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Déclin du néolibéralisme
et du capitalisme:
L’Afrique face à la crise économique
et financière mondiale
17 février 2009
Réunis la semaine dernière à Addis-Abeba,
les dirigeants des pays africains ont convenu de la nécessité de
développer et d’améliorer leurs infrastructures.
Qu’il soit question d’eau, de transport ou d’électricité,
de meilleures infrastructures peuvent se traduire en Afrique
par un relèvement de la croissance de plus de 2%, un surcroît
de productivité de 40%, et des créations d’emplois
pour une population jeune en constante augmentation. Mais ce
sommet a aussi été l’occasion pour ces dirigeants
de discuter de leurs préoccupations croissantes quant à l’impact
sur leurs populations de l’effondrement de la situation
financière mondiale, venant si peu de temps après
la crise des prix alimentaires et énergétiques.
Il y a un an seulement, les perspectives de l’Afrique
subsaharienne semblaient des plus prometteuses. Pour la première
fois depuis 20 ans, cette région affichait un taux
de croissance identique à celui du reste des pays en développement,
abstraction faite de la Chine et de l’Inde. Elle commençait
enfin à récolter les dividendes, y compris sous
forme de revenus croissants, des difficiles choix opérés
depuis des années, que ce soit pour mobiliser plus de
ressources au plan intérieur, réorienter des dépenses
malavisées, investir dans l’éducation et
la santé de base, réformer les services publics,
réduire les politiques protectionnistes, assouplir les
régimes de taux d’intérêt et de change,
ou encourager la concurrence. Elle bénéficiait
d’apports de capitaux privés de près de 55 milliards
de dollars. Son PIB avait progressé de 5,7% en 2006
et de 6,1% en 2007. Et elle faisait l’objet d’une
aide extérieure croissante, sous forme de nouveaux capitaux
et de remises de dette.
C’est alors qu’est survenue la crise financière,
et que l’économie mondiale est tombée en
chute libre. Il n’a pas fallu longtemps pour que les pressions
se fassent sentir en Afrique. Celle-ci a vu ses revenus du tourisme
fléchir, de même que les envois de fonds reçus
de l’étranger et ses recettes d’exportation.
Les investissements étrangers ont vite commencé à se
tarir. Les bourses africaines, comme celle de l’Ouganda,
ont reculé de plus de 40%. Le Ghana et le Kenya ont dû reporter
pour plus de 800 millions de dollars d’émissions
d’obligations souveraines, retardant la mise en œuvre
de projets de routes à péages et de gazoducs. Pour
les pays exportateurs de pétrole, la baisse des prix pétroliers
a soulevé le spectre d’une perte de PIB de 15% en 2009.
Ces évolutions majeures sont lourdes de conséquences
sur le plan humain. Du fait de l’aggravation des résultats économiques,
la mortalité infantile et juvénile est destinée à augmenter,
et les taux d’achèvement scolaire dans le primaire à baisser.
Dans leur majorité, les pays africains étaient
déjà en passe de ne pas pouvoir atteindre les objectifs
de développement pour le Millénaire, notamment
celui consistant à réduire de moitié la
pauvreté d’ici 2015. La crise actuelle ne va
rendre que plus difficile la réalisation des ODM. Mais
les pays plus avancés du continent souffrent eux aussi :
en Afrique du Sud, ce sont environ 64 000 emplois qui,
selon les estimations, viennent d’être perdus en
quelques mois seulement dans le secteur minier.
La crise économique mondiale porte en elle le risque
de devenir une crise politique et sociale pure et simple. On
en est à un moment où il appartient aux États
africains d’ouvrir le dialogue avec leurs citoyens sur
les défis à venir et les choix difficiles à opérer
pour y faire face. Les citoyens feront partie de la solution,
quelle qu’elle soit. Maintenant, que peut-on et que doit-on
faire ?
Une gestion avisée des finances publiques sera déterminante
pour qu’il y ait un redressement plus rapide au sortir
de la crise. Les dirigeants africains doivent éviter les
options à caractère populiste qui ne feraient que
rendre leurs populations encore plus vulnérables à longue échéance.
Il faut que les subventions et filets de protection sociale visent
en priorité les catégories de population vulnérables
qui en ont le plus besoin. En faire bénéficier
ceux qui auraient les moyens de se procurer les services correspondants
ne fera qu’aggraver la situation des finances publiques,
rendant l’État moins à même d’investir
dans les domaines d’une importance capitale pour les pauvres.
Dans le même temps, des programmes de relance budgétaire
bien gérés, et financés au moyen de ressources
extérieures, permettraient d’éviter une forte
baisse de croissance dans les pays africains. Un investissement
dans les filets de sécurité et des dépenses
dans le domaine des infrastructures (en matière d’entretien,
notamment) permettront d’amortir la chute et de mettre
ces pays en position de tirer parti du rebond de l’économie
mondiale, lorsqu’il se produira. C’est sur cette
idée que repose la proposition avancée récemment
par le Président du Groupe de la Banque mondiale, M. Zoellick,
pour que chaque pays développé s’engage à consacrer
0,7% du montant de son plan de relance à un fonds d’aide
aux pays vulnérables, en vue d’aider les pays en
développement à surmonter la crise.
Les principes de l’économie de marché ont
permis à 64% des Africains de bénéficier
d’un niveau de croissance économique de l’ordre
de 5,9 à 8,1% par an durant la période de 1997 à 2007.
La révolution que beaucoup de pays de la région
ont connue dans leur secteur des télécommunications
n’est qu’un exemple de la façon dont ces principes
ont changé pour le mieux l’existence de leurs habitants.
Il ne faut pas qu’ils reviennent sur les changements opérés
sur la base de ces principes de marché, car il ne saurait
y avoir de réduction durable de la pauvreté sans
croissance. Mais il faut que les pays s’y prennent mieux
pour réglementer de manière effective ces marchés, établir
des règles du jeu égales pour tous les acteurs économiques,
se tenir au fait des approches financières novatrices
et de leurs risques inhérents, et puiser dans l’immense
réservoir d’ingéniosité et de créativité que
représentent leurs propres habitants. Cela ne pourra se
faire qu’au prix d’un gros effort de renforcement
des capacités de leurs institutions.
S’agissant des investisseurs étrangers, ils reviendront
une fois calmée la crise. Mais ils se montreront prudents,
et recommenceront d’abord à investir dans les pays
qui auront maintenu le cap des réformes engagées,
en se montrant prêts à renforcer la gouvernance, à affirmer
le principe de primauté du droit, et à moderniser
leurs marchés des capitaux.
Pour ce qui est des pays richement dotés en ressources
minérales, la crise a valeur de rappel à l’ordre
pour qu’ils redoublent d’efforts en vue d’établir
des systèmes propres à assurer une gestion transparente
de ces ressources, et à faire en sorte qu’elles
génèrent des gains tangibles pour les segments
pauvres de leur population.
En dépit des incertitudes, les pays africains se doivent
de maintenir l’élan dans le sens d’une mutation
qui porte en elle la promesse d’une amélioration
de l’existence quotidienne de leurs citoyens.
Obiageli Ezekwesili est vice-présidente
de la Banque mondiale pour la Région Afrique.
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