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Dur dur d’obtenir un titre de séjour
en Europe:
Les amours tourmentés de couples
franco-africains
20 février 2009
Pour un Africain ou une Africaine, épouser une Française
ou un Français n’a rien d'une formalité et
ne met pas à l'abri des problèmes. Refus du consulat
de transcrire le mariage ou de délivrer le visa, interminable
attente à la Préfecture pour renouveler le titre
de séjour, suspicion du maire, enquête de police… Rencontre
avec des couples mixtes qui se sentent traqués.
Jointe par téléphone au Cameroun, Marie* répond
aux questions d'une voix faible, presque éteinte: "J’ai
beaucoup maigri. Je déprime. Mon chéri me manque." L’été dernier,
cette Camerounaise, qui vivait sans-papiers dans l’est
de la France depuis plusieurs mois, voit débarquer des
policiers au domicile de celui qui devait prochainement devenir
son mari : "Ils ont écrit dans leur rapport que je
ne vivais pas dans cet appartement, que je voulais l’argent
et la nationalité de Jacques. Nous ne pourrions donc pas
faire notre vie en paix, uniquement parce qu’il est plus âgé que
moi (près de 30 ans d’écart, Ndlr)" Après
dix jours terribles en centre de rétention, Marie est
expulsée au Cameroun où elle vit depuis en famille: "Je
n’ai pas osé tout leur raconter. Quand tu rejoins
un Européen en Europe, la famille est convaincue que sa
vie va s’améliorer…"
Rencontré dans le sud de la France, Didier a lui reçu,
un mois après son mariage avec Amandine, une Française,
la redoutée OQTF (Obligation de quitter le territoire
français). Depuis deux ans, ce Gabonais se dit dans une
impasse. "Je ne peux ni rentrer, ni rester. Au Gabon, ma
mère a déjà 12 enfants à charge.
En France, je n’ai plus de papiers et donc pas de travail
ni d’aides sociales." Le jeune homme au look branché marque
une pause, puis reprend: "En venant étudier ici,
je me voyais comptable. A présent, il m’arrive de
m’imaginer délinquant".
Une vie gâchée en cinq minutes
Des témoignages comme ceux-là, le collectif national
des Amoureux au ban public affirme en avoir reçu près
de 3 000 depuis sa création en juin 2007. Le renforcement
de la lutte contre les faux mariages ("mariages blancs")
et l'immigration illégale est passé par là (voir
encadré). "Nous sommes saturés. Les conjoints
français réalisent à leur tour que la législation
actuelle réprime sans distinction étrangers et
Français. Cela va à l’encontre d’une
idée reçue qui veut qu’une fois marié(é) à un(e)
Français(e) vous n’avez plus de problèmes",
analyse Nicolas Ferran, un des initiateurs de ce mouvement né de "l’envie
de couples mixtes de s’engager dans une démarche
collective et politique".
"Comment peut-on gâcher la vie des gens en cinq minutes?",
s’interroge par exemple Gabriella, les larmes aux yeux.
Il y a 3 ans, cette Française s’est mariée
au Maroc avec Mustapha. "Notre vie a basculé après
un entretien au Consulat de France à Fez. Dans son rapport,
l’agent de l’état civil a affirmé m’avoir
posé des questions qu’elle ne m’a jamais posées.
Elle a aussi mentionné que nous n’avions échangé aucun
signe affectueux... Notre demande de transcription n’a
donc pas abouti, car il y avait suspicion de mariage blanc." Aujourd’hui,
Mustapha est bloqué au Maroc. Gabriella l’y rejoint
quelques jours tous les deux ou trois mois.
Mariés depuis 3 ans eux aussi, Gaston et Fabienne sont
eux réunis en France. Ils ne se sentent pas pour autant à l’abri
des tourments administratifs. "Nous ne parvenons pas à obtenir
la carte de résident de 10 ans. Un responsable de la Préfecture
nous a dit en février que ses services traitaient en ce
moment les dossiers déposés en… octobre
! Nous avons l’impression de recommencer toutes les démarches à zéro.
Mon épouse est pourtant ici depuis 9 ans!", commence
Monsieur. "J’ai obtenu des diplômes en France,
mais avec ma carte d’un an renouvelable, les patrons ne
m’embauchent que pour des remplacements", poursuit
Madame, de nationalité camerounaise.
S'aimer ailleurs qu’en France
Certains couples, après avoir vécu leur lot d’émotions,
semblent pour le moment tirés d’affaire. Soumaila
et Camille, mari et femme depuis 2006, sont de ceux-là. "Nous
avons construit notre nid sur la braise. Les Africains qui veulent
venir ou rester en Europe en clandestins doivent savoir que même
mariés à une Française et avec un enfant,
ils risquent d’être expulsés !", prévient
toutefois le jeune Malien. L’automne dernier, Soumaila
a pour la première fois emmené Camille à la
découverte de son pays et de sa famille. Des photos et
un petit film témoignent d’une fête improvisée
et d’une sérénité retrouvée.
Fin septembre, Mariam, jeune maman angoissée, fumait
cigarette sur cigarette. À ce moment-là, Noé,
son bébé, n'avait que quelques jours. Il ne connaissait
pas encore Christian, son papa, expulsé au Bénin
cinq mois auparavant. Un peu avant Noël, la famille recomposée
(Mariam avait eu un premier enfant d’un autre homme) est à nouveau
réunie. "Je sais que la situation ne change pas pour
d’autres couples. Je ne suis pas réconciliée
avec la France", nuance la Française d’origine
sénégalaise, avant de conseiller aux autres couples
franco-étrangers, "Ne lâchez pas, l’amour
gagne toujours à la fin!"
Impressionné par la réussite professionnelle de
certains de ses camarades de lycée qui sont restés
en Afrique et ont aujourd'hui de belles villas et roulent en
4x4, Christian complète : "L’amour peut se
vivre autre part qu’en France. Peut-être se vit-il
même mieux ailleurs…"
Mariages mixtes: le vrai et le faux
(Syfia France) Le mariage avec un Français ou une Française
est aujourd’hui la première source d’immigration
légale en France. Des dérives existent: mariages
via des réseaux crapuleux, unions militantes entre amis,
mariages de dupes où le conjoint français est abandonné une
fois le titre de séjour obtenu…. Il y a un an,
Yannick Blanc, ancien directeur de la police générale
de la Préfecture de police de Paris, donnait dans
l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur un ordre d’idées: "En
matière d'étrangers, l'obtention de papiers par
voie de mariage de complaisance est très rare. Environ
300 par an, à Paris, contre 120 000 titres de séjour
délivrés."
Officiellement, c’est pourtant pour débusquer ces
faux mariages, communément appelés "mariages
blancs", qu’en 2003 est adoptée une loi sur
la maîtrise de l'immigration. En 2006, les contrôles
sur les mariages mixtes se durcissent. Depuis trois ans, les
maires peuvent refuser de célébrer un mariage qu’ils
jugent suspect et saisir le procureur de la République.
Les faux époux risquent cinq ans de prison et 15 000 € d'amende.
Si, dans les quatre ans qui suivent le mariage, les époux
se séparent, le conjoint se voit retirer sa carte de séjour
et devient expulsable. En vertu de la loi Hortefeux de 2007,
les nouveaux conjoints de Français doivent dorénavant
passer notamment des tests de langue.
Sous l’effet de ces différentes lois, le nombre
de mariages mixtes en France a diminué de près
du quart, passant de 47 579 en 2003 à 36 659 en 2007. À l’étranger,
le nombre de transcriptions de mariages de ressortissants français,
après avoir pratiquement doublé entre 1995 et 2007,
a baissé de près de 5 % entre 2006 et 2007 (50
350 à 47 869).
Depuis sa nomination le 15 janvier dernier, Éric Besson,
le nouveau ministre de l'Immigration entend "professionnaliser
l’immigration familiale". Aujourd’hui, moins
de 10 % des cartes de séjour sont délivrées
au titre de l’emploi. En parallèle, il "travaille
sur l'objectif" de 26 000 reconduites aux frontières
de sans-papiers en 2009, le même chiffre que celui qui était
prévu et a été dépassé en
2008 par son prédécesseur.
Emmanuel de Solère Stintzy (SYFIA
international)
*À la demande des couples interrogés, tous les
prénoms cités ont été modifiés
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