Fin
des travaux du GRAD à Lomé:
Faire avancée la démocratie
et l’Etat de droit au Togo
09 novembre 2008
Du 26 au 27 novembre 2008, le Groupe de Réflexion et
d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement
(GRAD), en collaboration avec le National Endowment for Democraty
(NED), a organisé à l’Hôtel Ibis de
Lomé Centre, une table ronde sur le thème «Au-delà des élections
législatives: la problématique de la Démocratie,
de l’Etat de droit et du redressement économique».
La table ronde a rassemblé plusieurs participants représentant
certains partis politiques, certaines organisations de la société civile,
la chefferie traditionnelle, certaines confessions religieuses
et des représentants de la diaspora.
Dans son allocution, le président du GRAD, Dr Victor
Alipui a souhaité la bienvenue aux participants et les
a remerciés d’avoir répondu très nombreux à l’invitation
du GRAD. Il a émis le vœu que les différents
sous-thèmes qui seront présentés puissent
animer les débats desquels jaillira la lumière
qui permettra d’éclairer les actions de nos acteurs
politiques, des autorités togolaises et des institutions
internationales qui accompagnent le Togo dans sa marche vers
la démocratie, l’état de droit et le développement.
Si des efforts ont été faits dans le domaine de
la liberté d’opinion, de la liberté d’expression,
de la liberté de presse, et de la liberté de former
des partis politiques et des associations, le président
a fait remarquer que le chemin à parcourir pour la consolidation
de la démocratie et de l’état de droit reste
long et semé d’embûches.
Depuis plus de cinquante ans, poursuit-il, le Togo est constamment
confronté à un épineux problème,
celui de l’impunité qui a toujours existé tout
au long de son histoire depuis l’époque coloniale
jusqu’à nos jours et qui mine sa cohésion
sociale.
Enfin, le président a invité les participants à ouvrir,
au cours de leurs débats, de nouvelles pistes qui permettent
au Togo de sortir, de façon définitive, de la longue
crise dans laquelle il s’est enlisé.
A son tour, le secrétaire général, M. Assiongbon
Ekoué, a présenté le GRAD comme une association
régie par la loi du 1er juillet 1901 et enregistrée
au Ministère de l’Administration Territoriale de
la Décentralisation sous le n° 3572. Il a en outre
précisé, contrairement à ce que pensent
certains togolais, que le GRAD n’est pas un parti politique.
Il a parlé de ses objectifs, de ses moyens, de ses ressources
et de la composition de son bureau et de ses commissions.
Il a ensuite rappelé les raisons et le but de la table
ronde à savoir : créer une plate-forme de discussion
entre les Togolaises et les Togolais et amener les participants
ayant bénéficié de ces échanges à réfléchir
individuellement et collectivement sur les possibilités
de sortie de crise, à mieux identifier les solutions
idoines et à formuler par la suite des suggestions sur
les structures à mettre en place pour parvenir à une
société démocratique.
Le coordonnateur du GRAD, M. Toulassi Victor a présenté le
programme des deux jours et rappelé la manière
dont les travaux vont se dérouler : exposés en
séance plénière, discussions générales
sur les exposés et travaux en groupes sur les sous-thèmes
suivants.
I - De la nécessité des reformes constitutionnelles
et institutionnelles: l’Assemblée Constituante est-elle
une voie obligée?
II - Du problème de l’impunité à la
réconciliation nationale
III - L’incontournable politique de redressement économique
et financier et les défis d’une économie
de progrès.
I- «De la nécessité des réformes
constitutionnelle et institutionnelle: l’assemblée
constituante est-elle une voie obligée?»
Le premier sous-thème a été présenté par
M Adama Kpodar, Professeur agrégé de droit public
et de science politique, Vice-Doyen de la faculté de droit
de Lomé. Le Modérateur de cette séance,
M. Klousseh, ancien ministre et ancien fonctionnaire de la BCEAO,
a, dans son mot introductif, rappelé la formulation du
thème en relevant que l’idée de la nécessité d’une
assemblée constituante renvoie à la loi fondamentale
et tient compte du vécu quotidien du peuple togolais dans
son ensemble. Il a invité les participants à suivre
l’exposé du spécialiste.
L’orateur a précisé que la question de la
réforme constitutionnelle et institutionnelle est d’actualité.
Selon lui, la constitution subit l’usure du temps, comme
toutes choses humaines avant de retenir que le réformisme
constitutionnel, signe de l’ingénierie constitutionnelle,
conduit à admettre deux conceptions de la constitution.
Une définition juridique: ensemble des normes qui traduit
le désir, d’organisation rationnelle de l’Etat.
Une définition politique: valeurs et équilibre
politique d’une société à un moment
donné. L’opération constituante se présente
alors comme un renouvellement de la fondation de l’Etat à effectuer
avec le concours actif et conscient de la nation. Il a mis l’accent
sur la définition et la typologie du réformisme
constitutionnel. Il a rappelé que le Togo considéré à l’époque
coloniale comme une colonie modèle est depuis les indépendances
un laboratoire de constitutions (1960-1963) (1963-1967), (1967-1979),
(1979-1991), (1991-1994) et à partir de 1992 la constitution
du 14 octobre de la même année (IVe République).
Ce va et vient constitutionnel réactualise la quête
permanente de la meilleure forme de gouvernement pouvant apporter
au peuple togolais la stabilité politique, la paix, le
développement économique et social.
Ainsi la question de la nécessité et des méthodes à utiliser
pour réaliser la réforme se pose. Pour la nécessité,
les erreurs graves qui ont caractérisé la révision
de décembre 2002 consacre un régime hermaphrodite
et crée un risque de blocage institutionnel.
Pour les méthodes, elles varieront selon qu’il
s’agisse d’une réforme partielle ou totale.
Parlant de l’objet de la réforme, l’orateur
se réfère aux recommandations de l’APG pour
distinguer:
la réforme des institutions avec
• un pouvoir exécutif responsable et mieux contrôlé,
• un pouvoir législatif renforcé
• un pouvoir juridictionnel restauré
de celle des droits et libertés qui prévoit la
possibilité d’une saisine directe des individus
en cas de violation des droits fondamentaux avec un mécanisme
de filtrage.
Abordant enfin les techniques de la réforme constitutionnelle,
le Professeur KPODAR retient par rapport:
• aux techniques juridiques
- la révision partielle prévue par les dispositions
de la constitution,
- la révision totale qui est l’élaboration
d’une nouvelle constitution par : i) les méthodes
autoritaires, ii) les modes démocratiques
• aux techniques politiques
- les accords politiques
II – Du problème de l’impunité à la
réconciliation nationale
Ce deuxième sous-thème, ayant pour modérateur
M. Georges Amegandji avocat, ancien bâtonnier, est présenté par
M. Tchaa Bamazi représentant le Président de la
Commission nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et M.
Dan Afidegnon, membre du GRAD.
Le modérateur a d’entrée de jeu, énoncé le
sous-thème. Il a fait un bref rappel de l’expérience
Sud Africaine par rapport au processus Vérité – Justice – Réconciliation et
a établi un lien direct avec le premier sous-thème
intitulé: «de la nécessité des
réformes constitutionnelles et institutionnelles : l’Assemblée
constituante est-elle une voie obligée?».
Le premier orateur a d’abord défini l’impunité considérée
comme l’absence, en droit ou en fait, de la mise en cause
de la responsabilité pénale des auteurs de violations,
ainsi que de leur responsabilité civile, administrative
ou disciplinaire, en ce qu’ils échappent à toute
enquête tendant à permettre leur mise en accusation,
leur arrestation, leur jugement et, s’ils sont reconnus
coupables, leur condamnation à des peines appropriées,
y compris à réparer le préjudice subi par
leurs victimes.
Cette démarche de clarification lui a permis de traiter
dans la première partie du problème de l’impunité en établissant
notamment les causes et les manifestations ou conséquences
dans le contexte togolais. Ainsi M. Tchaa a déterminé comme
causes de l’impunité :
- Absence de volonté politique de réprimer certains
actes criminels, surtout à caractère politique;
- Faiblesse ou même absence de mécanismes appropriés
capables de redresser les torts;
- Corruption;
- Trafic d’influence;
- Pratiques discriminatoires à l’égard de
personnes ou groupes de personnes, etc.
Au titre des conséquences de l’impunité,
le présentateur a particulièrement mis l’accent
sur:
- La limitation ou négation totale des droits de l’homme
et des libertés publiques ;
- La frustration des victimes et de leurs ayants droit ;
- La désobéissance criminelle et la loi de la
jungle ;
- La vengeance privée;
- Dislocation du tissu social, source de troubles sociopolitiques
généralisés ;
- Le manque de confiance dans les institutions.
Pour l’intervenant la lutte contre l’impunité,
préalable à la réalisation de la réconciliation
nationale passe par la mise en œuvre par l’Etat de
ces obligations générales de respecter, protéger
et réaliser les droits de l’homme qu’il
s’est engagé à garantir aux personnes vivant
sous sa juridiction. Au nombre des mesures qui sont pertinentes
dans une société sortant d’une crise, il
a mentionné la nécessité d’une commission
vérité, justice et réconciliation.
Enfin, M. Tchaa a indiqué la démarche qui à ses
yeux constitue des garanties de non renouvellement des pratiques
de l’impunité et la voie pour la réconciliation
nationale. A cet égard, il a insisté sur l’importance
de la réforme des institutions de l’Etat, la dissolution
des groupements armés paraétatiques et la réforme
des lois et des institutions contribuant à l’impunité.
Le deuxième orateur, M. Dan Afidegnon, après un
bref aperçu historique du Togo depuis l’époque
coloniale 1884 jusqu’à l’indépendance
le 27 avril 1960, a brossé un tableau pas très
reluisant en matière des droits de l’homme.
En rappelant que l’émancipation du Togo s’est
faite en plusieurs étapes d’un processus très
mouvementé, il a indiqué que le pays a connu dès
le début de son existence un climat politique controversé et
jalonné de violences politiques. Selon l’orateur,
les différentes tentatives de réconciliation n’ont
jamais abouti à cause du manque de confiance de la population.
Il a, en citant quelques cas de violation massive des droits
de l’homme, précisé que le principe de l’impunité a été érigé par
le pouvoir comme méthode privilégié de conservation
ou de conquête du pouvoir avant de proposer des pistes
de réflexion pour son éradication.
Pour le long terme, il faut concentrer nos énergies sur
l’éducation civique qui peut contribuer à renforcer
une culture fondée sur la légalité et le
respect des droits de l’homme. Elle doit concerner toutes
les couches sociales de la population. L’instruction civique
doit faire désormais partie: i) des programmes d’enseignement
scolaire et universitaire, ii) des programmes de formation au
sein des partis politiques et des associations de la société civile,
iii) les programmes de formation et de recyclage au sein des
forces armées, des forces de l’ordre et de sécurité.
Pour les court et moyen termes, il est indiqué de considérer
comme obligatoire le respect des engagements pris ; à savoir
le respect des 22 engagements et de l’APG signé par
tous les principaux acteurs de la vie politique de notre pays.
III – L’incontournable politique de redressement économique
et financier et les défis d’une économie
de progrès
La modératrice, Mme Ekué Michèle, inspecteur
des impôts et ancien ministre a d’abord relevé un
certain nombre de disfonctionnements en mettant l’accent
sur l’état de pauvreté du Togo, pays pauvre
très endetté et sur l’approche de solutions à proposer
pour une sortie de crise par les experts que nous avons invités.
Le troisième sous-thème a été présenté par
trois orateurs : Mme Freitas Jacqueline le professeur Nouboukpo
et le Dr Sodokin Koffi.
Le premier à prendre la parole est Mme Freitas,
ancienne Directrice de l’économie. Elle remercie
les instances du GRAD pour lui avoir fait appel pour animer cette
séance. Elle a ensuite rappelé l’origine
des programmes d’ajustement structurel au Togo à savoir,
la flambée des prix des matières premières
assortie d’une politique de grands travaux, suivie de la
baisse brutale de leur cours, ce qui a engendré une dette élevée.
Elle a parlé du déroulement de ces différents
programmes aussi bien avec le Fond Monétaire International
(FMI) qu’avec la Banque Mondiale.
Les conditions généralement imposées
dans le cadre de ces programmes sont : la privatisation, la lutte
contre la corruption, des réformes pour éviter
les entraves à l’évolution économique,
la suppression des subventions aux secteurs sociaux, la réduction
de l’effectif dans l’administration, et le
désengagement de l’Etat.
Au Togo, les points d’ancrage étaient les finances
publiques où le Fonds Monétaire International intervenait
dans beaucoup de domaines pour exiger la maîtrise des dépenses,
l’informatisation de la comptabilité publique, la
restructuration de la dette intérieure et extérieure,
la privatisation des entreprises publiques, la fixation des prix
dans leur ensemble sauf pour l’eau, l’électricité qui
sont laissées à la discrétion de l’Etat
(tout le reste devant être libéralisé).
Le dernier point d’ancrage, ce sont les mesures sociales
: la lutte contre la pauvreté.
Selon Mme Jacqueline Freitas, ce programme a eu comme impact
la meilleure connaissance des agrégats économiques
(centralisation des données statistiques pour leur conférer
un peu plus de fiabilité), le renforcement des structures
administratives, l’accès à l’information
des services publics, un meilleur recouvrement des recettes budgétisées,
une plus forte mobilisation au niveau des finances publiques,
la transparence dans la gestion des finances, un meilleur contrôle
des recrutements et une maîtrise de la masse salariale,
etc. Tout ceci a été compromis par la longue crise
assortie d’arrêt de financement extérieur.
Elle n’a pas manqué de mentionner les faiblesses
des programmes à savoir les conditionnalités qui
souvent constituent des contraintes pour les autorités,
une imposition de leur doctrine, la dégradation du niveau
social, toutes autres mesures qui ont fini par déséquilibrer
les pays sous programme.
Le second orateur, le Professeur Kako Nouboupko, a d’entrée
de jeu mis l’accent sur l’extraversion de notre économie.
Il a souligné que nos institutions actuelles sont importées.
La bonne gouvernance est le produit d’un contrat social
pour les hommes qui vivent ensemble. Malheureusement, nous n’avons
pas de vision et nous ne faisons pas non plus la part des choses
entre démocratie et croissance économique. La démocratie
a un coût et nécessite aussi une bonne répartition
des produits de la croissance. Nous avons beaucoup de peines à créer
la valeur ajoutée puisque nous transformons très
peu nos matières premières. Il va sans dire que
le modèle ne soit pas adapté au développement
car nous ne créons pas de richesse.
Après avoir parlé des aberrations qu’il
a relevées par rapport au francs CFA à parité fixe
arrimé à l’Euro (perte de l’autonomie
monétaire, perte de devises, inflations importées),
il a proposé que dans l’économie post ajustement
structurel, il faut remettre le service de chance au service
de la croissance. Il a estimé qu’aujourd’hui,
nous n’avons plus besoin de la garantie de la France mais
s’est demandé si nous pouvons avoir notre propre
monnaie. Il a estimé que cela est possible mais au plan
régional. Evoquant le problème de tarif extérieur
commun, il a évoqué la nécessité d’un
certain protectionnisme au niveau régional. Il a
conseillé de rénover notre politique agricole en
tenant compte des expériences passées, éviter
la mauvaise gestion, développer les interprofessions,
protéger l’agriculteur, instaurer un fonds de productivité.
Pour sortir du piège monétaire, il a suggéré l’autonomie
de la gestion monétaire, la reprise du contrôle
social de nos institutions.
Intervenant à son tour, Dr Sodokin Koffi a fait la distinction
entre politique économique et économie politique
et a mis en évidence leur importance. Il a parlé de
l’économie de marché et souligne ses insuffisances.
Il a proposé une orientation des objectifs du développement économique
et a mis en évidence les possibilités d’application.
Dr. Sodokin a appelé au respect des principes qui gouvernent
l’économie, à veiller aux réinvestissements
en utilisant les profits. La remise en cause de nous-mêmes
et de l’Etat peut permettre de réaliser des performances.
Il a invité les uns et autres à faire preuve de
patriotisme, il a recommandé de financer l’économie
par nos propres ressources et a attiré l’attention
sur le concept de secteur informel au lieu de micro entreprise.
Pour ce faire, la construction du marché et le rétablissement
de la confiance sont les éléments déterminants.
Les six (06) exposés qui ont développé les
trois sous-thèmes ont été suivis de débats
très riches et très instructifs. Aussi, les participants
sont-ils revenus sur toutes les propositions faites en apportant
leurs contributions et en demandant des clarifications sur les
points qui leur paraissent fondamentaux.
A cet égard, et par rapport:
au premier sous-thème, les participants ont
reconnu que la constitution doit assurer le bonheur du
peuple, raison pour laquelle il doit être consulté avant
toute révision fût-elle partielle ou totale. Ils
ont en outre rappelé que la constitution de 1992 est la
seule acceptée par le peuple y compris le Président
EYADEMA. Abordant la question de l’alternance, il a été indiqué de
considérer comme nécessaire, la limitation des
mandats étant entendu que seuls les mandats successifs
doivent être limités. Les participants ont enfin
souhaité que le mode de scrutin à deux tours soit
adopté pour l’élection présidentielle
car reflétant mieux la majorité que le scrutin à un
tour qui, dans l’hypothèse où il y a par
exemple dix (10) candidats, le président de la république
pourrait être élu par une minorité alors
que les neufs(09) autres candidats réunis constitueraient
la majorité
au deuxième sous-thème, et selon les
participants, l’un des problèmes majeurs qui nourrissent
la crise aux multiples facettes que vit le Togo depuis plusieurs
années est l’impunité des délits et
des crimes connus par les acteurs politiques. En effet, le refus
de reconnaître ces violations graves des droits fondamentaux
du citoyen et de les sanctionner conformément aux lois
en vigueur cristallise les rancœurs et génère
l’esprit de vengeance et de justice privée. Cet état
de choses ne peut pas mener à la réconciliation
que souhaitent tant tous les Togolais. La résolution du
problème que pose l’impunité est par conséquent
la clé de voûte qui doit soutenir la réconciliation.
A cet effet, il est nécessaire de créer les conditions
indispensables au rétablissement de la confiance et ce
grâce à un mécanisme efficace à mettre
en place. Pour ce faire les éléments moraux doivent être
pris en compte et une justice transitionnelle doit être
appliquée.
La table ronde estime qu’une bonne administration de la
justice constitue un aspect important de la démocratie
qui vivifie le tissu socio-politique, économique et culturel
de tout pays ; il doit en être ainsi également
au Togo.
Cela étant dit, il demeure des divergences dans l’analyse
et l’identification des acteurs des violences qu’a
vécues le pays. Il a été rappelé que
tout acte troublant l’ordre public et portant atteinte à l’intégrité physique
et morale des citoyens ainsi qu’aux biens publics et privés
quels qu’en soient les auteurs, les origines et les causes
constitue des violations des droits de l’homme passibles
de sanctions ou pénales, civiles, administratives
ou disciplinaires. Pour rétablir la paix dans les cœurs,
il faut accorder une valeur absolue à l’administration
d’une bonne justice qui en tout état de cause doit
aider à l’écriture de l’histoire du
Togo.
au 3ème sous-thème qui a permis à la
table ronde de faire ressortir les éléments négatifs
de la gestion de l’économie togolaise tels que l’état
de délabrement avancé des infrastructures, le niveau élevé de
la corruption qui gangrène le pays, l’extraversion
de l’économie nationale, la fuite des capitaux,
et le système bancaire sinistré. La table ronde
a, en outre, proposé des pistes de réflexion pour
faire sortir le pays du marasme, favoriser le redressement économique
et financier, et faire évoluer l’économie
dans la voie du progrès. A cet effet elle suggère
la conception d’une politique budgétaire efficiente
en collaboration avec le FMI.
Par ailleurs elle a reconnu la nécessité de:
- développer la filière coton et résoudre
le problème de la fertilité du sol avec la possibilité de
produire sur place les engrais phosphatés,
- accompagner les paysans dans les actions à mener notamment
dans le domaine des cultures vivrières.
- mettre en place des structures qui absorbent la main d’œuvre
constituée par les jeunes surtout dans le domaine agricole
- examiner les problèmes qui se posent dans les filières
café et cacao et les résoudre rapidement
- régler le problème foncier,
- arrêter la destruction des forêts et procéder à une
politique de reboisement systématique,
- trouver une solution au problème de la dette notamment
le remboursement de la dette intérieure afin de permettre
la relance de l’économie nationale,
- encourager la formation universitaire en dotant les universités
de moyens importants en vue de former les valeurs dont le pays
a besoin,
- régler les problèmes qui se posent dans la zone
franche industrielle.
Ensuite trois groupes de travail ont été constitués.
Leurs conclusions et recommandations sont jointes en annexe au
présent rapport.
Enfin la plénière a permis à la table ronde
de délibérer sur les rapports des trois groupes
et d’enrichir les propositions qui y sont contenues.
La table ronde, au terme de la plénière a fait
les recommandations suivantes:
- une réforme totale de la constitution avant les échéances
de 2010 par une assemblée constituante est pratiquement
impossible compte tenu du facteur temps ; la constituante doit
plutôt s’inscrire dans une perspective à moyen
terme après l’élection présidentielle
; ou, à défaut, pour contourner le facteur temps,
l’application de celle de 1992 telle qu’adoptée
par référendum,
- une formation civique soutenue,
- la mise en place d’une commission Vérité Justice
et réconciliation comprenant en son sein des personnes
de bonne moralité, de probité et d’intégrité.
Elle doit être indépendante du pouvoir politique,
- l’adoption d’une politique de gestion des finances
publiques conformément aux procédures et règles établies
par la comptabilité publique et la loi des finances
- l’adoption d’une politique de monnaie active au
niveau de l’UEMOA pour financer l’économie
en prenant en compte les énormes réserves de change
de la Banque centrale qui assurent un taux de couverture monétaire
de 120% contre 20% prévus par les statuts ; ceci réduirait
le recours à l’aide des bailleurs de fonds qui reste
toujours liée
- le combat acharné contre la corruption à tous
les niveaux,
- l’adoption et l’application d’une véritable
politique agricole,
- des mesures pour favoriser une meilleure visibilité du
secteur dit informel qui en réalité est celui de
la micro entreprise,
- la réforme du système bancaire,
- l’application de la bonne gouvernance à la gestion
de l’Etat, des entreprises publiques et du secteur privé,
- la mise en place d’un environnement macroéconomique
approprié, juridique et judiciaire stable et transparent
garantissant le développement des affaires,
- la coopération de tous les Togolais pour promouvoir
le patriotisme et la confiance mutuelle comme socles du développement
socio-économique et politique.
En conclusion des travaux de la table ronde, M. Victor Alipui,
président du GRAD, a remercié tous les participants
pour leurs contributions aux débats sur les différents
thèmes présentés par nos éminents
conférenciers. Ces débats ont été francs
et sincères, menés dans un esprit d’ouverture,
ce qui nous a permis de parvenir à des conclusions et
recommandations qui, si nous nous efforçons de les mettre
en œuvre permettront à notre pays de sortir de
sa longue crise politique et de prendre le chemin du progrès économique,
social et culturel. Il a souligné que nous sommes appelés à vivre
ensemble dans l’harmonie et la cohésion sociale.
A cet égard, un effort considérable est à faire
pour mettre fin définitivement à l’impunité en
empruntant la voie de la justice qui reste la condition de la
réconciliation, de la paix et de la stabilité politique.
Il a donc convié tous les participants, notamment les
chefs traditionnels qui sont très proches de nos populations, à œuvrer
inlassablement dans ce sens. Il a promis que de telles rencontres
seront périodiquement organisées afin de débattre,
hors milieux et cercles officiels, des problèmes d’intérêt
national.
Lomé le 5 décembre 2008
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