Réformes institutionnelles et constitutionnelles:
Faure Gnassingbé et le RPT dans
la logique de verrouillage du scrutin de 2010
30 janvier 2009
Visiblement depuis un certain temps, la présidentielle
de 2010 est devenue l’obsession des gouvernants togolais.
Le Premier ministre Gilbert Houngbo n’a pas pu le cacher
lors de son intervention sur le plateau de la Télévision
nationale dans le cadre du bilan de ses cent (100) jours à la
Primature, répondant à une question sur la problématique
de la tenue ou non des élections locales. Il a laissé entendre
que la présidentielle de 2010 est plus importante que
ces locales pour donner raison à Faure Gnassingbé qui
a déjà enclenché une précampagne électorale,
même si on la dissimule sous une pseudo tournée
d’échange de vœux avec les populations de
l’intérieur. Le sommet est donc emballé par
ce scrutin, comme s’il constituait le quotidien des populations,
et met déjà les bouchées doubles pour sa
préparation efficiente.
Le sujet a justement présidé à la tenue
d’un Conseil des ministres du vendredi 23 janvier dernier,
deux jours seulement après celui du 21 du même mois.
A l’ordre du jour, le code électoral et la question
des réformes institutionnelles et constitutionnelles.
Le Conseil a requis «l’ouverture d’une
session extraordinaire à l’Assemblée nationale
afin d’examiner et d’adopter les deux (02) projets
de loi relatifs au code électoral et au statut de l’opposition».
Il a par ailleurs recommandé «d’inscrire à l’ordre
du jour la question des réformes institutionnelles et
constitutionnelles conformément au point 1.1. de l’APG
qui reconnaît à l‘Assemblée nationale
un rôle prépondérant dans la poursuite des
réformes constitutionnelles et l’enracinement de
l’Etat de droit».
Et le pouvoir court-circuta l’opposition
Le clan au pouvoir a habitué les Togolais aux coups bas, à la
malhonnêteté, et le scenario qui a prévalu à l’introduction
de la requête à l’Assemblée nationale
s’y inscrit parfaitement.
Le jeudi 4 décembre 2008 eut lieu une rencontre entre
le ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation
et des collectivités locales Pascal Bodjona, et les partis
politiques. A l’ordre du jour, la modification du code électoral.
Selon les informations, il a été demandé aux
différentes formations politiques d’aller réfléchir à des
propositions allant dans ce sens, lesquelles propositions devront être
exprimées au cours d’une prochaine réunion
qui devrait plancher là-dessus, pour une modification
consensuelle. C’est sur ce que la rencontre aurait été levée.
Et ainsi, les partis politiques de l’opposition étaient
dans l’expectative d’une éventuelle réunion
pour les débats. Mais quelle ne fut leur surprise d’apprendre
qu’un projet de loi a été étudié lors
d’un Conseil des ministres. Et c’est ce projet de
loi élaboré unilatéralement que le gouvernement
introduit à l’Assemblée nationale pour étude
et adoption. Les partis politiques de l’opposition se trouvent
ainsi court-circuités.
Un code électoral «RPTéisé»
Ce scénario pose déjà des problèmes
de légitimité. Selon les dispositions de l’Accord
Politique Global (APG), c’est le Cadre permanent de dialogue
et de concertation qui est compétent pour plancher sur
un sujet d’une telle importance que le code électoral.
En son absence, cela induit que c’est le gouvernement seul,
dominé de la tête aux pieds par le Rassemblement
du Peuple Togolais (RPT) qui a élaboré ce projet
de loi. Même si entre-temps des propositions de certains
partis de l’opposition sont parvenues au ministre de l’Administration
territoriale, quelle réelle considération leur
pourrait être donnée? Au vu de ce scénario,
il faudrait d’ores et déjà s’attendre à un
code électoral qui fasse les affaires du RPT.
L’Assemblée
nationale, une chambre d'enregistrement
On nous rétorquera, tout comme l’a fait dernièrement
le Premier ministre Gilbert Fossoun Houngbo sur la TVT, que même
si c’est le gouvernement seul qui a procédé à l’élaboration
du projet de la loi, «les députés auront
leur mot à dire». Mais c’est faire preuve
de naïveté que de croire que le miracle proviendrait
de l’Assemblée nationale.
Le Parlement togolais est dominé par le parti qui compte
cinquante (50) sièges sur quatre-vingt et un (81) au total.
Cette majorité permet au RPT de donner à tout
projet de loi, l’orientation voulue. Même si l’initiative
d’un projet de loi venait d’un groupe parlementaire
de l’opposition, elle ne passera que lorsque le groupe
RPT l’aurait voulu. Et dans le cas précis des projets
de loi relatifs au code électoral et au statut de l’opposition, à moins
d’un miracle, ils seront votés et feront office
de loi, surtout que l’initiative vient du gouvernement,
donc du RPT.
Pour flouer l’opinion, le Conseil des ministres n’a
pas introduit de projet de loi relatif aux réformes institutionnelles
et constitutionnelles, mais laissé libre cours au Parlement
de les inscrire aussi à l’ordre du jour. Ce n’est
que pure hypocrisie et ici non plus, il ne faut s’attendre à un
miracle. Le RPT a toujours les armes nécessaires pour
façonner à sa guise la loi constitutionnelle.
L’alternative pour l’opposition parlementaire
L’opposition parlementaire, et au-delà, extraparlementaire
se trouve donc devant un dilemme. Que ces réformes soient
entreprises ou pas, sa cause sera entendue, à cause de
sa minorité. Même si cette minorité pourrait
lui permettre de faire blocage, la situation n’aura pas évolué car
la Constitution en l’état actuel, issue du tripatouillage
de décembre 2002, accorde tous les privilèges au
RPT, et donc à Faure Gnassingbé.
C’est manifeste que le pouvoir RPT est dans une logique
d’obscurantisme et cherche à verrouiller le processus électoral
de 2010 qui s’avère crucial. Devant une telle situation,
l’opposition parlementaire n’a qu’une seule
alternative, celle en gestation en ce moment et qui consiste à boycotter
durant un bon bout de temps les séances à l’Assemblée
nationale, afin d’attirer l’attention de la Communauté internationale
sur le coup de force en préparation par le RPT.
La mesquinerie du «Leader nouveau»
Cette situation ne met que trop bien à nu la duplicité de
Faure Gnassingbé qui ne cesse de professer un certain «Esprit
nouveau» et une présidentielle libre et démocratique
en 2010. Ses interventions à propos des élections
générales au Ghana sonnent encore dans les mémoires.
A l’occasion de l’échange de vœux de
nouvel an avec les forces vives de la Nation, le 5 janvier dernier,
le Chef de l’Etat s’est extasié sur le déroulement
des législatives et présidentielle ghanéennes
conclues par la victoire de l’opposant John Atta-Mills
et son camp. Faure Gnassingbé a loué le caractère
démocratique et pacifique de ces scrutins et promis s’en
inspirer pour la présidentielle de 2010. D’après
les observateurs avertis, la réussite ghanéenne
tient de l’indépendance des institutions électorales
dont la Commission Electorale. Mais au Togo, les actions sont
plutôt entreprises pour mettre sous ordre ces institutions,
pour verrouiller le processus électoral.
Pablo
E. Liberté
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