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Augmentation du prix du ciment
au Togo
Le gouvernement asphyxie les populations déjà malmenées
par la vie chère
29 juillet 2008
Le bal des augmentations des prix de certains produits est officiellement
ouvert mercredi 9 juillet dernier à l’occasion d’un
autre rare conseil des ministres. Pour éviter la spéculation
et la pénurie, le gouvernement a «homologué le
prix du ciment à celui des pays voisins», comme
l’a si bien dit le quotidien gouvernemental «Togo-Presse».
Un paquet de ciment a, depuis jeudi 10 juillet, connu une hausse
de 550 F, une majoration de 14 % pour le FORTIA et 16
% pour le CIMTOGO qui dépasse de loin les augmentations
de 5 % puis de 3% sur les salaires des fonctionnaires.
Une mesure hâtive et bancale qui complique encore la situation
des Togolais malmenés par le phénomène de
la vie chère.
En fait, il existe au Togo deux unités de production
du ciment: CIMTOGO et FORTIA. «La quantité mise
sur le marché local est normalement suffisante pour couvrir
tous les besoins des populations, la consommation moyenne du
Togo en ciment se situant entre 45 000 tonnes et 50 000 tonnes
par mois», dixit le gouvernement. «Mais
depuis le début de l’année 2008, poursuit
le communiqué, le Togo vit une situation de pénurie
de ciment. Cette situation est due à la spéculation
que pratiquent certains distributeurs agréés et
revendeurs qui exportent illégalement le ciment destiné à la
consommation nationale vers les pays voisins où les prix
de vente du ciment sont plus élevés que ceux pratiqués
au Togo». On croit savoir que «dans le souci
de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs
et leur permettre de s’acheter du ciment pour améliorer
leur habitat», le gouvernement n’avait jamais
pensé augmenter le prix et qu’«à ce
jour, les prix de vente officiels du ciment sont ceux fixés
depuis 2006». Ensuite, il a rappelé les prétendues
mesures prises pour juguler la spéculation. «Et
les effets conjugués de la flambée des prix des éléments
entrant dans la fabrication du ciment au Togo ont conduit le
gouvernement à accéder à la demande d’ajustement
de prix réclamé par les producteurs»,
précise le communiqué. Ainsi, depuis jeudi 10 juillet,
les prix de la tonne sur les marchés sont les suivants:
ciment CIMTOGO: CPJ 35: 81.000 FCFA TT; CPA 45: 92.000 F; Ciment
FORTIA: CPJ: 77.000 F. En somme, la tonne est augmentée
de 11 000 FCFA.
C’est par cette démonstration tirée par
les cheveux que Faure Gnassingbé et son gouvernement ont
procédé à l’augmentation du prix du
ciment. C’est le cynisme de la souris qui vous bouffe une
partie du corps tout en l’adoucissant. Dans le libellé du
communiqué, le gouvernement a fait croire qu’il
se préoccupe du sort des Togolais et que le fait de prendre
cette décision est un cas de force majeure. Les producteurs
peuvent se frotter les mains pour avoir eu raison de l’exécutif
qui n’a que faire du bonheur des Togolais. C’est
depuis plusieurs mois que ce bras de fer est engagé entre
les deux sociétés CIMTOGO et FORTIA, et le gouvernement.
Celles-ci ont toujours manifesté leur intérêt
d’augmenter les prix. Ce qui a été entre-temps
fait de façon officieuse et il a fallu un communiqué du
ministre du Commerce pour les rappeler à l’ordre.
Aujourd’hui, c’est chose faite puisque le gouvernement
a, une fois encore sacrifié les citoyens lambda.
En outre, le gouvernement verse dans le ridicule quand il mentionne: «Malgré les
mesures prises par le gouvernement pour lutter contre cette
spéculation, la pénurie demeure toujours. Autrement
dit, tant que nos prix continueront à être plus
bas par rapport à ceux pratiqués dans les pays
voisins, la spéculation ne cessera pas».
C’est un aveu d’impuissance qui ne dit pas son
nom. En clair, il n’y a plus d’autorité au
Togo, mieux, le Togo n’est pas gouverné, comme
le pensent bon nombre de Togolais. A quoi servent alors tous
ces éléments des forces de l’ordre et des
douanes payés par le contribuable togolais?
La spéculation et la vente du ciment dans les pays voisins
ne sont pas les faits du pauvre paysan Mazama qui use ses orteils
contre les granites de Lama-haut ou de ce petit commerçant
Inoussa de Kparatao. Ce sont les gros pontes, les haut-placés
qui ont créé des sociétés écran
et qui exportent le ciment vers les pays voisins. «On
nous a montré des camions Titan à l’intérieur
du pays allant vers le Burkina Faso qui ont été appréhendés
par les forces de l’ordre. C’est une bonne chose.
Mais dans le même temps, le ciment va vers le Bénin
par Kétao, Pagouda, Hilakondji… officiellement.
On a montré un navire au port de Lomé qui est venu
embarquer le ciment… Ce n’est pas le petit commerçant
du coin qui est impliqué. Quelque part, il a une complicité de
haut niveau», explique dans les colonnes de «L’Union» un
membre de la fameuse Association togolaise des consommateurs
(ATC) qui a ajouté que son association n’a été consultée
ni associée par le gouvernement dans le cadre de la hausse
du prix du ciment. Pourtant, au début de la grogne contre
la vie chère, il a été initié un
cadre de discussion où gouvernement, partenaires sociaux
et syndicats des consommateurs se retrouvent. Aujourd’hui,
ceux qui ont cru en la bonne foi de Faure et ses ministres, n’ont
que leurs yeux pour pleurer. Ils ont été menés
en bateau par la clique qui ne pense qu’à ses intérêts.
Ce qui est, par ailleurs, courant au Togo, c’est que le
gouvernement se réfère à ce qui se
fait dans les pays voisins pour justifier ses décisions
farfelues. C’est bien de s’inspirer de ce que font
les autres. Les Togolais seraient heureux si leurs gouvernants
pouvaient copier la manière dont leurs pairs développent
leur pays ou la manière dont les élections sont
par exemple organisées au Bénin. Ce n’est
pas seulement au moment d’augmenter les prix qu’il
faut leur parler des «pays voisins».
Ayant donc donné gain de cause aux producteurs du ciment,
le gouvernement n’aura plus d’argument pour empêcher
d’autres sociétés qui sont dans l’expectative
d’augmenter leurs prix. Les carburants, l’électricité,
l’eau, les produits de la Brasserie, etc. vont bientôt
connaître une hausse. Et comme dans le premier cas, il
n’y aura aucune mesure d’accompagnement de la part
de Faure et ses amis.
R. Kédjagni
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