Inondations / Scandale dans les centres d’accueil
Des sinistrées abusées
sexuellement pour avoir accès aux vivres
-Nécessité pour le gouvernement d’ouvrir
une enquête
09 septembre 2008
Les inondations qui se sont produites dans notre pays et dont
le coup d’envoi a été donné par l’effondrement
dans la nuit du 26 au 27 juillet dernier du pont d’Amakpapé,
ont détruit des habitations et les eaux ont chassé les
propriétaires de leurs demeures, faisant d’eux des
sinistrés. Hommes, femmes et enfants étaient obligés
de déguerpir devant la fureur des eaux. Les images sont
encore vivaces dans les mémoires. Après avoir sauvé leur
peau, l’autre équation était: où dormir?
Devant la gravité de la situation, le gouvernement a
pris des mesures d’urgence. Des cours d’établissements
publics ont été transformées en centres
d’accueil pour abriter les sinistrés. Et pendant
leur séjour, ils ont bénéficié d’une
assistance alimentaire qui a fait des jaloux. Certains Togolais
qui ne sont nullement inquiétés par les eaux se
sont transformés en sinistrés alimentaires, juste
pour bénéficier des dons de vivres. Les sinistrés
des centres d’accueil ne sauraient se plaindre de n’avoir
pas été nourris. Certains d’entre eux avouent
avoir été proprement gavés de nourritures.
Mais à quel prix?
Opération sexe contre vivres
Aujourd’hui que les sinistrés sont sommés
de quitter les centres d’accueil, les langues se délient
pour faire des révélations. Selon des témoignages
recueillis, des femmes ont été abusées sexuellement
dans ces centres, par les agents en charge de la sécurité en
ces lieux. Ces sinistrées n’avaient pas trop le
choix, car c’était la condition pour avoir accès
aux vivres distribués sur le site. On cite nommément
le cas du Centre d’accueil du CEG Baguida. Dans la plupart
des cas, ce sont les époux de ces sinistrées qui
haussent le ton. «…Les sinistrés ne recevaient
pas suffisamment de vivres dans le camp. Certaines femmes étaient
obligées de donner leur corps aux agents de sécurité pour
avoir assez à manger. Elles ont avoué les faits.
Il nous arrive de temps en temps, nous qui restons tard dans
la nuit, de surprendre des agents en flagrant délit avec
les femmes…», témoigne un homme rencontré dans
ledit centre.
Comment en est-on arrivé à ces révélations?
Certaines sinistrées abusées bien regardantes sur
les us et coutumes, ont avoué l’acte, par peur de
subir la foudre des esprits lorsqu’elles vont retourner
au foyer. C’est à leurs risques et périls
qu’elles le feraient sans se confier auparavant. Il suffirait
de certaines cérémonies de purification et le tour
est joué. Certaines d’entre elles sont carrément
rejetées par leurs maris après les avoir mis au
courant de ces faits qui se sont déroulés dans
les centres.
Un scandale de plus
Ces abominations constituent le summum de l’immoralité et
on ne peut éprouver que dédain et indignation.
Des sinistrées qui sont obligées de troquer leur «patrimoine
intrajambaire» contre des vivres qui leur sont normalement
destinés ! Mais ce n’est qu’un scandale de
plus, le nième qui éclate dans cette histoire
d’assistance aux sinistrés. Il vient s’ajouter
aux rumeurs de détournements systématiques des
lots destinés aux sinistrés de ces centres d’accueil.
En effet, il a été très souvent révélé que
les dons aux sinistrés arrivent rarement au complet à destination;
des sacs de maïs, de riz, des cartons de savon et autres
vivres et non vivres disparaissent en cours de route avant d’arriver
dans les centres d’accueil. Et pourtant il y a des agents
qui sont chargés de convoyer ces lots. Les convois sont-ils
souvent attaqués par les voleurs? Qui opère alors
ces détournements? Allez savoir quelque chose.
Nécessité d’une enquête
Toute cette suite d’événements, surtout le
scandale des abus sexuels sont assez graves, d’autant plus
qu’il s’agit d’abus sur toute la ligne. Des
individus peu scrupuleux ont profité du malheur des sinistrés
et cela défie la morale. Comment peut-on se permettre
de détourner les dons destinés à des gens
qui vivent une telle situation? Comment est-ce possible qu’on
exige des sinistrées des rapports sexuels avant qu’elles
ne bénéficient des dons qui leur sont normalement
destinés?
Ces faits sont assez graves pour nécessiter l’ouverture
d’une enquête sérieuse, afin de démasquer
les auteurs de ces abominations et les punir conformément à la
loi. Car si ces faits s’avéraient, ils n’écorneraient
pas moins l’image des forces de sécurité,
bref, des corps habillés. La réconciliation armée
nation qu’on ne cesse de décréter dans les
discours en prendra un énorme coup.
Mais quelque part, on se demande si une telle enquête
pourrait aboutir. Pour la petite histoire, les accusés,
se sont des gens qui n’ont jamais tort. Un fait similaire
saute tout de suite à l’esprit. C’était
l’année dernière au quartier Attiégou à Lomé.
Un jeune élève policier aurait été agressé par
un jeune homme qui lui reproche de lui arracher sa petite amie.
Crime de lèse-majesté ! C’est tout le quartier
qui a payé le prix de cette témérité.
La jeune recrue rentrée à la base à Togo
2000 où ils étaient campés, ameuta ses camarades
qui firent une descente musclée dans le quartier. Et tous
ceux qui ont eu le malheur de les rencontrer en ont eu pour leur
compte. Hommes, femmes et enfants furent passés à tabac.
Juste pour venger l’élève policier. Un abus
de pouvoir sur toute la ligne. Les autorités avaient à l’époque
promis une enquête pour connaître les tenants et
les aboutissants de cette histoire. Mais Dieu seul sait si ces élèves
policiers ont été inquiétés.
C’est tout de même malheureux que de telles abominations
se passent dans notre pays.
TINO Kossi,
correspondant à Lomé
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