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Interview: Après le massacre des populations de Tchamba par le Colonel Titikpina:

L’ancien chef-canton Titikpina Oudja-Bouh raconte les faits

24 février 2009

Atcha Titikpina, le bourreau des populations de Tchamba et de sa propre famille. Son frère, l'ex chef du canton raconte les faits et les supplices subis Au mois de décembre 2008, des troubles sociaux ont éclaté dans le canton de Tchamba et occasionné des blessés graves et d’importants dégâts matériels à la suite des malentendus dans la famille Titikpina. Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile Atcha Titikpina avait été accusé d’avoir commandité ces violences.

Curieusement, quelques jours plus tard, le conseil des ministres s’est réuni et a pris un décret pour relever M. Titikpina Oudja-Bouh, chef canton de Tchamba de ses fonctions afin, dit-on, d’ «apaiser les populations et de garantir la paix et la cohésion sociale». Le cerveau des troubles sociaux, lui, n’est pas inquiété. Aujourd’hui, l’ancien chef-canton de Tchamba rompt le silence. Il revient sur les démêlés avec son frère qui ont conduit à sa destitution. Lecture

Comment cette histoire a commencé?
C’est un problème familial qui a été dramatisé. Notre père est mort le 29 janvier 1973. Il a laissé 54 enfants dont mon grand frère ministre et moi. Nous avions partagé l’héritage et on s’est entendu que la maison familiale devait rester telle. Les autres maisons du père ont été vendues au grand frère colonel à vil prix et nous tous on a partagé l’héritage. Notre benjamin a eu des problèmes avec le colonel et cela l’a obligé à déserter l’armée.

Le colonel dit ensuite que ce frère déserteur ne doit plus être membre de notre famille. Il y a eu même une réunion où il était question que ce benjamin soit exclu de la famille afin qu’il ne signe plus le nom Titikpina. D’après le grand frère colonel, son papa n’était pas le nôtre. Il disait avoir des informations concernant le vrai père du déserteur. Après vérification, il s’avère que c’était une imagination. Il avance que d’après l’acte de naissance du déserteur, ce dernier est né en Août 1973 et le père mourait en Janvier de la même année. Or d’après ses arguments, pendant les deux dernières années de son existence, notre père ne pouvait plus approcher une femme. D’où cet enfant devait avoir un autre père.

Je lui ai répondu que dans ce cas, cet enfant ne sera pas le seul à exclure de la famille car, trois ou quatre autres petits frères avaient moins d’un an quand notre père décédait ; parmi eux le benjamin de la maman du colonel lui-même. C’est ainsi qu’il a laissé tomber.

Entre temps il était aussi question de maison démolie, est-ce vrai?
La maison où habitait ma maman s’est écroulée en 2003 et je devais la relever. Toute la famille y a participé. Le colonel a contribué à hauteur de 500000Fcfa. Mais, certains membres de la famille se sont opposés à ce que je relève ce bâtiment. A la réunion où nous avions parlé de l’exclusion du petit frère on en a parlé. Le colonel a convaincu ceux qui s’y opposaient de la nécessité de relever ce bâtiment.

J’ai relevé le bâtiment mais certains continuaient à estimer qu’il devait être démoli. A ma grande surprise, juste parce que je me suis opposé à sa volonté d’exclure le petit frère de la famille, le colonel va faire un bloc avec ceux qui ne voulaient pas voir le bâtiment de ma maman. La même personne qui a contribué avec 500 000 F CFA pour le bâtiment revient dire qu’il faut le démolir. Car, disait-il, il veut faire un forage en famille et que l’accès au forage devait être au niveau de la maison.

Je m’y oppose, mais le colonel fait savoir au quartier qu’il est venu pour faire un forage public et je m’oppose. Il finit par casser le bâtiment, il y fait son entrée et le reste de l’espace servait de garage à sa voiture. Ceci se passait du vivant de ma maman, mais la vie a continué quand même.

Des journaux ont aussi parlé des divergences d’ordre politique, pourtant vous êtes tous d’un même parti?
Les moments des législatives passées sont venus créer un autre épisode. Cinq candidatures se sont manifestées à Tchamba. Un parmi les candidats avait le soutien du colonel. Il se révèle que ce candidat du colonel était de l’opposition et j’ai relevé à une réunion comme quoi, ce dernier ne peut pas être candidat du RPT à Tchamba. Le colonel me fait savoir que cela n’arrive pas pour la première fois, car par le passé, une autre personne a déjà bénéficié d’une candidature du RPT alors qu’elle appartenait à l’opposition.

Je lui ai dit que dans ce cas, le monsieur avait quitté son parti de l’opposition et il est déjà intégré au RPT avec sa carte de membre avant d’être candidat. Dans ce malentendu, le colonel a fait organiser une marche contre ma personne car je m’opposais à son candidat. Parmi les candidatures qui se sont manifestées, il y’avait celle de Mme Apoudjak.

J’étais au champ quand le chef du village de Dantcho me rejoint pour me dire qu’il est venu de la part du préfet qui leur demandait, sur ordre du colonel, de faire une déclaration contre le suppléant de Mme Apoudjak afin que celui-ci ne soit plus habilité à être suppléant. Ce qui permettrait d’invalider la candidature de Apoudjak. Pendant que nous cherchions des solutions, le colonel lui-même est venu confirmer être l’instigateur de cette démarche contre M. Abou-Rachid, Secrétaire préfectoral de la JRPT et suppléant à Apoudjak.

La population s’est opposée à cette déclaration demandée contre le suppléant. Mme Larba Apoudjak finit par remporter les primaires au sein du RPT. Après les résultats des primaires, mon frère vient à la prière de vendredi manifester son soutien à Apoudjak. Celle-ci se rend chez lui en délégation le saluer le lendemain. Et les gens croyaient à une réconciliation, mais j’ai dit à Apoudjak d’être prudente, car je connais mon grand frère.

Quelques jours après, le même grand frère organise une marche de protestation contre les élections primaires remportées par Larba Apoudjak. Les problèmes refont surface. Les Honorables Dramani et Apoudjak organisent une réunion pour s’entendre sur une stratégie de campagne en tant que candidats retenus suite aux primaires du RPT. La milice du colonel empêche les gens d’avoir accès à la salle de réunion, les deux candidats ont été priés de repartir. C’est dans cette atmosphère que les élections ont eu lieu et les candidats RPT ont remporté.

En plus, il faut rappeler que nous avons en projet la construction d’un marché public à Tchamba. On s’est entendu, qu’afin de profiter de certains avantages, le site du marché sera le lieu où les entrepreneurs, chargés de goudronner la route de Tchamba-Sokodé, auraient choisi comme base. Le colonel s’y oppose.

Dans ces moments, il est nommé ministre et manifeste sa volonté de construire un autre marché à hauteur de 3 milliards avec la contribution des fils et filles de Tchamba et du gouvernement. Il choisit une zone inondable, interdite de construction. Dans l’impossibilité, un autre site est choisi, mais la population devait assurer la main d’œuvre, le sable, le gravier et autres et surtout, le terrain étant couvert de tecks, la population devait dessoucher les arbres. La population s’oppose à ce dessouchement. Elle suggère que le colonel aide avec un bulldozer.

Le colonel refuse mais le travail a commencé quand même ; malheureusement, le déracinement des arbres est resté inachevé jusqu’aujourd’hui. Pourtant on pouvait éviter tout cela si les propositions que j’ai faites avec mes notables avaient été prises en compte. Dès qu’une initiative est proche de moi, mon frère trouve à dire. Le colonel finira par dire clairement que je m’oppose toujours à ses ordres et qu’il faut me destituer.

Avant d’arriver-là, vous avez été suspendu pour six mois par votre ministère de tutelle. Ce n’est donc pas une simple affaire entre frères, contrairement à ce que vous avez démontré précédemment?
C’est une autre histoire. Effectivement, j’ai été suspendu par arrêté N°0001 du 19 mars 2008 «pour fautes graves». Comment cela est arrivé?

Après le décès de notre papa, je vous disais que nous avions tout vendu sauf la maison familiale sur laquelle nous nous sommes mis d’accord de ne pas vendre, ni partager. Elle est là pour toute la famille, comme cela se fait partout. Mais le colonel vient à un moment donné dans la grande famille pour ordonner que la maison familiale soit partagée aux héritiers que nous sommes. Tout le monde s’oppose, mais il finit par avoir certains dans son camp.

Notre père a laissé 54 enfants et le seul héritage commun est cette maison familiale de 41 pièces où nous nous retrouvons tous. Je refuse de participer au partage et de prendre ma part. Mais puisque la maison a été quand même partagée, il faut que chacun entre en possession de sa part. Or moi j’habitais précisément cette même maison avant le partage. Alors je suis obligé de me retirer dans la maison de mes oncles à 300 m environ de cette maison familiale. Dès que je suis arrivé chez mes oncles, le colonel vient dire à mon ministre de tutelle, M. Pascal Bodjona, que j’ai quitté la maison royale. Donc il faut que je sois destitué, car j’étais un chef déserteur.

Il faut noter que nous n’avions pas une maison royale ; à ma connaissance, c’est une maison familiale. Cette maison n’existe plus car elle est partagée aux héritiers. Suite à cela, le ministre Bodjona nous convoque. J’arrive avec ma délégation mais on refuse l’accès à la salle à une bonne partie de la délégation. Je n’étais admis qu’avec deux personnes or le ministre était accompagné de 18 personnes.

Après l’entretien pendant lequel tous les accompagnateurs du colonel ont eu le temps de me sermonner, le ministre Bodjona me demande de présenter des excuses à mon grand frère colonel. Je lui dis que si présenter les excuses résolvait ce problème, on ne serait pas ici, car j’ai déjà présenté mille et une excuses qui n’ont pas été acceptées. Le ministre insiste et je me rends en délégation chez mon frère le même jour. Mais je n’ai pas été reçu. Plutôt la voiture 15 places qui a transporté ma délégation fut saisie le même jour par le colonel et jusqu’ici cette voiture appartenant à mon oncle est introuvable. J’ai tenu mon ministre informé de l’échec de cette demande de pardon.

Le 19 mars, je suis convoqué à la préfecture de Tchamba où une lettre de suspension de 06 mois me fut brandie devant tous les chefs de villages et de quartiers. Pendant cette suspension, son Excellence Faure, en visite à Tchamba, a demandé à me rencontrer, il m’a encouragé. Mais le même jour une délégation va lui dire que j’étais mauvais. Il demande si j’étais mauvais depuis longtemps ou c’est suite à mes problèmes de famille. On lui répond que l’on ne me connaissait pas ce caractère.

Le président de la République a alors répondu que si je n’avais pas d’antécédents en dehors du différend avec mon frère, ma suspension est juste de 06 mois, pas plus. A deux jours de l’expiration de cette suspension, on me demande d’envoyer une demande de levée de sanction à mon ministère via le préfet. Ce que j’ai fait mais le préfet n’a pas envoyé la lettre. Plutôt il me demande d’avoir désormais sa permission avant de me déplacer de Tchamba, or les textes disent qu’il faut seulement informer le préfet.

Un soir, on m’informe que mon oncle dont la voiture 15 places est jusqu’à présent saisie et mon ancien chauffeur sont giflés à la gare routière parce qu’ils me supportaient. Le même jour vers 16 heures, le Commandant de Brigade m’alerte au téléphone en me demandant de me sauver car des milices armées arrivaient chez moi. Avec ma famille, je me réfugie dans une autre maison, ma femme a dû sauter par le mur pour s’y rendre. Ils sont effectivement arrivés quelques minutes après. Ma clôture en claie est cassée, mon portail défoncé, arbres et jardin détruits, les nacos brisés, les briques en fabrication pour la clôture cassées. C’était un groupe de plus de 100 personnes armées de gourdins, haches, coupe-coupe et autres objets tranchants avec des banderoles rouges à la tête. Je les regardais en étant caché avec ma famille. Ils se sont rendus ensuite chez le juge accusé d’être un de mes soutiens, mais ils ne l’ont pas trouvé lui aussi.

Après, le renfort de la gendarmerie est arrivé et les responsables de la gendarmerie de Tchamba et de Sokodé en plus d’un officier venus de Sokodé m’ont transporté à Sokodé où j’ai trouvé refuge. Le lendemain de cette agression, le colonel arrive à Tchamba. Sa milice dans les mêmes tenues et armée des mêmes armes qui ont servi contre moi, le reçoit à la gendarmerie. Il a fait des déclarations (NDLR: ces déclarations, notre rédaction se réserve le droit de ne pas les publier).

Le colonel a terminé son entretien en s’adressant à sa milice en ces termes: «Comme le chef est sorti de Tchamba, le problème est fini, il faut que chacun vienne déposer ses armes blanches ici». Ainsi, tout le monde est passé déposer devant lui son instrument de guerre.

Le même jour pendant la nuit, après le départ du colonel, avec les mêmes armes, le même groupe débarque chez un adjudant à la retraite accusé d’être proche de moi. Battu et totalement inconscient, les uns disaient qu’il fallait le brûler, les autres disaient qu’il faut l’achever avec un coupe-coupe. L’un d’entre eux devait lui donner un dernier coup quand sa femme s’est interposée. Elle a alors reçu en lieu et place de son mari, deux grandes entailles, voici les photos.

Semblerait-il que vous avez rencontré le chef de l’Etat?
Nous étions au chevet de ces deux blessés graves quand on m’a informé que le chef de l’Etat me cherchait à Pya. Je m’y rends et il me reçoit. Après cette rencontre, il m’a encore reçu ici à Lomé, mais permettez que je face économie de ce qui a été dit, surtout que les discussions sont encore en cours. J’attends que les officiels reviennent du nord pour me situer. Voilà une partie de notre film.

Source: Le Rendez-Vous n° 108 du 16 février 2009


 

 

 

 

 

 

           

           

 

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