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Présidentielle américaine:
Les Africains "votent" Obama
28 octobre 2008
Jamais campagne présidentielle américaine n'aura
autant déchaîné les passions en Afrique.
Sur ce continent, les initiatives de soutien à la candidature
de Barack Obama, sénateur noir démocrate de père
kenyan, se multiplient sur fond de ferveur populaire et de dignité retrouvée.
"Barack Obama à Abuja!
" Sur de nombreux poteaux électriques de la capitale fédérale
nigériane, on peut voir depuis plusieurs semaines des posters en couleur
du candidat démocrate à l'élection présidentielle
américaine du 4 novembre prochain. À Lagos, la métropole économique,
certains portent des pagnes, des T-shirt et des casquettes à l'effigie
du sénateur noir de 47 ans, de père kenyan et de mère
américaine. Aucun groupe ne réclame la paternité de cette
campagne de soutien, pas même le très populaire comité Africa
for Obama, créé en juillet dernier et dirigé par le
Pr. Ndidi Okereke, directrice de la Bourse nigériane des valeurs. Selon
elle, il est important de "créer une prise de conscience chez
les Africains", afin qu'ils "poussent leurs amis ou frères
vivant en Amérique à voter Obama".
Comme au Nigeria, cette candidature suscite, dans la plupart
des États africains, une grande ferveur. Jamais, de l'Afrique
du Sud au Sénégal, du Kenya à la Côte
d'Ivoire, élection présidentielle américaine
n'aura autant passionné les gens. "Je le soutiens,
car il s'est engagé à développer les
nouvelles technologies, notamment les énergies renouvelables,
ce qui peut profiter aux pays pauvres", déclare le
frère dominicain nigérian naturalisé américain
Godfrey N'zamujo, directeur du Centre agricole béninois
Songhaï. Le rival d'Obama, John Mac Cain, ne bénéficie,
lui, d'aucun mouvement de soutien. "Avec lui, ce serait
la continuité après deux mandats de gestion catastrophique
du pouvoir par le parti républicain. Nous voulons du neuf.
Obama incarne ce changement", analyse James Kpaka, un étudiant
béninois en diplomatie.
Deux points de vue qui tranchent avec l'indifférence de
la plupart des Africains à l'égard des programmes
des deux présidentiables.
Obama prévoit pourtant de promouvoir la paix en Afrique
(au Soudan, notamment) et d'augmenter de 50 milliards de dollars
US l'aide américaine aux pays en développement.
Bien souvent, l'argument racial l'emporte, en effet, sur les
considérations politiques et économiques. "Je
supporte Barack Obama et suis très fier de lui parce qu'il
montre, une fois de plus, que les 'nègres' ne sont pas
faits uniquement pour chanter et danser, mais qu'ils ont aussi
un cerveau", se félicitait dernièrement, à Lomé,
le reggae-man ivoirien Alpha Blondy.
Une "revanche sur l’histoire"
Pour le politologue béninois Mike Kocou Azilinon, la candidature
d'Obama est l'aboutissement de tout un processus de réhabilitation
de l'image du Noir, souvent présenté, surtout en
Occident, comme un être inférieur, réduit à l'assistanat.
L'une des plus récentes manifestations de cette tendance
a été la présence du Ghanéen Kofi
Annan à la tête de l’ONU de 1997 à 2006.
Aux États-Unis, ce processus a commencé vers la
fin du 19e siècle avec les revendications identitaires
des descendants d'esclaves noirs africains, les luttes des activistes
et intellectuels comme William Du Bois, un des fondateurs du
panafricanisme, dont le père était haïtien.
Il s'est poursuivi au siècle dernier avec l'engagement
politique de Martin Luther King et du pasteur noir Jesse Jackson,
candidat malheureux à l'investiture démocrate en
1984 et 1988. "Pour les Africains, la candidature d'Obama
est une revanche sur l'histoire", résume Mike Kocou
Azilinon.
Les marques de soutien et de sympathie se multiplient. Au Bénin,
un comité de soutien a été créé en
juin dernier. "Les Béninois doivent comprendre à travers
l'élection de Barack Obama que seul le travail est payant",
souligne Francis Ahouadi, son fondateur, dans un entretien accordé le
12 septembre dernier au quotidien Le Matinal.
Tout un symbole
"Barack Obama, la prophétie est en marche !", clame pour sa
part Jah Kassé, un artiste togolais, auteur d'un morceau, mélange
de raga et de funk, qui passe actuellement sur les ondes. Sa compatriote Lovejoyce
Ayayi Amavi, cuisinière, a, elle, inventé une salade qui porte
le nom du candidat démocrate…
Au Nigeria, Africa for Obama a, de son côté, organisé,
en août dernier, une soirée de gala au cours de
laquelle 840 000 dollars US avaient été récoltés
en espèces pour, dit-on, "sensibiliser toutes les
personnes en âge de voter aux États-Unis à s'inscrire
sur les listes électorales afin de voter Barack Obama".
Mais, sous la pression de la commission nigériane de lutte
anticorruption l(Economic and financial crimes commission), ce
comité s'est engagé à rembourser tous les
souscripteurs. La direction de la campagne Obama for America,
aux États-Unis, a en effet rappelé que, dans le
cadre d'une élection présidentielle, la loi américaine
interdisait de recevoir des fonds extérieurs. Plus de
95 % de l'argent ont déjà été restitués.
Mais, pour les nombreux fans africains d'Obama, le plus important
ne semble pas être que leur idole soit élue ou non
président de la première puissance mondiale. Être
bien placé dans la dernière ligne droite pour obtenir
ce poste est déjà, à leurs yeux, tout un
symbole : celui de la capacité du Noir à faire
mentir tous les préjugés à son sujet.
Fernand Nouwligbèto, Daouda Aliyou,
Etonam Ahianyo (Syfia Bénin, Togo, Nigeria)
SYFIA
International
20, rue du Carré-du-Roi
34000 Montpellier - France
www.syfia.info
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