Contre la vie chère,
le GRAD s’insurge:
N’est-il pas temps de changer de
politique?
24 juillet 2008
Depuis un certain temps, le Gouvernement s’emploie à prendre
des mesures importantes pour la relance de l’économie
nationale. Il s’est engagé avec les partenaires
en développement à mettre en œuvre des programmes
tels que le Document Intérimaire de Stratégie de
Réduction de la Pauvreté (DIRSP) et le Programme
d’Urgence de Réduction de la Pauvreté (PURP).
A cela s’ajoutent la création de l’Agence
Nationale pour l’Emploi et le projet de recensement général
de la population et de l’habitat. Le GRAD, tout en se félicitant
de ces efforts, s’interroge sur la pertinence de certaines
décisions prises récemment et se demande s’il
n’est pas temps de changer de politique économique
dont l’efficacité requiert au préalable,
des reformes institutionnelles cohérentes.
Dans cette optique le GRAD se demande si l’augmentation
du prix du ciment ne va pas à l’encontre des intérêts
vitaux des populations et de tous ces programmes de réduction
de la pauvreté.
L’augmentation du prix du ciment dont il est question
aujourd’hui et qui suscitent des réactions diverses,
a pour objectifs, selon le communiqué du Conseil des Ministres
du 09 juillet 2008, de:
- Mettre fin à la spéculation et à la
pénurie en cours ;
- Répondre aux exigences répétées
et légitimes des producteurs confrontés aux renchérissements
du coût des intrants entrant dans la fabrication du ciment.
Le communiqué précise que « Cette décision
est prise dans un souci de préserver le pouvoir d’achat
des consommateurs et leur permettre de s’acheter du ciment
pour améliorer leur habitat ».
Les motivations rendues publiques sont difficiles à comprendre
surtout en rapport avec les arguments qui sous-tendent l’augmentation
du prix. Les raisons évoquées paraissent excessives,
singulièrement en ce qui concerne la spéculation.
De ce fait, le message du Conseil des Ministres, mal interprété,
tombe sous le feu de nombreuses critiques que le GRAD partage.
- La lutte contre la spéculation au Togo
Affirmer que la spéculation est la cause de la pénurie
des produits à forte demande est un peu facile car, la
relation n’est pas aussi simple qu’on le pense. Mais
il est vraisemblable que la spéculation se nourrisse de
corruption qui représente son terrain favorable. Dans
ces conditions, le recours à une politique de prix, pour
y remédier, est non seulement préjudiciable à la
croissance mais en plus n’offre aucune garantie pour mettre
fin à la spéculation. Les restrictions au libre échange
qui constitue des engagements pris dans le cadre de l’intégration
sous régionale UEMOA et CEDEAO, n’apportent rien.
C’est d’une administration de grande qualité,
organisée sur le mode de mérite et qui obéissent
aux lois du pays au lieu de se placer au-dessus d’elles
qu’il faut.
En comparant l’approche utilisée dans le cas du
maïs à celle retenue pour ciment, on s’aperçoit
qu’il y a deux poids deux mesures. En effet, rappelons
qu’en 2006, ce sont les commerçants de maïs
qui ont été indexés comme les principaux
spéculateurs. Ils ont été inquiétés
avec parfois des saisies opérées sur leurs cargaisons.
L’effort des autorités à l’époque
visait à réduire impérativement le prix
du maïs. L’accent n’avait pas été suffisamment
mis sur la relance de la production. Les paysans togolais qui
réagissent toujours positivement à la demande après
une année de pénurie généralisée,
ont réalisé l’année après
une bonne production. Après un an de répit, on
assiste encore cette année-ci, à une flambée
plus importante du prix du maïs. Il va sans dire que la
reprise amorcée de la production agricole n’a pas
duré faute d’incitations appropriées aux
producteurs.
Aujourd’hui, c’est un produit industriel : le ciment
qui est la préoccupation et les spéculateurs en
cause sont ses commerçants. La solution cette fois-ci,
contrairement à celle appliquée au maïs, c’est
l’augmentation et l’alignement du prix de vente de
ciment sur celui des autres pays. Ainsi dans un cas on restreint
le prix et dans l’autre on l’augmente pour la même
cause.
- La mesure pénalise les citoyens
Il est difficilement concevable que l’on ne puisse pas
jouir des avantages des produits fabriqués chez soi à cause
d’une forme singulière de lutte contre les spéculateurs.
C’est le consommateur national que l’on sacrifie
en alignant le prix sans aucune garantie que cette disposition
mettra fin à la spéculation. La mesure elle-même
peut avoir des effets pervers surtout que le pouvoir d’achat,
dans les pays voisins concernés, est plus élevé qu’au
Togo. Ainsi, pendant que la hausse de prix est pratiquement soutenue
par les autorités sous divers prétextes peu soucieuses
des difficultés réelles d’existence des populations,
les salaires des travailleurs, les revenus des producteurs agricoles
et des artisans ne bougent pas de façons pas de façon
significative.
Dans les conditions actuelles, le paysan, pour améliorer
son habitat, est obligé d’acheter du ciment cher
avec son revenu arbitrairement réduit alors que l’industriel
qui augmente son gain financier peut de surcroît, se procurer
du maïs à vil prix. Voilà ce qui explique
la stagnation de la production agricole assortie de crises alimentaires
intermittentes. Car, on ignore les intérêts du producteur
tout en faisant croire que l’agriculture est la priorité des
priorités.
- Nécessité de changer de politique
Il nous faut éviter de donner raison à GROUCHO
Marx pour qui : « La politique est l’art de chercher
les problèmes, de les trouver, de les minimiser et de
leur administrer les mauvais remèdes à mauvais
escient».
Accéder à des revenus élevés est
une incitation puissante. Aussi, faut-il veiller attentivement à la
manière dont l’intervention publique affecte les
incitations.
C’est pourquoi le GRAD ne peut s’empêcher
de souligner qu’une bonne gestion de l’offre et de
la demande requiert une analyse plus approfondie des problèmes
surtout si l’on est appelé à renforcer la
concurrence et la productivité agricole et industrielle
au sein de l’UEMOA et au sein de la CEDEAO. Pour ce faire,
un cadre approprié des incitations s’impose.
Si le ciment togolais est compétitif et très prisé à l’extérieur
de nos frontières, pourquoi ne pas accroître sa
production ? Ce serait d’ailleurs une opportunité de
création d’emploi une des préoccupations
du Gouvernement qui vient de mettre en place une Agence Nationale
pour l’Emploi. On ne peut pas vouloir une chose
et son contraire.
Il aurait donc été plus judicieux d’examiner
comment à moyen terme augmenter la capacité de
production de nos usines plutôt que de se satisfaire des
105.000 tonnes mensuelles insuffisantes pour s’attaquer à la
spéculation.
A vrai dire, les mesures du Gouvernement soulèvent plus
de questions que de réponses. Tout d’abord, les
vrais spéculateurs ne sont généralement
pas ceux que l’on croit. Ceux qu’on exhibe souvent
n’ont pas l’air de gens fortunés qui puissent
embrasser des opérations d’une telle envergure. Où sont
donc les vrais auteurs ? Certainement pas dans les rangs des
démunis. Ils sont à rechercher dans la minorité qui
vit dans l’abondance alors que la presque totalité des
togolais tire le diable par la queue. Cette augmentation exagérée
du prix du ciment n’affecterait-t-elle pas sans tarder
le renchérissement des loyers déjà insupportables
pour la majorité des locataires ? Y aurait-il d’autres
augmentations au cas où les pays importateurs pris pour
référence venaient à ajuster leur prix à la
hausse ? Le Gouvernement est-il incité à encourager
la croissance de l’économie ? Si oui doit-on obtenir
aux termes d’une grève que le prix du phosphate
soit rétabli dans les normes ?
S’agissant des phosphates, parlons en. Une grève
a été nécessaire pour amener les dirigeants à reconnaître
qu’il faut vendre à un prix plus conséquent
sur le marché.
Le GRAD continue d’aspirer à un Togo où le
Gouvernement viendrait véritablement en aide aux pauvres
en investissant dans les biens publics et en ayant recours à de
saines incitations pour les acteurs. Pour ce faire les décisions
ne se prendraient plus sans études préalables et
sans concertation avec ceux qui sont concernés. Il faut
instituer un véritable dialogue de politique. Cela peut
aider à garantir que les opinions même les plus
impopulaires puissent être prises en considération
et acceptées. Ce dialogue doit avoir lieu en temps opportun
avant la prise de décision.
Lomé le 21 juillet 2008
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