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Togo: le retour des brebis
perdues?
19 novembre 2008
Le
Togo a changé. Illusion!
Et positivement. Supercherie illusoire encore!
Des Togolais renvoyés en exil par feu
Eyadèma
Gnassingbe, sont en train de regagner le bercail. Certains, définitivement.
D’autres, par intermittence. Dans tous les cas, ces retours
sont annoncés urbi et orbi via la presse. Et en clamant
ainsi leur retour, ces «voyageurs» prouvent
l’existence d’un Togo périlleux et dangereux
pour les opposants. Ils se donnent donc une image d’hommes
courageux, bravant la peur et l’insécurité en
comptant sur la protection de l’opinion préalablement
ameutée.
L’objectif – semble-t-il - de ces annonces tambour
battant, est de se donner des garanties sécuritaires en
alertant la communauté nationale et les observateurs étrangers.
Une façon de rentrer au Togo sous le regard des uns et
des autres en vue de dissuader le pouvoir en place et ses milices
de tenter quoi que ce soit contre le nouvel arrivant.
Cette démarche astucieuse contre le régime
togolais tartuffe par essence, est tout à fait compréhensible.
Cependant, il faut affirmer que les «rentrants» rendent
service au régime de Faure Gnassingbé «à l’insu
de leur plein gré», quoi que, les véritables
motifs des rentrants ne sont pas toujours transparents, mais ça
c’est un autre débat. Comment justifier que le Togo
demeure une dictature, ne garantissant aucune sécurité aux «opposants
exilés» depuis une vingtaine d’années
voire plus, et y retourner? Rentrer au Togo, la peur au
ventre d’être arrêté, kidnappé ou
assassiné et y sortir sans égratignures, c’est
au crédit du pouvoir en place. Croyant exposer le pouvoir,
c’est plutôt l’effet contraire qui se produit,
car si les ces exilés politiques peuvent retourner au
Togo, aux yeux du monde, c’est que quelque chose a changé en
bien. Ainsi, ces publicités gratuites claironnant ces
retours sont au profit du clan Gnassingbe. Il est d’ailleurs
remarquable qu’aucun des voyageurs ne mentionne des ennuis
avec le pouvoir. Sauf, Eloi Koussawo qui a jugé utile
de raconter ses aventures. Mais Koussawo a été complètement
désavoué. Sur la toile, il a été lynché et
qualifié de menteur. C’est peu dire que personne
n’a cru à son histoire. Et cela, c’est au
bénéfice du régime togolais.
De deux choses l’une, ou alors le Togo est une tyrannie
où la peur et la répression élisent domicile.
Et dans ce cas, revoir la terre natale est impossible, pour le
moins provisoirement, aux exilés voulant y aller officiellement.
Ou alors, le Togo a changé et est devenu une démocratie
où chaque citoyen a le droit d’aller et de venir à son
gré. Et dans ce cas, tout Togolais vivant à l’étranger
ou non, peut entrer et sortir sans crainte et sans annonce.
En annonçant leur retour dans les media et en faisant
le mouvement aller-retour, ces Togolais donnent au pouvoir un
visage humain, et font de lui une démocratie qui n’attente
plus à l’intégrité physique de ses
opposants, et qui garantit la sécurité à tout
Togolais. Ce qui en réalité est faux, si on se
réfère au tout récent assassinat d’Atsutsè Kokouvi
Agbobli.
Gilchrist Olympio, pourchassé pendant longtemps par le
clan Gnassingbe est probablement celui qui a ouvert le bal des
retours. Olympio est rentré au Togo depuis un an déjà.
Ce qui fait dire à certaines personnes que le Togo a changé et
que le fils n’agit pas comme son père. Les raisons
du retour d’Olympio ne sont pas simplement le retour de
l’enfant au pays, et sa position politique aujourd’hui
mériterait d’être débattue, mais ce
n’est pas notre préoccupation ici.
S’il est tout à fait exact que la lutte pour la
démocratie au Togo, se déroule sur la terre togolaise
aux côtés du peuple, il n’en demeure pas moins
vrai que les retours dans les conditions actuelles, sont la confirmation
de l’échec du combat démocratique. Car, après
avoir osé la lutte, ces Togolais finissent par se rendre
compte d’une évidence : celle de la réalité faite
d’impuissance. Quand la chasse n’a pas été bonne,
les chasseurs rentrent bredouille au bercail.
Ces démocrates, regagnent un pays sous une dictature
bien plus féroce mais plus subtile qu’avant leur
départ du Togo. A leur arrivée, ils verront un
Togo dévasté. Un Togo, étranglé où la
population rumine sa colère. Un Togo, en apparence libre,
mais en réalité fermé et étroitement
surveillé. Ils verront des médias (journaux écrits,
radios et télévisions) en apparence ouverts et
critiques alors que peu le sont vraiment. Ils verront des patrimoines
publics abandonnés et un réseau routier en déliquescence
avancée. Ils verront le tissu social en lambeaux. Ils
trouveront un système médical complètement
inexistant. Ils verront des Togolais plus misérables qu’avant.
Ils verront une jeunesse laissée-pour-compte et qui vit
de la débrouillardise. Ils verront l’insouciance
des soi-disant dirigeants et mesureront le degré de leur
criminalité. Ils verront que nos cimetières sont
immenses et ne cessent de grandir. Alors, se rendront-ils compte
de l’immensité de la tâche qui attend les
Togolais. Ils s’apercevront que nos objectifs ne sont pas
atteints et que la fin de la lutte est plus éloignée
que le début. Ils s’apercevront que c’est
le retour à la case départ et que leur histoire
ressemble à quelques exceptions près, à celle
du crabe qui est retourné dans la boue après avoir
entretenu l’illusion d’une propreté définitive
dans l’eau.
Cyniquement, pour le régime tyrannique togolais, ces
retours sont du pain béni. Dans la perspective électorale
de 2010, quelle bonne image que baby Gnassingbe se forge en laissant
rentrer au Togo, ces opposants qu’Eyadema Gnassingbe n’a
jamais voulu voir ! Le clan Gnassingbe utilisera ces retours
comme des trophées de réconciliation et du changement
durable. Car, sous Gnassingbe-père, il n’a pas été possible à ces
exilés, de s’approcher de la terre natale. Ainsi,
la victoire frauduleuse qui se profile une nouvelle fois à l’horizon
2010, sera justifiée par l’argument selon lequel
le vote en faveur de Faure Gnassingbe est l’adhésion
du peuple togolais à sa politique d’apaisement,
de réconciliation et de changement. Laquelle politique
aurait permis à des Togolais exilés de retrouver
la terre natale. Le retour des vampires bailleurs de fonds sera
aussi allégué.
On aura beau contredire cette version de l’histoire. Elle
présente, cependant, une certaine logique argumentaire,
aux yeux des observateurs étrangers ignorant les réalités
locales. Déjà en octobre 2007, lors des législatives,
le Rassemblement du Peuple Togolais au pouvoir depuis un demi-siècle
bientôt, a expliqué sa victoire volée par
l’adhésion des Togolais à la politique d’apaisement
et de réconciliation de Faure Gnassingbe et avait mis
en avant la présence de Gilchrist Olympio au Togo, comme
preuve palpable du changement.
En définitive, ces Togolais veulent se présenter
comme des hommes courageux, bravant la peur, l’insécurité et la
brutalité d’un pouvoir sanguinaire. C’est
perdu ! Ils sont d’ores et déjà, dans
les mains du clan au pouvoir, des trophées de la réconciliation
et du changement à brandir au bon moment, avec le credo
que ce que le père n’a jamais voulu faire, le fils
l’a réalisé. Cela fera partie des justifications
qui nous seront sorties en 2010. Cela nous fera bondir, mais
hélas ! Nous aurons du mal à convaincre. Puisque
dans une logique purement stratégique, nous aurons perdu
en étant incohérent dans nos analyses et démarches.
Rodrigue Kpogli,
Président de
la JUDA
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