Incertitude à Madagascar:
L'armée dans la rue, le président
cloîtré dans son palais
17 mars 2009
L'armée malgache était déployée
mardi à Antananarivo après son coup de force de
la veille contre les bureaux de la présidence pour "précipiter
le départ" du chef de l'Etat Marc Ravalomanana, cloîtré et
de plus en plus isolé dans son palais à l'extérieur
de la capitale.
Comme chaque jour, environ 5.000 partisans de l'opposant Andry
Rajoelina, qui a demandé lundi aux forces de l'ordre d'arrêter "sans
retard" le président, étaient rassemblés à la
mi-journée sur la place du 13-Mai, dans le centre de la
capitale.
"Je remercie l'armée d'avoir délogé les
mercenaires" qui étaient installés selon lui
dans les bureaux de la présidence, a déclaré à la
presse Andry Rajoelina, en se refusant à toute indication
sur les intentions immédiates de l'opposition et de l'armée
vis-à-vis du chef de l'Etat.
A une douzaine de kilomètres de là, un petit millier
de supporters du président Ravalomanana tenaient un barrage
filtrant aux abords du palais d'Iavoloha où le chef de
l'Etat est retranché avec des éléments de
la garde présidentielle. Aucun homme en arme n'était
visible.
"Le président est toujours à Iavoloha",
a déclaré mardi son porte-parole Andry Ralijaona.
Il estime que "ce qui se passe est disproportionné par
rapport au problème (...) et que ce problème pourrait être
résolu s'il y avait une volonté des deux côtés",
a-t-il ajouté.
Selon le porte-parole, Marc Ravalomanana a assuré lundi à des éléments
de la garde présidentielle se trouvant avec lui à Iavoloha: "Je
reste avec vous et si je dois mourir, je mourrai avec vous".
Face aux 28.000 hommes des forces de sécurité (armée,
gendarmerie, police) qui ont lâché le régime
la semaine dernière, la garde présidentielle compte
environ 500 militaires, disposant essentiellement d'armement
léger.
Selon des sources militaires, la garde a en outre subi des défections.
Après avoir donné l'assaut lundi soir des bureaux
de la présidence pour "précipiter le départ" du
chef de l'Etat, selon le chef d'état-major, le colonel
André Andriarijaona, l'armée a déployé mardi
des blindés aux abords du bâtiment.
Trois blindés montés de mitrailleuses, trois camions
militaires et plusieurs dizaines de soldats portant des bérets
rouges étaient postés devant les bureaux.
Les militaires, la plupart affichant une attitude décontractée,
avaient pris place par petits groupes à l'intérieur
et à l'extérieur du palais.
L'avenue menant à ce palais d'Ambohitsorohitra a été fermée à la
circulation. Plusieurs dizaines de badauds tenus à distance
par des gendarmes observaient la scène de loin.
"Il n'y pas eu de confrontation cette nuit, la situation
est calme", a commenté un sergent, face aux grilles
du portail et à un pilier en pierre abattus lors de l'assaut,
mené par une centaine d'hommes appuyés par deux
blindés.
L'Union européenne (UE) a mis en garde lundi contre une
prise du pouvoir par la force à Madagascar, soulignant
qu'un chef d'Etat mis en place par la violence ne serait pas "reconnu" comme
légitime et que cela entraînerait une suspension
de l'aide à l'un des pays les plus pauvres de la planète.
Plus d'une centaine de personnes sont mortes dans des violences
qui ont émaillé la crise depuis le 26 janvier.
M. Rajoelina s'est fait le porte-voix des frustrations de nombreux
Malgaches touchés par la hausse des prix, et de leur ressentiment
contre M. Ravalomanana, décrit comme coupé de la
population et affairiste.
AFP
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