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Afrique du Sud:
Les 90 ans de Nelson Mandela
26 juin 2008
Nelson Mandela aura 90 ans le 18 juillet prochain mais son anniversaire
sera célébré le 27 juin par un grand concert à Londres,
vingt ans après le concert historique de Wembley pour
sa libération. Beaucoup se posent la question de son héritage,
dans une jeune démocratie au bilan mitigé : décollage économique
d'un côté et immenses défis de l'autre, avec
les inégalités, la corruption, la violence et le
sida.
L’ancien prisonnier politique avait déjà fêté ses
85 ans en grande pompe, en 2003. La nation arc-en-ciel s’était
retrouvée dans les rues de Johannesburg, courant pieds
nus ou dans des baskets dernier cri, dans un vibrant hommage
en forme de marathon. Encore une fois, celui que tout le monde,
en Afrique du Sud, appelle Madiba, son nom de clan dans l’ethnie
xhosa, va être célébré. Le 27 juin
2008, vingt ans après le concert historique de Wembley
pour la libération de Mandela, un grand concert va de
nouveau être organisé à Hyde Park, à Londres.
En Afrique du Sud, la Fondation Nelson Mandela entend donner
la part belle aux « idées », avec des livres,
des expositions et des débats sur la liberté, l’égalité des
races et des sexes. Ellen Johnson-Sirleaf, la présidente
du Liberia, est notamment attendue en juillet à Soweto,
où elle donnera une conférence spéciale.
Le jour de l’anniversaire, des millions de personnes devraient
pouvoir envoyer un texto à Nelson Mandela, qui ne sortira
pas de l’intimité d’une réception familiale.
À la retraite depuis 1999, après un unique mandat,
l’ex-président se fait discret, mais ne dédaigne
pas les honneurs. Occupé à rédiger la suite
de ses mémoires, il vit entre les maisons familiales de
Houghton, un quartier chic de Johannesburg, Qunu, son village
natal du Cap oriental, et Maputo, la capitale du Mozambique.
Un pays où il se rend régulièrement, depuis
qu’il a épousé, le jour de ses 80 ans, Graça
Machel, l’ancienne première dame mozambicaine.
Alors qu’il s’apprête à souffler ses
90 bougies, beaucoup, à l’étranger, se posent
la fameuse question "Wham?", qui fait tant sourire
les diplomates sud-africains : "What happens after Mandela?
(Que va-t-il se passer après Mandela ?)" L’interrogation
suppose qu’un seul homme tienne à bout de bras un
pays aussi immense. "Il n’en est rien, bien sûr",
affirme Peter Magubane, un photo-reporter qui a immortalisé Mandela
tout au long de sa vie, avant et après ses 27 années
de prison. Sans son "exceptionnelle personnalité",
reconnaît cependant le photographe, la transition négociée
entre la fin officielle de l’apartheid, en 1991, et les
premières élections multiraciales de 1994, n’auraient
sans doute pas abouti au "miracle sud-africain".
Premières pierres morales
Alors que le pays était au bord de la guerre civile, Nelson
Mandela a souvent sauvé la mise, grâce à sa
droiture morale. "Sa politique de la grâce et de l’honneur,
en évitant d’humilier l’adversaire, est la
seule qui ait pu mener à une transition démocratique
relativement paisible", commente Tom Lodge, professeur de
sciences politiques à l’Université du Witwartersrand.
S’il n’a pas apporté toutes les réponses
aux nombreux problèmes de son pays, Nelson Mandela a posé les
premières pierres morales de la "nouvelle" Afrique
du Sud. "Il laisse un héritage qui va durer",
estime George Bizos, un avocat blanc qui avait pris sa défense
contre le régime raciste lors du retentissant procès
de Rivonia, en 1963. Accusés de trahison, Mandela et ses
camarades risquaient la peine de mort. Ils ont été condamnés à la
prison à vie. Avec le recul, George Bizos n’a qu’un
seul reproche à faire à son ami Mandela : "Il
a promu la réconciliation avec ceux qui lui ont causé du
tort dans le passé. Son appel au pardon a été très
fort. Moi-même, je ne peux pas y souscrire complètement." Un
sentiment que partagent nombre de Sud-Africains noirs, parmi
lesquels Ruth Mompati, actuelle maire de Vryburg, ancienne responsable
du Congrès national africain (ANC) en exil et secrétaire
de Nelson Mandela, lorsqu’il était avocat dans les
années 1950. "Au sein de l’ANC, nous l’avons
parfois trouvé trop gentil avec les gens qui nous ont
opprimés", dit-elle. Elle le décrit cependant
comme un "leader fort, honnête, humain, grand travailleur,
sans aucun ego, adoré par tout le monde et en même
temps très ferme. Il savait ce que l’ANC voulait
et avait la vision pour l’avenir."
Une certaine réserve
Grand apôtre de la réconciliation nationale, Nelson
Mandela est resté un membre loyal de l'ANC. Contrairement à l’archevêque
Desmund Tutu, qui a lancé en septembre 2006 un appel moral à des élites
politiques critiquées pour leurs goûts de luxe et
leur corruption, Nelson Mandela a gardé une certaine réserve.
Très impliqué dans la Fondation pour l’enfance
qui porte son nom, il ne s’est guère fait entendre
que sur le dossier du sida, pour prendre la défense des
malades, stigmatisés, et préconiser l’accès
de tous aux traitements anti-rétroviraux, face à un
gouvernement qui a refusé jusqu’en 2003 de les distribuer,
dénonçant leur "toxicité". À la
mort de son fils Makghato, en 2005, il a eu le courage de reconnaître
que le VIH était la cause du décès.
Aujourd’hui, l’homme qui a appelé à la
lutte armée contre l’apartheid, en 1961, reste en
retrait. Il observe les joutes politiques qui marquent la succession
de Thabo Mbeki, l’actuel président, sans y prendre
part. Dans les coulisses, a cependant révélé le
journaliste sud-africain William Gumede, Nelson Mandela avait
eu des objections, dès 1998, à la nomination au
poste de vice-président de Jacob Zuma. Le bras droit de
Thabo Mbeki était déjà considéré comme
peu présidentiable. Aujourd’hui, c’est un
responsable de l’ANC acquitté de viol, mais toujours
poursuivi pour corruption – le procès commencera
en août – qui entend briguer la magistrature suprême
en 2009. Un contraste saisissant avec Nelson Mandela, modèle
de probité et icône internationale.
Sabine Cessou, www.syfia.info
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