Préfecture des Lacs, Glidji sous tension:
Les adeptes vaudou manifestent
contre «l’arbitraire» du
Chef Foli-Bébé XV
03 mai 2008
A cinq mois de la grande fête lunaire «Epé-ekpé» chez
le peuple Gê, une tension couve à Glidji,
lieu de pèlerinage des adeptes du culte Vaudou-Alois,
suite à des sanctions «disciplinaires» à l’encontre
de certains prêtres et jugées «arbitraires» par
ceux-ci et leurs fidèles. L’on a encore en souvenir
cette triste situation qui a failli dégénérer à la
précédente édition de «Epé-Ekpé» où l’animateur
principal était interdit d’activité. Le micro
ce jour-là était même cassé mais,
le pire a été évité de justesse par
la sagesse de ceux qui s’estimaient victimes d’une
machination savamment orchestrée contre eux. A ce problème
qui n’a pas trouvé de solution est venu se greffer
un autre. Il s’agit d’une décision du Chef
canton de Glidji, sa Majesté Sédégbé Foli-Bébé XV
qui vient mettre le feu aux poudres.
Pour manifester leur mécontentement contre cette décision «arbitraire » les
adeptes de la divinité Mama-Koley sont descendus
le vendredi 25 avril dernier dans la rue. De Gbatoumé-Avé, les
manifestants ont marché jusqu’au Palais royal de
Glidji. Pour M. Akué Adovi J., interdit à vie
d’animer les cérémonies, «C’est
une décision inconcevable et injuste. Il faut avouer que
le Chef s’est maladroitement immiscé dans
cette affaire. Au lieu de sauver les meubles, il a préféré diviser
pour régner. Cette décision arbitraire signifie
pour nous que nous devrions renoncer à notre
identité culturelle. Chose impossible. C’est tout
comme si du jour au lendemain quelqu’un venait à lui
demander de ne plus exercer son rôle de Chef canton. Par
solidarité, d’autres prêtres venus de partout
se sont joints à nous dans cette démarche contre
l’arbitraire».
Une autre victime de cette décision royale, M. Kangni
Agbogbolossou mécontent, explique : «Cette démarche émane
des fidèles furieux. Ils sont aaujourd’hui appuyés
par des prêtres et prêtresses venus de divers horizons. Nous
allons au Palais royal protester de vives voix contre cette décision sordide
d’un Chef qui n’a que fait preuve d’abus de
pouvoir. Le plus inquiétant, c’est le projet machiavélique
qui se trame en sourdine. Il s’agit pour nos détracteurs
de forcer les portes du couvent. Pour quelle raison, nous les
ignorons. C’est le moment pour nous d’agir afin
que les conspirateurs sursoient et mettent un terme à tout
ce qui peut attirer sur les hommes la colère de la divinité».
Au Palais, les manifestants ont été reçus
par des employés de l’administration royale. En
réponse à la demande des mécontents
qui veulent rencontrer Sa Majesté, «il est absent»,
ont-ils dit. La transmission de la lettre de protestation était
aussi impossible. «Le Chef n’est pas là.
Nous ne sommes que des enfants à la maison. Nous
ne saurions lui prendre quel message que ce soit. Faites
tout pour savoir s’il est de retour et
prenez soin de demander une audience à cet effet»,
a déclaré le Secrétaire à ses hôtes. «Pouvons-nous
lire le message contenu dans la lettre que nous lui avons apportée?»,
ont demandé les manifestants. « Ce n’est
pas du tout possible », a répondu le
Secrétaire appuyé par ses collègues. Ainsi,
au sortir du Palais, les organisateurs de la marche ont lu le
contenu de la lettre de protestation.
«Nous sommes surpris de voir le roi venir prendre
des décisions à la place des prêtres et
prêtresses et prendre des sanctions contre des Chefs
de couvent. Nous nous soulevons contre cet abus de pouvoir
et demandons à «Gê Fio Gâ» de
s’occuper du trône et de laisser les prêtres
et prêtresses organiser les activités de
leur couvent. Nous, collectivité Mama-Koley, rejetons absolument
toute décision de sanction vis-à-vis de notre
collectivité», stipule la correspondance
lue au public. Le document indique également
qu’ «Aucun droit aucune coutume, aucun usage n’autorise
un Chef traditionnel à venir prendre des décisions à la
place de la collectivité Mama-Koley. Rien n’autorise
un Chef traditionnel à venir imposer un prêtre à la
collectivité Mama-Koley sans l’avis favorable
des adeptes».
Selon des témoignages recueillis sur le terrain, cette
affaire se rapporte à la 345è édition.
Le choix de la date a été la pomme de discorde entre
deux entités : les partisans du 6 septembre 2007 et ceux
du 13 septembre 2007. Certaines indiscrétions affirment
que des autorités pas des moindres notamment le ministre
de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation
et des Collectivités locales s’est investi en vain à régler
le différend. Même les parents et alliés
des victimes ont plaidé la cause des victimes auprès
de Sa Majesté Sédégbé Foli-Bébé mais
en vain.
Nos tentatives de joindre les intéressés sont
restées vaines pour le moment. il urge qu’une
solution appropriée soit trouvée le plus rapidement possible à cette
tension qui risque de faire tache d’huile à l’allure
où vont les choses surtout que la 346è édition,
c’est dans moins de cinq (5) mois. Que cette brouille
n’affecte pas l’avenir d’une fête culturelle
et mondialement reconnue. Affaire à suivre.
Didier LEDOUX
|