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La crise financière menace-t-elle l’Afrique?
Des économistes et des financiers
s’expriment
30 septembre 2008
En aout 2007 éclatait la crise des subprimes aux Etats-Unis.
Plus d’un an après, elle est loin d’être
terminée. La récente faillite de Lehman Brothers
en est la preuve. En Afrique, au Maghreb en particulier, des
mouvements de panique ont eu lieu sur des places financières.
Quelles peuvent être les conséquences de cette
crise pour le continent noir? Analyse.
Lundi 15 septembre. Lehman Brothers, quatrième banque
d’investissement de Wall Street, se place sous la protection
de la loi sur la faillite. Une manière politiquement correct
d’annoncer sa faillite. Le système financier mondial
plonge dans le rouge. Georges Bush annonce, dans la foulée,
un plan de sauvetage des institutions financières de Wall
Street de 700 milliards de dollars. «Que le ciel nous
vienne en aide à tous, si ce plan (vient d’être
rejeté ndlr), ne passe pas», avait déclaré Henry
Paulson, le secrétaire d’Etat américain au
Trésor.
Dans le même temps, la panique s’empare de plusieurs
places boursières en Afrique: au Maroc, en Algérie,
au Nigéria, au Kenya….. Plusieurs banquiers africains
interviennent alors pour rassurer les investisseurs. «Nous
ne sommes pas concernés par la crise internationale car
nous n’avons pas de subprimes dans nos banques. Nos banques
ne portent pas ce genre d’actifs qui a causé la
perte de la prestigieuse banque américaine»,
a indiqué le gouverneur de la Banque centrale marocaine,
Abdellatif Jouahri. Le même discours a été tenu
au Nigéria, en Algérie, etc… L’impact
de la crise financière internationale sur l’Afrique
devrait donc être limité.
Les conséquences varient suivant les pays
Au-delà de toutes ces allégations, quelles peuvent être
les vraies répercussions de cette crise financière
internationale, qui ébranle le système capitaliste
dans son ensemble, sur le système financier africain et
l’économie réelle du continent? En été 2007,
au lendemain de l’éclatement de la crise, un banquier
marocain affirmait, «nous n’avons rien à craindre.
Grâce au sous-développement nous sommes immunisés!»
Pas tant que ça, nous a répondu Jose Gijon Spalla, économiste
en Chef pour l’Afrique et le Moyen Orient au centre de
développement de l’OCDE. «Les conséquences
de cette crise, dit-il, peuvent varier selon le niveau de développement
des pays». L’effet de contagion peut donc atteindre
des Etats comme l’Egypte, l’Afrique du Sud ou le
Maroc, dont les systèmes financiers sont plus intégrés
au système international. Des Fonds occidentaux en quête
de diversification de leurs investissements ont injecté beaucoup
d’argent sur ces marchés, écrit The African
Executive. Les baisses constatées sur les places boursières
de ces pays paraissent donc normal. Il s’agit d’un
problème de confiance, explique l’économiste
de l’OCDE, parce que «les investisseurs se disent
que si les Etats-Unis sont frappés, ce ne sont pas ces
pays africains qui seront épargnés».
Il faut, par ailleurs, noter que cette crise est d’abord
une crise de financement. Les entreprises financières,
notamment les banques de certains pays africains, vont être
touchées. Car elles ne pourront pas recevoir de fonds
de la part de leurs consœurs occidentales. Si les banques
occidentales, pour des raisons de solvabilité, refusent
de se prêter de l’argent entre elles, il y a de fortes
chances qu’elles ne veuillent pas financées les
banques africaines. Et si ces dernières ne peuvent pas
bénéficier de ces crédits, elles se retrouveront
dans l’incapacité de prêter à leurs
clients (particuliers ou entreprises). La crise se répercute
alors sur l’économie réelle.
L’aide au développement pourrait en souffrir
Ce n’est pas tout. «La plupart des gros projets
(publics ou privés), en Afrique, sont financés
par des fonds étrangers et quand ceux-ci n’ont pas
de visibilité, ils deviennent réticents à investir»,
ajoute Mivédor Ekué, Chargé de portefeuille à la
Banque africaine de développement (BAD). Des projets pourront
donc être suspendus sur le continent.
Autre conséquence, d’ordre général,
pour le continent, selon Jose Gijon Spalla: «Si une
récession survient sur les marchés développés
notamment aux Etats-Unis, cela pourrait entraîner la baisse
de la demande, donc de la production. Conséquence: les
demandes en matières premières vont reculer.» Pour
les pays africains essentiellement producteurs, il s’agit
là d’une mauvaise nouvelle. De même, cette
crise peut aussi entraîner la chute du dollar. Les matières
premières étant cotées en billet vert,
une baisse de son cours va provoquer la baisse du revenu des
entreprises productrices, qui en général sont publiques.
Les pays de zone F CFA, par exemple, en raison de l’arrimage à l’euro,
vont produire dans une monnaie plus forte et vont vendre moins
chère.
D’autre part, les pays développés ont pris
des engagements en matière d’aide vis-à-vis
des pays pauvres. «Si déjà en période
normale, ils ont du mal à tenir ces promesses, sans doute
qu’en temps de crise, ils auront encore plus de mal»,
note M. Spalla.
Quelles solutions pour l’Afrique dans ces conditions? «C’est
difficile de prendre des mesures quand on est dans cette situations»,
indique l’économiste de l’OCDE. C’est
sûr, les pays africains n’ont pas les moyens de
changer le cours des événements en Occident.
Les solutions qui peuvent être mises en œuvre pour
amortir les effets de cette crise en Afrique seront essentiellement
structurelles.
Stéphane Ballong, afrik.com
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