Processus de réconciliation au Togo:
«Afrique-Presse» en
débat sur RFI et TV5
15 mai 2008
Nous allons aborder le processus de réconciliation
lancé au Togo. Jean-Baptiste Placca, qu’est-ce
que ça vous inspire?
Jean -Baptiste Placca
Je pense que c’est un peu comme si la Commission Vérité et
Réconciliation en Afrique du Sud avait été initiée,
organisée et préparée par Peter Botha.
La violence au Togo a été toujours
du même
côté et les gens qui ont commis les violences de
2005 sont des gens qui ont eu des promotions. Certains sont au
gouvernement, d’autres sont dans des positions encore plus
confortables au sein de l’armée et on veut organiser
des débats qui seraient une espèce de cataclysme. Ça
revient à la conférence nationale. Ça a été déjà fait à la
conférence nationale. Moi je pense que de toute façon,
les organisations de défense des droits de l’homme
ont dans leurs petites fiches les noms des gens qui, s’il
y a réconciliation ou pas, seront un jour ou l’autre
inquiétés.
Jean Karim Fall, vous êtes aussi sévère
que Jean-Baptiste Placca?
Peut-être un petit peu moins. Jean-Baptiste a parlé de
la conférence nationale. Et ce que j’ai observé est
que lors de cette conférence, quand on a commencé à aborder
la question du rôle et du poids de l’armée
dans la société togolaise, la conférence
nationale a échoué avec tout son cortège
d’atteinte aux droits de l’homme. J’ai presque
envie aujourd’hui d’être plus optimiste que
Jean- Baptiste en disant si effectivement on arrive à ouvrir
la marmite et à parler sereinement au Togo de l’armée,
de sa place, de ce qu’elle doit faire dans l’avenir,
c’est bien pour le pays. Mais je suis très
prudent car à chaque fois qu’on a touché à l’armée
au Togo, en général, ça a très
mal fini.
Jean -Baptiste
Pour noyer le poisson en quelque sorte, il étend la
compétence de cette commission en 1958, année où Sylvanus
Olympio est devenu Premier ministre en attendant l’indépendance.
Il faut bien commencer par quelque chose, c’est-à-dire
qu’il y a quand même un Accord Politique
qui avait été signé entre l’opposition
et le pouvoir actuel pour former justement cette commission
qui est la pierre angulaire des accords qui ont été signés.
Christophe Fayard qu’est-ce que vous en pensez ?
Christophe Fayard
Il faut voir de très près les modalités,
c’est-à-dire est-ce que ça va être
suivi de poursuites judiciaires ou pas? Est-ce qu’il y
a immunité pour les témoins ou pas ? J’ai
aussi l’impression que Faure Gnassingbé a
tenu une promesse lumière et c’est déjà pas
mal et il peut avoir aussi envie d’avoir réellement
de soutien face à l’armée.
Il peut utiliser le travail de cette commission pour justement dégager
un certain nombre de responsables …
Ce qu’on appelle la vieille génération qui
n’est pas forcément les incrédules mais dont
la façon de penser correspond aux anciennes manières.
Maintenant, le problème c’est d’envoyer au
casse-pipe des gens. Le problème est qu’à travers
cette commission, Vérité-Réconciliation
ceux qui l’ont fait roi se retrouvent tout d’un coup
sur le banc des accusés.
Jean -Baptiste
Moi je pense qu’il y a un problème de compréhension
de ce que veut faire Faure et de ce que les gens attendent de
cette commission. Il y a les gens qui ont été victimes
de la violence politique dans ce pays et qui attendent qu’on
leur rende justice. Si la démarche de Faure est
d’englober tout ça dans un paquet et donc voilà pour
solde de tout compte, on se pardonne mutuellement, je pense
que ça laissera des frustrations jusqu’au prochain
massacre.
Pour résumer, il y a deux aspects. Il faudrait
que d’une part les plaignants aient des garanties de
sécurité et d’immunité et deuxièmement
que ça ouvre la voie à un certain nombre de
procès. C’est ça votre idée Jean-Baptiste
?
Oui. C’est compliqué parce que c’est comme
si on se mettait à faire des procès par rapport à la
violence politique au Togo, on en a pour 40 ans parce qu’il
y a des gens qui individuellement et collectivement font
trop de choses. Encore qu’une bonne partie de ces
morts sont à mettre au crédit du père
qui est décédé, donc l’action serait éteinte
d’une certaine manière. Mais depuis 2005, on a dit
400 et quelque morts.
Est-ce que l’opposition va accompagner
ce processus jusqu’au bout ? Est-ce qu’il n’y
aura pas finalement une responsabilité aussi des partis
de l’opposition qui sont signataires des accords de
2006 et qui doivent aussi donner du sens à tout ça
? Est-ce que c’est possible Christophe Fayard?
Il ne faut pas violer la souveraineté du Togo mais plus
il y aura une présence internationale et un soutien
extérieur à ce processus, plus cela confortera
la démarche de Faure Gnassingbé et cela convaincra
l’opposition qu’elle peut y aller. Il faut qu’il
y ait des observateurs des Nations et de l’Union
Européenne.
Ces pays ont pendant plusieurs années boycotté le
Togo en disant à juste titre que le minimum n’était
pas respecté en matière des droits de l’homme,
de gouvernance etc. si des efforts qui sont faits, il faut
bien qu’on les accompagne. Jean Karim.
Moi je suis d’accord avec ce que dit Christophe. Je pense
que Faure lance un défi, un véritable
défi qui est dangereux. J’espère qu’il
faut accompagner effectivement. Parce que beaucoup ont critiqué toutes
les dérives du régime, notamment l’UE. Disons
que ce processus doit être soutenu.
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