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Soudan: Rhétorique contre réalité au
Darfour:
Les exactions continuent malgré l’offensive
de charme du gouvernement
09 décembre 2008
Les récentes affirmations du gouvernement soudanais faisant état
d’une amélioration de la situation au Darfour ne
reflètent pas la réalité, ont déclaré quinze
organisations dans un rapport publié aujourd’hui.
Cherchant à étayer l’argument selon lequel
le Conseil de sécurité de l’ONU devrait surseoir à l’examen
de la délivrance d’un mandat d’arrêt
par la Cour pénale internationale à l’encontre
du Président Omar el-Béchir, le Soudan prétend
que des améliorations importantes ont été enregistrées
au Darfour. Le 3 décembre prochain, le procureur de la
CPI doit informer le Conseil de sécurité de l’état
d’avancement de son enquête.
Contrastant vivement avec les déclarations de Khartoum,
le rapport de 28 pages, «Rhétorique contre réalité – La
situation au Darfour», rédigé par une
coalition d’organisations non gouvernementales – dont
Save Darfur Coalition, Human Rights First et Human Rights Watch – décrit
le manque de progrès constaté au Darfour au cours
des derniers mois sur le plan de la sécurité, de
la situation humanitaire, du déploiement des forces de
maintien de la paix et de la justice nationale.
Suite à l’annonce émise le 14 juillet par
le procureur de la CPI informant qu’il déposait
une requête aux fins de délivrance d’un mandat
d’arrêt contre le Président Béchir
pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et
génocide, son administration a entamé une campagne
diplomatique visant à convaincre les membres du Conseil
de sécurité de suspendre l’affaire engagée
contre lui. Le gouvernement a fait une série de déclarations
publiques proclamant sa volonté d’exercer la justice
dans le cadre des tribunaux nationaux et d’instaurer la
paix au Darfour, affirmant que la situation sur le terrain s’était
améliorée. Lors d’une interview télévisée
accordée le 17 octobre, le Président Béchir
a soutenu que la situation au Darfour était maintenant «tout à fait
normale».
«La situation au Darfour est loin de ce que le monde définirait
comme «normale», a souligné Julia Fromholz, Directrice
du Programme crimes contre l’humanité à Human Rights First. «Des
millions de personnes vivent sous la menace quotidienne de la violence et dépendent
de l’aide humanitaire qui est entravée ou totalement bloquée
par l’insécurité régnante et les innombrables contraintes
bureaucratiques.»
Le rapport décrit l’insécurité qui
règne au Darfour. Entre juillet et octobre 2008, les bombardements
gouvernementaux et les combats au Nord-Darfour ont entraîné le
déplacement de quelque 90 000 personnes. En octobre, les
forces gouvernementales et leurs milices alliées ont mené des
attaques contre 13 villages au moins à proximité de
Muhajariya, au Sud-Darfour. À cette occasion, au moins
44 civils auraient été tués. Même
en novembre, après que Khartoum eut déclaré un «cessez-le-feu
unilatéral et sans condition», l’armée
soudanaise a continué de bombarder des villages au Nord-Darfour
et au Darfour occidental.
«Une fois encore, le gouvernement soudanais parle
de paix avec les diplomates et les journalistes tout en faisant
la guerre au Darfour», a dénoncé Jerry
Fowler, Président de Save Darfur Coalition. «Et
une fois encore, ce sont les civils qui font les frais de la
violence.»
Plus de quatre millions de personnes ont toujours besoin d’aide
humanitaire au Darfour mais en septembre, la situation déplorable
sur le plan de la sécurité a empêché les
agences humanitaires d’avoir accès à 250
000 personnes, le chiffre le plus élevé enregistré jusqu’à présent
en 2008. Depuis le début de l’année, 170
travailleurs humanitaires ont été enlevés
et 11 tués. Le gouvernement soudanais continue également
de faire obstacle à l’acheminent de l’aide
en imposant des contraintes bureaucratiques et en harcelant le
personnel humanitaire.
La force de maintien de la paix Nations Unies/Union africaine
(MINUAD) fonctionne à moins de 50 pour cent des capacités
prévues dans son mandat et fait l’objet d’attaques
répétées. Le gouvernement soudanais s’est à nouveau
engagé à honorer ses obligations et à faciliter
le déploiement de la force, mais ces promesses doivent
encore se traduire en actes. Au niveau local, les forces et autorités
gouvernementales gênent la MINUAD dans son travail de protection
des civils en recourant à des méthodes obstructionnistes
et bureaucratiques, voire en se livrant à des attaques
violentes.
Les autorités soudanaises ont également annoncé une
série de mesures prétendument destinées à améliorer
la justice nationale pour les crimes perpétrés
au Darfour, notamment un nouveau procureur pour le Darfour. Néanmoins à ce
jour, le procureur n’a examiné que trois affaires
et aucune nouvelle poursuite n’a été engagée
en lien avec les principales atrocités.
«La communauté internationale a la malencontreuse
habitude de juger le Soudan sur ses paroles plutôt que
sur ses actes», a relevé Richard Dicker,
Directeur du Programme de justice internationale de Human Rights
Watch. «Le Conseil de sécurité ne doit
pas se laisser duper par Khartoum en offrant l’impunité à Béchir
en échange de vaines promesses. Suite à la déclaration
de leur président en date du 16 juin, les membres du
Conseil de sécurité devraient réaffirmer
que toutes les parties au conflit ont l’obligation contraignante
de coopérer avec la Cour.»
Le présent rapport a été produit
par:
Human Rights First
Human Rights Watch
Save Darfur Coalition
Action pour les Droits Humains et l’Amitié - Sénégal
Arab Coalition for Darfur
Arab Program for Human Rights Activists
Cairo Institute for Human Rights studies
Centre for Human Rights - Sierra Leone
Cercle de Réflexion et d’Action pour le Développement
Economique et Social - Mali
Darfur Relief and Documentation Centre
Fédération Internationale des ligues des droits
de l’homme
International Refugees Rights Initiative
L'Action de la jeunesse Guinéenne pour l'Aide au Développement
et à la Prospérité - Guinée Conakry
Socio-Economic Rights & Accountability Project - Nigeria
West African Refugees and Internally Displaced Persons Network
- Sénégal
Contacts
À New York
- Nicolas Burniat, Human Rights First, New York (anglais et français)
: +1 212 845 5242, +1 917 328 9252 – burniatn@humanrightsfirst.org
- Richard Dicker, Directeur du Programme de justice internationale,
Human Rights Watch : +1-917 747 6731
- Selena Brewer, chercheuse sur le Soudan, Human Rights Watch
:+ 1 917 535 4093 brewers@hrw.org
Au Caire
- Moataz El fegiery, Directeur, Cairo Institute for Human Rights
Studies, +2 01 234 29991 - moataz@cihrs.org
À Dakar
- Djibril Balde, Point focal Afrique de l’Ouest, Darfur
Consortium, +221763936799
À Kampala
- Dismas Nkunda, Co-président, Darfur Consortium: +256
75 331 0404 - dismas.nkunda@refugee-rights.org
À Washington
- Allyn Brooks-LaSure, Directrice principale des communications,
Save Darfur Coalition - 202.478.6174 - press@savedarfur.org
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