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- Pourquoi gaspiller des Milliards dans des élections frauduleuses?

 

Togo: Un eldorado pour l’impunité

L’ouverture du dialogue national et la célébration du 27 avril peuvent-ils faire table rase des crimes de sang?

Posté le 27 avril 2006

Alors que s’est ouvert depuis le 21 avril dernier le dialogue intertogolais conformément à l’engagement 1.1 des accords de Bruxelles du 14 avril 2004, la question de l’impunité des auteurs des exactions commises au Togo suite à la mort du dictateur Eyadèma, reste entièrement posée.

Faisant le dos rond aux revendications des populations togolaises et des organisations de protection et de défense des droits de l’homme qui veulent voir les tortionnaires derrière les barreaux et pour orchestrer des machinations politiques visant à amadouer le peuple sur les périodes sombres de l’histoire du pays inaugurées par l’assassinat le 13 janvier 1963 du premier président du Togo, Faure Gnassingbé, l’usurpateur du pouvoir, qui de ce fait y a instauré un régime clanique, s’apprête à célébrer, à coup de tapage médiatique la fête de l’indépendance du 27 avril sous prétexte de sceller la réconciliation nationale.

Dans le même temps, des milliers de togolais sont contraints à l’exil pour avoir exprimer leur volonté de voir le changement démocratique s’opérer sur la terre de nos aïeux et également réclamer le respect du suffrage des urnes.

Les morts par balle ou par torture se chiffrent à des centaines selon un rapport d’établissement des faits des nations unies et de la Ligue togolaise des droits de l’homme. Face à ces atteintes graves aux droits humains, la monarchie de fait du Togo ne dit mot et se complaît à faire de la réconciliation, le leitmotiv et le programme de gouvernement.

Dès lors se remet sur le tapis, la problématique de la réelle volonté du tandem Faure-Kodjo à mener le pays vers une réconciliation alors que les bourreaux circulent librement et se comportent avec arrogance sans être inquiétés et sans qu’aucun dédommagement ne soit apporté à ceux qui ont tout perdu depuis le 05 février 2005.

Pour briser le silence devant une telle injustice, plusieurs manifestations contre l’impunité se sont déroulées à la fois au Togo et dans plusieurs villes européennes pour avertir ceux qui veulent occulter l’épineux problème de l’impunité, qu’ils se trompent de combat, même s’ils mettent tout un mois et des moyens colossaux pour orchestrer des festivités folkloriques pour l’indépendance du Togo dans le seul but de flouer l’opinion publique nationale et internationale.

Outre ces manifestions, s’ajoute un communiqué rendu public ce 26 avril par neuf organisations de défense des droits de l’homme (voir ci-dessous) pour protester contre le règne de «l’impunité totale au Togo». Pour les signataires du communiqué, «Ces exactions ont été rendues possibles par une impunité totale qui dure depuis plus de trente ans. Tant qu'il n'aura pas été mis un terme à cette impunité et au non respect de l'état de droit, aucune solution politique et pacifique durable ne pourra être trouvée au Togo».

Pour que justice soit faite et pour que le Togo puisse retrouver le chemin de l’apaisement, ces organisations recommandent la réforme de l’armée, l’établissement d’un programme justice, vérité et réconciliation, l’envoi d’une mission de haut niveau de l’ONU et de la CEDEAO pour souligner la centralité de la question des droits de l’homme.

Bref toutes les doléances qui sont contenues dans les revendications de l’ensemble de l’opposition togolaise et qui sont les cahiers de charge à débattre pendant le dialogue national ouvert par Edem Kodjo, le coursier au service du clan Gnassingbé, lequel dialogue est présidé par le leader du CAR, (le Comité d’action pour le renouveau) dont l’élection à la présidence est contestée par ses collègues des principaux partis de l’opposition, en l’occurrence l’UFC (l’Union des forces de changement) dont le leader Gilchrist Olympio vient d’arriver à Lomé après plus d’un an d’absence et la CDPA (Convention démocratique des peuples africains) de Léopold Gnininvi.

Si les togolais sont sceptiques quant à l’issue heureuse de cette assise et quant à une application rigoureuse des recommandations, surtout sur la nécessité de traduire devant les tribunaux les bourreaux, cela découle du fait que les principaux tortionnaires sont les piliers du régime actuel et sont ceux sur qui en réalité repose la gestion du pouvoir.

Le rapport de l’ONU n’a pas hésité à mettre en cause dans ses annexes dont nous avons copie, le beau-frère du président togolais le Commandant de la FIR (Force d’intervention rapide) Abalo Kadanga, les demi-frères jumeaux de Faure, Toyi et Kpatcha Gnassingbé, dont ce dernier, Ministre de la défense, est à raison considéré comme le pivot du pouvoir, le patron de l’armée de terre forte de 8000 hommes le Colonel Béréna, le Directeur de la police nationale le Colonel Takougnandi qui aura pris le loisir de commander 2500 coupe-coupe à la place des pompes à eau pour découper les togolais comme des morceaux de viande, l’actuel ministre de la sécurité Laokpéssi Pitalouna dont le rôle dans le massacre des populations est clairement avéré.

On n’oublie pas non plus que des personnalités civiles de l’entourage du régime comme Pitang Tchalla, le falsificateur des faux documents qui ont fait de Faure le successeur du dictateur Eyadèma, Charles Debbasch, le tripatouilleur constitutionnel qui avait proposé de mettre des armes au domicile de Natchaba afin de le disqualifier de jouir de ses prérogatives constitutionnelles, ont une lourde charge morale dans les tragiques événements d’après 05 février 2005.

Au regard de ce tableau qui situe les responsabilités directes du massacre lié à la succession monarchique dans les entourages de Faure Gnassingbé, on se demande quelle alchimie pourra le conduire à scier de gré l’arbre sur lequel il est assis. Ce serait donc se faire hara-kiri et remettre en cause son pouvoir basé sur la force brute et des hommes qui font des pieds et des mains pour conserver un régime dont la bestialité de réaction est connue et désavouée.

Le dialogue national peut-il faire abstraction de la question de l’impunité pour prévoir une amnistie générale telle que prônée par les obscurantistes du pouvoir qui cherchent à sécuriser leur avenir? Une telle perspective pourra-t-elle réconcilier les togolais meurtris jusque dans leur âme par des années de barbarie?

S’il est clair que le dialogue actuellement en cours sera de facto un échec s’il aboutit sur de telles conclusions, il sera tout à fait justifier que les togolais ne pardonneront pas à ceux qui se prennent pour leur porte-parole au Corinthia 2 février si par mégarde ils se laissent berner par des promesses pour aboutir à un tel résultat.

A en croire l’avis de quelques compatriotes intervenus ce 26 avril dans l’émission de Juan Gomez sur RFI, le 12è dialogue en cours n’est qu’une farce qui va légitimer le régime de Faure et conduire aux oubliettes, la nécessité de traduire ses proches si ce n’est lui-même devant les juridictions pour crime commis contre le peuple togolais.

La réconciliation ne peut se traduire dans les faits qu’une fois justice rendue. Il ne s’agira pas de chasse aux sorcières si on veut que les togolais oeuvrent ensemble pour un avenir radieux. Il sera plutôt question de mettre côte à côte bourreaux et victimes afin que la vérité jaillisse et que des sanctions symboliques soient données afin que les cœurs meurtris soient apaisés. Il s’agira également de mettre de véritables garde-fous à travers une justice juste et efficace, pour que de tels événements ne se reproduisent plus jamais sur la terre togolaise. Tout ceci passe par l’élaboration d’une société basée sur la liberté et le respect de la personne humaine ainsi donc, d’un Etat de droit.

Ni la célébration de la fête de l’indépendance, ni l’ouverture du dialogue intertogolais, ne peuvent blanchir Faure Gnassingbé et son régime des exactions commises. Il leur appartient de se faire violence pour que l’impunité soit bannie des mœurs et aussi ouvrir le pays à la démocratie, seule condition de se voir accorder un jour, le pardon des populations togolaises.

Nono Mitonyawo, Etiame.com

 

Communiqué de presse

Un an après les violences meurtrières d'avril 2005, l'impunité reste totale au Togo

Il y a un an, le 26 avril 2005, Faure Gnassingbé, était élu président de la République du Togo, à la suite de l’élection présidentielle entachée d'irrégularités et de violences, ayant causé la mort de centaines de personnes, pour la plupart des civils non armés.

Ces exactions ont été rendues possibles par une impunité totale qui dure depuis plus de trente ans. Tant qu'il n'aura pas été mis un terme à cette impunité et au non respect de l'état de droit, aucune solution politique et pacifique durable ne pourra être trouvée au Togo.

Or, en dépit de recommandations formulées par les Nations unies et des ONG de défense des droits humains, aucune mesure n’a été prise, à ce jour, pour identifier et traduire en justice les auteurs de ces violences. En particulier, les membres des forces de sécurité et des milices qui se sont rendus responsables de ces actes et notamment d’exécutions extrajudiciaires et d’actes de torture n’ont pas été sanctionnés.

Dans un rapport publié en août 2005, une mission des Nations unies a dénoncé « l’existence d’une stratégie de la répression » en soulignant l’implication des forces de sécurité et des milices dans ces exactions. Ce rapport recommandait :

l'établissement d'un programme de vérité, justice et réconciliation ;
la réorganisation de l'ensemble du système judiciaire ;
l'envoi d'une mission de haut niveau (ONU/CEDEAO) pour souligner la centralité de la question des droits de l'homme dans la crise togolaise ;
la réforme en profondeur de l'armée pour en faire une armée républicaine et apolitique.
Or, les réformes nécessaires à la mise en œuvre d’un état de droit, notamment la mise en place du programme de vérité, justice et réconciliation et la réforme de l’armée, recommandées par les Nations unies, n’ont pas été engagées.

La volonté affichée par le gouvernement togolais de mettre en place un programme de réconciliation n’a abouti à aucune mesure concrète visant à rendre justice aux victimes des exactions commises en 2005. Bien au contraire, en mars 2006, le Premier ministre togolais Edem Kodjo annonçait qu’il avait « instruit fermement » les autorités policières et judiciaires « d'abandonner instamment toutes poursuites diligentées ou à diligenter à l'encontre de toutes personnes présumées auteurs d'infractions ou de délits étroitement liés à l'élection » à l’exception des personnes soupçonnées d’avoir commis de «crimes de sang».

Quelques jours plus tard, la presse faisait état de la promotion de deux hauts responsables de l’armée togolaises soupçonnés d’être responsables à plusieurs reprises dans le passé de violations des droits humains.

La communauté internationale se doit de poursuivre ses efforts afin que le gouvernement togolais respecte ses engagements et assure une réparation pour les victimes d’exactions et la mise en place d’un réel état de droit.


Associations signataires:

Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT-France),
Amnesty International,
Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme (AEDH),
Franciscans International,
Fédération internationale de l'ACAT (FIACAT),
Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH),
Ligue des droits de l'Homme (LDH),

Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT),
Survie


Contacts:
Clément Boursin (ACAT-France) : clement.boursin@acat.asso.fr – (33) 1.40.40.02.11
Paule Rigaud (Amnesty International) : prigaud@amnesty.org – (33) 1.53.38.66.24
Marceau Sivieude (FIDH) : msivieude@fidh.org – (33) 1.43.55.29.27

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