Togo: Projet de loi portant modification
du Code électoral:
Lorsque Bodjona et le RPT gagnent d’avance
la présidentielle de 2010
03 janvier 2009
Le projet de loi portant modification du Code électoral
présenté par le ministre de l’Administration
territoriale, de la décentralisation et des collectivités
locales au conseil des ministres de mercredi, risque de créer
des problèmes dans l’univers politique togolais.
Le gouvernement a préféré prendre de court
les partis, surtout ceux de l’opposition, auxquels il été a
demandé, au cours d’une réunion, de faire
des propositions.
La réunion du 4 décembre
Dans le cadre de la préparation des prochaines échéances électorales,
le ministre Pascal Bodjona a échangé, jeudi 4 décembre
2008, avec les partis signataires de l’Accord politique
global (APG). Le porte-parole du gouvernement avait indiqué que
cette rencontre se situait dans la «volonté du
gouvernement d’aller vers des élections bien organisées,
dans la transparence, l’équité, la justice
et le respect démocratique». Pour lui, «dans
le cadre des élections à venir, il est tout à fait
normal que certains préalables soient levés avant
l’accomplissement de certaines tâches».
Selon les propos tenus par tous les participants à la
fin de cette réunion, il était question d’échanger
sur les réformes politiques à faire. Ainsi, tous
ont promis d’étudier les sujets et de faire des
propositions. «Lorsque la question a été posée
concernant la composition de la CENI, nous avons estimé qu’il
nous faut un temps de réflexion. C’est une décision
du parti», avait déclaré le Président
du CAR Me Dodzi Apévon. Le Secrétaire général
du RPT, Solitoki Esso, s’était inscrit dans les
mêmes veines quand il confiait que «Nous avons
estimé que n’ayant pas eu l’ordre du jour
auparavant, il fallait peut-être un ou deux jours de réflexion
pour que nous puissions faire nos propositions». «Il
nous a demandé, s’agissant de la CENI, de faire
des propositions rapidement sur sa composition», dixit
Jean-Pierre Fabre, Secrétaire général de
l’UFC.
C’est dans cette optique que certains partis, en l’occurrence
le CAR et l’UFC, ont rendu publiques des déclarations
dans lesquelles ils ont fait des propositions ou exprimé leur
position sur les sujets à l’ordre du jour à la
réunion du 4 décembre.
«Le ministre d’Etat, ministre de l’Administration
territoriale a voulu recueillir sur le champ, on ne sait à quelles
fins, le point de vue des participants sur la question concernant
la recomposition de la CENI. Le CAR trouve scandaleuses les
manœuvres visant à mettre en échec la mise
en œuvre du volet de l’APG concernant les réformes
constitutionnelles et institutionnelles», déplore
Me Apévon dans un communiqué publié le
9 décembre dernier.
De même, l’UFC a adressé le 10 décembre
dernier au ministre de l’Administration territoriale, une
lettre dans laquelle elle dit ceci: «L’UFC considère
que la composition de la CENI doit refléter la configuration
de la classe politique, issue des résultats officiels
des élections législatives du 14 octobre 2007.
La structure d’une nouvelle CENI ainsi que sa composition
relèvent de la mise en œuvre consensuelle des réformes
institutionnelles et constitutionnelles prévues à l’APG.
Voilà pourquoi il est urgent que les discussions nécessaires
commencent et aboutissent sans délai».
La décision surprise du conseil des ministres
Ces appels du CAR et de l’UFC ne constituent que des vœux
pieux puisque le ministre de l’Administration territoriale
vient de les mettre devant le fait accompli. «… compte
tenu de la nouvelle donne politique imposée par les dernières
législatives, il est devenu important de modifier le code électoral
afin de l’adapter aux réalités du moment.
Pour se conformer aux délais prescrits par la loi, il
est nécessaire de mettre en place la structure chargée
de procéder à la révision des listes électorales»,
précise le communiqué ayant sanctionné un
conseil des ministres. On croit savoir que le projet de loi vise
essentiellement à traduire dans les faits les recommandations
des différentes missions des partenaires. Ainsi, la composition
de la Commission électorale nationale indépendante
(CENI) passe de 19 à 13 membres à raison de 9 désignés
par l’Assemblée nationale au titre des partis politiques,
2 par la société civile et 2 par le gouvernement
sans voix délibérative. En plus, la durée
de leur mandat passe de 45 à 60 jours.
«Ce projet de loi vise aussi à mieux répartir
les démembrements de la CENI dans la commune de Lomé en
dotant chacun des arrondissements d’une Commission électorale
locale indépendante (CELI). Il réduit le nombre
des membres des Comités listes et cartes (CLC) et ceux
des bureaux de vote de 7 à 5. Les comités et
les bureaux sont composés d’un représentant
de l’administration, de 2 représentants de la
majorité et de 2 représentants de l’opposition
parlementaire», poursuit le communiqué.
Enfin, le projet de loi relève le plafond de dépenses
des campagnes de 3 à 10 millions pour les élections
législatives, de 50 à 500 millions pour l’élection
présidentielle, et porte le délai de dépôt
de la déclaration de candidature de 30 à 45 jours
avant le scrutin.
La duplicité du pouvoir RPT
Voilà la situation malencontreuse que vient de créer
le ministre Bodjona. Lui qui a demandé aux partis politiques
de lui faire des propositions, a choisi de mettre la charrue
avant le bœuf. Une autre preuve de l’escobarderie
du pouvoir RPT et des gouvernants.
Même s’il est de notoriété publique
que le pouvoir ne fera jamais un texte qui arrange l’opposition,
il aurait pu recueillir leurs propositions avant de soumettre
le projet à l’étude du gouvernement. Aujourd’hui,
on fait croire que c’est «pour se conformer aux
délais prescrits par la loi» qu’il faut
aller plus vite. Comme quoi le dilatoire est la chose la mieux
partagée au RPT.
En outre, on tente de reconduire dans la nouvelle CENI les deux
délégués du gouvernement sans voix délibérative.
Cela pose à priori un problème dans la mesure où le
gouvernement actuel n’est pas un gouvernement d’union nationale.
C’est le RPT qui dit avoir remporté les législatives
et qui règne avec son gouvernement. Ce qui veut dire que
les deux délégués du gouvernement ne viendront
que de ce parti. On se souvient même qu’avec l’APG
et la présence de Me Agboyibo à la Primature, c’étaient
deux militants du RPT qui avaient été désignés
au nom du gouvernement. Et puis, les «sans voix délibératives» étaient
plus royalistes que le roi.
A l’allure où vont les choses, le RPT est en voie
de prendre encore une fois le contrôle de la CENI. Pour
les neuf (9) membres désignés par l’Assemblée
nationale au titre des partis politiques, le RPT va, comme d’habitude
s’octroyer la part du lion en prenant jusqu’à cinq,
et laisser les deux partis de l’opposition (CAR et UFC)
se disputer les quatre restants. Et dans l’ombre, on tirera
les ficelles pour les opposer davantage.
En définitive, c’est un mauvais départ
dans l’organisation de l’élection présidentielle
de 2010 que tous les Togolais veulent consensuelle, transparente
et sans violences. Ce double langage du pouvoir risque de mettre
en cause les acquis de l’APG.
R. Kédjagni, correspondant
à Lomé
|