Faure Gnassingbé revêt le
costume d’Eyadèma Gnassingbé
23 janvier 2009
Les images que montrent la TVT, la caisse de résonnance
du clan au pouvoir à propos d’une prétendue
tournée de vœux aux populations togolaises, rappellent à n’en
point douter, les 38 années de dictature du défunt
président Eyadèma Gnassingbé. Enclenchée
le jeudi 15 janvier dernier, cette tournée aura duré en
tout six jours.
L’argument était tout trouvé,
mais il aura mal dissimulé les réelles motivations
de cette virée présidentielle: campagne électorale
tacite, culte de la personnalité à outrance, bref
l’ère Eyadèma quoi! Cette tournée
de l’usurpateur du pouvoir démontre également
l’allégeance de Houngbo au système despotique
mise en place au Togo, alors que nombreux sont ceux qui, au niveau
de la communauté internationale avaient salué sa
nomination pensant qu’il s’appliquerait à rétablir
une gestion moderne et transparente des affaires de l’Etat
au regard de sa position de fonctionnaire international. Il est
clair aujourd’hui qu’aucune personnalité aussi
intègre soit-elle, ne pourrait prétendre collaborer
avec le clan tout en gardant son indépendance, son autonomie
et sa vision politique démocratique des affaires de la
cité.
Eugène Adoboli, revenu de Genève
pour prendre les commandes du gouvernement, était devenu
un animateur et un louangeur de la politique de Gnassingbé père.
Edouard Edem Kodjo, Apollinaire Yawovi Agboyibo entre autres,
se sont cassés les dents, en voulant parler à un
mur, le RPT.
Décor garni: animation politique, une place de
prince, tout comme Papa
Sokodé, Atakpamé, Kara, Dapaong ou Tsévié,
le décor était le même et les discours dithyrambiques
aussi. Au temps du père, ce sont les mêmes phraséologies
qu’on entendait. Bilan strictement positif de la
gestion du pays, avec récupération politique de
certaines décisions prises par le gouvernement, surenchère
sur ce qui, dans les Etats voisins de la sous-région ouest
africaine, était déjà entré dans
les mœurs: école primaire gratuite, réduction
du prix des produits pétroliers, recrutement dans la fonction
publique, sont l’œuvre de «magnanimité» et
de la «politique de clairvoyance» de monarque
Faure Gnassingbé. Aux porte-paroles qui n’ont d’yeux
que pour lui, viennent s’adjoindre des officiels qui peignent
un empereur tout en blanc, à l’écoute de
son peuple, et appellent les populations à adhérer à sa
pseudo politique de réformes et de réconciliation.
Les déclarations du ministre de l’Administration
territoriale Pascal Bodjona à Atakpamé sonnent
dans les esprits comme de l’inculture et de l’inintelligence
des griots du pouvoir.
Décidément que le ridicule au
Togo ne tue pas et que la morale et la vertu, points cardinaux
de tout être
humain équilibré, sont des denrées rares
au sein du clan. Car comment admettre qu’un ministre et
de surcroît porte-parole du gouvernement puisse se permettre
de comparer Faure Gnassingbé à Barack Obama? Comme
si le parcours des deux hommes était identique. Or on
sait le méchant monarque dépourvu de tout back
ground universitaire, de tout charisme et qu’il est arrivé au
pouvoir en marchant sur le cadavre de plus de mille de ses concitoyens.
On sait également qu’il s’est emparé du
pouvoir avec l’aide d’une escouade de galonnés
chevronnés qui ne manquent pas de menacer sur les antennes
publiques, les citoyens qui osent contredire la politique mené par
le clan RPT. L’actuel président américain
a conquis le pouvoir par les urnes, il est intelligent et pense
au bonheur de ses administrés et même au-delà dans
le monde.
C’est face à ce tableau diamétralement
opposé que l’ex du Hacame, un mouvement estudiantin
et qui fut renvoyé du campus universitaire pour tricherie
au cours d’un examen, a placé son mentor Faure
Gnassingbé sur un piédestal au-dessus de celui
du nouveau Président des Etats-Unis en affirmant pince
sans rire, que le slogan du monarque devrait être «Yes,
we made it», pour dire que l’«Esprit
nouveau» a déjà réalisé le
changement au Togo avant qu’Obama n’invente son
slogan légendaire «Yes,
we can». Quelle abomination!
Houngbo, reconverti au militantisme RPT
Le Premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo a déjà prouvé qu’il
est à côté de la plaque et qu’il ne
peut en rien résoudre dans les six mois comme il l’avait
promis, les nombreux problèmes des Togolais. Et personne
n’attend plus rien de lui. Mais si en plus de son incapacité à honorer
ses nombreuses promesses, il se prend en liseur de motion, il
déçoit énormément. Et ce n’est
pas trop de dire que le «technocrate» semble
apprécier les délices de la vie du Rpt et de son
dirigeant.
Dans une euphorie dont il a le secret à Kara,
Gilbert Houngbo qui se réclamait à cor et à cri être
un homme neutre, a versé dans un griotisme sans pareil
au profit de Faure Gnassingbé égrenant un chapelet
de réalisations à son actif comme un militant du
RPT et un liseur de motion professionnel, ceux-la mêmes
qui ont longtemps arpenté les jardins de Lomé2 à l’apogée
du règne d’Eyadèma. L’expert du PNUD
n’a pas pu dissimuler son appréciation de l’animation
politique et du déhanchement des femmes au Palais des
Congrès de la localité. Qui peut encore prétendre
que Houngbo n’a pas vendu son âme au diable?
Culte de la personnalité quand
tu me tiens!
Cette tournée à l’intérieur du pays
a réveillé les vieux démons. Si à Atakpamé on
n’a vu que des banderoles géantes et des hommes
et femmes habillés à l’effigie de Faure,
agitant des pancartes aux messages laudateurs à son égard,
le retour du culte de la personnalité a été consacré à Kara.
Des groupes d’animateurs étaient convoyés
en grand nombre sur l’esplanade du Palais des congrès
de la ville.
Au-delà de louanger le RPT et son Président
Faure Gnassingbé, les «animateurs» avaient
aussi pour rôle de faire du bruit et d’applaudir
chaque phrase de l’allocution des différentes personnalités
et de lancer des slogans en l’honneur de Faure Gnassingbé.
Ces faits ne rappellent que trop bien l’ère Eyadèma, époque
où ces comportements étaient une religion
qui lui était consacrée. Rien n’était
alors possible sans lui, le jour, la pluie, le soleil... Tout
est fait donc actuellement sur la terre de nos aïeux pour
ressusciter ces moments désuets.
Ils ne sont décidément pas loin, l'un de l'autre.
En 2006, lors de sa toute première visite à l’Elysée à l’époque
de Jacques Chirac, l'usurpateur Faure Gnassingbé claironnait
devant la presse internationale et française: «Lui
c’est lui, moi, c’est moi», faisant passer
le règne de son père dans les oubliettes, loin
du clientélisme. Sa gestion du pays ne s’est guère
démarquée de celle de son défunt père,
c’est une même mentalité qui prévaut
avec en prime un cynisme et une hypocrisie à toute épreuve.
L’«Esprit nouveau» tant vanté n’aura
résisté que quelques mois. Si le père avait
mis des années pour s’installer avant d’instaurer
le culte de la personnalité, le Fils saute les étapes
dans tous les genres: femmes à volonté, prédation
des revenus de l’Etat, copinage gouvernemental, culte de
la personnalité, mensonge d’Etat, trafics en tous
genres, gestion opaque et recul des acquis démocratiques… Et
il y a de quoi se faire du souci pour des lendemains sombres.
Le culte de la personnalité est l’un des fondements
majeurs des règnes dictatoriaux et élastiques.