme
africain!
Mais,
par manque de vocation, je suis alors devenu moniteur puis
instituteur de l’enseignement primaire.
J’ai débuté ma carrière professionnelle le 1er
octobre 1924 à Aného (Petit-Popo) avant de devenir instituteur
par voie de concours en 1926. Je fus alors muté sur Lomé et ai
exercé mon métier à l’Ecole primaire publique de
la route d’Aného, une institution scolaire très célèbre
qui a moulé bien des cadres togolais d’aujourd’hui.
Mais, pour des raisons de santé, je serai détaché le
3 janvier 1930 au service de l’enseignement en qualité de secrétaire
d’académie. L’enseignement suscitera en moi une autre vocation,
celle du syndicalisme.
Je fus alors élu Premier Secrétaire de l’Association
des fonctionnaires et ouvriers du Togo.
Je serai détaché du service de l’enseignement pour
la Bourse du travail comme syndicaliste permanent.
Ma participation à la lutte du peuple togolais pour la liberté et
l’indépendance, il faut le reconnaître, était perçue
de la part de l’administration coloniale, française évidemment,
comme un affront. Il faut me punir. J’étais demeuré plus
de dix ans sans traitement mensuel. Devant cette injustice flagrante, j’ai
beaucoup bataillé. Nous étions à la fin de la IIe Guerre
mondiale. Je fis la connaissance d’un certain Sylvanus Epiphanio OLYMPIO,
gérant de la UAC (United Africa Company), une filiale de la firme britannique
Unilever.
Nos liens deviendront très étroits à partir de 1946 – 1947
lorsque mon ami s’affirmait comme un véritable leader politique.
Après la victoire des nationalistes du CUT (Comité pour
l’unité togolaise) aux élections législatives du
27 avril 1958, placées sous le contrôle des Nations-Unies, l’ami
Sylvanus fut pressenti par M. Georges Spénale, gouverneur d’alors
et haut commissaire de la France au Togo, pour devenir le chef du gouvernement
du nouvel Etat indépendant.
En formant son cabinet, Sylvanus OLYMPIO me fit appel pour occuper le poste
de ministre de la Justice, du Travail, de la Fonction publique et des lois
sociales. Mon ami d’enfance, le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO,
médecin, gynécologue et chirurgien sera, lui, nommé au
département des finances et des Affaires économiques.
Après le putsch militaire du dimanche 13 janvier 1963 soldé par
la mort du Président OLYMPIO, j’ai été contraint
de partir vivre en exil. Depuis lors, j’étais à Grand-Popo
(dans ma maison à Hounsoucoué-Plage). »
Revenons sur l’oraison funèbre présentée
par Abdoulaye SALAMI, ancien Secrétaire général
de l’UNTT, la centrale syndicale créé en
1959 et dissoute en 1972 par le régime d’Eyadéma,
pour dire qu’elle permettait d’élargir la
connaissance de Paulin AKOUETE lorsqu’il y disait notamment:
« Vous étiez quelques braves à élaborer
discrètement avec les camarades français, la stratégie
de pression sur un point précis à la Conférence de Brazzaville
en 1944 : obtenir la reconnaissance du droit syndical dans les colonies,
et vous aviez eu gain de cause.
A la fin de la IIe Guerre mondiale, après la promulgation des textes
autorisant les syndicats, tu as crée l’Union des syndicats confédérés
du Togo (USC) que tu devais diriger jusqu’à l’indépendance
du Togo.
L’Union des syndicats confédérés du Togo, né comme
une section territoriale de la CGT Unitaire (N. B. : CGT-U de France)
qui devait, avec la guerre froide, se scinder en CGT et en CGT-FO.
Ier Acte: Avec la tension
des débats sur le plan Marshall
des années 1947 – 1948, le premier acte de grande
importance posé par lui et qui devait révéler
la stature de notre camarade Akouété Paulin,
ce fut de déclarer les syndicats togolais autonomes,
c’est-à-dire non affiliés ni à l’une,
ni à l’autre tendance. Notre objectif politique était
l’indépendance.
L’Acte II: C’est la
participation à la grande grève
pour l’obtention du Code du travail d’outre-mer
de 1952.
Pratiquant du syndicalisme autonome, le camarade Akouété Paulin
a été l’émule de son ami Sékou
Touré dans les années 1956 pour la désaffiliation
des centrales métropolitaines, afin de mieux coller à la
politique d’émancipation des peuples africains.
L’Acte III: C’est
ainsi que (Acte III) lors de la création
de l’UGETAN à Cotonou, l’Union des syndicats
confédérés du Togo devait abandonner son
autonomie sur le plan africain et être membre fondateur à ce
Congrès qui a confié le Secrétariat général à Sékou
Touré.
Je passe volontiers sur tout le travail quotidien du syndicaliste
que le camarade Akouété Paulin a mené avec
brio et qui sera couronné par ce que j’appelle
l’acte quatre en 1958.
L’Acte IV: il fallait
voir l’homme dans toute sa force, en action
au diapason de la masse des travailleurs.
En effet, c’est en 1958 qu’au Togo, sous l’égide
de l’ONU, il y a eu des élections pour savoir
si oui ou non le peuple voulait l’indépendance.
Depuis 1956, nous avons l’autonomie interne de la
Loi-cadre, et le parti au pouvoir avait pris toutes ses dispositions
pour frauder systématiquement. C’est alors qu’intervint
le syndicat en la personne du camarade Akouété Paulin
pour peser de tout son poids dans la balance au nom du droit
de vote des citoyens-travailleurs mettant la puissance administrante
devant ses responsabilités.
Il fallait suivre des échanges de lettres entre
le camarade Akouété Paulin et le Gouverneur Georges
Spénale qui essayait de se laver les mains à la
Ponce Pilate.
Enfin, c’est le préavis de grève signé du
camarade Akouété Paulin qui a permis la correction
des listes électorales et les élections du 27
avril 1958 remportées par les nationalistes.
C’est pourquoi, le 27 avril sera retenu comme jour
de la fête nationale du Togo depuis 1960.
C’est aussi en reconnaissance de tous ces combats
que le camarade Akouété Paulin sera appelé comme
ministre dans le premier gouvernement du Togo indépendant.
Ce n’est donc pas par hasard qu’on associe,
au Togo, le nom du premier président Sylvanus Olympio à celui
d’Akouété Paulin comme c’est le cas :
en Tunisie, de Habib Bourguiba et Ferhat Hached ;au Ghana,
de N’Krumah – Georges Padmore et John Tettegah ;
au Kenya, de Jomo Kenyata et Tom M’boya ; pour la
PAFMECA : Julius Nyéréré et Tom M’boya.
Avec ces autres géants, vous appartenez tous à l’histoire.»
(Dossier
publié dans le supplément
de Nyawo, journal de l’OTTD, n° 51, 8 décembre
1997)
Paulin FREITAS
L’indispensable et unique
Ministre d’Etat
Petit
fils du Roi BÊTUM – LAWSON III d’Aného
et de Jacintho Paulinus FREITAS, esclave libéré du
Brésil, Paulin Jacintho FREITAS est né le 03 décembre
1909 à Lomé.
Instituteur de formation, il a dirigé à sa création,
la première Ecole normale d’instituteurs (ENI) du
Togo qui était à Atakpamé.
Avant Atakpamé, il était le premier instituteur à construire
avec les ouvriers puis à ouvrir la toute première école
primaire à Bassar en 1932.
Son fis aîné, Cyrille (décédé en
2002) est né d’une mère Bassar originaire
de Nangbani, membre de la famille KOURKOU-KPANTE.
C’est un Grunitzky qui l’a initié à la
politique en développant chez lui l’esprit nationaliste
en le faisant adhérer au Comité de l’unité togolaise
(CUT) alors qu’il était en poste à Atakpamé.
Aux élections à l’Assemblée représentative
du 8 décembre 1946, il fut le tout premier député élu
du CUT du pays Akposso de l’histoire du Togo quoique originaire
d’Aného tant il était apprécié dans
le milieu.
A l’Assemblée représentative il sera élu
comme questeur.
Revenu à Lomé en 1951, il continuera la lutte pour
l’indépendance jusqu’aux élections
de 1958 où il sera élu comme député d’une
des circonscriptions électorales de Lomé.
Olympio lui fit appel pour la formation du tout premier gouvernement
qu’il constitua après la victoire électorale
du 27 avril 1958, suite à laquelle le Haut commissaire
(gouverneur) français Georges Spénale le nomma
Premier ministre et lui confia le soin de former le gouvernement.
Paulin Freitas fut le seul à être nommé ministre
d’Etat, chargé de l’Intérieur, de l’Information
et de la Presse, poste qu’il occupa jusqu’à la
proclamation de l’indépendance, le 27 avril 1960.
Olympio avec qui il avait une complicité qui étonnait
tout le monde, avait également pour lui une grande admiration
et une confiance sans faille. Ceci, en raison de la haute portée
de sa vision future pour le Togo, de son intelligence, de sa
clairvoyance sur toutes les questions, de la clarté avec
laquelle il exposait et résolvait les problèmes
et aussi de son éloquence notamment lors des meetings à Ablodépégamé.
Connu pour ses écarts de langage qui froissaient souvent
plus d’un, Olympio comptait sur Paulin Freitas pour apaiser
ceux qui en avaient été victimes.
Au 2e gouvernement qu’Olympio forma après la proclamation
de l’indépendance en 1960, il conserva son titre
de ministre d’Etat mais fut nommé à la tête
du ministère des Affaires étrangères qui
venait d’être créé pour la première
fois au Togo. C’est lui qui, mandaté par le gouvernement,
acheta l’immeuble qui devait servir de siège à l’Ambassade
du Togo à Paris.
Premier diplomate du Togo, il subjuguait les fonctionnaires des
Nations Unies lors de ses interventions devant l’Assemblée
générale pour lesquelles, après avoir remis
son discours au Secrétariat, il venait prendre la parole à la
tribune sans papiers, en parlant de mémoire sur les problèmes
nationaux et internationaux qui faisaient l’objet de son
discours.
Il était le seul ministre à qui Olympio rendait
visite à son domicile où il était encore
dans l’après-midi du 12 janvier 1963.
Au petit matin du 13 janvier 1963, jour du coup d’Etat
sanglant marqué par l’assassinat de Sylvanus Olympio,
le Ministre des Finances Hospice COCO qui habitait la même
rue Vauban que les Olympio, après avoir entendu des coups
de feu vers la plage, vint chercher son collègue et beau-frère
(il avait épousé la grande sœur de Mme Cécile
Kayi FREITAS). Ensemble, ils se rendirent au domicile du Président
Olympio où ils tombèrent naïvement dans la
gueule du loup en se faisant arrêter et menotter sans ménagement
par les putschistes qui les conduisirent au Camp RIT où ils
furent embastillés pour six bon mois.
Porte-parole des ministres arrêtés, Paulin Freitas
refusait toute compromission et toute proposition d’entrée
dans un gouvernement d’union nationale dirigée par
Nicolas Grunitzky qui lui proposa de prendre le poste de Premier
ministre qu’il allait spécialement créer à son
intention.
Les conséquences de ce refus furent les mauvaises conditions
de détention, les tortures et exactions de toutes sortes
qu’il eut à subir avec ses collègues arrêtés.
Que se passait-il ? Chaque jour, à 17 heures, c’était
l’heure du « café » en fait
des coups de fouet que les officiers auteurs du coup d’Etat,
assis, leur assenaient. James Assila, sergent-chef à l’époque,
se distinguait tout particulièrement par la force avec
laquelle il les chicotait, prenant un malin plaisir à les
humilier ainsi.
Une seule fois par jour, à midi, lorsque Horatio, le
deuxième fils de Paulin Freitas apportait à manger à son
père, les gardes non seulement fouillaient la nourriture
avec leurs baïonnettes mais versaient toujours un peu de
sable soit dans le riz, soit dans la sauce, soit dans le gari
avant d’appeler Paulin Freitas en lui disant : « Tu
as mangé le Togo, il faut manger ça maintenant ! »
Comme tous les prisonniers il fut libéré en mai
1963 et quitta le Togo pour une cure de remise en forme à Vichy,
en France, ayant perdu plus de 20 kilos lors de sa détention.
Père de 11 enfants dont 8 actuellement vivants, il a,
par la suite été embauché comme expert à l’UNESCO
où il exerça ses fonctions au Zaïre (actuelle
République démocratique du Congo) puis au siège, à Paris.
Il revint vivre à Lomé à partir de 1978
et, aux obsèques de feu Thompson, en 1985, il prit la
parole pour rendre hommage à la mémoire du Secrétaire
général de leur parti, le CUT et ajouta que le
cercueil méritait d’être recouvert du drapeau
national. Comme les dirigeants en place ne le savaient pas, Dieu
lui le sait devait-il ajouter avant de conclure en scandant trois
fois, poing levé, comme cela se fait toujours en ces occasions,
le slogan des nationalistes : « Ablodé !
Ablodé ! Ablodé ! »
Le soir même, il fut arrêté et gardé à vue à la
Brigade des mineurs pendant trois jours sans qu’on ne lui
notifie les motifs de son arrestation. Au troisième soir,
aux environs de minuit, on vint le chercher après lui
avoir bandé les yeux et lié les poignets dans le
dos pour une destination inconnue.
Croyant sa dernière heure venue, il se retrouva subitement
lorsqu’on lui enleva les liens qui le serraient aux poignets
et le bandeau qui lui cachait la vue devant le Président
Eyadéma à la Présidence de la République,
entouré pour la circonstance du ministre Mathias Ajavon
de la Justice, Edoh Otto de l’enseignement technique et
de Mme Trénou, fille de feu Thompson.
« Qu’as-tu dit aux obsèques de Thompson ? » demanda
Eyadéma.
Paulin Freitas répéta les mêmes propos qu’il
avait tenus lors de l’oraison funèbre qu’il
avait prononcée aux obsèques de feu Thompson.
Tous les témoins confirmèrent les dires de Paulin
Freitas et, très étonné, Eyadéma
fit alors appeler Kokou Fourn, le maire de Lomé.
« Qu’est-ce que tu m’as dit que Freitas a dit ?
Ne m’as-tu pas rapporté qu’il a dit qu’ils ont travaillé et
que les singes viennent manger ? » lui demanda-t-il.
Tout confus et se grattant la tête, Kokou Fourn répondit : « Le
vieux Freitas a parlé dans un mina tellement profond que
je n’ai pas tout compris. »
Furieux Eyadéma cria à ses gardes : « Arrêtez-le
et ramenez Freitas chez lui avec ma voiture ! »
Quelques mois plus tard, Eyadéma envoya Kpotivi Laclé demander à Paulin
Freitas s’il avait déjà été décoré.
Il lui répondit qu’ils avaient institué les
décorations de l’ordre du Mono pour récompenser
les citoyens méritant et non pour se décorer eux-mêmes.
Par la suite, malgré le refus de Paulin Freitas et pour
se rattraper, Eyadéma se sentit obligé de le décorer
en l’élevant au grade de Commandeur de l’Ordre
du Mono.
Traumatisé par les événements du 13 janvier
1963 et les souffrances qu’il endura à leur suite,
sa santé déclina au point où, un jour de
l’année 1983, il eut une attaque cardiaque pour
laquelle il subit, à Abidjan, une intervention chirurgicale
au cœur au cours de laquelle lui fut placé un stimulateur
cardiaque.
Sa santé n’arrêta pas de décliner et
il eut une nouvelle attaque pour laquelle il fut évacué d’urgence à nouveau
sur Abidjan où il rendit malheureusement l’âme
le 17 mai 1989. Il fut enterré au Cimetière de
la Plage à Lomé.
Dr Comlan Rodolphe TRENOU
La
plus précieuse plume
du nationalisme togolais
Le
Docteur Comlan Rodolphe TRENOU est né le 2 juin 1917 à Aného.
Ses parents ayant émigré très tôt
en Côte d’Ivoire, il débute en 1928 ses études
primaires élémentaires à l’Ecole régionale
de Grand-Bassam et entre, en 1932, à l’Ecole primaire
supérieure de Bingerville.
Admis en 1935 par concours à la fameuse Ecole normale William Ponty à Gorée
(Sénégal), il opte pour la section Médecine. En 1942, il
sort diplômé de l’Ecole de Médecine de Dakar.
Il est affecté, en septembre de cette année, au Togo et, après
avoir occupé durant trois ans le poste de Médecin traitant à l’Hôpital
de Lomé, il sert successivement dans les subdivisions sanitaires de Mango,
Dapango, Aného et Bassar. C’est dans cette dernière localité que,
membre fondateur du Comité de l’Unité togolaise (CUT), il
est élu Délégué (député) pour la circonscription électorale
de Tchaoudjo-Bassar et Doufelgou lors des premières élections à l’Assemblée
représentative du Togo (ART) qui eurent lieu le 8 décembre 1946.
Ses talents d’écrivain et ses grandes qualités
de rigueur, de méthode le firent élire par les
membres de l’Assemblée représentative comme
Secrétaire général de l’institution.
Pendant toute la durée de son mandat parlementaire, Rodolphe
TRENOU est réélu, chaque année, Secrétaire
général de l’Assemblée représentative
et de sa Commission permanente. Il fait partie des collaborateurs
directs de Sylvanus OLYMPIO alors Président de ladite
Assemblée. Particulièrement actif comme Rapporteur
de la Commission sociale de l’Assemblée, on lui
doit d’importantes réalisations dans le domaine
de l’Education nationale, notamment l’institution
de l’enseignement secondaire au Togo et l’envoi en
France, en 1947, de plus de cent (100) étudiants togolais
fréquentant les écoles fédérales
de l’ex AOF. Ce qui permit à notre pays de posséder,
aujourd’hui, une nombreuse élite universitaire extrêmement
valable. Bref, il est généralement admis que, durant
la législature de cette première institution politique
du Togo, le Docteur TRENOU fut le bras droit du Président
OLYMPIO et la cheville ouvrière de l’Assemblée
territoriale.
C’est dans l’accomplissement de ses fonctions à l’Assemblée
représentative qu’il fit la connaissance de Adjoavi
Sika Marguerite THOMPSON, la fille du Secrétaire général
du CUT, Rodolphe THOMPSON, qu’il épousa plus tard.
Secrétaire à l’Assemblée territoriale
où elle avait été appelée par Sylvanus
OLYMPIO avec qui elle avait déjà travaillé alors
qu’il présidait la Chambre de commerce du Togo,
celle-ci avait été surveillante générale
de l’Ecole normale des jeunes filles de Rufisque au Sénégal.
Ils auront sept enfants (quatre filles et trois garçons)
que le couple élèvera ensemble, et dans une chaleureuse
affection tout à fait exemplaire, avec les jumeaux Jean-Pierre
et Jean-Claude nés HOMAWOO qu’elle avait eu d’une
première union sans oublier Tassivi TRENOU, la jeune sœur
de Rodolphe, qui fut très tôt orpheline de son papa,
décédé prématurément.
Militant nationaliste de première heure, Rodolphe TRENOU
aura des démêlés avec le gouvernement colonial
d’alors et sera éloigné du Togo pour le Congo
avant la fin normale de son mandat parlementaire : il était étiqueté élément
dangereux par la colonisation française.
Il devait, du reste, en revenir quelques mois plus tard, pour
prononcer, lors de la session de clôture de l’Assemblée
en 1952, en lieu et place du Président absent, un important
discours établissant le bilan des activités de
l’Assemblée représentative durant son mandat
de cinq (5) ans. C’est au cours de ce discours mémorable
que Yves DIGO, alors gouverneur du territoire, se trouva irrité et
quitta l’Assemblée en claquant la porte en signe
de protestation, suivi en cela par tous les Commissaires du Gouvernement
présents à cette séance.
Lorsque le pouvoir colonial français s’attacha à organiser
fraudes sur fraudes massives pour faire perdre au CUT ses positions
parlementaires, le poussant à boycotter toutes les consultations électorales
qui eurent lieu entre 1952 et 1958, Rodolphe TRENOU repartit à l’étranger
exercer son métier de médecin. Retourné d’abord
Congo-Brazzaville, il est affecté pendant trois ans à l’Hôpital
général de Brazzaville en qualité de Médecin
des fonctionnaires et Médecin-chef du Service des maladies
infectieuses puis occupera d’autres fonctions semblables
en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en
France. Dans le cadre de ces fonctions, il eut l’occasion
d’effectuer de nombreuses missions à l’étranger,
notamment en Europe, aux Etats-Unis d’Amérique,
au Japon, etc..
Il fut aussi un fervent militant syndicaliste. A ce titre, il œuvra
activement au sein du Syndicat des Médecins vétérinaires
et pharmaciens des ex Afrique occidentale et équatoriale
françaises, pour une notable amélioration de la
situation matérielle de ce corps de praticiens. Ses confrères
togolais notamment lui doivent leur difficile intégration à part
entière dans le cadre commun des diplômes des Facultés
de Médecine de l’étranger (France, Allemagne,
Yougoslavie, Roumanie, etc.)
En 1954 et 1955, élève-stagiaire auprès
du célèbre Professeur DEBRE à l’Hôpital
des enfants malades à Paris, Rodolphe TRENOU se spécialise
dans la médecine infantile et obtient le diplôme
d’études complémentaires de pédiatrie
et puériculture de la Faculté de Médecine
de cette ville. Par la suite, il complète sa formation
de médecin spécialiste des maladies infantiles
par les stages successifs et des cours de recyclage organisés
par le Centre international de l’enfance à Paris
et à Dakar. Il est désigné, en 1971, pour
suivre le premier cours de Santé publique de l’OMS
organisé à Lomé pour le personnel supérieur
de la Santé.
Revenu au Togo, à la fin de l’année 1956,
Rodolphe TRENOU est de nouveau obligé de s’expatrier
sur les instructions du Dr AJAVON, alors Président de
l’Assemblée nationale et éminence grise du
Parti togolais du progrès (PTP), pour n’avoir pas
accepté d’adhérer à son parti qui était
au pouvoir à cette époque.
Il est alors muté, d’abord en Côte d’Ivoire
où il est nommé Médecin-chef de la Subdivision
sanitaire de Dabakala, dans le cercle de Bouaké, puis à Dakar
où il est affecté au Service de Pédiatrie
de l’Hôpital Le Dantec et au Centre de protection
maternelle et infantile de Médina, et collabore avec le
Professeur Sénécal à l’institution
de médecine rurale au Centre expérimental de Kombolé (Sénégal).
Ce n’est qu’au lendemain des élections du
27 avril 1958 qui portèrent Sylvanus OLYMPIO au pouvoir
comme Premier ministre que Rodolphe TRENOU rejoindra le Togo,
rappelé de Dakar pour venir assurer la direction de son
Cabinet. Après avoir, durant trois ans, dirigé ce
cabinet avec une compétence inégalée, il
est nommé le 12 janvier 1962 au poste de Secrétaire
d’Etat à la Présidence de la République
chargé de l’Information, de la Presse et de la Radio.
Il travaille activement à la naissance de DENYIGBA (actuellement
TOGO-PRESSE) qui, d’abord hebdomadaire, devient très
tôt quotidien grâce au dynamisme et à la conviction
du Secrétaire d’Etat et de ses principaux collaborateurs,
notamment le sieur Georges GALIPEAU, expert de l’UNESCO.
Il fut aussi le Président des jurys qui, au lendemain
de l’Indépendance, ont eu l’honneur de choisir
la maquette du Monument de l’indépendance, le drapeau
national et le premier hymne national de la République
togolaise.
Lors du coup d’Etat du 13 janvier 1963, il était
l’un des deux ministres du gouvernement OLYMPIO que les
putschistes ne purent capturer. Encore une fois, il s’exila
alors pour pratiquer son métier de médecin à l’étranger à partir
du Dahomey.
Il revint de cet exil en janvier 1964, pour reprendre sa fonction
de pédiatre à la Polyclinique de Lomé et
de professeur de pédiatrie et de puériculture à l’Ecole
nationale des sages-femmes du Togo.
En 1967, il fut l’un des deux bénéficiaires
de la première bourse de l’UNICEF qui le dirigea
sur Dakar pour préparer un Certificat spécial de
pédiatrie tropicale. Il prit sa retraite définitive
en 1988.
Il est mort le mercredi 11 juillet 2001 dans sa 85e année.
Dr Hospice COCO
Un
exceptionnel modèle de probité et de fidélité à un
idéal e docteur Hospice Imoru Dominique Abou COCO fut un exceptionnel
modèle de probité sur tous les plans : professionnel,
politique, personnel et bien d’autres.
Il dit ceci dans son autobiographie:
«Sylvanus OLYMPIO je témoigne!»
Le Togo est mon pays. Du sang togolais coule dans mes veines.
J’y vis depuis
1923. Je lui ai consacré tout mon enthousiasme et an ai retiré les
précieuses satisfactions d’une carrière dont la finalité est
le bien du prochain. J’ai participé aux luttes de son peuple.
J’y ai assumé de hautes responsabilités
politiques. Je veux lui témoigner ma gratitude. Au moment
où certains s’évertuent à vouloir
ré-écrire son histoire à coups de falsification,
ma gratitude se veut témoignage de la vérité.
Le Togo est mon pays
Je suis né le 18 mai 1902 à Cotonou, de Abou Dominique
Coco et de Agnès Gustave Haussmann. Cotonou était
alors une ville cosmopolite dès le début et où dominaient
alors les ethnies fon, popo et mina. Parmi ces derniers, figuraient
des représentants de familles renommées d’Aneho
et de Porto-Seguro (Agbodjan, Ajavon, Akue, d’Almeida,
Creppy, Domlan, Gaba, Houedakor, Johnson, Mensah, etc), qui occupaient
de hautes fonctions principalement dans le commerce (agence,
gérance, boutique). Il y avait aussi de nombreuses familles
d’employés de tous genres et d’ouvriers hautement
qualifiés.
Leurs enfants, nos camarades de classe, nous répétaient
les propos qu’échangeaient leurs parents sur les
merveilleuses réalisations de la colonisation allemande à Lomé et à Aneho.
Notre juvénile enthousiasme était, cependant, un
peu tempéré par le récit des châtiments
corporels (25 coups de fouet sur les fesses) qui sanctionnaient
les délits mineurs.
Par ailleurs, mon papa Abou Dominique Coco, contremaître
au wharf de Cotonou, était chargé du recrutement
bisannuel des cannotiers assurant le déchargement et l’embarquement
des passagers et des cargaisons des bateaux. Et pour ce, il se
rendait tous les six (6) mois à Grand-Popo et il lui arrivait,
de temps en temps, de pousser jusqu’à sa ville natale
Aneho, pour rendre visite à ses cousins maternels Domlan,
Gaba, Ajavon, etc. A son retour, il ne manquait pas de faire à ses
amis le récit de son voyage que nous écoutions
attentivement.
Mon père Abou Dominique Coco naquit à Aného
au quartier Manyan vers 1872 d’un père yoruba et
d’une mère née Domlan. Mon grand-père
paternel Assani naquit à Oyo (Nigeria) de Ali-Dodo Ndawa
descendant direct du royaume yoruba d’Oyo. Pour ne pas
entrer en concurrence avec leur père, Assani et son frère
jumeau Osseni durent s’expatrier à Accra (Gold Coast).
Mon grand-père Assani vint ensuite s’installer à Aného
chez le prêtre-féticheur Amavi Domlan dont il épousa
plus tard l’aînée des filles, Amêlé,
mère de Abou Dominique Coco.
Ma mère Agnès et son frère cadet Gustave
Baruncio sont nés de Jérôme Gustave Haussmann
et de Wlanvi Zossoungbo du quartier Sogbadji à Ouidah
(Dahomey aujourd’hui Bénin). Mon grand-père
maternel Jérôme était fils unique, au Dahomey,
du baron Gustave Haussmann qui aurait été un négrier.
C’est pour mieux connaître le pays natal de mon père
que je suis venu servir au Togo qui me faisait tant rêver
quand j’étais jeune.
Au service de la nation togolaise
1°) – Sur le plan professionnel :
« Sorti major de la première promotion de
l’Ecole de Médecine de Dakar, j’avais le droit
de choisir la colonie ou le territoire de mon affectation.
J’optai pour le Togo, alors territoire sous-mandat de la
France, par le besoin de resserrer les liens familiaux et de
vivre les fascinations des images de ce pays reçues en
mon enfance. Je débarquai à Lomé le 25 janvier
1923. J’ai pris fonction le 20 février 1923 à Atakpamé. »
Le Docteur Hospice Dominique Coco a été et demeure une figure
légendaire parmi les anciens élèves de l’Ecole Africaine
de Médecine et de Pharmacie de Dakar.
C’est ainsi qu’il avait été invité à présider,
le 27 juin 1953, aux côtés du fondateur de l’Ecole Africaine
de Médecine et de Pharmacie de Dakar, le médecin général
Le DANTEC, la sortie de la 32e et dernière promotion de cet établissement
qui avait formé 501 médecins et 56 pharmaciens sans compter les
très nombreuses sages-femmes et infirmières visiteuses.
2°) – Sur le plan politique:
a) – Mes débuts politiques:
« Succombant aux chimères de la politique coloniale d’assimilation,
je postulai la nationalité française pour pouvoir jouir des droits
et liberté des citoyens français. J’obtins ma naturalisation
en 1929 (Décret du 29 novembre 1929).
Mais, je n’en suis pas resté moins africain dans
l’âme. C’est pourquoi tout ce qui advenait à mes
compatriotes africains m’intéressait. Aussi, ai-je été révolté par
la conclusion injuste et cynique de la Conférence de Brazzaville
qui eut lieu du 30 janvier au 8 février 1944. Définissant
les fins de l’entreprise coloniale française, la
Conférence a proclamé « qu’il
s’agit d’amener les indigènes à administrer
progressivement leurs propres affaires, mais en aucun cas il
ne saurait être question de self-government, d’autonomie
interne ni, à plus forte raison, d’indépendance ».
Dans le même temps où des Maghrebins, des Africains,
des Malgaches et des Indochinois payaient de leur vie la conquête
de l’indépendance et de la liberté de la
France pour l’arracher à la dictature nazie, les
colonialistes qui, eux, se prélassaient tranquillement
en Afrique, sous prétexte de conserver l’empire
colonial, décidaient froidement, en janvier 1944 à Brazzaville,
que ces mêmes Maghrebins, Africains, Malgaches et Indochinois
n’accèderaient jamais à l’indépendance
dans leurs propres pays.
Je me lançai dans la politique, d’une part, avec
Sylvanus Olympio, dont par ailleurs j’étais le médecin
de famille, et les nationalistes togolais et, d’autre part,
avec un noyau de dahoméens (actuels béninois) qui œuvraient
pour le mieux-être de leur pays. Ce groupe était
composé de : Augustin Azango, Boniface de Campos,
Victor Patterson, Emile Derlin Zinsou, Sourou-Migan Apithy… pour
ne citer que les principaux.
C’était avec ce groupe que les togolais s’étaient
associés pour faire le choix des deux premiers députés
aux Assemblées constituantes françaises de 1945
et de 1946 : le Révérend Père Aupiais
pour le Premier Collège, Citoyen français, et Sourou-Migan
Apithy pour le Deuxième Collège, Indigène.
Lors de l’élection des députés à la
première Assemblée nationale française instituée
par la Constitution de 1946, le Togo devait élire ses
propres députés : M. Siaut pour le Premier
Collège et le Docteur Aku pour le Deuxième collège.
L’élection, en 1947, des membres de la première
Assemblée représentative du Togo vit la victoire
de la liste nationaliste conduite par Sylvanus Olympio tant pour
le Premier Collège que pour le Deuxième.
L’Assemblée représentative comportait quatre
commissions : les commissions administrative, budgétaire
et sociale, qui se réunissaient pendant le cours de l’Assemblée
plénière et une commission permanente qui siégeait
pendant les vacances de l’Assemblée.
Sylvanus Olympio fut élu président de cette Assemblée.
J’y étais élu parmi les membres du Premier
Collège. Je fus rapporteur de la commission du budget
et, beaucoup plus tard, président de la commission permanente
par suite des nombreuses occupations et des empêchements
de Sylvanus Olympio. Cela dura de 1947 à 1951.
b) – Représailles contre ma personne:
« Ma participation à la lutte du peuple togolais pour la
liberté et l’indépendance aux côtés de Sylvanus
Olympio et des nationalistes constituait, il faut le reconnaître, un
affront à l’administration française et ne pouvait demeurer
trop longtemps impunie.
Il fallait se débarrasser de moi. L’administration
coloniale profite d’un congé dont je bénéficiais
pour décider de ma mutation après trente ans de
service ininterrompu au Togo. Par arrêté ministériel
du 23 mai 1953, j’étais remis à la disposition
du Haut Commissaire de la République en AOF qui allait
m’affecter par la suite au Dahomey (aujourd’hui Bénin)
par l’état d’affectation du 13 juin 1953.
Ma mutation hors du Togo avait expressément été demandée
par le Haut Commissaire de la République au Togo, le Gouverneur
Péchoux, surnommé « le spécialiste
de la répression coloniale ».
Le motif invoqué a été : manque de
respect et tenue de propos injurieux – sans autres précisions – à l’égard
du Haut Commissaire Péchoux, alors chef du territoire…
Qu’on en juge. A l’époque, trois postes de
médecin africain étaient définitivement
vacants au Togo…
Devant cette injustice flagrante, je refusai de rejoindre mon
nouveau poste et, pour éviter toute tracasserie administrative,
je démissionnai du cadre des médecins le 6 novembre
1954 pour pouvoir ouvrir un cabinet privé… A l’époque,
je ne pouvais prétendre à une retraite anticipée.
Mes fonctions de ministre des Finances et des Affaires Economiques
dans le gouvernement togolais me fournira l’occasion de
constater que mon indice salarial était encore inférieur à ceux
de tous mes collègues plus jeunes dans la carrière :
leurs indices variaient de 2 310 à 2 650 alors que mon
indice à moi était de 2 090 pour trente trois ans
cinq mois et vingt-quatre jours de carrière.
Je considérai cela comme un hommage rendu à ma
qualité de combattant de la liberté…
c) – Au gouvernement:
« Après la victoire des nationalistes aux élections
législatives du 27 avril 1958, placées sous le contrôle
des Nations Unies, Sylvanus Olympio fut pressenti par le Gouverneur Spénale,
Haut Commissaire de la République française au Togo, pour devenir
le Chef du gouvernement du Togo.
En formant son cabinet, Sylvanus Olympio me demanda d’en
faire partie. Pour moi, la victoire des nationalistes devait
inévitablement conduire à l’indépendance
le Togo et, par voie de conséquence, les autres colonies
françaises.
Ainsi mon souhait le plus cher serait réalisé.
Je ne croyais plus avoir un rôle politique à jouer
dans ce pays. Par ailleurs, mon cabinet médical privé était
en plein essor et il me faudrait abandonner toute une vaste clientèle
qui avait confiance en moi.
Mais après avoir mûrement réfléchi,
et surtout à cause de notre longue et vieille amitié,
j’acceptai de continuer la lutte avec lui. Je fus donc
nommé ministre du Commerce et e l’Industrie, du
Plan et du Développement, de 1958 à 1961…
En 1961, soit un an après l’indépendance
du Togo, la confiance de Sylvanus Olympio me plaça à un
poste clé dans son gouvernement : je fus nommé ministre
des Finances et des Affaires Economiques.
J’optai pour la nationalité togolaise le 15 septembre
1961.
Farouchement décidé à consolider l’indépendance
du Togo, Sylvanus Olympio s’était attaché à conduire
son pays à l’autonomie financière, garantie
de la liberté de ses options politiques et diplomatiques,
garante aussi de l’orientation de ses investissements dans
l’intérêt national.
Dans cette orientation, il géra les finances publiques
avec une rigueur et une austérité qui permirent
rapidement d’autofinancer les dépenses de fonctionnement
de l’appareil étatique, mettant fin à l’humiliante
pratique de recours aux subventions de l’ex-puissance administrante
tout en libérant des ressources pour le budget d’équipement
et d’investissement.
L’œuvre devait être couronnée par l’institution
d’une monnaie nationale togolaise : le franc togolais.
Sylvanus Olympio ne rêvait-il pas de faire du Togo une
place financière ?
Au plan interafricain, conscient qu’on ne pouvait concevoir
de faire du petit Togo un pays isolé du contexte régional
auquel tant d’affinités le liaient par ailleurs,
notre gouvernement ne resta pas étranger aux efforts entrepris
pour l’édification d’une union africaine que
Sylvanus Olympio voulait fraternelle, libre et respectée.
Aussi dira-t-il : « Uni, tranquille, prospère,
le peuple togolais se sentira plus fort pour entreprendre avec
les autres peuples d’Afrique, cette grande œuvre
d’union fraternelle qui doit faire de ce continent qui
est nôtre, un pays effectivement libre et désormais
respecté… »
Traduisant cette conception en acte, Sylvanus Olympio jettera
avec Tafawa Balewa, alors premier ministre de la République
fédérale du Nigeria, au cours de leur historique
rencontre à Lomé, les bases de la future Communauté économique
des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Sylvanus Olympio devait se rendre en visite au Liberia le 14
janvier 1963 pour discuter avec son hôte libérien
le projet d’union économique régional que
ses homologues du « groupe » dit « de
Monrovia » lui avaient demandé d’élaborer.
Moi-même je devais, à son retour de Monrovia, me
rendre en France pour parapher le nouvel accord monétaire
instituant le franc togolais.
Le 13 janvier 1963 à l’aube, Sylvanus Olympio était
assassiné. Peu après, le ministre d’Etat,
M. Paulin Freitas et moi-même étions arrêtés
devant l’Ambassade des Etats-Unis et incarcérés
au camp de la gendarmerie de Lomé dans une cellule d’environ
2m sur 1m… où d’autres devaient nous rejoindre
dans la journée.
A ma sortie en avril 1963 du camp RIT où nous avons été transférés,
je retournai à ma première passion : soulager
les vies humaines. Je m’occupai à nouveau de ma
clinique privée « La Pitié », à Lomé jusqu’à ce
que les forces physiques ne me permettent plus de poursuivre
cette noble charge. C’était en 1984.
Ablode ! Ablode ! Ablode ! »
Le Dr Hospice Imoru Dominique Abou COCO est mort le 21 juillet
1995 à Lomé, dans sa 94e année et a été inhumé au
Cimetière de la Plage, dans la même capitale.
Comme le dit en conclusion le faire-part annonçant son
décès : « … il nous
laisse l’exemple d’une vie sans compromissions, une
vie de fidélité à un idéal, une vie
sans d’autres ambitions que celle de servir dans la simplicité et
la générosité. »
Pour
le Parti des travailleurs
Le Secrétaire chargé de la coordination
Claude AMEGANVI
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