Modification de l’article 21 du code électoral
par le RPT:
Le CAR craint des lendemains sombres
pour le Togo
03 avril 2009
L’Assemblée Nationale a adopté en sa séance
extraordinaire d’hier un texte de projet du Gouvernement
modifiant l’article 21 du code électoral et une
proposition formulée sur le champ par le député DAMA
Dramani en vue de modifier l’article 32 du code électoral
; ce en violation flagrante de l’article 55 de la Constitution
aux termes duquel les travaux de la session extraordinaire ne
peuvent porter que sur l’ordre du jour pour lequel elle
est convoquée.
L’Honorable AMEGNONAN Kossi s’est présenté à la
séance et a exprimé, à l’adresse de
ses collègues de l’hémicycle, les raisons
pour lesquelles le Groupe Parlementaire CAR a décidé de
ne pas prendre part au vote. Il estime que ce coup de force du
RPT conduit inexorablement à des lendemains sombres pour
notre pays. C’est ce qu’il a déclaré hier
au cours d’un point de presse organisé au siège
du parti.
Voici in extenso sa déclaration adressée à l’Assemblée
nationale :
«Monsieur le Président de l’Assemblée
Nationale,
L’Assemblée Nationale est appelée à se
prononcer, dans quelques instants, sur le projet du Gouvernement
modifiant l’article 21 du code électoral.
La modification proposée, telle qu’elle est reprise
par la commission des lois, consiste à remettre en selle
pour la préparation de l’élection présidentielle
de 2010, les membres de la CENI qui ont organisé les élections
législatives de 2007, en attendant la mise en place d’une
nouvelle CENI.
Chers collègues députés,
Le projet de loi pour lequel le Gouvernement cherche à avoir
notre aval procède d’une manœuvre grossière
aux conséquences lourdes pour le Togo, tant par son impact
sur notre processus démocratique, que par ses effets néfastes
sur le développement du pays.
J’y insisterai à l’instant. En attendant,
je m’interroge.
La grande question que nous nous posons en effet au groupe parlementaire
CAR et qui vient sans doute à l’esprit de chacun
d’entre vous, est la suivante :
Qu’est-ce qui, dans l’état actuel des choses,
empêche le Gouvernement de prendre les dispositions nécessaires,
pour finaliser le nouveau code électoral et mettre en
place la nouvelle CENI, au lieu de recourir à des artifices
législatifs ridicules pour remettre en selle des membres
d’une CENI dont les fonctions ont pris fin 45 jours après
la proclamation des résultats des élections législatives
d’octobre 2007, soit depuis plus de 15 mois.
D’après l’exposé des motifs du projet
de loi portant modification de l’article 21, le Gouvernement
prétend que s’il a extrait cet article de l’ensemble
des dispositions du projet du code électoral, c’est à cause
de la lenteur et du manque de visibilité de l’examen
préliminaire des dispositions en question par le Cadre
Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC).
L’argument est manifestement faux. Il suffit pour s’en
convaincre de se référer à la réponse
apportée par le Ministre d’Etat BODJONA, représentant
du Président du CPDC, agissant en qualité de Commissaire
du Gouvernement, à l’une des questions qui lui ont été posées
lors de l’examen du projet de loi par la Commission des
lois :
Question de la Commission des lois: Quelle est l’évolution
des travaux du Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation
(CPDC)?
Réponse du Ministre: Nous avions vidé le chapitre
relatif au code électoral. Nous sommes d’accord
sur la composition de la Commission Electorale Nationale Indépendante
(CENI) entre l’opposition et la majorité parlementaire,
sur la participation de la société civile avec
innovation par rapport à la CENI de l’Accord Politique
Global (APG). Les membres de la société civile
aussi y participeront mais leur désignation relève
exclusivement de l’Assemblée Nationale. L’administration également
y participera».
Comme le Ministre Bodjona en a si bien porté témoignage,
le CPDC a effectivement clôturé depuis le 13 mars
2009 l’examen du projet du nouveau code électoral.
Le Cadre Permanent de Dialogue a répertorié les
points d’accord auxquels il est parvenu. Les quelques points
de désaccords persistants, ont été également
répertoriés.
Conformément aux dispositions du Règlement Intérieur
du CPDC, le document contenant l’ensemble de ces points
a été transmis, pour arbitrage, au Président
de la République. Il lui revient d’appeler les leaders
des partis au dialogue en vue de rechercher avec eux des solutions
aux points de dissension.
La balle se trouve ainsi depuis dans le camp du pouvoir.
Il est donc inadmissible voire scandaleux que le Gouvernement
parle de lenteur et de manque de visibilité des travaux
du CPDC et en fasse un prétexte pour remettre en place
les membres de la CENI qui eurent à organiser les élections
législatives d’octobre 2007.
La remise en selle de l’ancienne composition de la CENI
est d’autant plus surprenante qu’elle correspond à un
contexte politique qui n’est plus en vigueur au regard
des dispositions de l’APG.
La version aujourd’hui révolue de la CENI avait été mise
en place dans un paysage politique où, à défaut
de forces politiques légitimes issues d’élections
démocratiques, il a fallu positionner d’un côté la
mouvance présidentielle constituée du RPT et de
ses alliés, et de l’autre, l’opposition dite
traditionnelle composée de cinq partis politiques cooptés
par arrangement entre les acteurs politiques.
Depuis les élections législatives du 14 octobre
2007, le Togo est entré dans un nouveau contexte politique
caractérisé par l’existence d’une part,
d’une majorité gouvernante et de l’autre,
d’une opposition parlementaire.
Il est anachronique et ridicule de vouloir faire revivre dans
la configuration politique actuelle du pays, des membres de la
CENI qui avaient représenté dans le passé la
mouvance présidentielle et les cinq partis de l’opposition
dite traditionnelle dont plusieurs font aujourd’hui partie
de la majorité gouvernante.
Monsieur le Président,
Le groupe parlementaire CAR voudrait par ailleurs souligner
qu’il n’est pas de la compétence de l’Assemblée
Nationale de maintenir en fonction les membres de la CENI. Pour
jouir d’une telle compétence, il aurait fallu que
ce soit elle qui soit habilitée à désigner
les membres de la CENI. Seuls les partis politiques, la société civile
et le Gouvernement sont investis de ce pourvoir de désignation.
C’est le lieu de préciser que la formalité administrative
de nomination confiée à l’Assemblée
Nationale ne se confond pas avec la fonction politique de désignation
dévolue aux composantes de la CENI.
Monsieur le Président,
Chers Députés,
Je tiens, pour terminer, à souligner que le projet de
loi que l’on veut faire adopter par l’Assemblée
Nationale est inquiétant quant à son application.
Le texte proposé dispose que les anciens membres de la
CENI vont être reconduits. Il ne comporte en revanche aucune
indication quant à la composition des démembrements
de la CENI notamment celle des CELI et des Comités des
Listes et Cartes à qui sont assignées des tâches
dans le processus de préparation des élections.
Les anciens membres de ces démembrements de la CENI vont-ils être
reconduits ? Et si oui, sur quelle base légale ?
Pour ce qui concerne la proposition de modification concernant
l’article 32, elle se passe de tout commentaire par son
caractère anticonstitutionnel et scandaleux.
L’aventure dans laquelle le Gouvernement cherche à engager
les députés est d’une extrême gravité.
Elle est dépourvue de tout sens. Elle est de nature à compromettre
le processus démocratique en cours et à laisser
un sentiment amer de déception à tout ceux qui
pensaient que le Togo a rompu avec un triste passé fait
d’élections truquées, de protestations populaires
souvent réprimées sauvagement dans le sang.
Le groupe parlementaire CAR ne peut pas voir venir un tel danger
et laisser faire. C’est pourquoi il a décidé de
ne pas participer au vote du projet de loi».
Fait à Lomé le 31 mars 2009
Le Président du Groupe Parlementaire CAR
AMEGNONAN Kossi
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