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Portrait: Ambroise
Ouyi Tassane:
Le Rossignol des Monts Bassar
n'est plus
09 mars 2009
Etudiant, il avait déjà conquis le public
par ses talents artistiques. Toujours flanqué d’une
guitare sèche, Ambroise Kossi Ouyi Tassane formait à l’époque
au Lycée de Tokoin à Lomé, un trio éblouissant
avec feue Julie Akofa Akoussah et la nommée Gbédémah
prématurément décédée. Une
sobre discographie, mais avec des compositions d’une rare qualité,
le preux que la musique n’a pas enrichi, mérite
que l’on évoque son parcours. Hier ; plein
de vitalité, l’homme à l’éternel
cigare n’est plus au mieux de sa forme. Le Rossignol des
Monts Bassar (en référence à sa région
natale) a grand besoin du soutien de tous.
Une grande taille ! Des cheveux hirsutes ;
un menton pointu et de petits yeux surmontés de larges
lunettes, l’homme qui ferait mieux un basketteur ;
est plutôt connu artiste chanteur. Issu d’un milieu
modeste ; Ambroise Kossi Ouyi Tassane a vu le jour en 1946 à Kabou
en pays Bassar où il entame son cursus primaire jusqu’à l’obtention
de son certificat d’études. On le retrouve après
au Collège Chaminade de Lama- Kara (Kara) jusqu’en
1964. Pour se débarrasser des soirées d’insouciance
dues au strict régime d’internat des prêtres
catholiques ; un condisciple lui apprend à jouer
la guitare. Il en devient un véritable passionné.
Après le morceau «Nawoun Baba»,
sa toute première chanson ; Ambroise Tassane enregistre
en 1965 «Serpents de la nuit»,
son premier et véritable succès musical; une sorte
d’appât qui incitait les couche tard à déhancher
toute la nuit. Le Rossignol des Monts Bassar est par ailleurs
l’auteur de la chanson «Tu ne m’écris
plus», un autre grand succès discographique
réalisé en duo avec Julie Akoussah.
La chanson, une arme contre les incurables
Exigeant dans le travail, Ambroise Kossi Ouyi Tassane est connu
pour son amour des sonorités harmonieuses, des mots
qui accrochent. Pour ceux qui le connaissent ; il a toujours
orienté sa recherche musicale dans un sens précis :
la primauté du tam- tam et de la guitare qui sont ses
instruments de prédilection. Raison pour laquelle ;
la musique qui en découle est d’une rare qualité.
Mais que chante le Rossignol des Monts Bassar? L’artiste
qui bien souvent était accompagné sur scène
par l’ensemble Trio Dila Kassa Kassa et
l’orchestre TP Wilkomen Band de
Lomé, reconnaît qu’il n’aborde pas
pour autant l’amour, car il est bien persuadé qu’il
ne peut réussir le genre qu’un collègue
français. Est-il alors un artiste engagé ou moralisateur?
L’engagement en musique pour le Rossignol des Monts Bassar
n’est ni révolte ou contestation. Il s’agit
autrement de la description d’une réalité.
La plume est une arme pour l’écrivain, autant le
pinceau est une autre pour le peintre. Pour ce qui le concerne,
Ambroise Kossi Ouyi Tassane se sert de la chanson pour lutter
contre les incurables. Autrement dit, le nationalisme, le vécu
quotidien, la haine, l’injustice sont les thèmes
qui reviennent souvent dans ses compositions. Connu pour son
franc-parler, il est adepte d’une politique culturelle
axée sur la promotion et l’épanouissement
de nos potentialités nationales.
Bien dommage qu’au-delà des beaux discours, les
pouvoirs publics n’ont jamais eu la présence d’inclure
la culture dans leurs priorités. Pris en compte sous d’autres
cieux, le secteur culturel a eu des retombées positives
sur l’économie nationale.
Sinon ; comment expliquer pourquoi des artistes de la trempe
de feu Félix Aurélien Boccovi, Lucien Ayité Dzinyéfa,
Roger Dama Damawuzan, Grégoire Lawani, Ouyenga Adjalité,
Mamo Lagbéma et tant bien d’autres, malgré la
maîtrise de leur art, n’aient pu trouver la route
de l’Orient? L’artiste Ambroise Kossi Ouyi Tassane
qui fait l’objet de cet espace, est un puriste. Les morceaux «Serpents
de la nuit», «Tu ne m’écris
plus», composés et chantés
par le Rossignol des Monts Bassar, constituent des œuvres
intemporelles, inscrites dans l’histoire de la chanson
togolaise à l’image de Rejaki Tangwena,
une complainte à la fois mélodieuse et métaphorique.
Pour une prise en charge des artistes dans le besoin
Face à la maladie et faute de soutien ; bon nombre de
nos artistes ; tous domaines confondus meurent dans l’anonymat
total. Belle lurette que le Rossignol des Monts Bassar est porté disparu
sur la scène musicale. Ambroise Kossi Ouyi Tassane avait été vu
sur le petit écran dans les années quatre vingt
dix, reçu en invité spécial par le journaliste
Jules Ahadzi Komlan dans l’émission «Télescopie».
Egal à lui-même, il avait pour la circonstance, ébahi
les téléspectateurs. «Mon Bon
Dieu, je ne veux pas de ton paradis! Si c’est pour y voir
les assassins d’aujourd’hui…»,
leur avait-il fredonné.
Artiste de la chanson, Ambroise Kossi Ouyi Tassane a été chef
des programmes à Radio Lomé puis à la Télévision
togolaise. Il a également dirigé l’Office
togolais du disque (Otodi). Admis à la retraite administrative ;
il avait séjourné pendant de longues années
en France aux côtés de son épouse ;
une ancienne enseignante au Lycée de Tokoin et originaire
de la Région de Strasbourg. Retourné au Togo ;
le Rossignol des Monts Bassar vit désormais retranché à Kabou,
son village natal en pays Bassar. A la base ; de sérieux
ennuis de santé…
Le cas Ouyi Tassane n’est qu’un échantillon
de la kyrielle de problèmes de sécurité sociale
auxquels sont confrontés nos «ambassadeurs culturels».
Atteinte d’un cancer, Julie Akofa Akoussah avait été tardivement
soignée en France grâce à l’élan
de solidarité d’un regroupement d’artistes étrangers,
de ses parents avec semble-t-il l’apport des pouvoirs publics
togolais. Mais la mort l’a finalement emportée en
avril 2007. Quoi dire de Kokou Mab, le Collégien
de la chanson et de Kokouvito, le chantre du
Concert Party? Ils sont passés de vie à trépas ;
dans l’oubli total. Il nous faut sauver un patrimoine.
Le Rossignol des Monts Bassar a grand besoin de la solidarité de
tous. Que les uns et les autres mûrissent la réflexion
et que les bonnes volontés se manifestent!
Ekoué Satchivi
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