Togo, enfants à vendre
Un enfant togolais sur 8 est «vendu»
06 mai 2008
• La pauvreté est une des principales causes de
la traite des enfants
• Les familles pour lesquelles l’agriculture est
le principal moyen de subsistance sont les plus touchées
• L’absence d’extrait d’acte de naissance
laisse le champ libre aux trafiquants d’enfants
Selon des estimations récentes, environ 12 % des enfants
togolais vivant à la campagne quittent leur foyer pour
rechercher un emploi. Dans la plupart des cas, ils seront utilisés
comme «esclaves» modernes dans des villes éloignées
au Togo ou à l’étranger.
Le rapport de Plan «Pour le prix d’un vélo:
la traite des enfants au Togo» (Plan Togo, mars 2005) décrit
le phénomène dans ce pays. L’extrême
pauvreté et le manque d’éducation, associés à des
facteurs traditionnels contraignent de plus en plus d’enfants à se
tourner vers cette forme d’exploitation.
La traite des enfants, un problème universel
La traite des enfants représente, par définition,
une activité clandestine. Les données relatives à l’étendue
du problème sont donc la plupart du temps erronées.
Selon les estimations les plus fiables, plus d’1,2 millions
d’enfants dans le monde en sont victimes chaque année.
Le 15 novembre 2000, les Nations Unies ont adopté le «Protocole
de Palerme». Ce protocole additionnel à la Convention
des Nations Unies contre la criminalité transnationale
organisée a pour objectif de lutter contre la traite des êtres
humains, et plus particulièrement des femmes et des enfants.
La traite des enfants y est définie comme le recrutement,
le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil
d’un enfant de moins de 18 ans. Et ce même dans le
cas où la victime a donné son consentement et qu’il
n’y a eu aucune menace, utilisation de la violence ou autres
formes coercitives.
Les différentes formes de traite des enfants
au Togo
Durant les années nonante, Plan Togo a été confronté de
plus en plus souvent à ce phénomène. Trois
types de traite d’enfants ont été mis en évidence:
• La traite des filles pour le travail ménager ou autre au Gabon,
Bénin, Nigeria et Niger;
• La traite des filles à l’intérieur du Togo, principalement
vers la capitale Lomé;
• La traite des garçons pour le travail agricole au Nigeria, Bénin
et Côte d’Ivoire.
Plan Belgique - Education, santé et participation. Droits
fondamentaux pour chaque enfant.
D’après une enquête de Plan Togo menée
auprès de 400 enfants victimes de la traite, 295 étaient
des filles. Celles-ci sont donc trois fois plus touchées
que les garçons.
Scénario de la traite des enfants
L’histoire commence de manière identique pour la
plupart des victimes de la traite des enfants. Un trafiquant
cherche à entrer en contact avec les populations des villages
et communautés les plus pauvres. Il leur fait miroiter
des offres séduisantes, comme par exemple une augmentation
de revenus ou l’accès à l’éducation.
Les parents, qui ne sont en général pas au courant
des intentions véritables du trafiquant, lui confient
leur(s) enfant(s). Via un réseau de personnes intermédiaires,
les enfants atteignent leur destination finale. C’est là qu’ils
sont «vendus» à une famille ou à un
propriétaire (d’un magasin, d’un atelier,
d’une maison close) et soumis à différentes
formes d’exploitation. Les promesses de salaire ou d’enseignement
ne sont plus mentionnées. S’ils deviennent une charge
pour leur «propriétaire» (par exemple, en
cas de grossesse après un viol), les enfants sont laissés à leur
propre sort. Pour survivre, il n’est pas rare qu’ils
aboutissent dans les circuits de la prostitution ou d’autres
activités criminelles. Après un certain temps,
ils se retrouvent en prison ou sont rapatriés vers le
Togo. Si aucune possibilité d’accueil ne s’offre à eux,
le cercle vicieux risque de recommencer.
Causes de la traite des enfants au Togo
Les causes sont multiples et complexes. Cependant, la pauvreté est
le facteur le plus important. D’après une étude
de Plan Togo, le phénomène est surtout présent
chez les familles pratiquant l’agriculture de subsistance.
Les enfants se voient souvent contraints de mettre fin à leur
scolarisation. Tout d’abord, les parents sont généralement
dans l’incapacité de payer les frais scolaires.
Ensuite, les enfants représentent souvent une aide précieuse
pour le travail des champs. Sans aucune perspective de formation
ou d’emploi, ces enfants vulnérabilisés constituent
des proies faciles pour les trafiquants.
Un certain nombre d’études ont permis de mettre
en évidence le lien entre le HIV/sida et la traite des
enfants. Lorsqu’un parent décède des suites
de la maladie, les enfants se voient dans l’obligation
d’apporter un soutien financier à la famille. La
pression est telle qu’il leur est alors difficile de résister
aux propositions alléchantes des trafiquants.
Les trafiquants d’enfants tirent également profit
des facteurs culturels. Les enfants participent en général
aux corvées, notamment ménagères. Cette
forme de travail des enfants est donc parfaitement acceptable
pour les familles. Dans ces conditions, il est aisé pour
les trafiquants de convaincre les parents de laisser leurs enfants
aller travailler ailleurs pour un soi-disant salaire élevé.
La migration est un autre facteur traditionnel important
Divers groupes ethniques (entre autres les Kabyè, Losso,
Tchokossi et Moba) migrent dans l’espoir d’améliorer
leurs conditions de vie. En vue d’augmenter les opportunités
d’enseignement et de formation de leurs enfants, les parents
les confient souvent à un membre de la famille qui habite
en ville. D’après l’enquête de Plan
Togo, il arrive que ces derniers servent eux-mêmes d’intermédiaires
pour les trafiquants d’enfants. Percevoir la migration
comme un phénomène normal facilite grandement le
travail des trafiquants.
Au niveau national et sous-régional, une faible législation
et un contrôle insuffisant aux frontières favorisent
l’amplification du phénomène.
Actions de Plan
Plan Togo travaille en partenariat avec diverses ONGs locales
et internationales, ainsi qu’avec les autorités,
pour lutter contre la traite des enfants et venir en aide aux
victimes. Les principales actions de Plan sont les suivantes:
• Le programme «Arrêter la traite des enfants» vise à renforcer
les efforts de la communauté pour réduire les cas
de traite des enfants. Cela comprend l’appui aux centres
d’accueil et de transit pour les enfants interceptés
et secourus;
• Mesures préventives à travers l’appui à l’éducation
(pour les filles) et les activités génératrices
de revenus;
• Travail de lobby au niveau national;
• Formation de la police chargée de la surveillance
des frontières, campagnes de sensibilisation et d’information
et mise en place de comités de surveillance;
• Campagnes relatives à la promotion de l’enregistrement
des naissances;
• Etude sur 5 ans (2005-2010) portant sur les incidences
psychologiques de la traite sur les enfants.
Enregistrement des naissances et traite des enfants
En Afrique Subsaharienne, chaque année, plus de 55 % des
enfants ne sont pas enregistrés à la naissance.
Ces enfants sont particulièrement vulnérables à diverses
formes d’exploitations, comme la traite des enfants. Les
trafiquants profitent bien sûr du fait que ces enfants
ne peuvent pas prouver leur âge. De plus, en l’absence
d’extrait d’acte de naissance, les trafiquants d’enfants
ne peuvent pas être poursuivis. Les enfants non enregistrés,
qui n’ont pas accès à l’enseignement,
sont les premières victimes des trafiquants d’enfants.
Plan Belgique mène régulièrement des campagnes
de sensibilisation relatives au droit à l’enregistrement à la
naissance.
Si vous souhaitez de plus amples informations, consultez notre
site www.plan-belgique.org
Plan Belgique asbl, Chaussée de Vleurgat,
109 1000 Bruxelles
www.plan-belgique.org
Plan Belgique - Education, santé et participation. Droits
fondamentaux pour chaque enfant.
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