Lutte contre le tribalisme et le régionalisme
au Togo:
Il n’y a aucun malheur à être
Kabyè
31 mars 2009
La parution n° 014 de février-mars 2009 du mensuel Focus-Infos a
publié un article intitulé: «Mon meilleur
ami s’appelle Amouzou». Cet article qui dénonce
une pratique qui dure depuis le temps du père, et que
le fils poursuit par des contorsions susceptibles de distraire
ceux qui peuvent l’être, sans doute, pour ne pas
perdre son fauteuil présidentiel, est un article judicieux
que tout bon Togolais ayant à l’esprit le fondement
d’une nation et à l’heure où les autorités
elles-mêmes parlent de «vérité,
justice et réconciliation», devrait pouvoir
apprécier à sa juste mesure.
Nous rappelons que nous avions eu, nous-mêmes, courant
2008, à faire paraître un article dans lequel nous
avions démontré que le défunt président,
tout en étant peu instruit et peu cultivé, avait
tout, après avoir créé le RPT (Rassemblement
du Peuple Togolais), pour damer le pion au Père de l’indépendance,
en sortant ce pays de son tribalisme, si tant il est vrai, que
feu Olympio avait pratiqué le tribalisme pendant ses trois
années de présidence.
Cela aurait été tout à son honneur, même
après sa mort. Tel ne fut pas le cas; au contraire, il
avait exacerbé le tribalisme et la haine tribale dans
son pays «en tant que Père de la nation».
Et toutes les preuves en notre possession militent en faveur
de cette thèse. Personne ne nous convaincra du contraire.
Si plusieurs journaux ont eu, à la parution de l’article
de Focus-Infos, à s’en faire l’écho,
en vue d’une large diffusion, c’est justement parce
qu’ils sont conscients que beaucoup de Togolais souffrent
du tribalisme et du régionalisme dans leur chair et que
tout le monde en parle.
D’ailleurs, les nominations du temps du Général
Eyadèma étaient des occasions pour narguer et
provoquer le reste des Togolais. «Qui es-tu pour dire
quoi et à qui?», semblait-on signifier à qui
de droit.
Le problème du tribalisme au Togo est un problème
crucial et les organes de presse ainsi que tous les médias
ont l’impérieux devoir d’en faire leur affaire,
de le combattre par tous les moyens; peu importe que l’on
en soit victime ou bénéficiaire. Ainsi, ensemble,
les Togolais construiront leur avenir dans la fraternité,
l’union et la solidarité.
Notre combat, pour ceux qui ne le savent pas, est axé en
partie sur la dénonciation et l’éradication
de ce mal institutionnalisé par le régime RPT depuis
des lustres en système de gouvernement et d’exploitation
des populations pour lesquelles on prétend lutter, donnant
aveuglément dans le tribalisme, tout en ignorant la mission
première d’un dirigeant politique. Notre démarche
ici, tout en apportant notre soutien à l’initiative
osée du confrère Focus-Infos,
consiste aussi à répondre à la réaction
d’un autre confrère.
Acceptable réaction d’un confrère
Nous avons lu avec intérêt la réaction du
confrère La Dépêche et tenons à apporter
notre appréciation. Il ne suffit pas d’être
offusqué parce qu’on se sent concerné par
un article, étant donné sa propre origine et se
mettre à critiquer pour le plaisir de critiquer, au point
de perdre les pédales et prêter soi-même le
flanc à la raillerie. Pour une fois, nous saluons une
bonne réaction de la part d’un confrère qui
a su y aller avec des arguments somme toute pertinents, quand
bien même, il demeure des points sur lesquels le trio d’auteurs
peut être attaqué sans méchanceté.
Concernant le tribalisme au sein des partis politiques, le trio
prend le cas de la composition du bureau politique de l’UFC
où il constate que «presque tout le bureau est
composé de neveux, frères, beaux-frères
du leader. S’il leur arrive de positionner des gens issus
d’autres ethnies et particulièrement ceux du nord,
ces derniers ne sont réduits qu’au second rôle».
Pour étayer leur affirmation, Joël, Vivien et Jacques
se sont rabattus sur le cas Amah Gnassingbé qui occupait
le poste de 3è vice-président de l’UFC, «bien
que membre fondateur». Et d’appuyer par l’argumentaire
selon lequel, c’est pour limiter ses chances de briguer
un mandat présidentiel au nom de l’UFC. Cela témoigne,
disent-ils, du peu de confiance placé en lui.
Nous partageons leur constat selon lequel ceux qui critiquent
le tribalisme en sont les vrais adeptes. Comment ne pas le partager,
si l’on n’a pas su devancer ces genres de critiques
sur une si longue période?
Cela aurait-il motivé «Le vrai Gnassingbé» à faire
défection lorsque l’occasion s’est offerte?
Ce n’est pas moins sûr. Par ailleurs, les auteurs
de la réaction se sont référés à une
déclaration de ce parti faite en 2007: «… l’UFC
a crié haut et fort lors des législatives passées
qu’elle gouvernerait seule et sans partage en cas de victoire».
Et de conclure, que les gens du «Sud» sont
plus tribalistes que ceux du «Nord».
Quel contenu l’UFC donnait-elle à une telle déclaration?
Et comment les confrères ont-ils compris cette déclaration?
Toujours est-il que, dans ces genres de situations délicates
et précaires, il est préférable d’éviter
des propos à semer la confusion et le doute.
Poursuivant l’analyse, ils donnent un autre cas, celui
des sociétés privées dirigées par
des gens du «Sud» qui n’engagent que
leurs frères et sœurs et où il est difficile
de se faire embaucher «si l’on ne comprend pas éwé ou
mina». Parlant du mensuel Focus-Infos, qui dénonce
le tribalisme dans les hautes sphères de l’Etat,
le trio d’auteurs lui renvoie le miroir où le mensuel
et son équipe devront se mirer et se situer par rapport à la
pratique du tribalisme.
Des observations s’imposent
Dans l’ensemble, les auteurs n’ont pas réagi à l’article
de Focus-Infos de la même manière que le font ou
le faisaient certaines catégories de «journalistes» de
la presse privée chez qui l’on sentait d’emblée,
qu’il leur fallait coûte que coûte, réagir à la
parution de tout article sensible, juste pour montrer qu’ils
font bien le boulot pour lequel «ils sont payés».
Même si les arguments sont tirés par les cheveux,
l’essentiel pour eux, c’était de jouer leur
rôle de sentinelle et donner la réplique à chaque
fois, à la satisfaction des barons qui s’enrichissent
sur le dos de l’ethnie pour laquelle ils prétendent
lutter. Il faut préciser que, pour ce qui est d’une
entreprise ou d’un parti politique qu’on a créés
soi-même, chacun est libre d’y engager ceux qu’il
veut. Tout est une question de confiance. Mais l’idéal
serait de commencer à faire l’effort de transcender
les barrières linguistiques, ethniques et régionalistes
et tabler sur la compétence, le sérieux et la confiance
face au travail.
A propos de la déclaration de l’UFC à l’approche
des législatives, à l’époque, certains
en avaient été choqués tout en étant
sympathisants du parti. De là, la nécessité d’éviter
au maximum les risques d’erreur en tant qu’homme
politique.
Concernant le personnel de Focus-Infos, pour
avoir la preuve de l’esprit tribaliste du mensuel, il va
falloir s’assurer qu’un Togolais d’une autre
ethnie, se soit présenté à ce journal à la
recherche d’une place et qu’il ait été rejeté pour
son origine. Et si Focus-Infos renvoyait la
balle dans le camp de La Dépêche?
Il est vrai qu’il y en a, qui utilisent des prête-noms
et ce n’est pas évident que l’on puisse, à partir
de l’ours d’un journal, prétendre connaître
avec risque d’erreur zéro, l’origine de tout
le monde dans le staff d’un organe de presse. Il y a un
point très important où nous ne sommes pas du tout
d’accord avec le trio Joël, Vivien et Jacques, mais
alors, vraiment pas d’accord, c’est là où il
déclare: «Force est malheureusement de constater
que la presse togolaise qui est normalement censée contribuer à l’apaisement
et redonner aux Togolais l’espoir d’élections
libres, transparentes et surtout sans violences, se livre plutôt à des
campagnes d’incitation à la haine tribale».
Là, nos confrères se fourvoient carrément
et perdent pied. Dénoncer ce qui est réel n’est
pas synonyme de se livrer à une campagne d’incitation à la
haine tribale. Se taire, serait au contraire criminel de la part
des organes d’information. Dénoncer des dérives
tribales est un impérieux devoir pour la presse en tant
que quatrième pouvoir. Cela demeure un combat de tous
les instants à mener jusqu’à éradication
totale de ce virus inoculé aux Togolais.
Autre affirmation gratuite que nous sommes loin de partager: «Au
Togo, le RPT reste le seul parti rassembleur». C’est
du mensonge et du vrai mensonge! S’il est le seul parti
rassembleur, c’est sûrement autour de l’argent
des Togolais, autour du gaspillage des fonds de l’Etat,
et autour de la recherche de la facilité.
Tout cela a attiré certains Togolais qui y sont arrivés
et sont restés pour se mettre à l’abri des
besoins et sans aucune conviction politique. Nous insistons là-dessus,
ils y sont sans conviction, tout en étant convaincus que
le RPT nuit au développement de la nation togolaise et
du peuple.
Autorités interpellées
Qu’on le veuille ou non, personne ne convaincra les Togolais
que la dénonciation faite par Focus-Infos est fausse ou
qu’elle cultive la haine tribale. A preuve, un Kabyè et
pas n’importe lequel, un procureur de la République
qui se reconnaîtra certainement, déclarait un jour à propos
d’une affaire pendante au tribunal, et nous ignorons, piqué par
quelle mouche :
«Les Kabyè sont incontournables en première
instance». Ici, il nous plaît de nous tourner
vers l’OTM (Observatoire togolais des médias)
pour savoir ce qu’il dit en revanche de tels propos venant
d’un procureur de la République. Entre Focus-Infos et
Monsieur le Procureur, qui d’entre les deux incite à la
haine tribale ou expose une ethnie à la haine des autres?
Du temps du Gal Eyadèma jusqu’à ce jour,
les nominations à de hautes fonctions administratives
ou politiques ou à des «postes juteux»,
se font, soit sur une base ethnique parfois au mépris
de la compétence (ce qui est très répandu),
soit sur la base de l’appartenance au RPT, ancien parti
unique, ou encore sur la base d’une caution apportée
au parti au pouvoir par un parti hybride en manque d’identité (Le
Nid, la CPP, le PDR, etc). Tout cela n’est qu’un
secret de polichinelle. A un moment où les autorités
parlent de réconciliation nationale et de pardon, il est
indispensable que les actes et propos des pouvoirs publics aillent
dans ce sens.
On ne peut pas prétendre s’engager en faveur de
la réconciliation des Togolais, puis adopter des attitudes
anti-réconciliation, tribalistes et régionalistes
en tant que sommité. Les exemples sont édifiants
tels que la caution apportée au remplacement de la FICK
par le SICKA par ceux-là qui prétendent que le
développement de la région de la Kara devrait se
faire par les fils de la région eux-mêmes; les recrutements
sur une base ethnique dans la police par exemple, et dans la
fonction publique (environ 2500 Kabyè sur 4000 admis au
dernier concours national sur l’ensemble des 40 ethnies).
Il n’y a aucun malheur à être Kabyè;
qu’on s’en rassure! Vraiment pas! Que les responsables
politiques s’efforcent de leur côté de jouer
le bon rôle, le rôle dévolu à tout
homme politique responsable, pour que tous les Togolais se sentent
demain comme des frères et sœurs sans animosité des
uns envers les autres. C’est au contraire le mauvais rôle
que jouent souvent les autorités, qui amène à faire
croire à d’autres qu’il y aurait un malheur à être
Kabyè.
Il nous plaît ici de terminer en disant qu’on ne
devient pas chef d’Etat, mais qu’on naît chef
d’Etat. Cela signifie tout simplement que celui qui est
né chef d’Etat, tous les actes par lui posés,
vont prioritairement dans l’intérêt supérieur
de la nation et non dans le sens de son appartenance à telle
ou telle ethnie.
Alain SIMOUBA, Etiame.com
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