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Hommage et recueillement en Belgique:
Sylvanus Olympio et Patrice Lumumba célébrés à Tubize
14 janvier 2009
Le 17 janvier 1961 au Congo et le 13 janvier 1963 au Togo, deux
illustres Africains, Patrice Lumumba et Sylvanus Olympio
ont été sauvagement assassinés pour leur
combat de dignité africaine. En ce jour de funèbre
anniversaire, le Mouvement patriotique du 5 octobre (MO5) tient à rendre
hommage à leur mémoire, et vous invite à un
débat sur le thème «L’Afrique
et ses hommes politiques: Hier, aujourd’hui et demain.»
Introduction au débat par Eloi Koussawo, Coordinateur
Général du MO5.
Avec le témoignage des proches et membres de la famille
de Patrice Lumumba.
DATE: Samedi 17 janvier 2009.
HEURE: A partir de 16 heures.
LIEU: Local G.I.T, Rue de la Déportation 37 à 1480
Tubize (Belgique).
«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne
et prie
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau
Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère;
Et, comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau». V.
H.
Le tombeau de Patrice Lumumba est la terre entière!
Extrait de l’allocution de Patrice Lumumba aux cérémonies
de l’Indépendance du Congo, le 30 juin 1960:
«Congolais et Congolaises, combattants de l’Indépendance
aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais.
(...)
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée
aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays
ami avec qui nous traitons d’égal à égal,
nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant
que c’est par la lutte qu’elle a été conquise,
une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste,
une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni
nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes
fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce
fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre
fin à l’humiliant esclavage qui nous était
imposé par la force. (...)
Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange
de salaires qui ne permettaient ni de manger à notre faim,
ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever
nos enfants comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous
devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions
des nègres. (...)
Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom
de textes prétendument légaux qui ne faisaient
que reconnaître le droit du plus fort.
Nous avons connu que la loi n’était jamais la même
selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un
noir: accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les
autres (...)».
LA FIN TRAGIQUE DE LUMUMBA SELON JEAN KESTERGAT
Mi-septembre 1960: Mobutu est entré en scène; il
exerce le pouvoir avec un collège de Commissaires généraux.
Réfugié dans sa résidence sous la protection
des Nations unies, Lumumba demeure une menace pour le régime
de Léopoldville. D’autant plus que ses partisans,
sous la houlette d’Antoine Gisenga, encouragé par
Nkrumah (président du Ghana) et par Sékou Touré (qui
dirige la Guinée), conseillé par Félix Moumié (le
révolutionnaire camerounais), s’organisent dans
l’opposition. Les Commissaires généraux font
expulser Moumié, ils veulent chasser aussi l’ambassadeur
du Ghana, mais les casques bleus protègent son ambassade,
et une fusillade éclate lorsque des militaires congolais
veulent y pénétrer pour exécuter l’ordre
d’expulsion. Un officier tunisien et un officier congolais
sont tués, il y a quelques blessés. Il est clair
désormais que l’ONU a pris parti contre Lumumba
et ses amis. En réalité l’organisation internationale
veut pratiquer une politique de neutralité. Elle protège
Lumumba contre une arrestation que les Commissaires généraux
ont décrétée, mais elle entend bien empêcher
ses partisans de compromettre ses efforts dans la recherche de
conciliation. N’ayant plus aucune chance de succès à Léopoldville,
les dirigeants lumumbistes se replient sur Stanleyville, où leurs
partisans sont nombreux, et peuvent compter sur les unités
de l’armée nationale dirigée là-haut
par le général Lundula, partisan du Premier ministre.
Pour Lumumba, il n’y a plus qu’une issue possible:
prendre la fuite et gagner Stanleyville. C’est ce qu’il
fait dans la nuit du 27 au 28 novembre 1960. Dissimulé dans
le coffre d’une voiture, il traverse inaperçu le
cordon des casques bleus, puis celui de l’armée
de Mobutu. Avec quelques complices entassés dans trois
voitures, il prend la fuite vers le haut Congo. Il commet une
erreur fatale. Au lieu de foncer aussi vite que possible en direction
de Stanleyville, il traîne en chemin pour haranguer les
populations amies dont il traverse les villages. La sûreté congolaise
s’est lancée à sa poursuite. Le 2 décembre,
il est arrêté et ramené à Léopoldville.
De là, on l’envoie au camp de Thysville où il
est placé sous la garde de l’armée. Les
Commissaires généraux ne sont pas rassurés
pour autant. Ils craignent une intervention de l’ONU pour
libérer le prisonnier.
Ils appréhendent aussi l’habileté de cet
homme, capable de retourner n’importe qui. Il parle avec
les soldats du camp, où éclate une brève
mutinerie. Elle n’est pas organisée par lui, mais
il paraît évident qu’en de telles conditions,
il lui serait facile de prendre la fuite. On décide donc
de lui trouver une geôle plus sûre. Où? À Bakwanga,
capitale du Sud-Kasaï où règne le sanguinaire «empereur» Kalonji,
son ennemi le plus féroce? Ce serait signer son arrêt
de mort. Tant mieux disent d’aucuns, mais d’autres,
plus conscients de la réprobation internationale qui suivrait
un tel assassinat, recommandent qu’il soit envoyé à Elisabethville
où les passions sont peut-être mieux contrôlées.
Mais il faut l’accord de Moïse Tshombé qui
refuse ce «cadeau empoisonné». C’est
là pourtant qu’on va l’envoyer à la
suite de circonstances confuses qu’il serait trop long
de narrer ici. Il est trop tôt d’ailleurs pour évoquer
de manière sûre toutes les responsabilités
en cause.
Toujours est-il que le 17 janvier commence le martyre de Lumumba.
Il est transporté par avion vers Katanga avec deux de
ses compagnons, Mpolo et Okito. La garde, composée de
Baluba fortement marqués par les massacres du Sud-Kasaï,
brutalise les trois prisonniers tout le long du trajet. Lorsque
l’avion approche d’Elisabethville, la première
réaction des Katangais est de refuser «les trois
colis précieux» qui viennent d’être
annoncés. Mais le DC4 est presque à bout d’essence,
et l’autorisation d’atterrir est donnée. L’avion
roule jusqu’aux hangars de la gendarmerie katangaise, loin
des yeux des casques bleus. Les trois hommes sont aussitôt
conduits dans une petite villa dans la brousse proche. Ils vont
mourir bientôt, dans des circonstances qui ont été décrites
de façons diverses, mais dont aucune ne correspond parfaitement à la
vérité. Là encore, on finira sans doute
par savoir tout l’essentiel, mais ici encore il faudrait
trop de pages, même pour un simple résumé de
toutes hypothèses. L’essentiel est de savoir que
Lumumba et ses compagnons sont assassinés le jour même.
La nouvelle n’en sera donnée que le 10 février
suivant par le ministre de l’Intérieur, Godefroid
Munongo, qui attribue la responsabilité de la mort des
détenus à des villageois en colère les ayant
surpris alors qu’ils étaient en fuite. C’est
un mensonge si évident que Munongo lui-même renoncera à soutenir
cette version. Mais la vérité, il ne la dira pas
non plus.
La disparition tragique de Lumumba ne va rien arranger. Pour
ses partisans, il sera le martyr dont se réclameront,
trois ans plus tard, les redoutables rebelles mulelistes. Et
dans l’immédiat, tous les efforts d’apaisement
voulus par l’ONU échoueront.
DERNIÈRE LETTRE DE LUMUMBA À SA FEMME PAULINE

Eloi Koussawo avec Pauline, la veuve de Lumumba (à Tubize,
Belgique)
Lettre écrite en prison en décembre 1960 à sa
femme Pauline.
Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront,
quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les
liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance
de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant
du triomphe final de la cause sacrée à laquelle
mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie.
Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une
vie honorable, à une dignité sans tache, à une
indépendance sans restrictions, le colonialisme belge
et ses alliés occidentaux - qui ont trouvé des
soutiens directs et indirects, délibérés
et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires
des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute
notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance
- ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos
compatriotes, ils ont contribué à déformer
la vérité et à souiller notre indépendance.
Que pourrai-je dire d’autre?
Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes,
ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo,
c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance
en une cage d’où l’on nous regarde du dehors,
tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt
avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable.
Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou
tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs
et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul
homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux,
et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les
peuples libres et libérés de tous les coins du
monde se trouveront toujours aux côtés de millions
de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il
n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans
notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être
je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir
du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il
attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche
sacrée de la reconstruction de notre indépendance
et de notre souveraineté, car sans dignité il
n’y a pas de liberté, sans justice il n’y
a pas de dignité, et sans indépendance il n’y
a pas d’hommes libres.
Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont
jamais amené à demander la grâce, car je
préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable
et la confiance profonde dans la destinée de mon pays,
plutôt que vivre dans la soumission et le mépris
des principes sacrés. L’histoire dira un jour son
mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles,
Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on
enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses
fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et
elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire
et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais
que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance
et sa liberté. Vive le Congo! Vive l’Afrique!
Patrice Lumumba.
Il est important de rappeler que la Belgique a le mérite
d’avoir
organisé une commission d’enquête
pour établir les
responsabilités dans l’assassinat
de Patrice Lumumba. A la suite des travaux de
ladite commission, l’Etat belge a publiquement
présenté ses
excuses à l’Etat et au peuple congolais.
Qu’en est-il de la France sur l’assassinat
de Sylvanus Olympio, Père de l’Indépendance
et de la Nation togolaise?
Bruxelles, le 09 janvier 2009.
Pour le MO5, le Coordinateur Général
Eloi Koussawo
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