Lutte contre l’impunité au Togo:
Le CACIT pour l'avancement de l'instruction
sur les plaintes déjà déposées
27 janvier 2009
Mesdames et messieurs les journalistes,
Chers collègues militants des droits de l'Homme,
Je voudrais, avant toute chose, vous remercier au nom du CACIT,
pour avoir bien voulu honorer de votre présence cette
rencontre. Le CACIT saisit cette même occasion pour vous
présenter, à vous-mêmes, à vos familles
et à vos organes respectifs, ses vœux de succès
et de bonheur. A l'endroit du peuple togolais et des peuples épris
de paix et de justice dans le monde entier, le CACIT formule,
par dessus tout, le vœu que 2009 soit l'année d'une
jouissance effective des droits et libertés au Togo ;
que 2009 soit pour les Togolais, l'année où, une
fois pour toute, le crime ne se nourrira plus de l'impunité.
La présente rencontre avec la presse se justifie par
la mission que le CACIT s'est attribuée d'être le
baromètre de la lutte contre l'impunité au Togo.
Elle vise aussi à sensibiliser, à travers les médias,
l'ensemble de la population et les différents partenaires
sur les efforts qui restent à faire à différents
niveaux pour mettre effectivement en branle la machine de la
lutte contre l'impunité au Togo.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, il nous parait utile de
rappeler, pour mémoire que, l'histoire du Togo,
depuis les Indépendances jusqu'à nos jours, a été marquée
par de multiples actes de violence et assassinats à caractère
politiques, de violations répétées des droits
humains ainsi que de nombreuses atteintes aux libertés
collectives et individuelles. Ces évènements malheureux
ont pris une nouvelle tournure au début des années
1990 avec l'avènement de l'expérience démocratique
au Togo ; ils ont atteint leur point culminant en 2005 lors de
la période de transition qui a suivi le décès
de GNASSINGBE Eyadema. Aujourd'hui, tout le monde sait que ces
malheureux évènements ont entraîné de
nombreux cas de décès, des centaines de milliers
de blessés, et la destruction de biens matériels.
Ce que l'on sait moins, par contre, c'est que beaucoup de ces
victimes continuent de souffrir en silence, attendant que justice
leur soit rendue.
Il est vrai que depuis quelques mois, les autorités togolaises
ont commencé à faire des efforts pour combler le
déficit longtemps observé en matière de
respect des droits de l'Homme ; ces efforts se sont traduits
entre autres, par l'ouverture, au Togo du Bureau du Haut Commissariat
au Droit de l'Homme au Togo, le renouvellement de la composition
de la Commission nationale des droits de l'homme, la dépénalisation
des délits de presse, une plus grande liberté laissée
aux organisations de défense des droits de l'homme dans
leur action…
Mais il reste un domaine où de vives inquiétudes
demeurent quant à la volonté réelle des
autorités togolaises de faire évoluer la situation
des droits de l'Homme : c'est la question de l'impunité.
La réalité sur le terrain contraste fort avec
la profession de foi faite par le Chef de l'Etat, Faure Essosimna
Gnassingbé à Atakpamé, le 28 juillet 2007: «La
question des violences politiques …m'amène à souligner
que l'Etat de droit que nous nous employons à édifier
ne saurait s'accommoder, d'aucune manière, de la culture
de l'impunité. Nous devons dès lors nous atteler à proscrire
la violence politique et à combattre résolument
l'impunité», avait proclamé le Président
de la République.
Depuis lors, le peuple, les victimes, les organisations de défense
des droits de l'Homme et l'ensemble des Togolais continuent d'attendre.
Entre temps, les Consultations nationales censées recueillir
la position de la population ont révélé que,
pour 43% de la population togolaise, le besoin de justice est
un élément important du processus de justice transitionnel.
Mais cela fait plus de sept (7) mois que ces consultations sont
terminées sans qu'aucun acte concret ne soit posé.
Au contraire, l'impunité continue. Pire, à l'analyse,
on a parfois comme l'impression que des auteurs présumés
de violations de droits de l'Homme sont promus à des postes
de responsabilité ; en outre, on observe de la part de
la classe politique des attitudes qui, loin de favoriser
la réconciliation tant proclamée, continuent plutôt
d'enfoncer le fossé entre les différentes couches
de la population.
Déterminé, pour sa part, à contribuer à une
réelle évolution de la situation, le CACIT a entamé depuis
janvier 2009, un vaste projet d'«assistance juridique
et judiciaire aux victimes des droits humains avant, pendant
et après les élections de 2005 au Togo».
Mis en œuvre avec le soutien de Agir Ensemble pour les
Droits de l'Homme (AEDH-France) et Amnesty International (Bureau
de Londres), ce projet a permis, à ce jour:
- de déposer trente sept (37) plaintes auprès
des tribunaux de Lomé, Atakpamé et Amlamé;
- de sensibiliser l'opinion sur la situation difficile que continuent
de vivre les victimes dont certaines sont encore dans un état
de vulnérabilité psychologique, sanitaire et économique
assez alarmant;
- de mobiliser des avocats prêts à défendre
les victimes dès que la justice voudra bien donner suite à leurs
plaintes.
Au moment où le Togo s'apprête à connaître
de nouvelles élections présidentielles en 2010,
il est regrettable de voir qu'aucune avancée substantielle
ne semble être réalisée pour satisfaire la
soif de justice. Or, les élections présidentielles
sont très souvent, en Afrique et principalement au Togo,
des périodes où on observe une montée des
cas de violations des droits de l'Homme. Le CACIT s'inquiète
donc que rien ne soit entrepris jusque là, pour rassurer
les populations et se dit alarmé par le fait que
la Commission Vérité, Justice et Réconciliation
suggérée par l'Accord Politique Globale (APG),
promise par le gouvernement et confirmée par les populations à travers
les consultations nationales, n'est même pas au stade embryonnaire.
Le CACIT attire l'attention sur la situation difficile et le
drame humain que vivent les victimes au quotidien alors que les
uns et les autres continuent de se tirailler dans des considérations
purement politiciennes.
Il recommande aux autorités politiques et judiciaires, à la
classe politique et à l'ensemble de la société civile
de tout mettre en œuvre pour favoriser:
la relance du processus de justice transitionnelle avec la mise
sur pied, sans délai, d'une Commission Justice Vérité et
Réconciliation avec une composition inspirant réellement
confiance aux populations;
l'avancement de l'instruction sur les plaintes déjà déposées
;
l'accélération des réformes visant à la
modernisation de la justice togolaise et la lutte contre la corruption;
la mise en place d'un environnement juridique et institutionnel
véritablement favorable à la lutte contre l'impunité au
Togo.
Il rend particulièrement hommage au Bureau du Haut Commissariat
des Nations Unies aux Droits de l'Homme (HCDH) au Togo pour son
appui à la société civile et au renforcement
d'un environnement favorable à la lutte contre l'impunité au
Togo.
Il demande à la CEDEAO, à l'Union Africaine, à l'Union
Européenne, aux institutions internationales et partenaires
en développement de continuer par appuyer le processus
de renforcement de l'Etat de droit au Togo.
Le CACIT est convaincu que c'est à ce prix seulement
qu'au Togo, le crime ne se nourrira plus de l'impunité.
Je vous remercie
Fait à Lomé le 22 janvier 2009
Pour le Bureau Exécutif du CACIT
Le Président, Me Ata Messan Zeus AJAVON
|