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Dossiers Afrique: Tu régneras,
mon fils:
Autopsie de la valse des monarchies en
Afrique. Pour quand la fin?
27 novembre 2008
Dérive monarchique? Sur le continent noir, la présidence
est souvent une affaire de famille. Formule adoptée dans
l'ex-Zaïre et au Togo, envisagée au Sénégal,
au Gabon, en Egypte ou en Libye. Gros plan sur une troublante
tentation dynastique.
Un cas, c'est une exception. Deux, une curiosité. Trois,
une mode. Mais, avec une dizaine pour la seule Afrique subsaharienne,
on frôle l'épidémie. De quel virus s'agit-il?
De la tentation dynastique. De cette propension des chefs d'Etat
du continent à échafauder une succession héréditaire.
L'alternance, soit, mais au sein du clan... Pour l'heure, seuls
deux «fils de» ont empoigné, sur
fond de chaos, d'ailleurs, le sceptre paternel : Joseph Kabila
en République démocratique du Congo (RDC), et Faure
Gnassingbé au Togo.
Les dauphins supposés, eux, sont légions: Karim
Wade au Sénégal, Ali Ben Bongo au Gabon, Teodorin
Nguema Obiang en Guinée équatoriale, et pourquoi
pas Franck Biya au Cameroun ou Francis Bozizé en République
centrafricaine? Plus au nord, le Libyen Seïf al-Islam Kadhafi
et l'Egyptien Gamal Moubarak méritent une place d'honneur
au sein du club. La loi des gènes n'a rien d'une exclusivité africaine,
comme l'attestent les parcours de George W. Bush, aux Etats-Unis,
ou de la défunte Benazir Bhutto, au Pakistan. De même,
on invoque volontiers sur le continent noir les trajectoires
de Claude Chirac, conseillère influente de son père
Jacques, de Jean-Christophe Mitterrand, surnommé «Papamadit» dès
qu'il revêtit le boubou du M. Afrique élyséen,
ou celle, naissante et météorique, de Jean Sarkozy
dans les Hauts-de-Seine. Analogie bancale: aucun de ces trois
légataires n'a prétendu endosser la toge paternelle.
Le pouvoir de l'ADN se heurte en outre à un triple paradoxe.
D'abord, il n'est jamais bon de traîner des années
durant un statut de favori; le prince Hassan de Jordanie, coiffé sur
le fil par son cadet Abdallah, l'aura appris à ses dépens.
Ensuite, les pères répugnent souvent à introniser
un ayant-droit, de peur d'affaiblir leur emprise ou de précipiter
la guérilla des prétendants. Enfin, l'atout du
nom peut virer au handicap. Atout, bien sûr, puisque le
rejeton né coiffé bénéficie du respect
craintif qu'inspire le chef et des instruments dévolus à l'exécutif.
Handicap, car il lui faut s'affranchir de son image d'enfant
gâté et déjouer l'hostilité des caciques
du régime, écartés d'un trône dont
ils s'estiment plus dignes que lui. Karim Wade, Ali Bongo ou
Gamal Moubarak en savent quelque chose.
Ils savent aussi que les diplômes prestigieux et les doctorats
de complaisance glanés à l'étranger n'épatent
guère le peuple, pas plus qu'une carrière prometteuse
dans la haute finance. Ils savent encore que le pedigree ne dispense
pas partout de l'onction du suffrage universel. Ils savent enfin
ce qui ne se dit guère : dès que le patriarche
rejoint le royaume des ancêtres, sujets et rivaux oublient
toute indulgence envers le prince éduqué en Europe
ou aux Etats-Unis. S'il paraît vain de brosser le portrait-robot
de l'héritier présomptif, les constantes ne manquent
pas. Le dauphin s'évertue à réfuter toute
ambition successorale. Et sa maman est rarement étrangère à son
parcours.
Dans les salons cairotes, il se murmure que Suzanne Moubarak,
fille d'un médecin égyptien et d'une infirmière
galloise, a plaidé sans relâche la cause de Gamal
auprès de son époux, Hosni. De même, Viviane
Wade, Française d'origine, passe à Dakar pour l'avocate
la plus tenace de son premier-né, Karim. Autre tropisme,
le goût pour les fondations, appareils plus souples et
moins sclérosés que des formations plombées
par la culture du parti unique. Voilà de quoi rapprocher,
au-delà de la haute stature et du crâne rasé,
l'aîné Wade et le cadet Kadhafi. La Génération
du concret, mouvement lancé en novembre 2006, permet au
premier de tisser un réseau d'influence et de dissiper
au gré des chantiers - ici une école, là un
dispensaire - l'image du métis lointain.
Quant à la Fondation Kadhafi pour le développement,
elle a beaucoup contribué à élargir l'audience
de Seïf al-Islam, l'un des fils du Guide de la Jamahiriya
libyenne. Sur un mode plus futile, la jeune garde cède
volontiers aux sirènes du luxe, des bolides hors de prix,
des yachts et des sports nautiques. Ali Bongo et Karim Wade partagent
ainsi avec leur ami Mohammed VI, héritier du trône
chérifien, la passion du jet-ski. D'autres, flambeurs
impénitents et irascibles, peuplent les cauchemars des
policiers français ou des ambassadeurs africains, priés
d'amortir l'impact des frasques du fiston. A ce palmarès,
la palme revient ex aequo à Hannibal Kadhafi, enclin à griller à tombeau
ouvert les feux des Champs-Elysées, et à l'Equato-Guinéen
Teodorin Nguema Obiang, tandis que Denis Christel Sassou-Nguesso
peut espérer un accessit.
Il y a dans les intrigues de l'«après-papa» quelque
chose de théâtral. Mais le répertoire oscille
entre Shakespeare et Labiche, entre la tragédie grecque
et Ubu roi. On croise sur les planches quelques Brutus et autant
de figurants égarés, tant le hasard et l'Histoire
font de piètres directeurs de casting. Place à la
revue des troupes, en costume de scène.
Togo: Un si lourd héritage
Délesté de toute pompe protocolaire, l'échange
informel avec Faure Essozimna Gnassingbé, 41 ans, laisse
une étrange impression. Voilà un homme désireux
d'effacer le sceau d'infamie que lui vaut une accession au pouvoir
calamiteuse, encore tétanisé par l'ombre tutélaire ô combien écrasante
de son défunt père et résolu à inoculer à son
pays un antidote au despotisme. Mais qui, tel un Gorbatchev tropical,
ignore s'il survivra à la réforme d'un système
clanique et prébendier. Ce quadra policé, titulaire
d'une maîtrise de gestion de Paris-Dauphine - normal pour
un dauphin - et d'un MBA de l'université George-Washington,
a tellement conscience des embûches semées sous
ses pas, y compris par les siens, qu'il se fait parfois l'analyste
lucide et navré de sa propre impuissance. Comment expier
la mascarade institutionnelle dont on fut à la fois l'acteur
et le jouet? Quand, le 5 février 2005, papa Eyadema, ancien
sergent-chef de la Coloniale, passe de vie à trépas,
les barons du régime, officiers nordistes en tête,
lancent l'opération survie; avec le concours du juriste
français et néanmoins dévoyé Charles
Debbasch, conseiller du disparu, Faure troque son portefeuille
de ministre contre un siège de député, se
voit propulsé au perchoir de l'Assemblée puis, à ce
titre, sur le trône présidentiel. Grossier, le stratagème
suscite un tel tollé que le promu doit convoquer des élections.
Qu'à cela ne tienne: le 24 avril, il remporte le scrutin,
au prix de fraudes éhontées et d'une répression
meurtrière. On verra même des militaires dérober
des urnes garnies et les emporter Dieu sait où... Depuis,
le fils si mal élu s'emploie à solder ce piteux
prologue. «Sur ses intentions, tranche un diplomate
en poste à Lomé, rien à redire. Son bilan?
Plus qu'honorable. Il a rétabli la paix civile. Quant
aux législatives d'octobre 2007, elles ont mené l'opposition
au Parlement.» Encore balbutiante, cette ouverture
a mis un terme à la quarantaine infligée depuis
quinze ans au Togo pour «déficit démocratique» et
gouvernance désastreuse. Tour à tour, l'Union européenne,
le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale
ont ranimé leur coopération. Reste que les crédits
dégelés, pour peu qu'ils trouvent des projets à financer,
n'ont en rien adouci le sort des humbles. D'autant que la croissance
(1 % en 2005, à peine mieux l'année suivante) piétine,
et qu'il faudra du temps pour arracher au marasme les phosphates
et le coton, ressources vitales. Là est la hantise de
Faure Gnassingbé: que le désarroi social anéantisse
les fragiles acquis de son mandat. Il n'a nul besoin de cela,
tant les nostalgiques de l'ordre ancien, et des privilèges
qu'il procurait, parient sur son échec.
Un demi-frère n'est pas toujours la moitié d'un
ennemi. Pour Faure, le péril a un nom. Celui de son cadet
Kpatcha, accusé d'avoir vainement ourdi, en août
2007, un coup d'Etat. Le frangin putschiste, favori des galonnés
de l'ethnie kabiyé, a perdu tour à tour le portefeuille
de la Défense, puis les commandes de la Société togolaise
du coton.
Mais la capacité de nuisance du député de
Kara (Nord), fief paternel, demeure. Car ses alliés tiennent
le port de Lomé. Lui rechigne à reconnaître
la légitimité d'un aîné de mère
ewé, donc du Sud, suspecté de brader l'héritage.
Soucieux d'éviter un choc frontal, Faure a porté le
fer sur le terrain fiscal. Proche de lui, la patronne des impôts
a ainsi infligé à un affairiste libanais, associé de «M.K.»,
un colossal redressement.
Le président, avance un de ses confidents, «n'est
pas un tueur». Lui-même l'admet : il répugne à frapper
celui qui a déçu ou trahi sa confiance. «Je
l'aime bien, mais il me fait de la peine, concède un
ancien Premier ministre. Il veut agir plus, mais ça
passe mal au sein de sa propre famille. Je le sens un peu désemparé.
Pour lui, le salut passe par une victoire propre à la
présidentielle de 2010.»
RDC: Joseph, l'héritier qui vient de loin
«Le pouvoir m'est tombé dessus.» Voici
comment le président de l'ex-Zaïre décrit
sa brutale ascension. Lorsqu'il prête serment, le 26
janvier 2001, soit dix jours après le meurtre de Laurent-Désiré Kabila,
alias LDK, abattu dans son bureau de Kinshasa par l'un de ses
gardes du corps, le «petit Joseph» a 29
ans. Mais il n'accorde guère d'importance à son
titre de plus jeune chef d'Etat de la planète. C'est
qu'à l'époque on ne donne pas cher de la peau
de ce «gamin» énigmatique, bombardé à la
tête d'un pays-continent en faillite, théâtre
d'une épouvantable hécatombe et champ de manoeuvre
d'une demi-douzaine d'armées voisines avides de piller
son pactole minéral. Sur le terrain militaire, Joseph
a pourtant du répondant : c'est auprès de James
Kabarebe, l'un des stratèges de l'Armée patriotique
rwandaise, qu'il apprend le métier des armes.
Dès 1996, le novice rejoint les maquisards que dirige
le Mzee - le Sage, autre surnom du père - et prend part à la
longue marche vers «Kin», via Kisangani.
Très vite, LDK lui confie les rênes de l'armée
de terre, avec rang de major général, puis l'envoie
parfaire sa formation à l'Académie militaire de
Pékin. L'escapade durera trois mois à peine : fragilisé par
sa rupture avec les parrains ougandais et rwandais, Laurent-Désiré le
rappelle en urgence. Au pays, une autre bataille attend l'officier
précoce lorsqu'il supplée à la hussarde
le Mzee assassiné. Ceux qui digèrent mal la succession
dynastique réfutent sa filiation. Né en juin 1971 à Mpiki
(Sud-Kivu), au coeur du maquis de Hewa Bora, Joseph serait le
fils d'un compagnon de lutte rwandais de Laurent-Désiré.
Ce dernier aurait, à la mort de son ami, adopté l'enfant
et pris pour épouse sa mère, Marceline. C'est d'ailleurs
sous le nom d'Hippolyte Kabange que le futur Jo fréquente
l'école française de Dar es-Salaam (Tanzanie),
puis la faculté de droit et d'économie de Kampala
(Ouganda). Autant dire que le débat sur la «congolité» du
sortant empoisonnera le scrutin présidentiel de 2006.
Haro sur le «Rwandais» si mal à l'aise
en lingala, l'une des langues dominantes de l'ex-Zaïre.
La riposte passe par la cathédrale de Kin: le 4 juin de
cette année-là, l'évêque du cru bénit
l'union de Joseph avec sa compagne Marie-Olive, une Congolaise
de l'Est. Manière d'ancrer un peu mieux une identité nationale
controversée. Qui sait? L'accalmie a peut-être permis à Jo
de renouer avec ses passe-temps: la boxe, le moto-cross et...
Che Guevara. Vénération insolite au regard de la
férocité du jugement que le révolutionnaire
porte dans ses Mémoires sur Kabila père, croisé jadis
dans la jungle congolaise.
Sénégal: Karim en selle
Il aura tout essayé pour se délester de la tunique
du prince héritier. Tout. La persuasion, l'ironie, la
menace parfois. Peine perdue. Plus le temps passe et moins le
scénario héréditaire, version sénégalaise,
paraît incongru. Quand on le sonde, Karim Meïssa Wade,
39 ans, ne s'offusque plus. Il argumente. Dénonce, en
fils loyal, l'indécence qu'il y aurait à ébaucher
une transition nullement ouverte; et invoque le primat sacré du
suffrage universel. Reste que les lieutenants de l'ex-banquier
d'affaires n'ont pas ces pudeurs.
Octogénaire alerte, le président Abdoulaye Wade
s'emploie quant à lui à protéger son aîné.
Il l'aurait vainement dissuadé de s'aventurer dans le
marigot cruel de la politique. «Karim, insiste le chef
de l'Etat, est un Sénégalais comme les autres.
Il peut se présenter aux élections, mais pas en
tant que mon dauphin.» A l'en croire, le patriarche
au crâne poli balade sa lanterne magique, en quête
de l'oiseau rare digne de lui succéder. On a cru un temps
qu'il sortirait de l'ombre Idrissa Seck, disciple trop pressé,
au risque d'illuminer crûment le duel entre le «fils
spirituel» aujourd'hui répudié et l'héritier
par le sang. Mais les actes de l'ancien éclairent mieux
l'avenir que sa loupiote imaginaire. Car tout se passe comme
s'il avait décidé de tester Karim, de l'aguerrir
et de lui mettre le pied à l'étrier.
Comment oublier le rôle joué par l'héritier
mâle à l'heure du Sopi, ce «changement» que
consacra le triomphe électoral de l'an 2000? Par deux
fois, Karim délaisse la City de Londres pour épauler
le candidat, puis l'élu. Plus tard, Gorgui - le Vieux,
en wolof - confiera à son conseiller personnel les commandes
de l'Anoci, agence chargée d'orchestrer à Dakar
le 11e sommet de l'Organisation de la conférence islamique
(oci) et de coordonner des chantiers urbains pharaoniques. L'occasion
pour le fils de cultiver les liens noués avec les bailleurs
de fonds et les investisseurs du Golfe. Mieux vaut d'ailleurs
ne pas titiller Wade junior. Président de l'Assemblée
nationale, l'ancien Premier ministre Macky Sall osa voilà peu,
sans en aviser le président, inviter Karim à s'expliquer
devant les députés sur la gestion de l'Anoci, jugée
opaque. Funeste erreur: il perdit dans l'affaire son poste de
n° 2 du Parti démocratique sénégalais
(PDS).
Au Palais, on reproche au titulaire du perchoir d'avoir exposé un
homme de mère française, formé dans l'Hexagone,
marié à une «Gauloise» rencontrée à la
Sorbonne, et peu à l'aise en wolof, à des questions
piégeuses. L'ascension de «M. Fils» fait
grincer des dents jusque dans les rangs du PDS. Nul ne conteste
le sérieux de ce bosseur un rien austère et volontiers
cassant, trop imprégné des valeurs du privé pour
ne pas s'irriter des lenteurs bureaucratiques. Son train de vie
? Il n'a rien de tapageur ; même si Karim goûte le
confort et les costumes chics. Non, si les grognards grognent,
c'est contre les faveurs consenties à un rejeton «trop
peu sénégalais». Et papa ne fait rien
pour les rassurer. Quand il annonce, le 9 mai, son intention
de restaurer le septennat, abrégé de deux ans par
ses soins en 2001, Dakar se demande si Gorgui veut prolonger
son dernier bail ou le premier d'un autre Wade.
Gabon: Au bon plaisir d'Omar
Quand, en 1973, le chef de l'Etat gabonais, Albert-Bernard Bongo,
embrasse l'islam, il renonce à son prénom chrétien
pour celui d'Omar, tandis qu'Alain-Bernard, l'aîné d'une
fratrie pléthorique, devient Ali Ben. Le pré-ado
fraîchement converti rêve-t-il alors de sceptre
et de couronne ? Sans doute pas. Et ça vaut mieux pour
lui. «Il n'y a pas de dauphin! tonnait encore Papa
Bongo trois décennies plus tard, au lendemain de sa énième
réélection. Qui dit que la succession est ouverte?
Je serai candidat en 2012 si Dieu m'en donne encore la force.» Il
n'empêche. Libreville s'enivre de mille rumeurs. L'une
d'elles, récurrente et relayée en mai à la
Une par l'hebdomadaire Jeune Afrique, élève Ali,
ministre de la Défense, au grade inconfortable de favori.
Trapu, massif, l'ancien élève du collège
Sainte-Croix de Neuilly-sur-Seine vaut mieux que son allure
et son image. Si sa passion pour les Ferrari défie le
temps, l'homme semble s'être assagi.
Il paraît loin le temps où Ali le noceur cueillait
Jean-Christophe Mitterrand au pied de l'avion pour l'emmener
dans d'ébouriffantes virées, au volant d'une Cadillac
rose ou bleue selon les versions... C'est que le fêtard
repenti, marié à une Française, fille d'un
assureur très en cour au Palais du bord de mer, a beaucoup
appris dans l'ombre d'un père madré et goguenard.
Plus à coup sûr que sur les bancs de la Sorbonne
: sa thèse de droit, jure un témoin, lui parvint
par fax la veille de la soutenance. La suite sera moins insouciante.
En 1991, une réforme constitutionnelle prive le trop jeune
ministre de son maroquin des Affaires étrangères.
Bien sûr, Ali Ben décroche en 1990 un fauteuil de
député à Bongoville, au coeur du bastion
familial, mais son enracinement laisse à désirer.
Il y a plus rude: la guérilla, au sein du Parti démocratique
gabonais (PDG), entre les rénovateurs, dont il se veut
le chef de file, et les adeptes du statu quo, emmenés
par Paul Toungui, ministre des Finances et époux de sa
soeur Pascaline, énarque et directrice de cabinet du paternel.
Dans la coulisse, les dagues s'aiguisent : on l'accuse même
de fomenter des putschs... Ali tangue, mais reste à flot.
Il préside depuis 1996 le Conseil supérieur des
affaires islamiques du Gabon, tremplin rêvé vers
les Emirats que guignait son cadet et rival Christian Hussein.
De même, l'Office des ports et des rades du Gabon, qu'il
cornaque, lui confère un pouvoir enviable. De tels atouts
suffiront-ils ? Pas sûr. Ni auprès de papa, qu'on
voit mal adouber quiconque ; ni pour les Gabonais, qui se prennent
parfois à rêver d'un après-Bongo sans Bongo.
La valse des prétendants
Nul doute que Denis Sassou-Nguesso, maître du Congo-Brazzaville,
briguera l'an prochain un nouveau mandat. Et après ? DSN
a deux fils, dont le fracassant Denis Christel, alias Kiki, connu
pour son train de vie doré sur tranche et ses razzias
frénétiques dans les boutiques de luxe. Raids financés,
comme l'a démontré l'ONG britannique Global Witness,
par les revenus de l'or noir. Il faut dire que le fameux Kiki
a la haute main sur la Cotrade, filiale de négoce de la
Société nationale des pétroles du Congo.
En République centrafricaine, on suit de près la
trajectoire des deux fils du général-président
François Bozizé. Socrate dirige une compagnie aérienne.
Quant à Francis, il officie auprès de son père
comme ministre délégué à la Défense.
De François à Francis: demain, j'enlève
le «o»? Au Cameroun, l'hypothèse
dynastique, pour le moins hasardeuse, supposerait que Paul Biya,
au pouvoir depuis 1982, cède le gouvernail au fils aîné,
Franck Emmanuel. Lequel, «conseiller particulier» de
son géniteur, a surtout investi jusqu'alors dans l'industrie
forestière. En Côte d'Ivoire, le scénario
paraît plus improbable encore. Laurent Gbagbo a certes
un fils prénommé Michel, né voilà trente-huit
ans de son union avec une Française. Mais, s'il avoue
scruter les jeux de l'arène politique, ce psychosociologue
se voit mal postuler à la magistrature suprême. «Un
président par famille et par siècle, confiait-il
en octobre 2007 au magazine Matalana, c'est suffisant.» Pour
l'heure, Michel Gbagbo préfère s'adonner à l'écriture
: à la clef, un recueil de poèmes, publié en
2006, et une analyse de la crise ivoirienne, sortie en mai dernier.
Au Tchad, Idriss Déby a vainement tenté d'initier
son fils Brahim, au point de lui confier le portefeuille de l'Agriculture.
Plan à jamais révolu : l'héritier, dont
les écarts de conduite désespéraient le
maître contesté de N'Djamena, périt assassiné dans
un parking souterrain de Puteaux (Hauts-de-Seine) en juillet
2007. En dehors de la sphère francophone, on citera l'Ouganda
et le cas de Muhozi Kainerugaba, fils du président Yoweri
Museveni. Lequel envisage de passer le témoin à ce
jeune officier, diplômé de la prestigieuse académie
militaire de Sandhurst (Grande-Bretagne). Autrefois colonie espagnole,
la Guinée équatoriale vaut aussi le détour.
Car cet émirat pétrolier du golfe de Guinée,
où l'opulence la plus criarde côtoie une misère
sans fond, pourrait échoir à Teodorin Nguema Obiang,
fils d'un tyran miné par la maladie.
Or, le récit des forfaits et des caprices de TNO laisse
pantois. Un jour, ce jet-setteur compulsif délaisse son
harem russe et engage une liaison tumultueuse avec une rappeuse
américaine, croisée sur le yacht qu'il vient de
louer au propriétaire de Microsoft. On le voit s'offrir à Paris
15 voitures, dont trois Bugatti à 1 million d'euros pièce.
Son nom apparaît d'ailleurs en 2004 dans un rapport du
Sénat américain consacré aux transactions
suspectes d'une banque de Washington. Teodorin aurait-il passé les
bornes? Il se chuchote à Malabo que la famille et les
pétroliers lui préfèrent son frérot
Gabriel Obiang Lima, ministre adjoint des Mines, de l'Industrie
et de l'Energie. Si ce n'est TNO, c'est donc son frère...
Par Vincent Hugeux, l’express.fr
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