Le GRAD lance
un mémorandum pour la démocratie:
OEUVRONS ENSEMBLE POUR
UNE VERITABLE SOCIETE DEMOCRATIQUE
19 mai 2008
Introduction
La crise togolaise connaît des évolutions dont la
portée et l’importance sont fonction du degré d’espérance
que chacune d’elles semble susciter au niveau des populations
traumatisées par des décennies de déficit
démocratique, une économie nationale défaillante
et une paupérisation croissante. Dans cet ordre d’idées,
les promesses de toutes mesures susceptibles d’instaurer
une solution durable à la crise togolaise sont de nature à entretenir
de tels espoirs dominés par l’idée de réconciliation.
L ‘Accord politique global (APG) préparé par
le Dialogue intertogolais limité aux interlocuteurs aux
vingt-deux engagements pris par le régime du Président
Gnassingbé EYADEMA auprès de l’Union européenne
(UE) le 14 avril 2004, et reconduit par le gouvernement de Monsieur
Faure GNASSINGBE, élu à l’issue du scrutin
du 24 avril 2005, représente le plus récent
de ce genre d’initiative visant à calmer de vives
rancœurs provoquées par les violences et les
violations massives des droits humains.
La signature le 20 août 2006 par une partie de la classe
politique togolaise grâce à l’appui de l’UE
et de la Communauté internationale, et, à la médiation
du Président Blaise COMPAORE du Burkina Faso, a fait naître
beaucoup d’espoir.
L’application de l’APG implique la réalisation
des réformes constitutionnelles et institutionnelles aussi
bien par le gouvernement d’union nationale (GUN) que la
future législature. Le GUN dirigé par le Premier
Ministre Madry Yawovi AGBOYIBO semble avoir plutôt privilégié celles
qui impliquent l’organisation des élections législatives.
Ces élections qui ont effectivement eu lieu le 14 octobre
2007, se sont traduites par l’entrée de trois partis
politiques au parlement : le RPT (50 députés),
l’UFC (27 députés), le CAR (4 députés).
Et pourtant l’APG a prévu un certain nombre de réformes
constitutionnelles et institutionnelles dont l’application
incomberait, en partie, au gouvernement d’union nationale. Sans
doute, le GUN a-t-il pris conscience des contraintes de temps
qui le handicaperaient au regard du délai constitutionnel à l’issue
duquel le scrutin législatif devait se tenir. Ainsi, apparaît-il
que certaines des réformes relatives au processus électoral
ont été abordées par le GUN pour, soit dit
en passant, respecter le délai constitutionnel exigé pour
la tenue des élections législatives.
Et pourtant c’était dans le cadre d’une négociation
politique qui devrait déboucher sur un compromis, c’est-à-dire
un accord politique acceptable pour toutes les parties prenantes.
Même les réformes relatives à l’organisation
des élections législatives ont été affectées
par l’attitude quelque peu laxiste des parties prenantes à l’APG
face à l’urgence des changements à promouvoir.
Au point que les analystes des résultats des législatives
du 14 octobre 2007 ont-ils déploré des anomalies évidentes,
notamment, le découpage électoral, le mode de scrutin
proportionnel au plus fort reste, toutes choses acceptées,
cependant, par les parties signataires, en particulier les partis
politiques de l’opposition. Ils ont formulé des
recommandations quant aux dispositions et réformes à entreprendre
pour corriger ces anomalies en vue de promouvoir une véritable
sortie de crise, et, l’organisation à l’avenir,
d’élections libres, transparentes et crédibles.
II- Etat des lieux
L’histoire politique du pays, ces dernières décennies,
a suffisamment mis en évidence le rôle des personnages
et des partis politiques dans les activités qui ont marqué les
tentatives de résolution de la crise. Les partis politiques
ont manifesté chacun à son niveau un réel
dynamisme aux divers événements clés ayant
conduit progressivement à la transformation du paysage
politique national. Il s’agit, notamment, de la mise en
place de la Constitution de 1992, de l’Accord Cadre de
Lomé en 1999, du Dialogue intertogolais qui a abouti à l’Accord
politique global en 2006. Il se trouve que ces initiatives n’ont
pas encore permis d’atteindre les objectifs fixés, à savoir,
notamment, la démocratie et l’Etat de droit.
La Constitution de 1992, prévoyant la limitation à deux
le nombre du mandat présidentiel, a été modifiée
et celle qui l’a remplacée a été violée à l’issue
d’une série de tripatouillages qui l’ont complètement
dénaturée lors du coup d’Etat constitutionnel
du 5 février 2005. L’Accord cadre de Lomé (ACL)
n’a pas connu une réelle application faute de l’existence
d’une structure de suivi appropriée. En effet, les
analystes de ce dernier accord politique reconnaissent volontiers
qu’il constitue un bon accord mais mal accompagné dans
le cadre d’un suivi adéquat et efficace. L’absence
d’un gouvernement d’union qui aurait pu veiller à une
application rigoureuse des décisions retenues par consensus
au niveau du Comité paritaire de suivi avait conduit à des
conséquences préjudiciables à la promotion
et à la consolidation de la démocratie. Cette absence
avait contribué à abandonner l’application
des réformes préconisées au gouvernement
formé par le parti RPT au pouvoir. La suite des événements
a mis en évidence l’énormité de cette
erreur d’appréciation et le manque de vigilance
de la part des partis de l’opposition. Il s’en est
suivi une série de modifications visant à remettre
en cause la Constitution de 1992 largement favorable aux aspirations
démocratiques des populations, sorties à maintes
occasions pour manifester clairement et sans ambiguïté leur
désir de changement et leur soif de liberté.
Les tripatouillages constitutionnels, intervenus à la
mort du Président Gnassingbe EYADEMA en février
2005, organisés pour permettre à son fils
Monsieur Faure GNASSINGBE de lui succéder, sont bien contraires
aux dispositions de la Constitution « toilettée » de
2002. Cette prise de pouvoir anticonstitutionnelle, validée
par l’élection présidentielle du 24 avril
2005, a conduit à la contestation populaire, à la
violence, à des milliers de morts et de réfugiés,
et, à la répression extrême et disproportionnée
des forces armées et de sécurité, répression
unanimement condamnée et par les Togolais et par la Communauté internationale.
Au lendemain de ces événements tragiques qui ont marqué l’arrivée
de Monsieur Faure GNASSINGBE au pouvoir, l’APG, en réponse
aux attentes des principaux protagonistes et, en particulier,
des populations, en matière de réformes constitutionnelles
et institutionnelles, permettant d’organiser des élections
transparentes et crédibles avec des résultats acceptables
par tous, de combattre l’impunité et de créer
les conditions d’une paix sociale durable, a recueilli
la participation et la signature de toutes les parties prenantes
au Dialogue intertogolais. Il a le mérite d’avoir
confié la gestion et le suivi des actions préconisées à un
gouvernement d’union nationale composé en majorité par
les représentants des parties signataires de l’APG.
Malgré toutes ces précautions liées à la
formation du GUN et à l’existence d’une structure
de suivi et de concertation, l’application de l’APG
comporte des défaillances que les résultats des élections
législatives du 14 octobre 2007 ont largement mises en évidence.
Quels enseignements tirer de ces deux expériences historiques
de règlement politique dont les objectifs sont similaires,
les actions dominées par des réformes de sortie
de crise et les méthodes d’application diamétralement
opposées ? A l’issue des élections du 14
octobre 2007, les observateurs nationaux et internationaux tout
en reconnaissant la validité de ces résultats qui étaient
loin de refléter le véritable choix des populations,
ont tenu à signaler dans leurs rapports respectifs des
pratiques et autres comportements antidémocratiques. Il
importe par conséquent, dans la résolution de la
crise togolaise, de tenir compte de leurs observations et recommandations.
En faisant le point de l’application de l’APG, il
apparaît que le GUN a plutôt donné priorité à l’organisation
des élections législatives, et les principaux signataires
de l’APG semblent avoir trop privilégié le
rôle déterminant de la future Assemblée nationale
en ce qui concerne les réformes constitutionnelles et
institutionnelles à faire. Qu’est-ce qui a été prévu
par l’APG et qu’est-ce qui reste à faire?
A- Les principales réformes préconisées
par l’APG:
• indépendance
effective de la Commission électorale nationale indépendante
(CENI)
• découpage
des circonscriptions électorales à l’issue d’un recensement
général de la population
• recensement électoral
pour la confection d’un fichier électoral fiable
• institution d’une
carte d’électeur infalsifiable et sécurisée
• réduction
du montant de la caution pour les élections
• acceptation des
observateurs nationaux et internationaux à tous les stades du processus électoral
• règlement
du contentieux électoral impliquant la recomposition de la Cour constitutionnelle,
la catégorisation des formes de contentieux et la procédure à suivre
en fonction des types de plaintes
• accès équitable
des partis et des candidats aux médias d’Etat
• quota des candidatures
féminines: représentation équitable des femmes dans les
processus électoraux et dans la vie politique nationale
• financement des
partis politiques
• dispositions utiles
afin que les forces de défense et de sécurité s’abstiennent
de toute interférence dans le débat politique
• exhortation au
respect mutuel entre les acteurs politiques, les éléments des
forces armées et de sécurité
• création
des conditions d’une implication plus forte de la diaspora togolaise à l’œuvre
de la construction nationale
• propositions de
solutions permettant de combattre l’impunité : «nécessité pour
les pouvoirs publics de promouvoir la compétence, l’intégrité et
l’esprit d’indépendance pour le bon fonctionnement des Cours
et Tribunaux, de la Police Judiciaire et des autres institutions qui concourent à la
lutte contre l’impunité ».
• création
d’un cadre permanent de dialogue et de concertation sur les sujets d’intérêt
national.
Par ailleurs, l’APG insiste particulièrement sur
la poursuite des réformes constitutionnelles et institutionnelles
nécessaires à la consolidation de la démocratie,
de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance. Et il convie
le GUN à engager ces réformes dans un esprit de
large consensus. Celles-ci concernent notamment :
• le fonctionnement
régulier des institutions républicaines
• le respect des
droits humains
• la sécurité et
la paix publique
• le caractère
républicain de l’Armée et des Forces de sécurité
• l’équité et
la transparence des élections à savoir : les conditions d’éligibilité,
le mode de scrutin, le découpage électoral, le contentieux électoral,
etc.
• le renforcement
des moyens d’action de la Haute Autorité de l’Audio-visuel
et de la Communauté (HAAC)
Dans cette optique, les signataires de l’APG «engagent
le Gouvernement à étudier les propositions de révision
constitutionnelle, notamment : le régime politique, la
nomination et la prérogative du Premier Ministre, les
conditions d’éligibilité du Président
de la République, la durée et la limitation du
mandat présidentiel, l’institution d’un Sénat,
la réforme de la Cour Constitutionnelle ». Ils précisent
en outre que le GUN «prendra ces propositions en charge
pour la prochaine législature » ; ils conviennent
que « le programme de réforme et de modernisation
de la justice demeure un des chantiers prioritaires du Gouvernement ».
Et ils recommandent au GUN «d’étudier les
questions relatives à la réforme de l’Armée
et des Forces de Sécurité ». Ils paraissent
en outre conscients du fait que «le processus de réformes
devra s’inscrire dans la durée, et constituer une
des priorités du Gouvernement ».
B- Les actions accomplies par le GUN
Parmi les réformes qui ont connu un début d’application,
on peut citer celles-ci :
• la
réhabilitation de l’indépendance de la CENI
et de ses démembrements
• la révision
du Code électoral
• la recomposition
de la Cour constitutionnelle
• le quota des
candidatures féminines
• la mise en place
des forces de sécurisation des élections (FOSEL)
• l’acceptation
des observateurs nationaux et internationaux
• la question du
montant de la caution pour les élections
• l’accès équitable
des partis politiques et des candidats aux médias d’Etat.
C - Evaluation des actions menées
Il faut noter que les réformes mises en œuvre comportent
encore des insuffisances nécessitant d’être
corrigées dans un souci d’adaptation aux valeurs
démocratiques et d’amélioration du processus électoral.
Le caractère véritablement indépendant de
la CENI par rapport aux prérogatives du GUN, en l’occurrence à celles
du ministère de l’intérieur; l’efficacité des
relations entre les centre de vote, les commissions électorales
indépendantes (CELI) et la CENI; l’indépendance,
la composition et la transparence de la Cour Constitutionnelle;
la compatibilité de la loi fondamentale avec le fondement
des aspirations profondes des populations à la démocratie
; le respect mutuel entre les acteurs politiques, les membres
de la société civile, les éléments
des forces armées et de sécurité, constituent
un ensemble d’insuffisances qui sont loin de combler le
déficit démocratique longtemps dénoncé par
les populations et la communauté internationale. Enfin,
la question de l’impunité reste toujours préoccupante
malgré quelques initiatives récentes visant à créer
un Haut Commissariat à la Réconciliation Nationale
et à la Promotion de l’Unité Nationale, en
réponse, sans doute, à l’option préconisée
par le rapport de l’enquête des Nations unies en
août 2005. Et pourtant, nul n’ignore l’importance
d’une réponse judicieuse à cette question
comme l’expression d’une réelle volonté de
changement et d’engagement en faveur des réformes
prévues par l’APG.
En effet, il convient de rappeler que l’histoire politique
immédiatement postcoloniale et même toute récente
de notre pays révèle que l’impunité est
le fondement de la culture de la violence, caractérisée
par des violations massives des droits humains et des exécutions
extrajudiciaires. Elle est donc marquée par un ensemble
d’abominations clairement identifiées et généralement
condamnées, comme ce fut en particulier le cas, par les
différents rapports d’enquête établis
par les autorités nationales, les Nations unies et la
Fédération internationale des droits de l’homme
(FIDH), au lendemain des massacres de population intervenus à la
proclamation des résultats de l’élection
présidentielle du 24 avril 2005. Par ailleurs, le GUN
est chargé d’étudier les propositions de
révision constitutionnelle, notamment : le régime
politique, la nomination et la prérogative du Premier
Ministre, les conditions d’éligibilité du
Président de la République, la durée et
la limitation du mandat présidentiel, l’institution
d’un Sénat, la réforme de la Cour Constitutionnelle.
Il est précisé que le GUN prendra ces propositions
en charge pour la prochaine législature. Ces réformes
concernent également la modernisation de la justice
et la réforme de l’Armée et des Forces de
Sécurité. L’APG laisse entendre, toutefois,
avec ambiguïté, que les réformes doivent s’inscrire
dans la durée, et constituer une des priorités
du gouvernement.
Par ailleurs, il convient de noter que l’organisation
des élections législatives après celle
du scrutin présidentiel a été davantage
perçue par les acteurs politiques comme une priorité dans
le processus de réformes. En effet, les formations politiques
semblent impatientes d’évaluer leur degré d’assise
et d’audience dans la population, au lendemain de l’élection
présidentielle vigoureusement contestée. Progressivement
les parties signataires de l’APG s’installent dans
une ambiance de compétition et finissent par accorder
peu d’attention aux autres réformes préconisées,
telles que les réformes constitutionnelles et institutionnelles,
auxquelles on pourrait ajouter les réformes économiques
et sociales, relativement négligées à ce
jour, bien que fort préoccupantes également pour
des populations très éprouvées par une baisse
constante de leur pouvoir d’achat.
III –Evaluation des élections législatives
par la mission d’observation de l’Union européenne
Dans leurs déclarations et rapports respectifs, plusieurs
organisations internationales chargées de l’observation
des élections ont conclu au bon déroulement des
législatives en ce sens qu’il n’y a pas eu
d’actes de violence en comparaison avec les élections
précédentes. Cependant, ils ont tenu à relever
des anomalies et des irrégularités qui ont marqué ces élections
qui ne les rendent pas aussi crédibles en fin de compte.
Il importe, par conséquent, de les corriger si, à l’avenir,
le Togo devait connaître des élections transparentes
et incontestables. C’est ainsi que la mission d’observation électorale
de l’Union européenne a eu à faire les remarques
et recommandations suivantes sur l’organisation et le déroulement
du scrutin :
″Révision du découpage électoral
afin de rééquilibrer la représentation des
populations. A défaut de recensement des populations,
les évaluations actuelles s’avérant peu
précises, l’allocation des sièges attribués
aux circonscriptions pourrait être établie sur base
du fichier électoral, lequel constitue une base consensuelle.
Il importe également d’examiner si l’actuelle
base utilisée, à savoir les préfectures,
peut effectivement permettre une allocation compatible avec l’usage
de la proportionnelle du fait du nombre relativement réduit
de sièges en jeu (81). Dans cet esprit, il serait utile
de considérer la possibilité d’instituer
des circonscriptions régionales, dont la taille serait
plus propice à un fonctionnement effectif du mécanisme
de la proportionnelle.
Procéder à une consolidation juridique du Code électoral
afin d’en éliminer les scories demeurant dans le
texte et relevant de la logique de stades antérieurs de
la législation.
Dans le cadre de cette consolidation, adapter et compléter
le Code électoral afin de mieux tenir compte des caractéristiques
du système proportionnel, notamment en ce qui concerne
l’enregistrement des listes de candidats ou le calendrier
légal.
Revoir l’ensemble du calendrier légal en vue de
mieux tenir compte des impératifs opérationnels
et des réalités logistiques, en particulier en
ce qui concerne la période d’affichage et d’examen
des listes électorales ou le délai pour la production
des bulletins de vote (surtout de bulletins de vote dotés
de plusieurs éléments de sécurisation).
Rectifier et préciser les délais légaux
et les éléments de procédure relatifs à l’enregistrement
des listes de candidats, en particulier en ce qui concerne le
dépôt du cautionnement qui devrait faire intégralement
partie du dossier initial.
Inscrire dans le Code électoral l’obligation d’assurer
la traçabilité et la sécurisation des bulletins
de vote.
Revoir les dispositions relatives à l’organisation
de la campagne électorale, d’une part pour en accroître
la durée d’au moins une semaine (les dates officielles
n’ont généralement pas été respectées
et les candidats les plus significatifs avaient dans les faits
entamés des activité dites « de campagne » plusieurs
jours, voire semaines, à l’avance) et d’autre
part pour réglementer la période précédant
l’ouverture officielle également en ce qui concerne
les activités non couvertes part les médias.
Inscrire formellement l’obligation de neutralité des
autorités administratives à tous les niveaux et
prévoir la possibilité de sanctions administratives
en cas de non respect de cette disposition par les intéressés.
Réglementer de manière plus précise les
modalités de financement des campagnes électorales
et de surveillance des dépenses électorales. L’instauration
d’un plafond consensuel et réaliste devrait être
discutée. Parmi les mesures envisageables, l’obligation
de recourir à un système de certification comptable
pourrait être envisagée de même que des mesures
de responsabilisation des partis. Il est à noter que l’installation
d’une Cour des Comptes constitue la clé de voûte
de tout système de contrôle des finances de campagnes
et est donc une nécessité incontournable.
Entamer le plus tôt possible l’examen des modalités
pour la mise en place d’un véritable système
de contribution publique au financement de l’activité des
partis politiques sur la base du nombre de suffrages obtenus.
Etablir un mode de contribution publique au financement des
campagnes électorales réaliste et adapté,
basé, par exemple, sur un remboursement partiel des frais
de campagne sur base des résultats obtenus. Il est à noter
que l’instauration d’un mode de financement public
des campagnes électorales ouvre également une
possibilité de sanctionner effectivement les dépassements
de plafonds.
Préciser les dispositions relatives à la centralisation
des résultats afin d’établir de manière
non ambiguë les conditions et les limites dans lesquelles
les Commissions Electorales Locales Indépendantes (CELI)
ainsi que la Commission Electorale Nationale Indépendante
(CENI) interviennent en terme de redressement des résultats.
Préciser les dispositions relatives au contentieux post-électoral
de manière à clarifier le rôle de la Cour
Constitutionnelle en terme de pouvoir d’enquête et
de devoir de vérification.
Le maintien en tout ou en partie d’une représentation
des acteurs politiques au sein de l’administration électorale
pourrait être considérée comme nécessaire
en vue de l’organisation des scrutins ultérieurs.
Néanmoins, il paraît utile de revoir la composition
de la CENI afin de tenir compte de la représentativité des
acteurs et de leur capacité à remplir leurs obligation
en terme de composition des bureaux de vote, tout en maintenant
un équilibre de représentation entre majorité parlementaire,
opposition parlementaire et opposition extraparlementaire. L’adjonction
d’une plus forte composante émanant de la société civile
pourrait être envisagée.
Assurer une plus grande transparence en ce qui concerne les
travaux de la CENI. Au minimum, la publicité des procès-verbaux
des réunions de la commission est recommandable.
Mettre en place une structure d’appui effectif à la
CENI. Cette dernière devrait être dotée de
capacités en matière opérationnelle lui
permettant d’assurer une coordination pleinement efficace
de ses activités. Dans cet esprit, il importe que la CENI
continue de bénéficier, pour l’organisation
de futurs scrutins, d’une assistance technique et financière
internationale, laquelle devrait vraisemblablement couvrir l’ensemble
des secteurs d’activité afin de permettre un transfert
de compétence efficace. Dans le même ordre d’idée,
les implications techniques de l’organisation d’élections
locales à bref délai devraient être prises
en compte au plan politique. Un scrutin local limité pourrait,
dans ces conditions, permettre une consolidation de l’acquis
avant une prochaine élection nationale.
Doter la CENI d’un service juridique interne lui permettant
de mieux anticiper les conséquences légales de
ses décisions et de produire une information ciblée à destination
des partis et candidats, entre autre en ce qui concerne l’établissement
et la formulation des recours post-électoraux (ce
dernier aspect pouvant utilement être couvert en collaboration
avec la Cour Constitutionnelle)
Revoir les modalités de financement de la CENI et, notamment,
des contributions respectives de l’Etat togolais et des
contributeurs internationaux pour tenir des impératifs
opérationnels. Dans cet ordre d’idée, il
paraît plus adapté que la contribution de l’Etat
se concentre sur la mise en place d’un compte placé sous
la responsabilité de la CENI et destiné à la
couverture des frais de financement de celle-ci et de ses démembrements.
Etablir, à bref délai et sur la base de l’expérience
du scrutin législatif du 14 octobre, un calendrier opérationnel a
posteriori pouvant servir de support à la révision
du Code électoral, en vue d’améliorer l’interaction
entre délais légaux et délais opérationnels.
Sur la base de l’expérience du scrutin législatif
du 14 octobre, procéder à une révision générale
des procédures opérationnelles et à l’établissement
d’un vade-mecum des opérations électorales à destination
des membres des futures CENI et des CELI, ceci à fin d’améliorer à l’avenir
l’intégration des différentes phases du processus électoral,
de l’inscription des électeurs et de la réactivité et
de la constitution du fichier central à la proclamation
de résultats. Ceci devrait favoriser la réactivité et
la capacité d’anticipation des CELI et permettre
de limiter à l’avenir des décisions trop
tardives sur des sujets sensibles.
Sur base du vade-mecum des procédures électorales,
revoir le guide des membres des bureaux de vote pour en compter
les lacunes, notamment en ce qui concerne la compréhension
de l’utilisation des listes électorales et du traitement
des exceptions, ou la validation des bulletins de vote. La formation
des membres des bureaux de vote devrait être revue de sorte
que la compréhension globale des procédures soit
renforcée au niveau de leurs présidents et rapporteurs.
Développer des procédures efficaces (établissement
de « comptoirs de réception et de vérification
des urnes, de réception et de vérification des
procès-verbaux, de réception et de vérification des
résultats) et transparents (annonce publique progressive
des résultats bureau de vote par bureau de vote) pour
la centralisation des résultats au niveau des CELI. La
mise sur pied de procédures de réception et de
centralisation des résultats fluides et transparentes
devrait permettre de réduire les délais d’attente,
de limiter le risque d’erreurs matérielles et de
favoriser la confiance mutuelle quant à l’intégrité de
ceux-ci. Il serait recommandable de procéder à la
sélection et à la formation ciblée d’un
personnel d’appui spécifiquement alloué aux
CELI dans cette partie de leur travail.
Publier, à l’issue des résultats, outre
une ventilation détaillée des résultats
par bureaux de vote, des outils d’analyse post-électoraux
afin de favoriser la compréhension des mécanismes
du système électoral dans la population et ce
afin de favoriser l’acceptation des résultats.
Etablir à bref délai, des procédures pour
l’entretien et la gestion du fichier électoral national.
La mise en place de ces procédures est indispensable à l’élaboration
d’un plan pour la gestion post-électorale de cette
base de données acceptée par l’ensemble des
acteurs du processus.
Il importe ainsi d’assurer la mise sur pied d’une
structure à même d’entreprendre les révisions
périodiques imposées par la loi, ce qui implique
que les moyens techniques soient définis et assurés
(personnel de maintenance, kits d’enregistrement, disponibilité des
moyens financiers, etc.).
Outre la gestion matérielle du fichier, il conviendrait également
de s’interroger sur les modalités administratives
de gestion, en particulier en ce qui concerne l’établissement
de procédures de type Etat civil, indispensable au maintien
de l’intégrité du fichier, par exemple en
terme de déclaration de décès. En l’absence
de telles procédures, la durée de vie d’un
fichier électoral est, en effet, très limitée.
Par ailleurs, le rapport contient des recommandations pertinentes
en ce qui concerne la formation civique des citoyens et le rôle
et de renforcement des capacités des média
Etablir, dans la perspective des élections futures, une
stratégie à plus long terme en ce qui concerne
l’éducation civique des populations intégrant,
en phases successives, la familiarisation aux aspects institutionnels,
aux mécanismes représentatifs, au système électoral
et, enfin, aux procédures et modalités de vote.
Cette stratégie devrait s’étendre à la
période de campagne et se poursuivre jusqu’au
jour du scrutin.
Etablir, dans le cadre du mécanisme de surveillance au
niveau de chaque préfecture, une forme de comptoir citoyen
ou d’ombudsman relevant de la Commission Nationale des
Droits de l’Homme (CNDH) et dont le rôle pourrait être,
outre de coordonner l’information à destination
des électeurs, d’assurer une forme de représentation
citoyenne dans le cadre de ce mécanisme.
Favoriser l’établissement d’une plate-forme/forum
des organisations de la société civile au plan électoral
afin de développer le rôle de celle-ci, outre dans
le domaine de l’observation électorale, également
dans celui de la promotion des réformes et de la surveillance
de la préparation des élections dans les phases
les plus antérieures. Ce type de démarche est susceptible
de nécessiter un travail à relativement long terme
et l’appui de partenaires extérieurs tant du point
de vue de la mise en place des structures de coopération
que du transfert de compétences.
Revoir les mécanismes de soutien internationaux à la
société civile afin de permettre une observation
moins spécifiquement centrée sur le déroulement
du jour du scrutin et ne nécessitant pas obligatoirement
que la priorité soit donnée aux aspects quantitatifs.
Il serait ainsi recommandable que les observateurs nationaux
aient une capacité étendue à suivre le déroulement
de la campagne électorale, les préparatifs finaux
des élections et la centralisation de résultats.
Promouvoir des programmes de renforcement des capacités
des partis politiques. Des programmes de formation destinés
aux cadres des partis quelques mois avant des échéances électorales
permettraient de mieux les informer quant aux différents
aspects légaux et techniques du processus électoral.
Ils permettraient aussi de mieux préparer les partis quant à l’élaboration
de programmes politiques, à la préparation des
campagnes électorales, à la formation des délégués
de partis dans les bureaux de vote, etc. Enfin ces programmes
permettraient de sensibiliser les partis quant à leur
rôle dans le domaine de l’éducation civique
et électorale, notamment pour enrayer les phénomènes
de pression, d’intimidation et d’achat de vote auprès
des populations largement dénoncés par de nombreux
partis politiques.
La mission a mis l’accent sur le rôle et le renforcement
des capacités des média
Le secteur média demande des ressources matérielles
et humaines. Un effort des pouvoir publics serait opportun afin
de renforcer les médias publics, notamment la presse écrite.
Des efforts en matière d’équité et
d’équilibre d’information doivent être
fournis par tous les médias et plus particulièrement
par les médias publics.
Doter la Haute Autorité de l’audiovisuel et de
la Communication (HAAC) de moyens matériels et financiers
pour surveiller en permanence le respect des normes édictées
et dissuader les médias d’enfreindre les règles
déontologiques de bonne conduite préétablies.
Il serait utile de lui donner les moyens d’avoir un représentant
local dans chaque circonscription électorale au moment
des périodes électorales.
Créer des structures adéquates pour la formation
de ressources humaines qualifiées. Ces formations peuvent
prendre la forme d’une école de journalisme, de
bourses d’études, et d’autres institutions
d’études supérieures dans le domaine de l’information
et de la communication afin de doter le Togo de journalistes
plus professionnels. Les formations concernant le traitement
de l’information et la responsabilité des médias
en période électorale sont à développer.
Améliorer l’information des citoyens dans les médias
lors des périodes électorales par différentes
mesures : commencer les programmes d’éducation civique
et électorale dans les médias bien avant la période de
la campagne électorale ; renforcer l’information
des électeurs par la tenue de débats politiques
sur les radios locales plus nombreux dans les différentes
langues ; étaler sur plusieurs jours le passage des messages électoraux
des différents candidats
Comme on le voit, tous les aspects du processus électoral
sont abordés en vue d’y apporter des améliorations
associées à des mesures de lutte contre l’impunité qui
fonde la culture de violence et de terreur.
A cet égard, les recommandations des auteurs du rapport
de la mission des Nations unies paraissent fort explicites et
il convient de les rappeler pour qu’elles soient également
prises en compte dans la résolution définitive
de la crise. Elles préconisent, entre autres, les mesures
suivantes:
Nécessité d’une réconciliation
nationale par la mise en place de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation.
Les auteurs de ce rapport des Nations unies insistent sur l’importance
de ce triptyque qui « devrait constituer le fondement
central de tout programme durable de règlement en profondeur
de la crise Togolaise». Ils soulignent la portée
et le sens de chacun des termes dans l’histoire politique
du Togo:
«La vérité est l’acte fondateur initial
de la réconciliation d’un peuple profondément
traumatisé et divisé par une longue dictature ainsi
que par l’ampleur et la gravité de la violence politique
de l’Etat. Le principe de vérité doit se
traduire par la mise en lumière complète et objective
des actes de violations des droits de l’homme, de la nature
et des circonstances de ces actes, des listes des victimes, des
disparitions, de l’évaluation des biens et des propriétés
détruits et de la détermination des responsabilités.
La mise en lumière de la vérité doit constituer
un exercice démocratique de nature à favoriser
le processus de règlement, par la participation à son émergence
de tous les acteurs politiques et de la société civile
au Togo».Ils précisent en outre que «le principe
de justice doit constituer une mesure emblématique d’éradication
de l’impunité, source profonde de la perpétuation
de violation des droits de l’homme et terreau de la culture
de violence. La punition des principaux responsables des violations
massives des droits de l'homme constituerait une mesure cathartique
indispensable pour ancrer la foi démocratique dans l’esprit
du peuple Togolais ».
la nécessité d’une réelle indépendance
de la Commission d’enquête nationale pour accroître
sa crédibilité auprès des populations. Ce
souci de crédibilité lié à l’indépendance
des membres de cette commission paraît également
valable pour la création de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation.
la réorganisation du système judiciaire sur la
base du principe d’indépendance de ce système et
de sa conformité aux normes et aux principes des instruments
internationaux ratifiés par le Togo. A ce propos, il serait
indiqué de poursuivre activement le projet de modernisation
de la justice.
la réforme démocratique en profondeur de l’armée.
le démantèlement de toutes les milices et des
autres groupes non institutionnels, notamment des milices du
RPT et de celles de l’opposition.
la révision de la Constitution et mise en place d’un
accord sur les conditions et les voies moyens de l’organisation
des prochaines élections présidentielles, législatives
et locales sur la base de l’assistance technique de l’ONU
en coopération avec l’Union Africaine et la CEDEAO.
l’engagement du Gouvernement togolais dans un processus
de réconciliation nationale par la réouverture
de négociations avec toutes les composantes de l’opposition
et de la société civile pour la mise sur pied d’un
gouvernement national représentatif de toutes les composantes
politiques et de la société civile et crédible
auprès de l’opinion.
Toutes ces propositions sont encore d’actualité parce
qu’elles sont les résultats d’une profonde
analyse de la crise politique togolaise. Leurs auteurs ont compris
que la recherche de véritables solutions de sortie de
crise passe nécessairement par le courage de dire la vérité,
la fin de la langue de bois et la lutte contre l’impunité.
Cette option est contraire à celle du saupoudrage qui
n’ose pas dire clairement les choses qui ne plaisent pas.
C’est pourquoi il apparaît désormais indiqué que
la classe politique togolaise dans son ensemble et la société civile
dans sa diversité prennent conscience de l’importance
et de la pertinence du travail d’analyse réalisé à travers
ces différents rapports pour en tirer le maximum d’éléments
permettant de mettre en place une véritable stratégie
de sortie de crise.
IV – Les actions à entreprendre
Les autres réformes constitutionnelles et institutionnelles,
malgré leur importance dans le processus de recherche
de sortie de crise, ne semblent pas pratiquement faire l’objet
d’une attention particulière, tant au cours du mandat
du GUN qu'au début de la présente législature.
Il convient d’admettre que l’existence même
de l’APG signifie la reconnaissance de la nécessité des
réformes comme principale voie de sortie de la longue
crise togolaise et de son cortège de violences et de violations
massives des droits humains. Et tous les acteurs politiques,
les populations et les institutions régionales comme l’Union
africaine ou sous-régionales comme la CEDEAO, ainsi que
la Communauté internationale (UE, ONU) rappellent régulièrement
que le déficit démocratique observé au Togo
ne saurait être efficacement comblé que par la réalisation
effective des réformes constitutionnelles et institutionnelles
appropriées.
A- Les actions à entreprendre en priorité
La longue crise togolaise fait prendre conscience de l’urgence
des solutions, c’est-à-dire des actions et mesures
pertinentes à adopter pour y mettre fin. Dans ce cas,
l’APG axé sur le processus de réformes
décrit plus haut, constitue une intéressante approche
de solutions de sortie de crise qui entretient non seulement
l’espérance, mais crée le sentiment d’un
recours ultime offert au peuple togolais à la suite d’innombrables
promesses et propositions similaires, formulées au cours
de périodes antérieures particulièrement
mouvementées.
Par ailleurs, le contexte socio-politique transitoire géré par
le GUN semble présenter un parallélisme étroit
avec la situation actuelle, du gouvernement d’ouverture,
marquée par la permanence de la crise, l’importance
des réformes prévues par l’APG mais non effectuées
et la recherche de l’amélioration du pouvoir d’achat
des populations ainsi que la perspective de la prochaine élection
présidentielle de 2010. Il apparaît donc opportun
d’entreprendre, dans les meilleurs délais, des actions
visant à résoudre les questions laissées
en suspens et dont les réponses restent décisives
au regard des enjeux d’ordre politique, économique
et social du pays.
Les observateurs de la vie politique togolaise reconnaissent
facilement que cette période correspond bien à la
fin de l’actuel mandat présidentiel. La perspective
de la prochaine élection présidentielle confère à cette
période une importance particulière liée à l’intérêt, à l’attention
et à l’excitation spécifiques que les processus électoraux
provoquent généralement dans notre pays. Dans ces
conditions, il importe de prendre en considération les
réformes non effectuées mais susceptibles d’influencer
de façon déterminante l’organisation de cette élection
et celles qui suivront par la suite. L’objectif qui doit être
visé est d’éviter que ne se reproduisent
les anomalies et irrégularités observées
dans les différentes phases du processus électoral
au cours des scrutins antérieurs. Il consiste également à garantir
la transparence des opérations électorales à tous
les stades du déroulement du processus considéré.
Dans cette optique, il s’avère nécessaire
d’engager dès maintenant des réformes qui
améliorent les pratiques et les comportements des principaux
protagonistes. A cet effet, les actions prioritaires suivantes
pourront être envisagées:
• la révision du fichier électoral sur la
base d’un recensement général de la population.
Compte tenu des contraintes techniques que comporte l’opération
de recensement général de la population, il convient
de prendre des dispositions requises pour en assurer le financement
et la réussite. Elle présente une dimension stratégique
dont l’incidence pourrait être déterminante
sur l’évaluation précise de l’effectif
de la population des électeurs, longtemps objet de polémique
et de suspicion au moment des échéances électorales.
C’est pourquoi cette opération doit démarrer
dans l’immédiat pour marquer une rupture avec le
passé et constituer un signe fort d’une volonté ferme
de transparence et de changement.
• la révision constitutionnelle en commençant
par les réformes prévues par l’APG, à savoir
: la définition de la nature du régime politique,
les modalités de la nomination et les prérogatives
du Premier ministre, les conditions d’éligibilité du
Président de la République, la durée et
la limitation du mandat présidentiel, la réforme
de la Cour constitutionnelle. Une attention particulière
devra être accordée à la création
du Sénat déjà prévue par la Constitution
de 1992 et ajournée jusqu’ici sans aucune justification
officielle, à l’examen du régime politique
et à la réforme de la Cour constitutionnelle dont
le rôle est primordial et déterminant pour la transparence
et la maîtrise du processus électoral dans notre
pays. Dans ce cas, le programme de réforme et de modernisation
de la justice constitue un chantier prioritaire sur lequel doivent
reposer les fondements d’un véritable Etat de droit.
Le rôle des magistrats à la tête des CELI,
la nécessité de consolider l’indépendance
de la CENI, l’importance de l’appareil judiciaire
dans le règlement du contentieux électoral, et
l’impact d’un processus électoral transparent
et crédible dans l’organisation de l’alternance
démocratique sont autant de facteurs qui militent en faveur
d’une réforme urgente de la justice togolaise confrontée à un
déficit démocratique chronique et minée
en partie par un système de corruption. Ce système
tend à se développer au détriment des couches
sociales démunies (2/3 de la population nationale) dans
un contexte socio-économique marqué par la baisse
constante du pouvoir d’achat
• la réforme de l’armée et des forces
de sécurité en vue de l’avènement
d’une institution des forces armées et de sécurité authentiquement
républicaine, apolitique, impartiale, non partisane et
respectueuse des droits humains.
• la recherche de moyens permettant de lutter efficacement
contre l’impunité. Il faut noter que les signataires
de l’APG ont bien reconnu l’impunité des actes
de violence à caractère politique, la gravité du
phénomène et son caractère récurrent à l’occasion
des processus électoraux. Dans ces conditions, il y a
lieu de penser que l’impunité s’inscrit dans
une logique d’intimidation programmée visant à garantir
la conservation du pouvoir politique et à contrecarrer
par tous les moyens le principe de l’alternance démocratique à l’issue
d’un processus électoral non violent, transparent,
juste, équitable et crédible. A ce titre, le phénomène
d’impunité semble répondre à une stratégie
de démonstration de force qui impose le silence aux victimes
impuissantes face à l’arbitraire et à l’injustice.
Il contribue au développement de la terreur, résultant
du monopole de la violence, de l’exercice solitaire du
pouvoir politique et de l’absence de liberté d’expression.
Ainsi, l’impunité entretient et perpétue
la culture de la violence, incompatible avec une véritable
culture démocratique. De ce fait, vouloir combattre le
déficit démocratique en réponse aux 22
engagements auprès de l’UE, sans combattre effectivement
l’impunité, reviendrait à s’enfermer
dans le statu quo des habitudes du pouvoir décrié, à rechercher
des manœuvres dilatoires jusqu’aux prochaines élections
de façon à relancer inlassablement le cercle infernal
défini par les processus électoraux. Et toute approche
de solution incapable d’éradiquer effectivement
ce phénomène d’impunité constituerait
davantage une mesure de diversion et une volonté délibérée
de mentir aux populations
C’est pourquoi la proposition d’une Commission
Vérité – Justice - Réconciliation
préconisée par les auteurs du rapport de l’établissement
des faits des Nations unies en août 2005 pourra inspirer
la composition d’une telle institution chargée de
promouvoir un véritable esprit de justice, de pardon et
de réconciliation dans le pays. Elle ne devra pas consister à reproduire
un schéma formel expérimenté ailleurs ou
du genre de celle que le pouvoir tente d’expérimenter
au Togo. Elle devra tenir compte des caractéristiques
de l’histoire politique des populations et de la culture
de la violence érigée en mode de gouvernement pendant
des décennies.
• la réforme de la Haute Autorité de l’Audiovisuel
et de la Communication (HAAC). Nul n’ignore l’impact
de cette institution dans l’application du principe de
la liberté d’expression et l’encadrement du
processus électoral. Des améliorations dans le
mode de composition et de gestion de cette institution hautement
stratégique pour l’organisation des campagnes électorales
ou de communication en général pourront contribuer à une
répartition équitable du temps de parole entre
les candidats, à la sécurisation des journalistes
et autres employés de la presse ou des média,.
• le financement des partis politiques. En dehors de l’aide
financière de l’Etat aux partis politiques, cette
réforme devra également permettre de fixer un plafond
des dépenses de campagne pour chaque formation politique
régulièrement enregistrée. La nécessité de
contrôler une application rigoureuse de ces dispositions
relatives au financement des partis politiques devra inciter à la
mise en place de la Cour des Comptes dont les activités
s’étendent aussi à ce domaine de compétence.
La Cour des Comptes devra établir un système d’identification
et d’évaluation de toutes les sources de financement
des activités des partis politiques de façon à éviter
les abus dans l’utilisation des deniers publics par le
parti au pouvoir et à améliorer la transparence
dans la gestion du patrimoine de chaque formation politique.
B- Les actions à moyen et à long terme
A la réflexion, il est aisé de se rendre compte
que certaines des réformes indiquées plus haut,
même si leur réalisation est décidée
et effective, n’auront pas dans l’immédiat
la portée escomptée. A cet égard, elles
pourront faire l’objet d’une procédure d’application
relativement longue dans le temps. En outre, d’autres réformes
pourront être envisagées tout le long de la présente
législature qui prend fin en 2012. C’est pourquoi
avant la fin de cette législature, il est indispensable
d’engager avec courage un ensemble de réformes institutionnelles
et constitutionnelles susceptibles de conduire le Togo à la
démocratie et à l’Etat de droit. Et ces réformes
devront être comprises comme des efforts destinés à renforcer
et à améliorer le désir de vivre ensemble
des acteurs politiques et des populations, et ce, dans le respect
mutuel. Elles comprennent:
• l’exploitation judicieuse des résultats
du recensement général de la population en vue
de la constitution du fichier électoral fiable
• la révision du découpage électoral
sur la base des résultats du recensement général
de la population en prenant en compte les exigences de l’équité
• la révision du mode de scrutin électoral.
Etudier la possibilité d’adopter le mode de scrutin
proportionnel de liste nationale ou par circonscription électorale
avec quotient fixe ou le mode de scrutin à deux
tours.
• la poursuite de l’application effective des mesures
adoptées dans le cadre de la lutte contre l’impunité
• la mise en place du Conseil économique et social
pour gérer au mieux les principaux aspects de la dimension
socio-économique de la crise togolaise. La cherté de
la vie et la hausse constante des prix deviennent des préoccupations
majeures des populations confrontées aux difficultés
d’approvisionnement régulier des biens de consommation
de première nécessité. Cette nouvelle institution
de l’Etat devra permettre de débattre des problèmes
de niveau de vie des populations aspirant à un minimum
d’existence décente, humainement acceptable dans
un environnement marqué par le phénomène
de la mondialisation. Elle devra constituer une tribune adéquate
aux différentes catégories de citoyens engagés
dans la recherche de solutions appropriées aux caractéristiques
de la crise économique qui accentue la crise politique
du pays. Car, de nos jours, des pans entiers de l’économie
nationale, en l’occurrence, certains organismes de développement économique
de l’Etat ne semblent pas faire l’objet d’un
contrôle rigoureux susceptible de sauvegarder les intérêts
du citoyen et ceux de la communauté nationale. Les exemples
de la SOTOCO, de l’OTP et de la LONATO sont assez instructifs à cet égard.
• la poursuite de la réforme des forces armées
et de sécurité compte tenu de l’impact de
celles-ci dans la crise politique et les dérapages en
matière des violations des droits humains devra faire
l’objet d’une attention permanente qui devra mobiliser
la vigilance des autorités politiques et militaires du
pays.
V – Recommandations
La mise en œuvre des réformes devra impliquer tous
les Togolais à quelque niveau où ils se trouvent
dans la société, car, eux seuls seront les artisans
et maîtres de leur destin.
A – Les acteurs
Les principaux acteurs de la crise politique sont les membres
de la classe politique, les populations et les organisations
de la société civile. Chacun de ces acteurs
a un rôle déterminé à jouer en vue
du dénouement de la crise. Celui des partis politiques
apparaît généralement plus en vue, du fait
de leur organisation et des actions entreprises pour la conquête
du pouvoir qui constitue leur principal objectif et leur raison
d’être. Les populations sont à la fois le
dépositaire du pouvoir et les bénéficiaires
ou les victimes des actions engagées par les détenteurs
du pouvoir politique qui en assurent la gestion quotidienne.
Les organisations de la société civile sont les éveilleurs
de conscience et les défenseurs des intérêts
des populations dans le mode de gestion du pouvoir politique
quant au respect et à la sauvegarde des intérêts
des populations.
1 –Le rôle des acteurs politiques
Dans cette perspective, il revient à chaque parti politique,
en particulier ceux de l’opposition qui recherchent le
changement de se donner les moyens intellectuels et pratiques
pour y arriver. Les moyens intellectuels constituent l’ensemble
des recherches historiques, politiques, économiques, sociales
et culturelles permettant de concevoir des stratégies
adaptées aux caractéristiques du problème,
et susceptibles d’y apporter des solutions opérationnelles
et efficaces. Cela implique la création d’une cellule
de formation et de communication au sein de chaque parti politique.
Par ailleurs, tous les membres d’un parti doivent suivre
périodiquement des séances de formation ciblées
en fonction des préoccupations et des caractéristiques
du programme politique envisagé. Les ateliers et séminaires
de formation s’inscrivent dans cette perspective et doivent
aider à comprendre que le militantisme politique comporte
des exigences d’épanouissement humain. Une bonne
maîtrise de l’arsenal juridique qui gère l’organisation
de la vie politique nationale doit constituer une priorité dans
ce processus de formation continue. En effet, une bonne formation
doit aider à améliorer les pratiques électorales
et permettre aux militants d’être bien armés
en la matière pour pouvoir dispenser une formation
civique aux populations et aux sympathisants. Ils apprendront
progressivement que l’activité politique a ses contraintes
et que l’élaboration d’une stratégie
politique est déterminante pour l’audience
du parti auprès des populations et dans le paysage politique
que le parti anime avec les autres. Tout doit être mis
en oeuvre pour transmettre les convictions du parti aux populations.
L’utilisation des moyens et techniques de communication
adéquats doit être recherchée, et faire même
l’objet d’une formation spéciale, afin d’atteindre
cet objectif. Elle doit tenir compte du fait qu’en définitive
les populations sont le véritable arbitre du jeu politique
et ce malgré l’impact des manipulations de tous
genres dont elles pourraient être la cible.
2. – Le rôle des populations et des organisations
de la société civile
Il convient de rappeler le principe démocratique de la
souveraineté du peuple. Il faut reconnaître également
que le respect de ce principe est variable en fonction des systèmes
politiques en place dans les différents pays du monde.
L’histoire nous enseigne, en outre, que cet idéal
démocratique est étroitement lié à la
quête de la liberté et qu’il devient généralement
une réalité historiquement et socialement établie à la
suite d’actions déterminées destinées à conquérir
cette souveraineté, à rendre une souveraineté potentielle
en une souveraineté effective. En bref, il apparaît
que la souveraineté du peuple est historiquement le résultat
d’une conquête dont les acquis doivent être
constamment défendus.
C’est pour répondre à cette exigence de
défense et de vigilance permanentes quant à la
souveraineté du peuple que les organisations de la société civile
organisent leur intervention en vue de faire respecter les intérêts
des populations en agissant à la fois comme structures
de veille, d’écoute et de conseil auprès
des populations. Il importe que dans cette relation entre les
populations et la société civile, les vertus du
dialogue permanent soient effectivement mises en œuvre
pour promouvoir la confiance mutuelle, la compréhension
et la complicité nécessaires à la maîtrise
du processus de recherche de solutions aux problèmes et
autres dysfonctionnements identifiés dans le gouvernement
des hommes. Il convient de noter que cette conception de la relation
populations-société civile paraît plus
adaptée à la division du travail inspirée
des caractéristiques spécifiques liées à l’identité et
aux objectifs de chaque protagoniste, tel que décrit plus
haut. La société civile vient en appui aux populations
pour l’éclairage nécessaire à la défense
de l’intérêt général et à l’affirmation
de la souveraineté du peuple. Dans cette optique, les
organisations de la société civile doivent faire
cause commune avec les populations et rester ouvertes aux partis
politiques qui partagent leurs objectifs quant à la défense
des intérêts des populations, sans se laisser inféoder
aux partis politiques prêts à pactiser, pour ainsi
dire, avec le diable pour réussir l’alternance politique,
même au détriment des intérêts des
populations. La vigilance s’impose en permanence pour déjouer
toute tentative d’inféodation qui risque de compromettre
le caractère non partisan des organisations de la société civile.
Elle ne doit se confondre à la neutralité qui
semble être réduite, dans bien des cas, à l’exigence
d’une absence d’opinion propre de la part d’une
organisation de la société civile.
C’est pourquoi au regard de cet objectif important, la
société civile doit améliorer sa capacité d’information
et d’analyse par la mise en place d’un système
de formation continue. Cela permettra de combler les lacunes
et les insuffisances qui favorisent les manipulations et compromettent
la promotion d’actions adéquates. Les organisations
de la société civile devront créer des cellules
de recherche internes capables d’améliorer leur épanouissement
intellectuel et leur assise associative. Toute négligence à ce
niveau pourra accroître la vulnérabilité de
ces organisations perçues comme des structures concurrentes
face aux autres acteurs engagés dans la quête de
la confiance des populations. Il faut admettre que les intérêts
des politiciens ne sont pas nécessairement ceux des populations.
B- Les moyens d’actions envisageables
L’analyse des différents rapports de mission présentés
plus haut fournit les principaux éléments de réponse
adaptés aux caractéristiques des difficultés
observées et aux besoins d’action fondamentaux.
Par exemple, le rapport de mission d’observation de l’U.E
aborde chaque phase du processus électoral et s’appuie
sur les résultats des observations relatives au scrutin
législatif du 14 octobre 2007 et à l’application
du nouveau Code électoral inspiré du processus
de réformes de l’APG. Les recommandations émises par
les auteurs de ce rapport évoquent des aspects et des
questions qui tranchent nettement avec les déclarations
unanimistes de la quasi-totalité des délégations
d’observateurs internationaux et nationaux sur la transparence
et l’absence de fraudes avérées sur les résultats
de ce scrutin législatif qui ont renforcé l’assise
nationale du RPT. Elles permettent de comprendre les raisons
d’être de ce type de résultats totalement
en contradiction avec les aspirations des populations au changement
qui auraient massivement accordé leur suffrage à un
parti incarnant le conservatisme et une volonté systématique
de se maintenir perpétuellement au pouvoir. Elles
doivent susciter beaucoup de réflexion et d’attention,
surtout des partis de l’opposition qui clament ouvertement
leur volonté de changement et leur désir d’alternance
politique
L’ensemble de ces recommandations doit être retenu
et considéré comme un véritable outil de
travail pour la préparation des prochaines consultations électorales
qui seront organisées dans notre pays. Elles indiquent
des pistes permettant de lutter contre les fraudes liées
aux manipulations des bulletins de vote, des procès-verbaux
des résultats, à l’achat des voix, aux risques
de pressions sur les membres de la CENI et de la Cour Constitutionnelle
; à la centralisation des résultats de vote et
notamment à leur mode de transfert des CELI à la
CENI. Elles ont en outre le mérite de souligner les faiblesses
liées à l’application d’un Code électoral
présentant apparemment toutes les garanties de transparence
et de sécurité, en particulier celles entourant
la production de la carte d'électeur sécurisée
avec photo numérisée. Et cette carte d’électeur
infalsifiable n’a pas pu empêcher les craintes de
manipulations des bulletins de vote qui devaient être apaisées
au moyen d’une double signature (celle du président
de bureau et de son rapporteur) en vue d’éviter
l’utilisation des bulletins de vote prévôtés.
L’intransigeance du RPT, n’avait pas permis de combattre
ce risque potentiel de fraudes à grande échelle.
Les partis de l’opposition savaient que les solutions de
rechange proposées n’étaient pas pertinentes
mais ils les avaient néanmoins acceptées. Cette
attitude suscite des interrogations sur le type de stratégie
qui la sous-tend. Surtout que l’une des principales explications
du nombre écrasant de députés RPT serait
dû, selon l’analyse des observateurs internationaux,
au découpage électoral déséquilibré,
largement en faveur des circonscriptions électorales du
nord du pays. Cela pose ainsi le problème de la justesse
des stratégies mises en œuvre pour atteindre les
objectifs que chaque parti s’est assignés. C’est
ici l’occasion d’attirer l’attention sur l’importance
du processus d’anticipation dans l’élaboration
des stratégies des partis. Ce processus d’anticipation
consiste à devancer les événements futurs
avant qu’ils ne se produisent effectivement. Il doit occuper
une place de choix dans l’organisation des activités
de chaque parti politique.
Dans ces conditions, les partis politiques doivent organiser
des formations au profit de leurs membres. Dans cet ordre d’idée,
il serait utile de s’approprier ces recommandations pour
engager une analyse plus approfondie du Code électoral
qui joue après tout un rôle déterminant dans
l’organisation des élections dont les résultats
ont un impact réel sur les chances de solutions de sortie
de crise.
Quant aux réformes constitutionnelles que l’APG
a bien identifiées, il importe de tenir compte des indications
des rapports de mission d’enquête qui avaient recommandé des
mesures d’application pertinentes. L’ensemble de
ces recommandations peut constituer un document de travail dans
la mesure où les principaux protagonistes cherchent à approfondir
la réflexion en direction d’une recherche de
solutions adéquates. Les partis politiques de l’opposition
cherchant à incarner les promoteurs d’un véritable
changement auquel aspirent les populations doivent unir leurs
forces pour amener les détenteurs du pouvoir à réaliser
les réformes prévues par l’APG. Dans cette
perspective il est indiqué de prendre en considération
l’importance de la question de la volonté politique
et de celle de la confiance mutuelle dans le processus de résolution
de la crise togolaise. En effet, l’idée de dialogue
qui a abouti à l’existence de l’APG tend à confirmer
une telle vision des choses. Elle semble signifier qu’une
réelle entente entre les parties prenantes à cette
rencontre «patriotique» devait permettre de parvenir à une
véritable solution de sortie de crise. Si cet objectif
visé n’est pas tout à fait atteint malgré tous
les efforts déployés à l’échelle
nationale et internationale, c’est qu’il existe encore
une minorité de personnes représentant des groupes
d’intérêts diffus et des forces de blocage
décidées à maintenir le statu quo, dans
l’indifférence totale des souffrances et de la misère
des populations.
Par ailleurs, si l’on se réfère aux différents
scénarios présentés par le GRAD en fonction
des résultats acquis par les partis à l’issue
du scrutin législatif, il a été établi
que dans l’hypothèse de la majorité absolue
du RPT au parlement, les chances d’un véritable
changement seraient très réduites. La situation
actuelle à l’Assemblée nationale avec la
majorité RPT correspond bien à l’hypothèse
d’un minimum de changements, ne mettant pas en cause les
fondements du régime en place. Et pourtant tous les candidats
aux élections législatives du 14 octobre 2007
avaient fait campagne sur le thème du changement. C’est
donc le lieu de rappeler à tous ces partis politiques
représentés aujourd’hui au gouvernement et
au parlement de respecter leurs engagements. Dans ce cas, il
apparaît nécessaire que les parties signataires
de l’APG, les populations, l’UE, les différents
parrains dudit accord utilisent leur capacité de pression
pour amener les tenants du pouvoir à respecter leurs engagements.
De ce fait, il convient de promouvoir une approche réaliste
du paysage politique togolais où les partis de l’opposition
sont davantage préoccupés par le jeu de l’alternance
politique sans toutefois s’assurer du changement effectif
des règles du jeu organisées pour le blocage systématique.
Il serait désormais plus indiqué de promouvoir
un changement effectif des règles du jeu qui garantissent
la transparence et la crédibilité des scrutins électoraux,
et le respect des engagements spécifiques, mutuels ou
non.
Conclusion
La longue crise togolaise a suffisamment mis en relief les pesanteurs
qui visent à compromettre une véritable recherche
de solutions de sortie de crise. A l’analyse, il
apparaît que les solutions existent, mais la volonté politique
de les appliquer fait essentiellement défaut. L’exemple
de la sécurisation du processus électoral permet
d’illustrer cette thèse. En effet, au début
du processus de démocratisation démarré en
1990, après le fameux discours de la Baule, les partis
de l’opposition avaient mis en cause, pendant les consultations
de 1993 et de 1998, la carte d’électeur qui ne
permettait pas de contrôler l’électeur décidé à voter
plusieurs fois. Il en était de même pour le bulletin
de vote individualisé contesté pour ses facilités
d’utilisation dans la falsification des bulletins
de vote prévôtés et le bourrage des urnes.
Des solutions sous forme de mesures opérationnelles
bien ciblées avaient été mises progressivement
en place pour calmer les inquiétudes : bulletin unique,
encre indélébile, surveillance accrue dans les
bureaux de vote, dépouillement en principe dans les
bureaux de vote sous le contrôle et en présence
des électeurs. Les résultats obtenus à l’issue
de ces scrutins organisés sur la base de ces innovations
n’avaient pas permis d’atteindre le changement
et l’alternance politique escomptés. Enfin, tout
récemment la mise en place de la carte sécurisée
avec photo numérisée devait aider à parfaire
le processus électoral qui présente à chaque
occasion des insuffisances généralement corrigées
lors de prochaines échéances électorales.
Les résultats des législatives du 14 octobre
2007 sont connus. Ils viennent au contraire renforcer le scepticisme
qui sous-tend la gestion du processus électoral. Tous
ces constats montrent que ce n’est pas uniquement les
faiblesses des textes par endroits qui justifient cette situation
d’échec permanente, mais également et surtout
l’existence d’une volonté délibérée,
réfractaire à tout changement susceptible de
remettre en cause les intérêts des tenants du
pouvoir depuis plus de quarante ans. Dans ce contexte, il importe
que les partis épris de changement ne se trompent point
de cible et qu’ils acceptent de jouer le jeu du changement
effectif avant de jouer celui de l’alternance. Tout ici
devient une question de mentalité et d’état
d’esprit.
Dans ce cas, il est utile de rappeler qu’un accord politique
normalement signé par toutes les parties prenantes devrait
connaître peu de difficultés dans son application.
Il est censé n’avoir d’autres règles
de fonctionnement que celles définies par les clauses
de l’accord et l’engagement des signataires. Une
analyse de la gestion de l’APG amène à penser
que le mode de gestion adopté pour son application ne
semble pas avoir réussi à promouvoir l’indépendance
nécessaire à la maîtrise du processus de
réformes envisagé. En effet, la gestion d’un
accord politique de l’importance de l’APG, comportant
la formation d’un gouvernement d’union nationale
(GUN), devrait être conçue en fonction du pouvoir
que lui confèrent les parties prenantes et de l’appui
des parrains que sont les organisations sous-régionales
comme la CEDEAO et la Communauté internationale (UE, ONU).
Ce mode de gestion devrait assurer l’indépendance
des institutions chargées de l’application de l’APG,
l’une des conditions indispensables pour une prise en compte
rapide du processus de réformes et une conscience de l’urgence
d’agir. Au lieu de cette indépendance, l’APG
a été engagé dans un processus de récupération
qui en détermine en réalité l’application
sous le contrôle du pouvoir RPT, incarné par le
chef de l’exécutif et l’Assemblée nationale à dominance
RPT.
C’est pourquoi, au regard de toutes les considérations
précédentes, le GRAD convie tous les partis résolument
ouverts au changement à faire preuve de plus de vigilance,
en évitant toute précipitation dans la mise en
place des actions qui n’iraient pas dans le sens des aspirations
profondes du peuple togolais pour un changement de système
politique, économique et social. Le GRAD reste également
convaincu que la résolution effective de la crise togolaise
est d’abord l’affaire des Togolais. A ce propos,
un travail de réflexion, d’engagement et d’anticipation
s’impose dans un esprit patriotique pour mobiliser toutes
les ressources nécessaires à l’atteinte des
objectifs visés. C’est pourquoi le GRAD lance cet
appel, par l’intitulé de ce mémorandum :
Oeuvrons ensemble pour une véritable société démocratique.
Lomé le 14 mai 2008
|