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Interview:

L’ancien Ministre Issa Samarou parle de la tentative d’assassinat dont il fut victime en Février 2008 à Lomé

28 décembre 2008

Issa SamarouFils du richissime Aladji  Issa Samarou, le jeune Saibou Samarou a été dirigeant d’entreprise en France dans les années 90, avant de revenir au Togo dans les années 93. Après avoir été élu député à l’Assemblée Nationale en  1999, il entre au gouvernement Adoboli sous le régime Eyadema le 18 juin 1999. Le 29 août 2000, il quitta le Gouvernement à la suite d’une motion de censure votée contre l’équipe Adoboli  par l’Assemblée Nationale. Il prend ensuite le chemin de l’exil avant de revenir à Lomé en 2005. «Forum de la semaine» l’a rencontré à Paris et vous livre ici une discussion à bâtons  rompus.

Monsieur Le Ministre, pouvez-vous nous éclairer sur votre départ précipité de  Lomé le 9 février 2008? Certains journaux avaient alors parlé de tentative d’assassinat.                                       
SAIBOU SAMAROU: Bonjour cher ami. Les circonstances qui entourent cet événement sont encore troubles et non élucidées. Est-ce que la conjonction de ce drame avorté avec l’appel du Ministre de la Sécurité dans les minutes qui ont suivi pour que j’aille le rencontrer dans un camp militaire a renforcé auprès des observateurs la thèse de complot visant à m’éliminer physiquement ? Je renouvelle ma gratitude et ma reconnaissance aux «amis du Togo» qui m’ont apporté leur soutien et protection à ce moment difficile de ma vie.

FORUM  NATION: Il y avait une affaire de distribution de tracts et de journaux à Kara lors des cérémonies marquant le 3e anniversaire du feu Général Eyadema GNASSINGBE. Pouvez-vous nous donner plus de précisions?
SAIBOU SAMAROU: Je ne sais pas de quoi vous parler. Je n’ai pas vu de tracts à Kara pendant la dernière fois que j’y ai séjourné. Il y a eu plutôt des journaux qui ont été distribués dans la salle du culte et dans les chambres de l’Hôtel Kara. Leur contenu n’était pas flatteur pour Le Chef de l’Etat, j’ai  trouvé cela diffamatoire. Voilà ce que j’ai vu et entendu. Le reste, je n’en sais strictement rien. C’est la même réponse que j’ai donnée à Kpatcha Gnassingbé lorsqu’il m’avait interrogé sur cette question. Tout le reste ne relève que du fantasme.

FORUM NATION: Il semble que vos rapports avec Faure Gnassingbé sont très tendus?
SAIBOU SAMAROU: Je ne crois pas, je n’ai pas de problème avec lui. Il est Le Chef de l’Etat, moi je suis un ancien Ministre de son père victime d’harcèlement et d’injustice avérée.
J’ai battu campagne pour lui en 2005 et il a été content de moi. Mais depuis son élection j’ai fait plusieurs demandes d’audience pour le rencontrer en vain. Je le sais très occupé et je le comprends.

FORUM NATION: Et quels sont vos rapports avec les  frères jumeaux?
SAIBOU SAMAROU: Je suis depuis des lustres, ami des frères jumeaux Kpatcha et Toyi GNASSINGBE. Je suis fidèle en amitié.  Je vois souvent Toyi. Avant mon départ précipité de Lomé pour échapper à la tentative d’assassinat déguisée en accident de la route, je me suis rendu régulièrement chez Kpatcha. Est- que je sois considéré comme un ennemi public de ceux qui incarnent le pouvoir? La liberté et la ce suffisant pour sécurité sont les corollaires basiques de tout système politique qui se veut  démocratique.  

FORUM  NATION: Que diriez-vous des événements des 4 et 5 août 2008 en référence à la marche avortée par le pouvoir en France?
SAIBOU SAMAROU: Je n’étais pas sur le territoire togolais mais en France où j’ai passé trois mois avec ma famille. J’ai appris l’annulation de la marche comme tout le monde. Le reste c’est dans l’imagination de vous les journalistes !!!

FORUM  NATION: Monsieur le Ministre avant votre départ au Togo, des informations persistantes ont fait état d’un différend avec votre beau frère, le colonel Assih  Agossoyé. Qu’en est –il exactement?
SAIBOU SAMAROU: Je ne veux plus qu’on revienne sur ce événement douloureux que j’ai vécu à travers les membres de ma propre famille. A chacun sa conscience et à chacun sa croix ! Mais moi, dans mon âme et esprit, j’ai pardonné à tous ceux qui  ont orchestré et travesti en colportant des choses invraisemblables et inhumaine sur ma modeste personne auprès du Président Eyadema d’abord ; ensuite auprès du fils, le Président Faure Gnassingbé aujourd’hui. Laissons le temps au temps. Dieu se chargera du reste.
Les menaces et les chantages durcissent mes positions. Tout le monde a droit de vivre en paix dans son pays.

FORUM NATION: Tout à l’heure Monsieur Le Ministre, vous avez souligné que depuis votre retour d’exil Le Président Faure Gnassingbé ne vous a jamais reçu. Et d’aucuns parlent du fait que depuis votre premier départ, vous êtes distancé de lui, vous montrant même indifférent au décès de leur père qui selon les informations qui circulent dans le sérail, vous n’auriez même pas daigné rendre hommage. Et c’est ce qui serait l’une des origines du courroux des tenants du système contre vous confirmez-vous ces faits?
SAIBOU SAMAROU: Quand Le Président Eyadema est décédé, j’étais en France. Ma  famille et moi lui avons rendu hommage à son domicile familial à Paris et à l’Eglise de la Madeleine. Comme tous ceux qui l’ont réellement aimé et servi, j’ai fait le déplacement à pya pour  saluer et m’incliner devant la mémoire de l’illustre disparu. Je ne vois pas de lien entre le fait que Le Président ne juge pas nécessaire de donner une réponse favorable à ma requete d’audience et l’hommage post-mortem à rendre au défunt Général. Pour moi, ce sont deux choses bien différentes.

FORUM  NATION: Revenons sur tout un autre plan pour aborder une question qui touche vous et la justice togolaise. Vous avez dirigé avec votre collègue de l’urbanisme Hope Agboli, le projet de la construction  de la cité OUA 2000 sous le régime de  feu Président Gnassingbé Eyadema. La controverse sur la gestion des fonds a fait couler beaucoup d’encre. Pouvez-vous nous apporter quelques éclaircissements?
SAIBOU SAMAROU: La justice togolaise est en phase de modernisation. Je souhaite qu’elle soit encore plus efficace et plus impartiale dans son mode de fonctionnement.  Le projet OUA dont je réclame la paternité m’a valu bien des inimités et quelques soucis. C’est en Conseil des Ministres que je l’ai proposé au Chef de l’Etat, à la suite d’un rapport sur l’état des infrastructures hôtelières au Togo dans le cadre de la préparation du 36e Sommet des Chefs de l’Etat et du Gouvernement de l’OUA.

Le Chef de l’Etat a marqué séance tenante son accord et a chargé Le Premier Ministre Adoboli de faire diligence pour la réussite du projet.

Agboli Hope, Ministre de l’Urbanisme pour le lotissement et l’attribution des lots, et moi  la promotion du projet auprès du secteur privé et la construction d’une dizaine de villas pour le compte de l’Etat. La supervision du projet assuré par Le Chef de Gouvernement qui avait l’exclusivité de la signature sur le compte OUA ouvert auprès de l’UTB.
Les travaux ont été exécutés à la satisfaction du Vieux, et plusieurs délégations au Sommet ont pu séjourner dans les belles villas construites à cet effet.

Le Gouvernement auquel j’appartenais a été renversé par une motion de censure par l’Assemblée Nationale, et a été dissout le 29 août 2000. Je n’ai pas été reconduit dans la nouvelle équipe conduite par mon ami Agbéyomé Kodjo.

C’est donc par les médias que j’ai découvert que de graves dysfonctionnements ont marqué l’exécution du projet, par la Commission Anti Corruption, et qu’une plainte assortie de mandat d’arrêt a été lancée contre Adoboli Eugène l’Ancien Chef de Gouvernement; Agboli Hope, Ancien Ministre de l’Urbanisme et moi-même, Secrétaire d’Etat au Secteur Privé.

Conséquence de ce fait inédit, ma villa m’a été confisquée abusivement avant toute instruction, les loyers séquestrés, le locataire chassé des lieux comme un scélérat, et l’immeuble devenu siège de Gouvernement. Et quand j’ai voulu réclamer les loyers dûs par l’Etat, c’est l’embastillement pour 60 jours que j’ai reçu pour toute réponse. Comment dans une affaire où il y a trois personnalités mises en cause peut-on exercer  autant de  persécution  sur moi  alors que mes deux compagnons d’infortune n’ont jamais été inquiétés ? De là à conclure que la justice fonctionne à deux vitesses, il n’y a qu’un seul pas que la raison n’hésite pas à franchir.

FORUM NATION: Avez-vous eu encore des contacts avec le doyen des juges d’instruction depuis lors?
SAIBOU SAMAROU: Le juge d’instruction est au courant du dossier et je lui ai transmis toutes les informations susceptibles de l’éclairer dans son instruction. C’est à lui de faire la part des choses et  de contribuer à la manifestation de la vérité afin que je puisse être rétabli dans mes droits, notamment la restitution de ma villa à l’OUA.

FORUM  NATION: Revenons un peu sur votre vie privée. Que faites vous de votre temps en France?
SAIBOU SAMAROU: Je travaille comme consultant pour des entreprises françaises qui travaillent à l’international, notamment en Afrique.  En plus, je travaille dans la commission Afrique Développement au CLUB 89, organe chargé de faire des propositions au MEDEF international pour la promotion des investissements privés français en Afrique.

FORUM  NATION: Quel est votre livre de chevet actuellement?
SAIBOU SAMAROU: Amours, Ruptures et Trahisons, un livre passionnant qui vous plonge  au cœur de l’UMP, et vous fait découvrir le duel qui a opposé Chirac à Sarkozy, avant le sacre de ce dernier (Fayard, Hubert couturier).

FORUM  NATION: Votre sport préféré?
SAIBOU SAMAROU: Le football, la marche et le tennis de table, j’étais champion de la ville d’Atakpamé dans les années 76 et 78 ….

FORUM  NATION: Votre musique préférée?
SAIBOU SAMAROU: Rumba, les vieux tubes des années 60/70, Bella Bellow, les sœurs Akoussah , Fifi rafiatou , Jimi Hope ,le Rap togolais; Abd-AL Malik, le classique dans toute sa diversité, Mozart, Beethoven , Tchaïkovski; Fréderic Chopin, surtout la symphonie «  La marche funèbre ». Cela me laisse triste et mélancolique. Savez-vous que j’ai fais deux années chez les Jésuites à Kpalimé dans les Klouto, principalement chez Le Père NUIHADJI que j’aime beaucoup. C’était pour parfaire à mon éducation, c’étais  la seule condition de mes parents pour m’envoyer en France!!! Rire!!!  Pourtant mes parents sont musulmans, vous voyez mon degré de tolérance et de  «pardon».

FORUM  NATION: Certaines informations font état d’une récente tournée que vous auriez entreprise à travers diverses capitales de l’Afrique de l’Ouest ? Qu’en est –il réellement? Vous confirmez ou infirmez l’information?
SAIBOU SAMAROU: C’est une tournée classique à laquelle sont habitués des hommes politiques. J’ai des aînés de la sous-région qui ont souhaité me voir. J’étais à Dakar, Bamako, Abidjan, Ouagadougou, Conakry. J’ai été très bien reçu et ai exposé à mes interlocuteurs de haut rang la situation politique au Togo, et l’harcèlement judiciaire dont je suis l’objet.

FORUM NATION : Quels sont les sentiments personnels qui vous animent ? Etes-vous aigri?
SAIBOU SAMAROU: Non, je fais confiance à ALLAH Le Miséricordieux. Il connaît le cœur de chacun de nous et donnera le moment venu la juste rétribution à chacun. L’injustice, quelle qu’en soit la forme me heurte au plus haut point. Je ne vous cache pas que l’envie de jeter l’éponge m’effleure quelquefois. Mais en tant que patriote on n’oublie pas son pays et d’où l’on vient. Dans la glace tous les matins, je me sens vieillir, ma tête a complètement blanchie!!!! Sourire!!!!

FORUM  NATION: Pourquoi  vous appelle-t-on  Aladji 20.20?
SAIBOU  SAMAROU: C’est plutôt le nom de mon père, dans le temps peu de personne avait un téléphone à la maison. Mais comme il avait du mal à prononcer les chiffres et les mots, on a trouvé l’astuce de lui trouver un numéro facile à prononcer 20.20. C’était un grand commerçant autodidacte connu au Togo. Il possédait des salles de cinéma «Imperial»  implantées dans tout le Togo de Dapaong, Kara, Sokodé, Atakpamé, Kpalimé et actionnaire dans d’autres salles à Lomé. Il a beaucoup contribué à l’émergence et la civilisation des Elites au Togo et principalement du Nord. D’ailleurs il va falloir un jour le décorer à titre posthume ! A lui tout seul, il était comme une  Banque, il prêtait de l’argent à tous les corps professionnels du Togo, surtout aux militaires. A sa mort, nous avons préféré brûler des tonnes de chèques pour éviter des mécontentements  !!! En 1967, j’avais  quatre ans, les dimanches il nous promenait dans sa voiture décapotable.  Nous avons été beaucoup gâtés par notre père jusqu’à sa mort en 1976. J’avais treize ans. C’est lui qui nous a enlevé l’esprit de jalousie et d’aigreur. Il nous a inculqués des valeurs. J’ai hérité de lui, l’esprit de bâtisseur, il aimait construire. J’en suis fier, voilà un homme qui n’a jamais mis pied à l’école mais qui a travaillé âprement pour arriver à se hisser au sommet de la hiérarchie sociale. Paix à son âme!

FORUM  NATION: Monsieur Le Ministre, merci pour toutes ces précisions, mais avant de vous laisser, revenons un peu tout petit peu sur la politique. Que pensez-vous des prochaines élections présidentielles de 2010  au Togo?

SAIBOU SAMAROU: A vrai dire, les choses ne seront pas faciles.  Mais l’une d’elle est certaine : le scénario d’avril 2005 ne peut se reproduire. Le monde bouge, c’est un mouvement irréversible. Personne ne peut prédire ce qui va se passer. Pensez à Obama, Président des Etats-Unis. A cette élection, nous avons vécu un moment magique que nous ne voulons pas effacer si vite de nos mémoires. Le 4 novembre j’étais aux States,  Boston, Chicago et Los Angeles où j’ai passé un mois, car je rêvais de vivre l’événement en « live ». Le rêve est devenu réalité. Cela n’a pas de prix ! Au moins je conterais ce phénomène à mes petits- enfants un jour! Chez Obama, il y a une sorte de faveur du Destin, le sourire de l’Ange au dessus de nos têtes, une humanité que nous pouvons encore espérer.

FORUM  NATION: A quand le Retour au bercail?
SAIBOU SAMAROU: Le plus vite possible, je vais mieux au niveau de ma santé, les examens et traitements sont satisfaisants, vous savez la vie carcérale et les séquelles de l’accident je ne vous dis pas !! Je pense que les conditions minimales sont  réunies mais il faut  aussi avoir l’avis et les conseils de ceux qui se sont chargés de me protéger jusqu'à Paris. Au mois  d’avril  au moment où j’étais en voyage, L’Ambassadeur du Togo à Paris  a cherché à me joindre afin de me transmettre un message du Président de la République attaché avec générosité à  me rassurer quant à mes inquiétudes relatives à l’agression dont j’ai fait l’objet. Lors du dernier séjour en France du Président Faure, je me suis rendu à son Hôtel parisien pour le rencontrer et le saluer mais le temps a manqué, leur départ prévu tôt le lendemain matin. Mais L’Ambassadeur du Togo à Paris m’a rassuré qu’il avait transmis fidèlement ma doléance au Président de la République.

FORUM  NATION: Avez-vous un dernier mot Monsieur le Ministre?
SAIBOU SAMAROU: Je profite de cette occasion pour souhaiter un joyeux Noël et Bonne année à tous mes compatriotes.
 
FORUM  NATION: Merci  Monsieur Le Ministre
SAIBOU SAMAROU: A vous de même mon cher ami. Au revoir et à bientôt. INCHA ‘ALLAH

Propos recueillis par Dimas DZIKODO

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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