Vers de
nouvelles violences en RDC?
L'arrestation de Jean-Pierre
Bemba à Bruxelles confirmée par les autorités
belges
26 mai 2008
L'ex-vice-président de la République
démocratique du Congo (RDC), Jean-Pierre Bemba, arrêté samedi à Bruxelles,
est le premier suspect entre les mains de la Cour pénale
internationale (CPI) dans l'enquête sur les crimes commis à grande échelle
en Centrafrique.
Interpellé samedi soir à Bruxelles, Jean-Pierre
Bemba, 45 ans, a été présenté dimanche
après-midi à un juge d'instruction qui a ordonné son
maintien en détention. La procédure de transfèrement
du suspect vers le centre de détention de la CPI à La
Haye pourrait prendre un à deux mois.
"Jean-Pierre Bemba Gombo est la première personne à faire
l'objet d'un mandat d'arrêt" dans cette affaire, a
souligné la CPI dans un communiqué.
A Bangui, au nom du gouvernement, le ministre de Centrafrique
de la Communication Cyriaque Gonda a "pris acte", et
estimé qu'il "faut laisser la procédure suivre
son cours". Dans la rue, plusieurs victimes anonymes, encore
traumatisées par leurs souffrances, ont dit leur "espoir" que "justice
nous sera rendue".
En 2004, la Centrafrique, incapable de juger les graves crimes
commis sur son territoire, avait transmis le dossier à la
CPI.
"C'est la première fois que le procureur ouvre une
enquête dans laquelle les allégations de crimes
sexuels excèdent largement le nombre d'assassinats présumés",
avait déclaré M. Moreno-Ocampo en ouvrant la procédure
en mai 2007.
M. Bemba est poursuivi pour deux chefs de crimes contre l'humanité et
quatre chefs de crimes de guerre commis par des hommes qu'il
commandait.
"Les (membres du) Mouvement de Libération du Congo
(MLC) menés par Jean-Pierre Bemba ont commis, dans le
cadre d'une attaque systématique généralisée
contre la population civile, des viols, des actes de torture,
des atteintes à la dignité de la personne, des
traitements dégradants et des pillages" entre octobre
2002 et mars 2003, affirme le procureur.
"Nous ne pouvons effacer les blessures (des victimes).
Mais nous pouvons leur rendre justice. Les témoignages
des victimes seront autant de preuves", a-t-il déclaré.
Près d'un millier d'hommes de ce groupe politico-militaire était
intervenu en Centrafrique à l'appel du président
Ange-Félix Patassé pour mater un coup d'Etat. Ils
avaient ensuite fait régner la terreur, tuant, pillant
et surtout violant plusieurs centaines de femmes et fillettes.
"Le nombre élevé de viols commis (par le
MLC) avec une brutalité sans nom est une caractéristique
particulière de cette affaire", a relevé le
procureur.
A Bruxelles, le commissaire européen au Développement
Louis Michel a réagi avec prudence, disant qu'il ne peut "pas
juger la Cour pénale et de l'opportunité de (l'arrestation...)". "Je
ne peux que faire confiance à la Cour", a-t-il ajouté.
Pour la Fédération internationale des droits de
l'homme (FIDH), cette arrestation est un "signal fort contre
l'impunité".
Le MLC a "détruit en profondeur les structures de
la société", a estimé la FIDH en RCA. "Les
femmes sont rejetées par leur familles et villages, elles
rejettent elles-mêmes leur enfant né d'un viol".
"C'est une mauvaise surprise, c'est la consternation",
a déclaré en revanche à Kinshasa François
Muamba, secrétaire général du MLC, le premier
parti d'opposition en RDC, en insistant sur "la présomption
d'innocence".
M. Bemba avait quitté la RDC pour le Portugal le 11 avril
2007 sous escorte de blindés de l'ONU, près de
trois semaines après de sanglants combats dans Kinshasa
entre sa garde rapprochée et l'armée.
Il est la quatrième personne arrêtée par
la CPI. Les quatre suspects sont tous des Congolais (RDC), mais
les trois autres ont été arrêtés dans
le cadre de crimes commis en RDC. M. Moreno-Ocampo enquête également
en Ouganda et au Darfour.
Source: AFP
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