Guinée: Décès
d’un dictateur:
Chaos en cours après le décès
du président Lansana Conté
23 décembre 2008
Coup de force en cours
Quelques
heures après l'annonce de la mort du général-président
Lansana Conté, des militaires ont annoncé la dissolution
des institutions. Ils demandent maintenant aux membres du gouvernement
et aux officiers généraux de se rendre dans un
camp militaire «pour assurer leur sécurité».
Quelques heures après l'annonce de la mort du général-président
Lansana Conté, des militaires ont annoncé la dissolution
des institutions. Sur RFI, le Premier ministre estime que le
gouvernement qu'il dirige reste en place et que la transition
va se poursuivre selon les règles constitutionnelles.
Les évènements se sont précipités
depuis ce matin à Conakry
Dernier épidode en date: le Premier ministre affirmait
en début d'après-midi que des discussions étaient
en cours entre forces loyalistes et putschistes. Pour le moment,
la garde présidentielle n'a pas bougé et aucun
mouvement n'est signalé dans les autres casernes du pays.
Les autorités militaires dans leur communiqué n° 3
interdisent tout attroupement, mais réaffirment dans un
autre communiqué, leur attachement aux chartes de l’Union
africaine, de la CEDEAO et des Nations unies et s’engagent à respecter
tous les engagements signés par la Guinée.
Selon des sources militaires, les nouveaux visages auxquels
il faudra désormais se familiariser sont pour la plupart
issus du Bata (bataillon autonome des troupes aéroportées),
le plus puissant bataillon autonome des troupes aéroportées,
la principale unité d’élite de l’armée
guinéenne.
Guinée: le point à la mi-journée
«Les nouvelles autorités militaires interdisent
tout attroupement et réaffirment leur attachement aux
chartes de l'Union africaine.»
En fin de matinée, les militaires putschistes ont demandé aux
membres du gouvernement et à tous les officiers généraux
de se rendre au principal camp militaire du pays, le camp Alfa
Yaya Diallo à Conakry, et ce «en vue d'assurer
leur sécurité».
Dans ce même communiqué, le second de la journée émanant
du CNDD, le Conseil national pour la démocratie et le
développement «invite la paisible population
de Conakry et de l'intérieur du pays à rester chez
elle et à éviter tout acte de vandalisme et de
pillage. Les regroupements sont formellement interdits».
Après l'annonce du décès du président
Lansana Conté, chacun s'attendait à ce que la constitution
soit appliquée. Mais vers 7H30 en temps universel ce matin,
une centaine de militaires, selon certains témoins sur
place, se sont rendus au siège de la radio nationale.
Quelques minutes plus tard, le capitaine Moussa Dadis Camara,
déclarait sur les ondes de Radio Conakry: «Le
gouvernement et les institutions républicaines sont dissous »,
ajoutant qu'un « conseil consultatif» allait
bientôt être mis en place, «composé de
civils et militaires».
Ce jeune militaire, qui était jusqu'à présent
chef de la section carburant à l'intendance des armées,
a également évoqué le «désespoir
profond de la population» ainsi que la nécessité du «redressement économique
et de la lutte contre la corruption».
Ces annonces sont pourtant en contradiction avec la position
que semblait avoir adoptée le chef de l’état-major
de l’armée. Le général Diarra Camara était
apparu cette nuit aux côtés du Premier ministre,
Ahmed Tidiane Souaré, et du président de l’Assemblée
nationale qui avaient demandé l’application de
la Constitution.
Celle-ci confie l’intérim au président de
l’Assemblée, Aboubacar Somparé, et lui donne
2 mois pour organiser une élection présidentielle.
Joint par RFI à la mi-journée, le Premier ministre
estime que le gouvernement qu'il dirige reste en place et que
la transition va se poursuivre selon les règles constitutionnelles.
Le président guinéen, Lansana Conté, est
décédé lundi soir des suites d'une grave
maladie. Les hauts responsables du pays se sont rassemblés
dans la nuit, à Conakry, pour évoquer la succession
de l'ex-chef d'Etat. Le président de l'Assemblée
nationale, Aboubacar Somparé, assure la gestion des affaires
du pays, comme prévu par la Constitution. Le Premier ministre
a décrété un deuil national de quarante
jours.
Lansana Conté, le défunt président
guinéen
La mort du président guinéen a été annoncée
par le président de l’Assemblée nationale,
Aboubacar Somparé, sur la télévision d’Etat
guinéenne. «Nous avons le regret d’annoncer
au peuple de Guinée le décès du général
Lansana Conté des suites d’une longue maladie, à 18h45» a-t-il
déclaré.
Le Premier ministre, Ahmed Tidiane Souaré, a ensuite
confirmé la nouvelle à la télévision,
puis le chef d'état-major. Aboubacar Somparé a
demandé officiellement au président de la Cour
suprême de constater la vacance du pouvoir et de faire
appliquer la Constitution.
La procédure prévoit que le président de
l’Assemblée nationale assure la gestion des affaires
du pays et se charge d’organiser une élection présidentielle
dans les soixante jours. En cas de vacances du pouvoir, le président
de l’Assemblée nationale est en charge de la gestion
des affaires du pays.
La succession
Au cours de la nuit, de hauts responsables du régime se
sont réunis pour évoquer la succession du chef
de l'Etat. Lansana Conté était resté pendant
vingt-quatre ans au pouvoir. Le 3 avril 1984, juste après
la mort du président Sékou Touré, un comité militaire
de redressement national prenait le pouvoir en Guinée.
Lansana Conté était alors porté à la
tête de l'Etat par ses pairs. Il était alors un
colonel plutôt discret.
Né en 1934 à Moussayah Loumbaya, il est d’ethnie
Soussou. En 1955, il est incorporé dans l’armée
française et affecté deux ans plus tard en Algérie,
où il reste jusqu’à l’indépendance
de la Guinée. Là, il rejoint la toute jeune armée
nationale.
Le règne d'un «paysan-soldat»
Il aimait se décrire comme «un paysan-soldat,
venu à la politique par accident». Arrivé à la
tête de l’Etat, il rompait, dans un premier temps,
avec l’économie centralisée de Sékou
Touré. En 1990, il faisait adopter une nouvelle constitution
et en 1992, prononçait le multipartisme. Mais son régime
prenait rapidement un visage plus radical.
Le colonel était élu président en 1993,
puis réélu en 1998, à l’occasion
d’un scrutin critiqué par l’opposition. Il était
une nouvelle fois réélu fin 2003, à la faveur
d’une modification de la Constitution qui lui permettait
de briguer un nouveau mandat. Son état de santé avait
causé de nombreuses rumeurs au cours des dernières
années. Des rumeurs renforcées par sa très
grande discrétion et son absence des réunions internationales.
Mais le président guinéen laisse un pays frappé d’un
fort retard en infrastructure, en dépit de ses ressources
minières importantes, bauxite, or, fer et diamant.
Dans sa déclaration à la télévision,
dans la nuit de lundi à mardi, le Premier ministre, Ahmed
Tidiane Souaré, a lancé un appel au calme et demandé aux
forces de sécurité de rester mobilisées. «En
cette douloureuse circonstance, j’invite les braves populations
guinéennes au calme et à la retenue, j’appelle
les forces de défense et de sécurité à assurer
la sécurité à nos frontières et le
calme à l’intérieur du territoire national
en mémoire de l’illustre disparu»
Qui est le capitaine Moussa Dadis Camara
qui vient de prendre le pouvoir?
Parmi les militaires impliqués dans le coup de force guinéen,
on ne connaît pour le moment que celui qui se présente
comme porte- parole, le capitaine Moussa Dadis Camara. Il a affirmé à RFI
ce mardi matin qu'il avait fait des études universitaires à Conakry
et qu'il avait suivi une formation militaire à deux reprises
en Allemagne. Il est aujourd'hui, à la faveur des nominations
et des changements qui sont intervenus dans l'armée il
y a trois mois, chef de la section carburant à l'intendance
des armées.
Le jeune capitaine ferait partie de ce que l'on
appelle en Guinée «la
génération 90». Jusqu'en 1986/87 les étudiants à l'université devaient
obligatoirement effectuer une formation militaire. Certains choisissaient
après d'intégrer l'armée. Cette tradition
instaurée lors de la première République
après l'indépendance a été abandonnée
au début des années 1990.
Le capitaine Dadis Camara ferait en quelque
sorte partie de la dernière promotion de ce système
de recrutement. Difficile de savoir maintenant qui est derrière
ce militaire. Des informations indiquent que le commandant Sekouba
Konaté patron
du BATA, le bataillon autonome des troupes aéroportées
du camp Alfa Yaya figureraient dans ce groupe de militaires qui
tentent le coup de force. On parle aussi du chef d'état-major
de l'armée de terre, récemment promu général,
Mamadou BaToto Camara. Ce dernier serait plus âgé,
entre 50 et 60 ans; il serait saint-cyrien et aurait effectué un
stage dans une académie militaire américaine. Des
sources indiquent qu'il a épousé une fille adoptive
de la Première dame guinéennne.
Pour l'instant, toutes ces informations sont à prendre
avec une extrême prudence. L'armée en Guinée
est aujourd'hui extrêmement divisée ; l'insubordination
y est fréquente et plusieurs mutineries ont secoué le
pays ces dernières années. On ne sait pas encore
quelles sont les unités qui font partie de ce coup de
force militaire. Le Premier ministre, joint à la mi-journée,
affirmait que des discussions étaient en cours entre forces
loyalistes et putschistes. Ce que l'on peut dire, c'est que la
garde présidentielle n'a pas bougé et qu'il n'y
a aucun mouvement dans les autres casernes du pays.
Source: Rfi
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