|
Visite de Faure Gnassingbé en France:
Malgré sa promesse, Nicolas
Sarkozy reçoit un usurpateur à l'Elysée
20 novembre 2008
Alors candidat à la présidentielle en France il
y a plus de deux ans, Nicolas Sarkozy avait publiquement affirmé qu’il
ne reconnaissait pas les élections présidentielles
passées au Togo et que cela s’assimilait à une
mascarade électorale. Tout le Togo avait applaudi et cru
qu’une fois aux affaires Sarkozy, le président de
la «rupture» aurait une approche différente
de la politique françafricaine de l’Elysée.
Mais que nenni! Voilà que sans conditions préalables
Sarkozy qui aime bien se poser en chantre de la démocratie
reçoit à l’Elysée un assassin qui
a les mains souillées de sang d’innocentes victimes
togolaises qui ne demandaient que plus de justice et de liberté.
Ce volte-face de Nicolas Sarkozy doit faire comprendre aux togolais
qu’ils doivent eux-mêmes prendre leur avenir en mains.
Communiqué de Survie, le 19 novembre 2008
C’est le 2ème épisode, cette semaine, d’un
feuilleton françafricain qui dure depuis trop longtemps.
Après le président burkinabé le 19 novembre,
Nicolas Sarkozy reçoit son homologue togolais, le jeudi
20 novembre, venu en visite « de travail et d’amitié » pour
préparer en fait la perpétuation de la dictature
Gnassingbé.
Cette visite entre indiscutablement dans la perspective des
prochaines élections présidentielles en 2010 qui
donne lieu à toutes les inquiétudes pour l’avenir
du Togo. Les Togolais subissent, au quotidien, la rivalité entre
Faure Gnassingbé et son demi-frère Kpatcha, tout-puissant
ministre de la Défense. Les deux héritiers se disputent
la confiscation du pouvoir, Kpatcha agitant même la menace
d’une intervention de l’armée : « Mais
si le pays arrivait à une situation de blocage politique,
l’armée n’hésiterait pas à entrer
en jeu. » (interview dans Le Monde, le 19 octobre 2007).
L’autre enjeu de cette visite concerne évidemment
les intérêts économiques français
au Togo, avec au premier plan la concession du port autonome
de Lomé. Aujourd’hui entre les mains de Progosa
SA, avec l’appui et au bénéfice de la plupart
des barons du régime, le port de Lomé fera l’objet
d’une négociation serrée pour satisfaire
les appétits du principal ami et sponsor de Nicolas Sarkozy,
Vincent Bolloré. Le président français avait
déjà averti Faure Gnassinbgé à Lisbonne,
lors du Sommet UE-Afrique en décembre dernier: «Bolloré est
sur les rangs. Quand on est ami de la France, il faut penser
aux entreprises françaises» (Le Canard enchaîné).
Survie rappelle que Faure Gnassingbé Eyadema s’est
hissé à la tête du Togo, en avril 2005, à la
suite d’un coup d’Etat « héréditaire » perpétuant
ainsi le règne sanglant de son père disparu brutalement.
Un coup d’Etat légitimé a posteriori par
une mascarade électorale, entachée de graves violences
responsables de centaines de morts et de 40 000 réfugiés
dans les pays voisins (1). Les piliers de la Françafrique
(Omar Bongo, Blaise Compaoré, Denis Sassou Nguesso et
autres) ont été sérieusement mis à contribution
par Faure Gnassingbé depuis son élection frauduleuse
pour plaider sa cause et le réhabiliter auprès
des autorités françaises. Aujourd’hui, après
45 ans de pouvoir clanique de la famille Eyadéma, le Togo
est un pays délabré, abruti par la misère
et les injustices, assommé par une corruption et réduit
au silence.
Le Togo vient d’ailleurs de perdre un opposant de premier
plan sans que cela n’émeuve les autorités
françaises plutôt occupées à préserver,
coûte que coûte, les intérêts commerciaux
français. Historien, politologue et président du
Mouvement pour le Développement National (MODENA), Atsutsè Kokouvi
Agbobli dit AKA a été retrouvé mort, le
13 août dernier, sur une plage de Lomé. Tous les
indices confortent la thèse d’un assassinat politique
malgré les tentatives de camouflages du gouvernement.
Une ligne de plus à ajouter à la longue liste de
crimes du clan Eyadéma.
Dans ce contexte tendu, il serait inacceptable qu’à l’occasion
de cette visite de « travail » du président
togolais en France, annoncée sans les trompettes et tambours
habituels, le gouvernement français apporte sa caution
politique à un régime criminel et largement discrédité en
vu des élections présidentielles de 2010.
Pour Nicolas Sarkozy, qui voulait se «débarrasser
des réseaux d’un autre temps» (discours
de Cotonou, 2006), et annonçait «Nous ne soutiendrons
ni les dictatures, ni les pays dirigés par des régimes
corrompus» (programme électoral de l’UMP
en 2007), il est temps de prouver que l’avenir des pays
du pré-carré africain ne se décide plus à l’Elysée.
Aussi Survie:
- exige que la France cesse tout soutien politique au régime
de Faure Gnassingbé Eyadéma,
- exige des pouvoirs publics français qu’ils conditionnent
leur coopération avec le régime togolais au respect
des droits humains, la lutte contre l’impunité et
l’organisation d’élections libres et transparentes,
- demande aux autorités françaises qu’elles
exigent que toute la lumière soit faite sur l’assassinat
d’Atsutsè Kokouvi Agbobli
(1) Lire Avril 2005. Le choix volé des Togolais. Rapport
sur un coup d’Etat électoral perpétré avec
la complicité de la France et de la communauté internationale,
coordonné par Survie, L’Harmattan, septembre 2005,
106 p.
Association Survie
http://survie.org
|
|